Rendez-vous avec le crime, Les Détectives du Yorkshire #1, Julia Chapman.

Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais oeil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson – et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !

Cela faisait un moment que je n’avais pas écouté un roman policier et celui-ci étant dans ma PAL depuis un moment (depuis qu’on n’arrêtait pas de me demander ce titre quand je bossais au rayon polar à la bibli, précisément), il était grand temps que je m’y mette. Et la découverte a été très bonne !

On est plus dans du cosy mystery que dans du polar à l’anglaise façon Agatha Christie, mais l’intrigue fonctionne quand même très bien. Dès le départ, on est plongés dans l’ambiance de Bruncliffe, petit village typique du Yorkshire, avec ses petites histoires, ses ragots, ses inimitiés. Attention, le début est un peu ardu, car il y a énormément de personnages qui sont cités !
L’intrigue purement policière ne démarre d’ailleurs pas immédiatement : c’est le premier tome, on a un petit temps d’exposition. Mais comme celui-ci est entièrement accaparé par la série de déconvenues de Delilah, qui permet au passage de présenter des personnages et de situer les principaux enjeux personnels, je n’ai pas eu cette impression de remplissage que peuvent avoir certains incipits. Donc cela démarrait plutôt bien. D’autant que l’enquête commence assez doucement, Samson étant recruté par une mère qui l’enjoint d’enquêter sur la mort suspecte de son fils, classée en suicide (ce qui ne lui convient pas), et sur laquelle il n’a que peu, voire pas du tout d’indice. Il faut laisser à l’intrigue le temps de démarrer, ce qui peut donner l’impression qu’il y a des longueurs dans la première partie du récit. De mon côté, j’étais suffisamment intéressée par les bisbilles du village pour ne pas souffrir de ce rythme tranquille !

Le récit mêle vraiment l’enquête aux trajectoires personnelles des personnages. En effet, en s’intéressant tour à tour aux deux personnages phare, à savoir Delilah et Samson, on a un aperçu direct de la vie du village et des connexions entre les différents personnages. Surtout, on en apprend plus sur le gros différent entre les Metcalfe et Samson, qui vient agréablement nourrir l’intrigue. Après l’apparente lenteur du départ, celle-ci progresse ainsi sur un rythme très confortable, qui aligne révélations, retournements de situations et scènes de la vie quotidienne au village, non dénuées d’humour. C’est du cosy mystery, quand même ! Pas de scène gore à l’horizon donc, mais un petit aspect comédie pas désagréable du tout. Ce qui n’empêche pas le récit de connaître des moments de tension : à ce titre, j’ai trouvé la scène finale vraiment bien menée et prenante, comme la tension subtile qui court tout du long de l’ouvrage, et qui concerne le mystérieux passé de Samson (dont j’espère connaître plus de détails dans la suite). Ceci étant dit, j’ai quelque peu regretté qu’on ait si peu d’indices pour découvrir de nous-mêmes qui était le coupable : on ne réunit les éléments que quelques instants avant que celui-ci ne soit confondu !

Je le disais au départ, les personnages sont très nombreux, ce qui assure un constant renouvellement des sources d’information et de péripéties – c’est d’onc le moment où je confesse m’être souvent perdue dans la nombreuse famille Metcalfe.
Tous les personnages ne sont pas aussi creusés que Samson et Delilah, mais parmi les personnages secondaires, ma préférence va tout doit à Ida Capstick, la femme de ménage à la langue acérée et à l’œil affûté, dont j’ai bien apprécié le caractère piquant ! J’espère la retrouver dans les tomes suivants !

Ce premier tome de la série des Détectives du Yorkshire est donc une très bonne découverte. J’ai passé un bon moment avec ce cosy mystery, qui allie mystère, vie mouvementée à la campagne et humour, un mélange auquel j’ai du mal à résister. Même si l’enquête est longue à démarrer, j’ai passé un très bon moment avec cette intrigue, qui sait ménager les scènes de comédie et les moments de tension plus prenants. Avec ça, la lecture d’Odile Cohen est parfaite, expressive comme il le faut ! J’ai donc hâte de poursuivre ma découverte de cette série, et toujours en audio !

