Nos âmes jumelles #1, Samantha Bailly

Mercredi 13 mai, 16h30, cinquième arrondissement. À deux pas de Notre-Dame, derrière un square arboré, coincé entre deux immeubles, le salon de thé La Fourmi ailé ouvre ses portes. C’est à l’étage de cette ancienne librairie reconvertie, sous la verrière, que se déroule la rencontre avec Samantha Bailly autour de son dernier roman, Nos âmes jumelles, un texte contemporain adolescent publié chez Rageot.

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Nos âmes jumelles, c’est donc l’histoire de Lou et Sonia, deux lycéennes qui aimeraient faire de leur passion leur métier. Lou dessine partout, tout le temps, et avec talent. Sonia, de son côté, écrit sans arrêt, et voudrait devenir romancière. La première est aussi taciturne que la seconde semble extravertie. Au gré du web, les deux adolescentes font connaissance sur un forum créatif, Trames, commencent à travailler ensemble et se lient rapidement d’amitié. Entre deux projets, elles se livrent aux confidences : toutes deux se sentent incomprises dans leurs familles et rêvent de totalement autre chose, sans toutefois parvenir à s’affranchir des carcans familiaux.

Vous l’aurez compris, Nos âmes jumelles est un roman dont les sujets parleront à un grand nombre de lecteurs, qu’ils en soient à se questionner sur leur orientation ou que ce moment soit déjà loin derrière eux !

On découvre donc Sonia, blonde et populaire, bien dans ses baskets, appréciant sa première littéraire et craquant secrètement pour les beaux yeux de Peter. De l’autre côté, Lou, brune et renfermée, première de classe mal dans sa peau, ne vivant que pour dessiner.
On plonge dans ce double-portrait sans aucune difficulté, en découvrant, chapitre après chapitre, les deux jeunes filles, dont la psychologie est particulièrement fouillée. Les deux adolescentes cristallisent des réalités différentes : Lou, très mal à l’aise en société, vit difficilement le divorce de ses parents et subit une pression folle de la part de sa mère qui ignore volontairement ses talents artistiques et souhaite la voir épouser une carrière scientifique. Sonia, de son côté, vit dans une famille tellement libre et dépourvue d’autorité qu’elle préfère loger à l’internat et qu’elle doit parfois se montrer plus adulte que sa propre mère. De plus, si la première n’a encore jamais embrassé de garçon (mais en rêve), la seconde doit faire avec l’image de séductrice fatale qui lui colle à la peau ! Les personnages, quels qu’ils soient, sont extrêmement parlants : nul besoin de coller exactement à l’un ou l’autre des caractères, on s’y identifie avec une aisance confondante. Autour d’elles gravitent une foule de personnages aussi bien croqués : de la peste mal embouchée au meilleur ami qui se laisse dépasser par l’agressivité des camarades, en passant par des parents débordés et pas toujours au fait des us et coutumes adolescentes, la galerie est riche, creusée et parfaitement réaliste !

Voilà, de fait, la grande force du roman : non seulement on s’identifie aux personnages, mais l’ensemble de l’histoire nous replonge dans les années lycée. Et même si l’on a détesté la période, le plongeon est agréablement nostalgique – l’avantage du recul ! Du recul, Sonia et Lou en ont également, comme en témoignent les ouvertures de chapitres, qui sont autant de commentaires en voix-off des jeunes femmes, 10 ans plus tard, portant sur leur adolescence un regard compréhensif et plein d’indulgence auquel on adhère sans mal.
L’autre point fort, c’est que l’auteur ne prend pas les adolescents pour des ânes bâtés : le discours nous replonge certes au lycée, mais sans nous imposer de distance critique faussement bien pensante. Les voix des deux jeunes filles, leurs émotions, enthousiasmes ou déceptions sont d’une incroyable justesse – ce qui contribue largement à l’attractivité du roman !

