Ceux des limbes, Camille Brissot.

Du haut du Mont-Survie, Oto admire chaque jour la forêt qui l’encercle à perte de vue. Elle est si belle qu’il en oublierait presque ce qui se tapit sous les arbres. Mais lorsque la montagne s’endort, que les lumières s’éteignent et que les voix s’effacent, le vent résonne d’un chant inhumain, effroyable : le gémissement des limbes, les victimes de l’épidémie. Bientôt, Naha devra passer plusieurs jours et plusieurs nuits dans la forêt. Oto refuse de rester cloîtré en espérant le retour de celle qu’il aime plus que tout. Quitte à être une proie de plus, il va sortir lui aussi.

Après les interrogations sur la vie après la mort dans La Maison des Reflets, un roman à l’atmosphère très prenante, Camille Brissot change d’ambiance avec cette aventure se déroulant dans un univers post-apocalyptique. D’ambiance, mais pas totalement de sujet… car dans Ceux des limbes, il est aussi question de rapport à la mort ! Sauf que cette fois… on est confrontés à des zombies ! Eh oui, messieurs-dames !

Dans cet univers résolument futuriste, une pandémie a donc éradiqué une bonne partie de l’espèce humaine, laissant quelques rares rescapés – dont fait partie la communauté d’Otolan, largement isolée. La société post-épidémie a reproduit le schéma de la société d’avant et se retrouve donc très largement clivée entre nantis et miséreux – rien de neuf sous le soleil, donc, l’humain dans la fiction comme dans la réalité apprenant rarement de ses erreurs. L’intrigue va donc mêler des personnages issus des cercles supérieurs (les riches, en somme) et d’autres issus des cercles inférieurs (les bouseux). Otolan est un cas particulier car, s’il est issu d’un cercle pas super bien noté dans le classement, il a brièvement vécu chez les riches et puissants : ce n’est pas vraiment un transfuge, mais cela a fortement marqué son évolution et certains des choix qu’il fera par la suite.
De fait, le roman est vraiment porté par les personnages, Oto en tête de file. Autour de lui gravitent des enfants issus de tous les cercles et parmi lesquels il y a, sans trop de surprise, une petite amie qui ne se laisse pas faire, un meilleur ami parfois tête de pioche, un antagoniste à baffer (mais qui a aussi ses contradictions), et d’autres. Ça pourrait sembler cliché mais, curieusement, ça ne l’est pas, car les personnages ont des profils et des psychologies assez finement détaillés, qui permettent de nuancer vraiment le propos. Ainsi, Otolan n’est pas toujours très héroïque et fait de nombreuses boulettes ; Naha n’est pas seulement une petite amie boiteuse qu’il faut protéger ; Rostre, malgré tout, n’est pas un monstre sans cœur (s’il n’avait pas de cœur, ça lui simplifierait d’ailleurs grandement la vie : mais il n’y aurait pas eu d’histoire !).

Côté intrigue, le rythme prend doucement : le départ est assez lent mais dès quitte l’on quitte la cité, la tension commence à grimper – n’oublions pas que nous sommes en pleine nature, cernés par les zombies ! À cela, il faut évidemment ajouter les tensions internes au petit groupe et à l’apparition non prévue d’Otolan à l’extérieur. Après quoi, l’intrigue suivra un chemin assez classique, qui a tout d’un récit initiatique. Si toutes les péripéties ne font pas bondir de surprise, Camille Brissot nous en a tout de même réservé quelques-unes, que ce soit dans les retournements de situation ou dans les décisions des personnages.

Ceux des limbes, ce sont donc environ 400 pages d’adrénaline, d’odeur d’humus et d’émotions fortes, dans un univers post-apocalyptique fouillé, dont la forêt ne cache vraiment pas l’arbre de l’inégalité : zombies ou pas, les survivants ont perpétué un schéma bien connu, dont l’iniquité et l’absurdité sautent littéralement aux yeux. Mais le roman n’est pas non plus un plaidoyer pour le vivre-ensemble : c’est, avant tout, un page-turner bourré d’action et de rebondissements savamment menés, qui ne fait que confirmer la présence de Camille Brissot sur ma liste des auteurs-à-suivre-à-l’avenir !

Ceux des limbes, Camille Brissot. Syros, avril 2018, 473 p.
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Boneshaker, Le Siècle mécanique #1, Cherie Priest.

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1880. La Guerre Civile américaine fait rage depuis deux décennies, poussant les avancées technologiques dans d’étranges directions. Dans les Territoires de l’Ouest, les villes baignent dans des gaz mortels, alors que la terre est vidée de ses ressources. Sur la frontière entre le Nord et le Sud, les espions fomentent leurs complots et les trafiquants font plus d’argent que leur gouvernement.
C’est dans ce monde que vivent Briar Wilkes et son fils. Elle est la veuve de l’infâme Dr. Blue, créateur du Boneshaker, la machine qui détruisit Seattle, perçant accidentellement une poche de gaz qui transforma les vivants en non-morts. Mais quand son fils décide de franchir le mur qui cerne Seattle en ruine dans l’espoir de réécrire l’histoire, elle doit le retrouver au plus vite avant qu’il ne lui arrive malheur. Sa quête la conduira dans une ville grouillant de morts-vivants affamés, de pirates de l’air, de seigneurs criminels et de réfugiés armés jusqu’aux dents. Seule Briar peut le ramener vivant.

