Indéterminés, Les Stagiaires #3, Samantha Bailly.

Le stage et le CDD sont désormais de lointains souvenirs et, parmi la petite bande des débuts, seules Alix et Ophélie ont eu la chance d’être engagées en CDI chez Pyxis. Une chance, vraiment ? Rien n’est moins sûr. Propulsée directrice du département Communication en à peine 5 ans, Ophélie a fort à faire, d’autant que ses journées de travail sont loin d’être de tout repos. Pyxis, petite entreprise familiale, vient en effet d’être rachetée par Game Vision, un bien plus gros poisson, ce qui met tout le monde sur la sellette et surtout, surtout… le détestable Arthur Mareuil revient dans l’entreprise !

Cinq ans ont passé depuis la fin du premier volume mais on retrouve les personnages comme si on les avait quittés la veille ! Leurs préoccupations professionnelles ont quelque peu évolué, évidemment, mais ils n’ont pas fondamentalement changé. Comme dans les tomes précédents, Samantha Bailly dresse un portrait du monde de l’entreprise extrêmement réaliste, qui le révèle dans toute sa cruauté : nombreux sont les sujets ô combien d’actualité à être balayés par le roman : harcèlement moral et sexuel, souffrance et violence au travail, déshumanisation des rapports, droit à la déconnexion, précarité… Elle montre parfaitement comment un travail passionnant au départ a fini par ne pus être qu’une occupation purement alimentaire, permettant de remplir le frigo et de surseoir aux différentes factures. Ce n’est guère emballant, mais c’est malheureusement parfaitement réaliste. Malgré tout, une petite lueur d’espoir subsiste, grâce aux personnages !

Il est intéressant de voir comment certains sont devenus exactement ce vers quoi ils tendaient, tandis que d’autres ont radicalement changé de voie (ce qui pour certains est on ne peut plus surprenant). Les personnages offrent un parfait aperçu de la génération Y, sacrifiée sur l’autel de la crise, et qui essuie les plâtres d’une société en perte de sens, qui n’est plus tournée que vers un certain profit et en oublie l’essentiel. D’ailleurs, la boucle est bouclée, pour ainsi dire, lorsque l’on croise Lou et Sonia, les protagonistes de la série Nos âmes : avec elles, c’est l’occasion d’évoquer la précarité des auteurs-illustrateurs et la triste situation dans laquelle la création française se trouve !

Le roman est construit sur l’alternance des points de vue d’Ophélie et d’Arthur : deux facettes très différentes de ce qui se joue à Pyxis. En effet, Arthur est embauché en vue de la restructuration, tandis qu’Ophélie a une vision bien plus humaine du problème. Sans surprise… des étincelles sont à prévoir !

Indéterminés vient clôturer un portrait de la génération Y et du monde du travail actuel. C’est évidemment un brin déprimant tant c’est réaliste, mais les personnages instillent une petite lueur d’espoir qui nous garde sur le fil. Une bonne conclusion !

◊ Dans la même série : Les Stagiaires (1) ; À Durée déterminée (2).

Les Stagiaires #3, Indéterminés, Samantha Bailly. JC Lattès, mars 2018, 446 p.
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