De plus, Samantha Bailly ne se cantonne pas à la trame principale du roman, à savoir le désir de création des deux filles. Certes, c’est le centre de l’histoire et leur évolution tourne essentiellement autour de la création comme moyen d’évasion et d’émancipation par rapport à ce qu’on attend d’elles, ce qui entraîne des développements passionnants. Mais ce sont des ados, qui vivent en famille ou au sein d’un groupe scolaire, et qui rencontrent donc tout un tas de problèmes d’adolescentes. Elles tombent amoureuses, elles sont déçues, trahies, elles sont confrontées au harcèlement scolaire et à la bêtise de leurs camarades, ou se découvrent des talents insoupçonnés – tant créatifs qu’humains. Au final, il est plus question de la façon dont ces deux jeunes filles vont se construire par rapport à la projection que leurs parents ont d’elles, que du projet créatif commun, même si ce dernier est le socle de l’histoire.
Nos âmes jumelles, sous couvert de ne parler «que» de Sonia et Lou et de leur envie de création est, en fait, un roman très riche, et dont tous les thèmes sont bien traités – ce qui, avouons-le, ne gâche rien.

Nouveau roman pour Samantha Bailly, et nouvelle réussite ! Nos âmes jumelles est un récit riche et efficace et, s’il est parfois aigre-doux, c’est la justesse du récit qui le rend si agréable à lire. On adhère sans mal aux pérégrinations des deux jeunes filles d’autant qu’elles font preuve d’une fraîcheur très appréciable. L’auteur évoque l’adolescence avec beaucoup de talent et on a hâte de retrouver les personnages dans le volume suivant !

◊ Dans la même série : Nos âmes rebelles (2) ;

Nos âmes jumelles, Samantha Bailly. Rageot, 2015, 312 p.

Donc ce mercredi 13 mai, Samantha Bailly nous a présenté son roman ; voici le résumé de la rencontre (en italiques : mes commentaires).

Quel était le projet initial de Nos âmes jumelles ?
L’idée, c’était d’écrire quelque chose sur l’adolescence, mais pas quelque chose de gentillet. Plutôt à la façon du Monde de Charlie (Stephen Chbosky), où il y a quelque chose de très grave sur l’adolescence, tout en étant léger, puisque c’est assez drôle. Donc la question était : « c’est quoi, être adolescent ? ». On sait que c’est un âge de profonds changements qui cristallise l’identité, durant lequel on peut rencontrer des problèmes graves. Ici se pose donc la question de « comment Lou et Sonia vont-elles concilier leur idéalisme avec les chemins qu’on a tracés pour elle ? Comment va se dérouler la confrontation familiale ? ». C’est quelque chose qu’on a tous vécu à un moment donné : il a fallu assumer nos conséquences et nos choix par rapport à la façon dont on s’est construit dans notre famille ou écosystème. Traditionnellement, l’adolescent est perçu comme un être en opposition, qui vient se confronter aux adultes qui l’entourent et au système familial qu’il a connu jusque-là. Ici, les deux filles ne sont pas en opposition frontale, mais qui vont tenter de s’affirmer hors des chemins qu’on a balisés pour elles, en déployant leur créativité. Et ce qui est intéressant, finalement, c’est que leur crise d’adolescence passe  par une phase où elles transforment tout afin de proposer leur propre vision du monde ; c’est un chemin extrêmement intéressant  – et qui ressemble quelque peu à celui de l’auteur qui, à 14 ans, postait elle aussi ses textes en ligne et les soumettait à quelques lecteurs.
Ce qui m’intéressait c’était la question : « comment on se construit par rapport à sa famille ? Comment on sort de la projection parentale pour devenir une personne à part entière que la famille a envie de connaître – et non ce qu’elle a décidé ? ». Je voulais montrer qu’un adolescent est un individu à part entière, à respecter dans ses facettes, qui va certes évoluer et apprendre des choses – mais qui n’apprend pas encore des choses 20 ans plus tard ? Voilà le parti-pris du roman.

