Le Complot des corbeaux, Les Sœurs Carmines #1, Ariel Holzl.

Merryvère Carmine est une monte-en-l’air, un oiseau de nuit qui court les toits et cambriole les manoirs pour gagner sa vie. Avec ses sœurs, Tristabelle et Dolorine, la jeune fille tente de survivre à Grisaille, une sinistre cité gothique où les mœurs sont plus que douteuses. On s’y trucide allègrement, surtout à l’heure du thé, et huit familles d’aristocrates aux dons surnaturels conspirent pour le trône.
Après un vol désastreux, voilà que Merry se retrouve mêlée à l’un de ces complots ! Désormais traquées, les Carmines vont devoir redoubler d’efforts pour échapper aux nécromants, vampires, savants fous et autres assassins qui hantent les rues…

J’étais extrêmement curieuse de débuter ce roman, car il m’avait été largement vanté par Camille – dont je suis généralement les recommandations les yeux fermés. Et une fois de plus, bien m’en a pris !

Dès les premières pages, Ariel Holzl nous plonge dans un univers bien sombre, aux accents steampunk : les coupe-gorge sont légion, la politique peut s’avérer tranchante (dans tous les sens du terme) et les habitants de la cité de Grisaille ont bien souvent les dents longues (et là encore, au sens propre du terme). La ville, quoique dirigée par une reine assez peu flexible, est placée sous la main-mise de 8 familles qui ne s’en laissent pas compter. Là-dedans, pas facile pour la plèbe de s’en sortir sans dommages et c’est bien ce qui va donner au roman une partie de son mordant, car l’on suit les trois sœurs Carmines, orphelines de leur état, qui survivent uniquement grâce aux larcins commis par la cadette, Merryvère.

Ce que j’ai adoré, dans cette histoire, c’est le fait que tout aille de mal en pis. En commençant un roman, on peut raisonnablement penser que les déboires initiaux des personnages vont se résoudre – peut-être pas tous, mais au moins quelques-uns. Là, on a l’impression que le sous-titre aurait pu être : Chronique d’un désastre annoncé, tant les sœurs Carmines vivent catastrophe sur catastrophe, leur situation étant donc de plus en plus précaire.
Et ce qui est bien, c’est que le tout s’enchaîne de façon extrêmement entraînante : on ne peut donc s’empêcher d’être pétri de curiosité et de continuer sa lecture – avec une certaine fascination, en ce qui m’a concernée !

Il faut ajouter à cela l’ambiance particulièrement morbide qui règne. Les créatures fantastiques peu recommandables forment la haute-société et ont des passes-temps mondains pour le moins sanglants. Dont découlent, sans surprise, des goûts et un sens de l’humour à peine plus respectables, mais qui tissent des dialogues savoureux !
Et les aristocrates ne sont pas les plus surprenants en la matière. Les sœurs Carmines sont trois et, si le tome est centré sur Merry, on a tout loisir de découvrir la sœur aînée, Tristabelle, et la petite benjamine, Dolorine, laquelle n’aurait sans doute pas déparé dans un film de Tim Burton. Les extraits de son journal mêlent une immense naïveté et une cruauté toutes enfantines, cette dernière étant souvent soufflée par M. Nyx, son (très étrange) doudou. Je n’en dirai pas vraiment plus pour ne pas gâcher de surprises, mais le duo apporte tout son cachet au roman. Celui-ci m’a plu dans son ensemble, mais Dolorine fait partie des raisons pour lesquelles j’ai très envie de lire la suite !

Excellente découverte, donc, que ce Complot des corbeaux : l’intrigue nous plonge dans un univers d’urban fantasy particulièrement sombre et glauque, mais étrangement très réjouissant. Peut-être est-ce dû à l’enthousiasme que mettent les sœurs Carmines à s’en sortir, ou à l’enthousiasme des autres personnages à les en empêcher, mais le fait est que l’intrigue s’est avérée toute palpitante. Voilà un roman dont je lirai sans aucun doute la suite !

Les Sœurs Carmines, tome 1, Le Complot des corbeaux, Ariel Holzl. Mnémos (Naos), mars 2017, 263 p.

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Le Ballet des ombres, Les Chroniques de Hallow #1, Marika Gallman.