Il va sans doute être assez difficile de parler avec justesse de cette petite brique fort enthousiasmante qu’est Boneshaker, mais on va tenter de faire au mieux. Boneshaker est la porte d’entrée d’un univers steampunk à la fois complexe, enthousiasmant et au sein duquel on s’ennuie très difficilement tant il y a à voir et à faire dans l’histoire — en fait, il y a d’autres tomes dans la série mais, si j’ai bien suivi, ils ne mettent pas en scène tout à fait les mêmes personnages.

Au départ, l’histoire peut sembler un peu lente mais c’est parce qu’il faut à l’auteur plusieurs chapitres pour présenter son univers dans tous ses détails — et encore de nombreux autres pour que l’on saisisse les tenants et aboutissants de l’histoire. Mais on ne s’ennuie pas une minute, car cette présentation détaillée amène des nuances, des précisions, au fil des pages. Du coup, c’est lent, certes, mais jamais on ne s’ennuie.
Cela permet, de plus, de construire des personnages auxquels on croit et on s’attache. Et c’est nécessaire, car il y a des enjeux remontant à plusieurs années avant le début de l’histoire et il faut bien plusieurs chapitres pour comprendre comment l’ex-mari de Briar lui pourrit définitivement la vie, comment son défunt père (héros pour certains, délinquant pour d’autres), va lui aussi interférer avec son existence et comment Zeke, enfin, ne peut qu’être qu’avide d’informations sur ces deux figures tutélaires qui influent si fortement sur sa propre vie d’adolescent.
L’histoire se construit donc peu à peu autour de ce drôle de quatuor familial (dont deux membres, sans doute les plus importants, sont pourtant décédés !) et d’une galerie de personnages eux aussi hauts en couleurs. Que l’on pense au Capitaine Cly (et à ses camarades pirates et contrebandiers du ciel), à l’angoissant et terrible Dr. Minnericht (apte à vous faire faire des cauchemars !), à Lucy la tenancière du bar, à Swakhammer ou encore à la princesse, il n’y a que des figures passionnantes auxquelles on s’attache — même les pires ordures, c’est dire !

Tout cela ne serait sans doute rien sans l’univers d’une incroyable richesse et résolument steampunk. J’ai déjà un peu vendu la mèche, mais il y a des pirates et contrebandiers de l’air qui volent sur des dirigeables armés jusqu’à la passerelle, des Chinois (venus lors d’une grande vague migratoire et malheureusement en butte aux mêmes préjugés racistes débiles que de nos jours) en charge des soufflets de la ville, des scientifiques proprement géniaux (et souvent monstrueux), des gens qui essaient juste de survivre et, bien sûr, des zombies (qu’on appelle des Pourris dans cet univers) assoiffés de chair humaine. Et il va sans dire que chaque petite groupe — voire chaque personne — a ses idées, ses buts et objectifs cachés, ce qui occasionne son lot de relations tendues, de complots, de bisbilles, le tout sur fond de vapeurs, de fumées délétères et de graisse à fusils. Évidemment, c’est palpitant à souhait !

Il faudrait aussi parler du style fluide et enlevé de Cherie Priest, qui nous fait adhérer instantanément à la quête de Briar. Celle-ci est particulièrement touchante, tout comme celle de Zeke. Mère et fils se cherchent, se perdent, font des rencontres incroyables, enrichissantes ou dangereuses et c’est ce qui fait tout le sel du récit. Autre bon point : alors qu’en général les protagonistes ne rêvent que de changer leur monde, ici ils sont embarqués dans leur quête toute personnelle, ce qui change agréablement des clichés du genre.

En refermant Boneshaker, j’ai eu la nette impression d’avoir mis le nez dans un monument du steampunk. Malgré l’épaisseur, il ne m’a guère fallu plus de quelques jours pour venir à bout de ce roman palpitant, qui donne sacrément envie de se plonger dans le reste du Siècle mécanique !

Le Siècle mécanique #1, Boneshaker, Cherie Priest. Traduit de l’anglais par Agnès Bousteau.
Le Livre de Poche, août 2016, 640 p.

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Black Sands : unité 731, Tiburce Oger & Mathieu Contis.

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Pacifique, 1943. La guerre fait rage entre le Japon et les États-Unis. Les quelques rescapés d’un affrontement en mer échouent sur une petite île. Leur situation, déjà pas brillante, bascule dans l’horreur quand ils sont attaqués par des créatures, plus zombies que japonais… bientôt, le caporal Joseph Grégovitkz reste le seul survivant. Mais le pire est encore devant lui : l’île abrite un laboratoire militaire japonais où les cobayes ne sont d’autres que… des humains. La course pour la vie commence.

