A Good girl, Amanda K. Morgan.

Ses amis la pensent parfaite, et pourtant…
Ce qu’il faut savoir sur Riley Stone :

1. Riley Stone est la perfection incarnée (Demandez autour de vous.)
2. Elle a un faible pour son prof de franc¸ais, Alex Belrose. (Qu’elle soupc¸onne ne pas être indifférent à son charme.)
3. La vie entière de Riley est déjà planifiée. (Ce n’est pas négociable.)
4. Elle a toujours su préserver ses petits secrets. (Toujours.)
5. Riley est persuadée que sa vie est sur la bonne voie. (Et rien ne pourra y changer quoi que ce soit.)
6. Elle n’a rien d’une adolescente ordinaire. (Et ne s’en cache d’ailleurs absolument pas.)
7. Les petits jeux, ce n’est pas vraiment son truc. (Mais s’il faut s’y prêter, elle gagne toujours.)
L’un de ces jeux est sur le point de commencer, elle le sent… Sauf que Riley a un plan. Et elle compte bien l’emporter. Car elle ne perd jamais.

En toute honnêteté, le premier sentiment que m’a laissé ce roman, une fois que je l’ai eu terminé, ressemblait fortement à de la déstabilisation. A Good girl mériterait même une deuxième lecture, pour ne rater aucun détail !

Car le roman s’appuie sur un procédé narratif auquel je ne suis guère habituée : celui du narrateur non fiable.
Celui-ci raconte l’histoire, mais elle est à prendre avec des pincettes (à peu près autant que le récit que vous ferait un inconnu, dans la rue, d’un événement auquel vous n’avez pas assisté). Dans le cas d’une narration à la première personne (comme c’est le cas ici), cela remet complètement en cause le pacte de lecture qui se noue tacitement entre le lecteur et le narrateur, ici Riley : comme elle raconte son histoire, on va d’emblée lui faire confiance.
À tort.

De fait, on sait dès le départ que Riley cache un secret qui, s’il venait à être connu, viendrait ruiner sa réputation de fille sage et parfaite. Dans un premier temps, j’ai tout de même trouvé que le titre était un tantinet usurpé, car le secret n’est pas si énorme, ni franchement surprenant. J’ai donc passé un long moment dans l’expectative : à quel point Riley allait-elle se montrer si imparfaite ? L’histoire suit son cours assez tranquillement, mais les péripéties viennent ajouter de petites touches de malaise à l’ambiance déjà pas si légère. C’est vraiment à petits coups de trois fois rien qu’Amanda K. Morgan ajuste cette ambiance quand même un brin malsaine. Malsaine mais, en même temps, assez étrange, car il n’est pas si facile de mettre le doigt sur ce qui cloche. Est-ce dû au sentiment assez prégnant que Riley est sans doute sous la coupe d’un pervers narcissique, plus âgé et en position de supériorité par rapport à elle ? Est-ce dû à l’impression qu’elle est totalement transparente aux yeux de ses parents, ce qui la rend d’autant plus assidue au travail ? Cela vient-il du décalage que l’on sent entre Riley et ses deux meilleures amies ? Celles-ci sont plus extraverties et insouciantes que Riley, qui tente de s’accorder aux comportements lycéens de ses amies, mais parfois avec une certaine maladresse – dont on ne sait s’il faut l’imputer à une supposée timidité ou à une méconnaissance des codes sociaux.

Car ce qui occupe le roman est essentiellement une chronique adolescente : Riley et ses amies se demandent dans quelle université elles vont aller, ce qu’elles vont faire plus tard ou à quel jeune éphèbe du lycée elles vont succomber. On suit de loin en loin leur vie familiale (surtout celle de Riley, à vrai dire), ce qui vient compléter l’impression de roman tranche de vie. À ceci près que l’ambiance, comme je le disais, est loin d’être chaleureuse, sans qu’ils soit aisé de trouver d’où vient cette sensation.

Alors, évidemment, une fois que l’on a compris que Riley n’était pas un narrateur fiable, le faisceau de preuves s’assemble et donne au titre toute sa légitimité. Les indices, car il y en a, ne sont finalement pas à chercher dans la narration – celle-ci étant très soigneusement biaisée par Riley. Il faut plutôt s’intéresser aux listes à puces présentes en fins de chapitres, manifestement établies par un narrateur omniscient et extradiégétique, sobrement intitulées « Ce qu’il faut savoir sur Riley Stone ».
Là encore, ce sont souvent de petits détails semblant anodins mais qui, mis bout à bout, viennent nuancer (quand ce n’est pas contredire carrément) ce que donne à voir Riley. Et c’est bien là tout le sel du roman.

A Good girl, c’est donc l’histoire d’une adolescente bien sous tous rapports, mais qui cache une noirceur et un cynisme proprement glaçants. Amanda K. Morgan signe là un thriller psychologique bien tourné, qui mériterait une seconde lecture, à la lumière de ce que l’on découvre au cours de la première.

A Good girl, Amanda K. Morgan. Traduit de l’anglais par Mathilde Montier. Lumen, octobre 2017, 372 p.
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6 commentaires sur “A Good girl, Amanda K. Morgan.

  1. plumesdelune dit :

    Ta chronique m’a bien donnée envie, je crois pas n’avoir déjà lu de livre avec un narrateur non fiable comme tu le dis, ça m’intrigue ^^
    Bises
    Kin

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  2. ChemsBook dit :

    J’ai hâte de lire ce roman ^^

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  3. Nahe dit :

    Noté de suite !

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