Pays rouge, Joe Abercrombie.

Farouche Sud aurait aimé oublier son passé une fois pour toutes.
Mais lorsque son frère et sa sœur sont enlevés et sa ferme réduite en cendres par une bande de hors-la-loi, il est temps pour elle de reprendre ses anciennes habitudes. En compagnie du vieux Nordique qui l’a adoptée, un homme lui aussi marqué par ses démons, Farouche entame un long voyage à travers les plaines désertiques. Un voyage qui les emmène jusqu’aux bas-fonds d’une ville cauchemardesque, frappée par la ruée vers l’or, puis dans les montages inexplorées, qu’on dit hantées. Sur leur chemin, règlements de compte, alliances douteuses et trahisons amères se succèdent à la vitesse d’une flèche de barbare.
Car même lorsqu’on croit avoir tout perdu, au Pays Lointain le passé ne reste jamais enterré…

Pays rouge s’inscrit dans la suite formée par Les Héros et Servir froid, mais peut être lu totalement indépendamment – ce que j’ai fait. Et pour une première découverte d’Abercrombie, je suis ravie !

Je ne sais pas exactement à quoi je m’attendais en attaquant ce roman, mais sans doute pas à un mélange aussi dense de dark fantasy et de western – mélange que j’ai, soit dit en passant, hautement apprécié. Si la magie est quasiment absente de l’univers (on nous en parle vite fait mais on ne la voit pas directement à l’œuvre), on retrouve ici tous les codes du western : on a des héros solitaires, des gens sans foi ni loi, des pionniers qui cherchent des terres où s’établir, des prospecteurs avides, des gens en quête de vengeance et, bien sûr, l’équivalent local des Indiens – ici appelés des Fantômes.

Le roman s’ouvre sur une scène sans doute banale au Far West : Farouche Sud, fermière de son état, est venue vendre une partie de sa récolte, en compagnie de Placide, son taciturne et très pacifique compagnon d’infortune, qu’elle rabroue sans cesse. Tout se gâte lorsqu’ils retrouvent la ferme réduite en cendres et qu’ils se lancent à la poursuite des enfants enlevés.
S’ouvre alors une longue quête, menée au pas tranquille des animaux de bât. Mais, si le roman est assez long et qu’il faut vraiment attendre les dernières pages pour une complète résolution de l’intrigue, je ne me suis pas ennuyée pour autant. Car le récit est vif, alternant péripéties endiablées et moments de tension extrême. Il y a quantité de combats, que ce soit contre les éléments ou contre des personnes moins bien intentionnées. Ils viennent entrecouper le voyage, lui-même assez ardu. Du coup, il se passe presque toujours quelque chose !

Par ailleurs, il n’y a pas que la quête de Farouche et Placide en jeu. Assez vite, on comprend que les vastes pays qu’ils traversent sont sous la coupe d’une lutte géopolitique certes lointaine, mais qui risque d’impacter assez vite leur quotidien : l’Union, comme l’Empire, lorgnent sur ces territoires. Et si les uns ont dépêché leurs meilleures troupes, les autres ont envoyé l’Inquisition, assortie d’une bande de mercenaires que rien n’arrête. En sous-main, on a aussi des rebelles qui tentent d’empêcher leur territoire d’être complètement englouti par l’Union et qui sont donc activement recherchés par le grand Inquisiteur, qui finit par les soupçonner de se cacher dans la colonne de pionniers qu’ont rejoint Farouche et Placide. Ainsi, les différents protagonistes finissent-ils par converger vers le petit village de Fronce, au pied des montagnes de la Sokwaya, se cherchant les uns et les autres, mais en ayant toutefois des motivations bien différentes. Or, comme on suit tour à tour ce qui se passe chez les uns et les autres, on ne tarde pas à flairer les catastrophes lorsqu’elles se profilent, ce qui donne un suspens bien agréable à l’ensemble du roman.

Les caractères des personnages sont aussi là pour alimenter le suspens : on en sait (au départ) peu sur eux et, peu à peu, les apparences tombent pour révéler les véritables personnalités. Farouche semble vouloir tourner le dos à un passé peu glorieux dont on sent qu’il est près à ressortir. Elle tacle sans arrêt Placide, qui se révèle, finalement, aux antipodes (voire au-delà) de son sobriquet. Les transformations sont vraiment bien menées, mais tout de même assez terrifiantes, quand on y réfléchit. Mais je crois que c’est surtout l’ambiance qui m’a aussi bien ferrée. Joe Abercrombie dépeint des personnages qui sont allés au bout du bout et qui, pour la plupart, n’ont plus grand chose à perdre. Ça donne à leurs trajectoires une sorte de désespoir un peu poisseux mais qui fournit un souffle incroyable au roman : on sait que tous les coups sont permis, surtout les plus bas et que personne ne reculera. Une attitude tout à fait conforme à l’environnement plus que difficile dans lequel se déroule l’aventure.

C’était donc ma première découverte d’Abercrombie et j’ai été servie. Je me suis régalée avec ce western dense et sombre à souhait, qui fait la part belle aux personnages abîmés et aux quêtes un brin désespérées. L’histoire en elle-même m’a captivée et j’ai adoré sentir que, tout autour, l’univers avait encore de belles surprises sous le coude. Voilà un roman que je relirai sans aucun doute !

Pays rouge, Joe Abercrombie. Traduit de l’anglais par Juliette Parichet. Milady, septembre 2017, 720 p.
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2 commentaires sur “Pays rouge, Joe Abercrombie.

  1. Eh bien, tu m’as convaincue de l’ajouter à ma whishlist 🙂

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