J’ai (seulement !) découvert Tiburce Oger l’an passé avec Buffalo Runner, un western original et très prenant – et dont je n’ai pas parlé ici, shame on me. Cette fois, le scénariste nous emmène sur les traces de la Deuxième Guerre mondiale, avec Mathieu Contis, dont c’est la première bande-dessinée, au dessin.

L’histoire commence doucement mais sûrement, quoiqu’avec un suspens déjà savamment entretenu : on assiste à l’accostage des soldats, au torpillage de leur navire et à la façon dont les Japonais descendent tout survivant. Le ton est donc donné dès les premières pages : l’histoire sera concessions. Et rythmée, avec cela !
Les pérégrinations du caporal Joseph Grégovitkz sont hautes en couleur : il est entouré de ses camarades soldats, se retrouve seul, est recueilli, est attaqué, enlevé, torturé… Vraiment, on ne s’ennuie pas.
D’autant qu’à la toile de fond historique – mettant en scène la guerre sans merci que se livrent Américains et Japonais durant la Guerre du Pacifique – s’ajoute un arc proprement horrifique. En effet, Tiburce Oger investit la réputation – exécrable – de l’unité 731 de l’armée japonaise, pour tisser une histoire de zombies. Cette unité était chargée de développer des virus pouvant servir d’armes bactériologiques et utilisait réellement des cobayes humains, se livrant à d’innommables atrocités, notamment en Mandchourie. Cobayes qui, dans Black Sands sont donc des morts ambulants et anthropophages – des zombies, pour faire simple.

L’ensemble est extrêmement bien mené : l’histoire mêle habilement survie, zombies et Histoire dans une intrigue riche et rythmée qui s’offre, en plus, une très belle chute.
Côté dessins, Mathieu Contis a choisi une palette très sombre qui matérialise parfaitement l’ambiance oppressante de cette jungle malsaine ; on regrettera cependant le peu de différence entre les soldats Américains et Japonais, qui entraînent quelques confusions dans les scènes de combat : pas toujours facile de déterminer qui tire sur qui. Mais on apprécie, en revanche, le soin apporté aux détails (même peu ragoutants) et aux paysages !

Une belle bande-dessinée, somme toute. L’intrigue est bien menée et investit parfaitement l’Histoire pour y glisser une très plausible histoire de zombies – les auteurs ayant intégré un peu de contenu documentaire à l’histoire, sans même plomber celle-ci. Un album à noter pour les amateurs de bandes-dessinées historiques, de zombies et de survival !

Black Sands : unité 731, Tiburce Oger & Mathieu Contis. Rue de Sèvres, mars 2016, 106 p.

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Les Décharnés : une lueur au crépuscule, Paul Clément.

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Une journée de juin comme une autre en Provence. Blessé à la cheville, Patrick, un agriculteur de la région, asocial et vieillissant, ne souhaite qu’une chose : se remettre au plus vite pour retrouver la monotonie de sa vie, rythmée par un travail acharné. Mais le monde bascule dans l’horreur lorsque les automobilistes, coincés dans un embouteillage non loin de chez lui, se transforment soudain en fous assoiffés de sang… de sang humain. S’il veut survivre, Patrick doit non seulement faire face à ces démons qui frappent à sa porte mais aussi à ceux, plus sournois, qui l’assaillent intérieurement. Et si cette petite fille, qu’il prend sous son aile, parvenait à le ramener, lui, vieux loup solitaire, dans le monde des vivants ?

Je continue donc mon exploration de l’univers des zombies avec Les Décharnés, autoédité par son auteur, Paul Clément. Et bien que le style du récit se soit avéré aux antipodes de mes goûts (je n’ai pas une franche passion pour les survivals), j’ai passé un bon moment en compagnie de Patrick et Emma.

Parlons donc des personnages. Patrick est un agriculteur veuf, vieillissant et dangereusement asocial. Le genre de type qui trinque et se délecte en observant les hordes de touristes coincés à cuire dans leurs véhicules, pris dans les traditionnels embouteillages estivaux sous l’implacable soleil de Provence. En trois mots : un type bien. Bon, évidemment, le côté asocial ne le pousse guère à se démener pour son prochain : dès que débarquent les zombies, c’est chacun pour sa pomme et l’ami Patrick ne joue que pour la sienne. Le personnage n’est donc pas, au premier abord, des plus sympathiques. De fait, il est le premier surpris lorsqu’il quitte ses barricades pour aller secourir Emma, une gamine terrifiée qui vient d’assister à la mise à mort de sa mère. Bon an mal an, le duo va devoir s’apprivoiser (et ce n’est pas facile) : au fil des chapitres, on constate avec plaisir que Patrick s’ouvre à Emma et passe de vieux con antipathique à vieux con (on ne change pas une équipe qui gagne !) sympathique. Il va tenter de survivre et de protéger Emma d’un univers en déliquescence, dont les zombies ne sont pas le danger le plus menaçant, en fait. Comme dans pas mal d’histoires du même genre, la menace la plus importante vient plutôt des quelques survivants. C’est peut-être la seule limite du roman : alors que Patrick révèle de bons côtés sous des aspects bourrus, son principal opposant, Gérald, manque un peu de nuances dans sa méchanceté.