Nos âmes jumelles se déroule durant la période scolaire ; que peut-on dire de l’école, des professeurs et de leur rôle vis-à-vis des adolescents ?
Pour mémoire, Samantha Bailly a écrit son premier roman, Oraisons, alors qu’elle n’était encore qu’au lycée et on retrouve ici une situation similaire.
L’enseignant peut avoir un effet Pygmalion, qui va conditionner la personne, soit parce que son regard bienveillant va nous réveiller à nous-même et nous pousser, soit parce qu’il va nous figer en nous disant qu’on n’est «pas assez ceci ou cela». Dans le roman, M. Brodin, le professeur de littérature de Sonia, est son mentor. D’ailleurs, M. Brodin – le vrai, qui est comme dans le roman ! – a été mon mentor quand j’étais au lycée – et quand on voit les cours qu’il propose, cela fait rêver !
Lou, au contraire, n’a pas ce rapport-là : elle est lâchée dans la fosse aux lions et s’y retrouve seule et démunie, ce qui fait qu’elle se sent très mal. Elle vit sa scolarité comme un enfermement. Quand on y pense, une classe n’est qu’un groupe de personnes que l’on n’a pas choisies, qui sont extrêmement différentes, mais avec qui on est obligé de cohabiter, pour le meilleur et pour le pire. L’école est un peu comme une scène, sur laquelle on joue une personne, jour après jour, différente de ce que l’on est réellement. Internet agit pour les deux filles comme une soupape de sécurité, un endroit où elles peuvent être, enfin, elles-mêmes.

Comment s’est déroulée l’écriture ?
Je me suis replongée à corps perdu dans ma propre adolescence, dans mes écrits, souvenirs ou journaux intimes de l’époque et je me suis fait la réflexion que quand on revoit l’adolescent, on se rend compte que c’est la même personne que l’adulte, en friche certes, mais déjà présent. À force d’être dans le bouquin, je redevenais révoltée sur certains sujets – c’est dangereux d’être écrivain ! – et je m’engueulais avec mes proches alors que ça n’arrive jamais !

Les idées viennent-elles facilement ?
Généralement, je tire mes idées de la réalité… le plus dur reste de terminer l’en cours pour passer à la suite, car je ne jongle pas entre les projets : j’ai besoin d’aller au bout d’un projet avant d’entamer autre chose.

Bien sûr, quand on lit le roman, on ne peut pas s’empêcher de faire le parallèle avec ton parcours. Quelle est donc la part autobiographique de Nos âmes jumelles ?
Nos âmes jumelles, c’est un mélange d’anecdotes réelles et de beaucoup d’histoires inventées. Le roman a été construit sur un creuset de plein d’ingrédients, authentiques ou non. La trame est donc similaire, mais ça ne s’est pas exactement passé comme ça.

Parlons de la suite : Nos âmes jumelles sort le 27 mai, quid du tome 2 ?
Le second volume est terminé depuis mars, et sera disponible début 2016. Dans ce volume, on retrouvera Lou et Sonia, un an plus tard, en terminale – et non 10 ans plus tard comme pouvaient le laisser croire les citations de début de chapitres. Si le premier volume était concentré sur la rencontre entre les deux filles, le second évoquera l’amour et la famille. La terminale est, à bien des égards, l’année du grand saut. D’ailleurs, les deux volumes peuvent se lire indépendamment, puisque les rappels adéquats sont faits en temps et en heure, mais l’intérêt reste tout de même de voir évoluer ces deux jeunes filles – et le saut entre les tomes s’annonce abyssal !

Et les autres romans ?
J’ai déjà deux romans à mon actif en 2015, puisque le second volume de Nos âmes jumelles est écrit et que la suite des Stagiaires, À durée déterminée, l’est également. Maintenant, il faut passer par les phases de relecture, correction… et édition ! Mais j’ai un troisième projet sur le feu.

Projet qu’on a hâte de découvrir aussi, mais j’imagine qu’il était inutile de le préciser 🙂

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11 commentaires sur “Nos âmes jumelles #1, Samantha Bailly

  1. Lupa dit :

    Un grand merci pour cette interview, et la découverte associée !!!

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  2. J’ai beaucoup aimé ce livre 🙂

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  3. […] choix du troisième titre pour cette rubrique a été ardu, mais j’ai fini par opter pour Nos âmes jumelles, le petit dernier en date de Samantha Bailly. Parce que c’est exactement le genre de livre […]

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  4. J’ai moi aussi adoré ce livre 🙂

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  5. Chess dit :

    Il faut absolument que je lise ce 2ème tome !

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