Les Détectives du Yorkshire #1 : Rendez-vous avec le crime, Julia Chapman.
Traduit de l’anglais par Dominique Haas. Lizzie, réédition 2020, 720 min. Lu par Odile Cohen.

Cartes sur table, Agatha Christie.

Mr Shaitana est un bien étrange personnage : longue figure, moustache cosmétiquée et sourcils en accents circonflexes qui accentuent son air de Méphisto. Et Mr Shaitana, qui est véritablement diabolique, s’est plu, ce soir-là, à convier à dîner huit hôtes triés sur le volet : quatre spécialistes du crime et quatre personnes qui seraient – à ses dires – des criminels assez habiles pour ne s’être jamais fait pincer. Il ne faut pas trop jouer avec le feu, fût-on le diable ou peu s’en faut. Au cours de la partie de bridge qui prolonge cette extravagante soirée, le rictus démoniaque s’effacera définitivement de la longue face de Mr Shaitana. Tout simplement parce que l’un de ses invités lui a donné un coup de poignard bien placé…

J’ai continué sur ma lancée télétravail et livre audio avec Cartes sur table d’Agatha Christie – dont j’ai dû voir l’adaptation une douzaine de fois, ce qui ne m’a pas empêchée d’écouter avec attention et passion !

C’est un roman à la fois classique dans la bibliographie d’Agatha Christie, puisque l’intrigue se déroule dans un univers très feutré, quasiment à huis-clos, et en même temps très étonnant, puisqu’on assiste à une joute d’enquêteurs. En effet, dès l’instant où il est certain que le meurtre a été commis, les quatre spécialistes du crime se retrouvent en compétition pour les résoudre.
Chacun y va donc de sa petite enquête et de ses méthodes : le colonel Race et le superintendant Battle façon « enquête classique », Mrs Ariadne Oliver en utilisant son intuition et son sens de l’observation, et Hercule Poirot, comme d’habitude, en utilisant ses « petites cellules grises ». Les deux premiers ne sont pas très présents dans l’intrigue, dont la résolution est vraiment menée par Hercule Poirot et Mrs Oliver. Celle-ci, autrice de romans policiers, ponctue son enquête de remarques sur l’écriture, les personnages, la création d’une intrigue, ou la réception d’un roman par ses lecteurs. Le tout avec beaucoup d’ironie – et sans doute d’autodérision de la part d’Agatha Christie, dont c’est clairement l’avatar.

L’enquête est assez complexe et, comme souvent, repose sur de très petits détails (comme les annonces du jeu de bridge qui était en cours au moment du meurtre), qui font tout son sel. L’émulation entre les enquêteurs est vraiment très prenante. Et ce qui ajoute ici du suspense, c’est que les quatre suspects ont déjà été soupçonnés dans d’autres affaires, dont les échos viennent se mêler à l’enquête en cours. Alors, meurtriers, ou pas ? Évidemment, on attend de savoir qui a vraiment fait le coup (puisqu’ils en avaient tous l’opportunité), mais on se passionne assez vite également pour leurs passés respectifs. Le tout est vraiment bien mené et monté. La preuve, bien que j’aie vu plusieurs fois l’adaptation, je n’ai pas trouvé le coupable avant d’avoir bien avancé dans mon audiolecture !

Cerise sur le gâteau, Denis Podalydès lit ce roman avec beaucoup de talent, ce qui ajoute au côté très prenant de l’histoire.

Agatha Christie est une valeur sûre, et elle me l’a encore prouvé avec Cartes sur table. J’ai adoré redécouvrir cette histoire en version audio et me suis totalement laissée porter par le rythme des péripéties, comme par la voix du lecteur. J’ai aimé la petite compétition entre les enquêteurs et le récit rondement mené. Bref, une réussite. J’ai d’autres titres d’Agatha Christie à écouter et j’ai hâte de m’y mettre !

Cartes sur table, Agatha Christie.
Traduit de l’anglais par Alexis Champon. Lu par Denis Podalydès.
Thélème, 2004, 200 minutes.