Hormis cela, le roman présente une bonne intrigue de zombies, certes un peu classique (mais difficile de faire sans les codes du genre), parfois un peu balisée (mais encore une fois, difficile de s’affranchir totalement des codes adéquats) mais efficace et rythmée. Après un premier chapitre en fanfare, on traverse quelques passages plus calmes mais, pas de panique : le rythme est rapidement de nouveau au rendez-vous. Les pages s’enchaînent jusqu’au dernier chapitre, absolument saisissant.

Si l’intrigue suit un cours classique, l’auteur place le roman dans un décor original, celui de la Provence. Et pas dans une grande ville ! On zone donc dans la cambrousse, les petits bleds, sur les routes désertes (hormis les zombies en goguette, évidemment). Cela change agréablement de ce que l’on a l’habitude de lire.

Côté zombies, il y a évidemment quelques scènes chargées en tripes et en hémoglobine mais l’auteur ne verse pas inutilement dans le gore. Malgré quelques écueils de premier roman (mais rien d’insurmontable), l’ensemble est bien mené et l’auteur apporte un grand soin à ses formulations.

En grand connaisseur des zombies, Paul Clément livre une intrigue horrifique rythmée et prenante, qui respecte les codes du genre, dans un univers original. Son duo est touchant et efficace et on en apprécie l’évolution. De plus, malgré une intrigue somme toute classique, l’auteur ne sombre ni dans la facilité, ni dans les bon sentiments ! Amateurs de zombies, notez donc le titre. 

Les Décharnés : une lueur au crépuscule, Paul Clément. Autoédition, décembre 2015, 320 p.

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Positif, David Wellington.

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New-York, quelques vingt années après une apocalypse zombie. Finnegan, dit Finn, vit confortablement dans la ville fortifiée, entouré de ses deux parents. Malheureusement, sa mère se transforme subitement en zombie et le jeune homme de 19 ans est exposé au virus. Celui-ci peut incuber jusqu’à 20 ans. Finn est désormais un Positif. Le signe « + » tatoué sur la main gauche de Finnegan lui vaut expulsion : une voiture du gouvernement l’amènera dans un camp sanitaire en Ohio. Sauf que… l’agent fédéral a été égorgé. Et Finn est tout seul, dehors, sans même savoir que l’Ohio est un état à des centaines de kilomètres. Et, bien sûr, il y a les zombies. 

Voilà un roman de zombies qui débute pour le mieux. David Wellington propose une intrigue vraiment originale : l’idée de ce virus zombie pouvant incuber jusqu’à vingt ans permet d’intéressants développements. Étant né à l’abri, Finn est très doué pour pêcher dans les tunnels du métro de New-York et subvenir à ses besoins… dans une ville à l’abri des zombies. Dehors, comment dire ? Il est nul. En fait, s’il ne recevait pas d’aide, il devrait mourir en moins de deux. Heureusement (ou pas ?), il est rapidement pris par Adare, un pillard qui circule sur les routes post-apocalyptiques américaines à bord d’un SUV bourré de fournitures et de jeunes filles, qui l’aident dans son travail – et lui servent, accessoirement, d’esclaves sexuels, ce que le naïf Finn ne comprend pas bien vite. De quartiers résidentiels à piller en camps de pillards, en passant par tous les coins où traîner ses bottes qu’offre l’univers post-apocalyptique, Finn découvre une réalité pour le moins sordide.

Finalement, le plus gros danger de son univers, ce ne sont pas les zombies… ce sont plutôt les humains qui peuplent encore le monde : pilleurs, voleurs, esclavagistes, la lie de l’humanité n’a eu guère de mal à survivre. Comme dans Feed, les zombies ne sont qu’une donnée de l’univers avec laquelle il faut composer, ce qui donne un récit riche en aventures, adrénaline et rebondissements.

Malheureusement, la belle mécanique s’enraye sur la seconde partie. Arrivé au camp sanitaire – qui n’est guère mieux qu’un camp de concentration – Finn reprend du poil de la bête et mène la révolte des Positifs. De loser sous-doué, Finn devient subitement un leader talentueux, à la chance un brin trop insolente : il arrive à déjouer les pièges que lui tendent la nature (sauvage et humaine) avec un peu trop de facilités. A la longue, cela devient même un peu lassant. Pourtant, le projet ne manque pas d’intérêt : on suit l’établissement des Positifs en petite communauté, les difficultés liées à l’hiver rigoureux qui arrive, aux zombies, ou à une secte qui semble prendre de plus en plus d’importance. Mais tout l’aspect original qu’avait le début, avec ce personnage se débattant contre un système et une nature auxquels il n’était pas préparé, disparaît dès l’instant où Finn se comporte comme n’importe quel héros de roman – qui rencontre deux-trois difficultés, mais s’en sort tout de même, au final, haut la main et sans jamais perdre sa bonne réputation. Sans être totalement cliché (car l’univers est là pour apporter son lot de surprises), le récit devient de plus en plus convenu, ce qui est bien dommage.

