Celle qui venait des plaines, Charlotte Bousquet.

Le vert des hautes herbes surplombées par le feu orangé du soleil couchant sur les plaines du Dakota, les récits de victoires autour d’une flambée à la tombée de la nuit, les chevaux couleur de cendres, le tonnerre des canons, les rivières de sang…
Et soudain, le déracinement et l’enfermement à la Mission Saint-James, l’apprentissage de la haine d’une culture immémoriale, la purification par la souffrance et une éducation de fer pour briser les volontés les plus tenaces.
Voici l’histoire de Winona, fille aînée du vent et de la lumière, héritière de traditions ancestrales qu’elle fut contrainte de recracher comme le pire des venins, métisse éprise de liberté et de justice dont la route ne cesse de croiser celle des célèbres Steele men, cow-boys et mercenaires – pour le meilleur et pour le pire.

Voilà un roman qui, à certains égards, est extrêmement dur, mais qui s’est révélé splendide !
1921. On suit le jeune Virgil, qui va rencontrer Winona avec, en tête, le double but de la faire parler de son père, un des fameux Steele Men, et de la tuer à l’issue de sa confession, comme elle a tué son géniteur. Lorsqu’il arrive, Winona se met obligeamment à lui raconter toute l’histoire, mais en partant du début, à savoir sa naissance en pleine guerre de Sécession. Le récit fait donc alterner deux trames, celle du présent, où Virgil fait des commentaires sur ce que lui raconte Winona et celle du passé, celui de Winona. À ces deux trames s’ajoutent des extraits du roman fétiche de Virgil, Les Incroyables Aventures de Steele Men (un roman fictif), un western écrit d’après les souvenirs de Franck Allen, un des quatre membres de la bande, et donc un brin partial. Cela peut sembler un peu hermétique au départ, car il faut se faire au système de récits enchâssés, mais cela permet en fait de maintenir le suspens du début à la fin !

De fait, on se demande depuis le départ ce qu’a vraiment fait Winona pour mériter la morbide attention de Virgil. Mais cette question passe bien vite à l’arrière-plan, au vu de l’incroyable témoignage que livre Winona.
Elle balaie l’histoire des États-Unis et, forcément, des Amérindiens, depuis sa naissance, en pleine guerre de Sécession. On le sait, cette histoire a été violente, amère et affreusement injuste. Le récit de Winona est donc à l’image de cette histoire, extrêmement dur : elle ne cache rien des tortures subies au pensionnat, du racisme de la société américaine, des violences endurées en tant que femme et métisse dans un univers qui ne reconnaît pas bien ni les unes ni les autres.
Les mots de Winona nous immergent littéralement dans ce Far West légendaire, certes, mais aussi terrible. À ce titre, les extraits du roman que lit Virgil et ses commentaires viennent alléger à point nommé un récit qui ne nous cache aucune atrocité.

Le roman livre en outre une très intéressante réflexion sur la fiction et la réalité. Virgil est en quête de vérité et tient pour vrais les propos lus dans Les Incroyables Aventures des Steele Men, qu’il s’agisse de la légende de son père (qu’il n’a jamais connu) ou celle de Winona. L’image que Virgil s’est forgée de Winona est nourrie à la fois des méfaits de la Vipère de l’Oklahoma (son titre dans le roman) et du personnage qu’elle a incarné dans le Wild West Show de Buffalo Bill – qui mettait en scène les légendes du Far West. Elles sont d’ailleurs nombreuses dans ce roman : Buffalo Bill, Crazy Horse, Calamity Jane, Annie Oakley, Bass Reeves, font partie des personnages secondaires. Or, le récit de Winona, sans désacraliser ces personnages, nous les montre aussi sous un autre jour, un brin moins glorieux, comme elle le fait avec ce Far West sur lequel on a tant écrit.

Il y a quelque chose d’affreusement déprimant dans son récit, c’est vrai, mais ça ne le rend que plus précieux. Car, comme je l’ai dit, le récit est livré sans fards et sans faux-semblants. Mais on en ressort avec une meilleure vision de ce qu’a été cette époque troublée et des conséquences qu’elle a encore aujourd’hui.
Dès le départ, j’ai été emportée par le style vif de Charlotte Bousquet, qui dépeint avec beaucoup de précision cette société : les descriptions sont riches en détail, les personnages bien dessinés et, comme je le disais au départ, l’intrigue parfaitement rythmée. Ce qui m’a permis de m’immerger totalement dans le récit, au point que j’avais du mal à lâcher le livre pour reprendre le cours habituel de mon existence !

En attaquant Celle qui venait des plaines, je m’attendais à un roman mettant en scène les guerres amérindiennes, évidemment. Mais je ne m’attendais certainement pas à la claque qu’à été ce roman tour à tour tragique, révoltant, touchant, poétique, d’une incroyable violence et en même temps d’une grande sagesse. J’ai adoré ce western à la construction complexe, mais qui m’a tenue en haleine de bout en bout. En deux mots comme en cent, ça a été un incroyable coup de cœur !

Celle qui venait des plaines, Charlotte Bousquet. Gulf Stream (Électrogène), octobre 2017, 360 p.
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2 commentaires sur “Celle qui venait des plaines, Charlotte Bousquet.

  1. Tu commences l’année en fanfare, dis donc ! Ce titre semble tellement chouette !! Merci 🙂

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