Positif est donc un roman de zombies inégal : la première partie, extrêmement prenante et originale, est quelque peu desservie par la seconde, qui se rapproche un peu trop du cliché de l’anti-héros secrètement talentueux pour être vraiment efficace. Le récit n’en demeure pas moins prenant, rythmé par ses chapitres extrêmement courts et ses multiples rebondissements. 

Positif, David Wellington. Traduit de l’anglais par. Bragelonne, 2015, 552 p.

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Métro Z, Fabien Clavel.

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Emma est un poil énervée. Déjà, le métro, ce n’est pas la chose la plus marrante au monde. Mais en plus, elle se coltine son petit frère autiste, qui semble s’échiner à lui pourrir la vie. La journée n’était, manifestement, pas assez mauvaise : voilà que des explosions retentissent et que le métro s’arrête… Or, Emma panique et s’enfuit dans les épaisses vapeurs jaunes qui envahissent la station de Châtelet-les-Halles, avant de se rendre compte qu’elle a abandonné son frère. Les issues de la station semblent, en plus, bloquées par des secours pas bien pressés de venir en aide aux survivants. Terrifiée, dégoûtée par son réflexe de survie, Emma retourner chercher son frère… et comprend qu’elle n’est pas sortie de l’auberge. Les gens semblent, en effet, de plus en plus étranges : indolents, marmonnant, les yeux dans le vague, la bave aux lèvres…

Quoi de mieux pour démarrer la semaine qu’une petite lecture zombies dans le métro parisien ?
Comme souvent dans ses thrillers jeunesse, c’est avec une grande efficacité que Fabien Clavel pose le cadre de son histoire. En quelques phrases, on est dans le métro avec Emma, on s’agace avec elle de la promiscuité, on compatit à sa détresse face à un petit frère autiste qu’elle a du mal à comprendre (mais qu’elle adore, au fond, quand même !).
Et puis, rapidement, le ton change. De l’agacement, on passe à la panique, puis à l’angoisse lorsqu’Emma revient sur ses pas, traverse des monceaux de cadavres à la recherche de son frère et découvre… que les zombies ont envahi les lieux.

Difficile de lire ce roman sans ressentir une légère pointe de malaise, voire une certaine angoisse latente – surtout si vous êtes dans le métro. Qui plus est parisien. Car Fabien Clavel s’y entend pour faire régner une ambiance délicieusement horrifique et pour faire résonner le palpitant du lecteur. Et c’est un roman jeunesse !
Il ne nous laisse pas une minute de répit : qu’Emma soit en train de cavaler dans la salle des échanges, en train d’essayer d’atteindre son frère perdu au milieu d’une horde de zombies, ou en train de vivre une rencontre surréaliste avec une jeune graffeuse dans un tunnel obscur, on tremble à chaque page.
Et le huis-clos n’est pas le seul point terrifiant ! La gestion de la crise, la façon dont gouvernement et secours se refilent le problème a de quoi coller des sueurs froides…

C’est d’ailleurs Lana Blum (héroïne, notamment, de Captive), désormais âgée d’une trentaine d’années et reporter qui couvre l’actualité – puisque quelques scènes nous donnent à voir ce qu’il se passe à la sortie de la station.  Retrouver la jeune femme et la découvrir après ses aventures trépidantes est bien agréable. Côté personnages, le roman est porté par des figures remarquables. On s’attache très vite à Emma, présentée dans ses forces mais aussi ses faiblesses : à travers elle, Fabien Clavel évoque avec beaucoup de justesse l’autisme et les impacts qu’il peut avoir sur une fratrie, une famille. Emma est partagée entre l’amour qu’elle ressent pour son petit frère et l’agacement de se sentir moins importante et moins considérée que lui. C’est un personnage très juste que nous propose Fabien Clavel ! La relation tissée entre le frère et la sœur n’en est que plus émouvante. En contrepoint à la jeune fille, C-Byl, la fameuse graffeuse rencontrée dans les couloirs, dont l’histoire n’est pas toute rose non plus. Les deux ados se soutiennent, s’allient et on se retrouve avec un trio de choc prêt à affronter l’horreur – laquelle ne réside pas seulement dans les zombies, d’ailleurs.

Mais Métro Z dépasse le cadre du roman de zombies. Car les créatures n’apparaissent pas comme ça, un bon matin, parce que ça met l’ambiance. Attentat, terrorisme, conflits politiques et  censure des médias ajoutent une dose d’angoisse parfaitement distillée, ainsi qu’une fine réflexion, bienvenue dans un roman aussi court et dense. Si le déroulement de l’aventure dans le métro suit un schéma relativement classique, ce sont bien les personnages et la densité de la trame politique et sociale qui font tout le sel du roman !

Métro Z est donc un très bon roman de zombies : véritable page-turner, thriller mêlant horreur et questionnements intelligents (tant sur la famille que sur la société), voilà un roman ado court mais diablement efficace et prenant. La fin, énigmatique et très ouverte, vient apporter un point d’interrogation bien agréable en guise de conclusion : tout est-il bien qui finit bien… ou faut-il y voir le début d’une nouvelle menace ? Difficile de trancher !

Métro Z, Fabien Clavel. Rageot (thriller), 2014, 214 p.

 

ABC Imaginaire 2015

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[2015] Petit bilan de juillet

Et hop, on a terminé juillet, sa canicule, ses insupportables problèmes de transport et ses lectures presque estivales. Au menu de ce mois-ci, un week-end à mille, des chroniques, des brèves, une sélection d’albums jeunesse

Carnet de lectures.

Rayon bulles.

Ce mois-ci, j’ai  lu le premier volume du comic Lazarus, Pour la famille, signé Greg Rucka, Michael Lark et Santiago Arcas.

C’est l’histoire de Forever, qui est la cinquième d’une fratrie et, surtout, le lazare de sa famille, les Carlyle. Le lazare est élu pour subir un entraînement intensif et obtenir le meilleur de ce que l’argent et la technologie peuvent offrir ; elle est donc la gardienne du clan Carlyle, la main armée et le bouclier protecteur.
Dans ce futur assez proche (et salement dystopique !), c’est la richesse qui dirige tout. Une poignée de riches familles s’est départagé le territoire et seuls les gens de même catégorie sociale compte. Les autres ne valent guère mieux que des déchets (dystopie, on a dit !).
Les Carlyle ont justement une famille qui leur fait de l’ombre et Forever est envoyée négocier. Sauf que… pas mal de monde voudrait la voir morte et, si on y regarde bien, peut-être même au sein de sa propre famille.
J’ai beaucoup aimé le dessin un peu anguleux, dans des tonalités sombres, qui cadre tout à fait avec l’univers mis en place. L’histoire est pleine de mystère : il y a plein d’allusions comme quoi Forever n’est pas (ou pas seulement ?) humaine, mais rien n’est jamais clairement dit (ou alors les pistes sont brouillées !). De plus, les inimitiés qui se dessinent dans le clan Carlyle laissent présager le pire. Ce premier volume a suffi pour me mettre l’eau à la bouche, je lirai volontiers la suite !

Côté mangas, j’ai lu le premier tome de The Ancient magus bride (première lecture du WE à mille).

Chise a le pouvoir de voir des choses que d’autres ne peuvent voir : c’est une Slay Vega. Elle est achetée par un magicien très étrange (dont la tête est un crâne animal !), qui souhaite en faire son apprentie magicienne, dès son retour en Angleterre. Ce premier volume m’a laissé un avis très mitigé. D’une part, j’ai bien aimé l’univers, où un magicien à crâne d’équidé (?) à corne peut prendre le joli minois d’un prêtre (chargé de l’envoyer enquêter sur des faits fantastiques et inquiétants de préférence), où les fées sont visibles pour certains et peuvent jouer des tours et où magiciens et sorciers se disputent la vedette (les uns faisant appel à la science, les autres au côté obscur de la force). Le dessin est assez intéressant et donne à voir cet univers prolifique. Je ne sais pas exactement ce qui m’a dérangée. Peut-être une certaine mollesse dans l’installation de l’intrigue et un faux suspens sur la romance plus qu’agaçant : le magicien annonce à la donzelle qu’elle sera sa femme, celle-ci n’est point trop d’accord, mais s’ensuivent moult scènes où l’on est censé comprendre, manifestement, qu’une étincelle jaillit. Mais ce n’est pas vraiment justifié ou creusé. De plus, le fil rouge n’est pas complètement installé, donc tout cela semble relativement light. En fait, je pense faire l’économie de la suite !

Et j’ai testé la forme gazette de la série Le Château des Étoiles d’Alex Alice, avec le numéro 4 (qui correspond au début du tome 2) : Les Naufragés des étoiles !

Bon, je ne vais pas m’étendre sur le dessin, qui est toujours aussi sublime, vu que je ne ferais que répéter ce que j’écrivais ici.
Je vais plutôt parler du format ! Premier point : la gazette est imprimée sur du beau papier (journal, mais beau quand même). Ensuite, il faut s’assurer d’avoir de la place pour la déplier, car le format est plus grand que celui de la B.D. On ne profite que mieux des illustrations, donc 🙂 Enfin, petit point de détail vraiment sympa : les articles ‘ »façon gazette » qui évoquent l’actualité en lien avec l’histoire ! C’est très riche et cela permet de prolonger l’expérience. Allez, il y a quand même un petit bémol… C’est bien court, j’ai envie de lire la suite !

 

Côté romans. 

L’an dernier, j’ai découvert avec plaisir La Dynamique des fluides, de Mathieu Tazo et, cette année, j’ai rempilé avec son deuxième roman, Un caillou dans la chaussure. C’est l’histoire de Samuel Marion, obscur fonctionnaire du Secrétaire des Droits de l’Homme, qui fait une boulette et se fait virer. En plus, son père décède le même jour, ce qui est franchement pas de bol. Il a alors l’idée de retourner à Barjance, le village de l’arrière-pays varois où ses parents ont une maison (pas de loyer donc !) et où il a eu un grand amour de jeunesse pour une jeune femme dénommée Sonia. Objectif avoué : devenir maire de la commune – et vu le maire en poste, ce n’est pas difficile. Objectif non avoué : revoir la-dite Sonia, malgré l’amour qu’il porte à son épouse et à sa fille. Aussitôt dit, aussitôt fait ! Le déménagement est acté, la campagne sur les rails et, en moins de temps qu’il n’en faut pour dire Barjance Samuel est maire. Sauf que. 25 ans plus tôt, Samuel a tué le gendarme Bardan, une brute épaisse. Quatre personnes seulement sont au courant, les ex-meilleurs amis du monde : Georges, qui vient de reprendre l’usine de lavande locale, Patrick, un gars pas toujours bien vu et… Sonia, bien sûr. Et pendant sa campagne, Samuel a imprudemment promis au fils Bardan qu’il pourrait mener son enquête… Voilà le caillou dans la chaussure.
Or, on sait dès le départ qu’il y a du rififi, puisque Samuel Marion ouvre le roman en nous disant que tout est fini. Mais hormis le fait qu’il s’en sort – presque – indemne, mystère… Le suspens est donc au rendez-vous !
Le premier roman avait des allures de road-trip vengeur ; celui-ci ressemble à une chronique sociale, avec tout ce que cela suppose de mesquineries villageoises, de petits secrets sordides cachés et de machinations bien huilées ! Sous des dehors assez acidulés, c’est un véritable roman noir !
La narration réserve sa part de sarcasmes : le Samuel qui narre l’histoire a plus de recul que le Samuel qui la vit… et fait quantité de mauvais choix ! On a d’ailleurs souvent envie de le secouer. L’ensemble est assez grinçant, mais l’auteur ne sombre pas dans la surenchère : c’est noir, c’est aussi drôle et c’est surtout très réaliste. Comme, en plus, on a une partie des éléments en attaquant la lecture mais que l’affaire est assez opaque, le suspens est au rendez-vous. Un mélange assez réjouissant entre polar et chronique sociale – mais pour être tout à fait honnête, j’ai préféré son autre titre.

Côté séries. 

Début juillet a été marqué par un marathon Le Visiteur du Futur. On s’est avalé les quatre saisons sur un petit week-end – ce qui vous donne d’ores et déjà un aperçu de l’appréciation !
La série a démarré sur le web, avant d’être diffusée sur la chaîne Nolife ; les deux dernières saisons sont coproduites par Ankama et France TV Nouvelles Écritures.

De quoi ça parle ?
De nos jours. Raph est un jeune homme tout à fait banal. Mais voilà : il est littéralement harcelé par un fou furieux au visage constamment tuméfié et bizarrement vêtu, qui affirme être un voyageur du Futur… et venir de 2550. Le Visiteur passe sa vie à pourrir celle de Raph, l’empêchant de jeter une canette près d’une poubelle ou d’engloutir sa pizza au motif que cela pourrait engendrer – à terme ! – une catastrophe anéantissant la Terre. Le Visiteur tente, en outre, d’échapper à la redoutable Brigade Temporelle qui le pourchasse et qui va d’ailleurs bientôt s’intéresser à Raph de près, de très près… Je ne vais pas résumer plus parce que, d’une part, ayant regardé toutes les saisons à la suite, je risquerais de vous spoiler bêtement en mélangeant la chronologie et, d’autre part, c’est bien plus sympa de découvrir comment tout va dégénérer. Sachez juste que, dans la saison 4, on découvre un petit côté steampunk fort sympathique.
La série est hyper dynamique et on n’a pas le temps de s’ennuyer, que l’on suive les déboires des personnages face à la Brigade Temporelle ou sur Terre en 2550, rasée et infestée de zombies. Au départ, j’ai été un peu déstabilisée par les premiers épisodes, très brefs, qui ressemblent plutôt à des sketchs. Jusqu’à ce que la sauce prenne et qu’on se retrouve embarqués dans l’histoire – ceci s’explique par le fait qu’au départ, il n’y avait que 3 épisodes ; devant l’engouement, François Descraques a réalisé une première saison de 22 épisodes.  Si vous avez bien suivi, il s’agit donc d’une web-série amateur, au début : mais le rendu de la première saison est très pro et le jeu des acteurs bien dosé ! On est assez loin de la web-série qui peine à passionner – en plus, la réalisation ne fait qu’évoluer. Le scénario est super dense : à chaque saison, quelque chose de nouveau fait son apparition dans l’histoire et l’ensemble est super bien ficelé : voyages et paradoxes temporels, ambiance post-apo, zombies, baston, mystère, sentiments, il y a de tout. En plus, la psychologie des personnages est particulièrement soignée et ne fait qu’évoluer. Avec ça, la tension est maintenue jusqu’à la fin – pas tellement sur l’arc narratif principal, mais sur plusieurs petits points restés en suspens. Bref : du très très bon. En fait j’aurais volontiers signé pour une ou deux saisons de plus, vu la qualité de la série !
La totalité de la série est visible sur leur site, mais vous pouvez également vous procurer les DVD !

Top & Flops. 

On ne change pas les bonnes habitudes et on attaque par les seconds.

J’ai lu, pendant le WE à 1000, le premier volume de la série The Ancient Magus Bride, dont j’ai apprécié les graphismes, mais dont le sujet ne m’a pas franchement passionnée. Je ne ferai pas d’autre chronique donc je vais résumer ici : l’univers dans lequel on plonge est assez complexe, ce qui est plutôt chouette, mais l’agréable densité est desservie par une intrigue que j’ai trouvée plate à souhait, la faute à trop de répétitions (comme l’obsession du magicien envers Chise, le personnage principal) et à des lieux communs. Je ne continuerai donc pas la série.

J’avais beaucoup aimé La Dynamique des fluides, mais le deuxième roman de Mathieu Tazo, Un caillou dans la chaussure, m’a un peu déçue. Je ne saurais dire si c’est l’aspect furieusement tête-à-claques du personnage principal qui m’a agacée ou les sarcasmes – pourtant bien dosés ! – qui m’ont laissée de marbre, mais le fait est que je me suis un peu moins amusée dans ce roman noir que dans le précédent. De l’art de ne pas comparer les différents titres d’un même auteur ?

Passons aux réjouissances, maintenant !

la-voie-des-rois-1-les-archives-de-roshar-brandon-sandersonOn attaque avec la nouvelle série de Brandon Sanderson, Les Archives de Roshar : ce premier volume (qui n’est, en fait, que la moitié du tome 1 !) est énorme, mais se lit super bien. Comme souvent (j’ai l’impression) chez Sanderson, c’est l’étendue et la complexité de l’univers qui étonne et fascine. Impossible de ne pas se figurer les habits, bâtiments, plats ou coutumes des différents royaumes traversés tant tout est précisément détaillé ici. Et malgré la redoutable épaisseur, jamais on n’a l’impression de se traîner dans l’histoire. Génial !

En fait, cette lecture était tellement géniale qu’elle a salement éclipsé toutes les autres – pourtant il y avait de super découvertes mais, parfois, c’est dur de rivaliser !

Heureusement, il y a un manga qui m’a laissée sur des charbons ardents : le volume 5 d’Erased. Mais c’est QUOIerased-5-kei-sanbe cette fin ??!! Quand, en plus, je lis que le volume 6 vient SEULEMENT de sortir au Japon, je me dis que je ne suis pas sortie de l’auberge. Mais pourquoi tant de haine, franchement ? Bref, un tome bourré de révélations, j’ai adoré.

 

 

 Citations. 

«Sur l’écran, les yeux mordorés de la fille-soleil sont grands ouverts, ourlés de cils que le mascara Rosier allonge infiniment : « Un soleil ?… Marcus a dit ça de moi ?… »
Kenji : « Oui. Il est responsable Planétologie, il sait de quoi il parle. Il a dit que tu étais comme une géante rouge – tu sais, ces étoiles en fin de vie qui s’enflamment, qui rougissent, et qui brûlent tout leur système solaire autour d’elles en mourant ?»
Phobos, Victor Dixen.

«Culsans et Dionysos étaient les seuls à voir le jour se lever, les seuls à entendre les oiseaux saluer le soleil. Le dieu étrusque fit un pas vers l’estrade.
– Nous sommes seuls, lui confia-t-il. Tous orphelins d’un monde mort, d’un passé dont la mémoire s’étiole peu à peu. Ce n’est pas en épuisant nos ultimes fidèles que nous changerons cela. La trame du destin se tisse quoi qu’il advienne, et nul ne peut la défaire, nul ne peut revenir en arrière, ni les humains ni les dieux.»
Enoch, Estelle Faye.

«- Est-ce Jasnah Kholin qui vous a enseigné ce talent au crayon ?
– Non, ardent, dit-elle, encore debout.
– Toujours aussi cérémonieuse, dit-il en lui souriant. Dites-moi, suis-je donc si intimidant?
– On m’a appris à témoigner du respect aux ardents.
– Eh bien, je trouve pour ma part que ce respect est semblable au fumier. Utilisez-le où c’est nécessaire, et les cultures s’épanouiront. Répandez-le en trop grande quantité, et les choses se mettront simplement à empester. […]

– Vous avez appris ça, dit Kabsal en élevant son dessin de Jasnah, dans un livre.
– Heu … oui ?
Il regarda de nouveau le portrait.
– Il faut que je lise davantage.»
La Voie des rois, partie 1, Brandon Sanderson.