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Abby possède le pouvoir d’absorber l’énergie des personnes qui l’entourent. Un don dont elle ignore presque tout et dont elle se sert surtout pour dévaliser des galeries d’arts. Jusqu’au jour où elle fait la connaissance d’un policier qui semble porter en lui la capacité d’annuler son pouvoir… Leur rencontre va tous les deux les propulser dans un univers qui les dépasse et leur dévoiler la face cachée de Hallow, une métropole où même les ombres peuvent vous tuer.

Dès le début du roman, Marika Gallman donne le ton : le récit est plein d’une ironie mordante. En effet, l’histoire débute un lundi matin et, comme chacun sait (et Abby plus que les autres), il se ne passe traditionnellement rien les lundis matins. Or, le concentré d’actions qui déboule dès le chapitre 2 lui donne immédiatement tort !

Marika Gallman ne laisse aucun répit à son personnage, ni à son lecteur : l’histoire est bourrée d’action, trépidante, prenante à souhait, car l’intrigue est plutôt dense. Il y a cette histoire de bijou qu’Abby, son père et son frère (cambrioleurs assermentés) sont chargés de dérober et qui s’avère être un leurre ; il y a l’incapacité d’Abby à voler l’énergie de ce policier à qui elle tente de dérober son portefeuille ; il y a, enfin, cette entité sombre qui semble vouloir prendre le contrôle de Hallow et qui va réunir ensemble tous les fils d’intrigue. Ainsi, entre les histoires de famille, les histoires de cœur et la mission de super-héros qui, subitement, échoit à Abby, on a non seulement une intrigue consistante et variée, mais aussi un rythme  palpitant.

De plus, Marika Gallman campe une galerie de personnages vraiment intéressants. Abby n’est pas une de ces mijaurées auxquelles nous a habituées la bit-lit de bas étage. C’est une jeune femme accomplie et réfléchie, que l’on suit avec un immense plaisir dans ses pérégrinations (amoureuses ou personnelles). Chris, de son côté, ne lasse pas d’étonner avec le mystère qu’il promène derrière lui – et qui n’est pas résolu en fin de roman, laissant toute latitude pour la suite ! Mais mon coup de cœur va aux personnages secondaires que son les proches d’Abby : entre son père et son frère (qui tentent de la materner mais pas trop !), aussi drôles qu’atypiques, on est servis. Et que dire de Lupita, l’employée d’Abby, sorte de condensé entre la mégère et la belle-mère horriblement autoritaire mais débordant d’un amour qui ne sait s’exprimer ? C’est, sans aucun doute, mon personnage favori du récit !

Par ailleurs, l’histoire prend place dans un univers vraiment palpitant : Hallow est une cité assez glauque, mais on arrive à percevoir l’amour que ressent Abby pour sa ville – ça a un petit côté Daredevil, avec l’amour que porte ce dernier à Hell’s Kitchen. Côté magie, les personnages qui en sont porteurs sont tous, au lieux, hautement intrigants. Le pouvoir d’Abby est déjà hyper intéressant, mais elle n’est pas la seule à être dotée de capacités spéciales. Or, tout n’étant pas expliqué, la suite promet des révélations hautes en couleurs.

En somme, voilà une série qui démarre fort bien et qui entre direct dans mon top 5 des séries de fantasy urbaine ! De plus, si ce premier tome peut se lire comme un singleton, la fin, très ouverte, promet une suite haute en couleurs – si toutefois il s’y déroule bien ce qui semble se profiler. Nul doute que je mettrai mon nez dedans à la sortie !

Les Chroniques de Hallow #1, Le Ballet des ombres, Marika Gallman. Milady, 2016, 471 p.

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Le Joyau des Valoris, Les Sept Cités #1, Pierre Pevel.

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Dans la cité corrompue de Samarande, Iryän Shaän, voleur aux yeux de drac, est engagé pour voler un précieux diadème. Il s’acquitte de sa mission mais les joyaux qui ornaient le diadème sont dérobés peu après. Pourquoi ? Par qui ? Pour se disculper, Iryän et ses complices devront le découvrir et vaincre par la ruse et le fer de nombreux adversaires : voleurs, assassins, mages et spectres.

Cette série est un spin-off de la série Haut-royaume mais, si vous ne l’avez pas lue, pas de panique : les romans sont lisibles indépendamment (pour peu qu’on accepte d’être un peu largués au départ dans l’univers). En effet, l’histoire débute sur les chapeaux de roues et s’ouvre sur le vol commis par Iryän : ni une ni deux, on découvre univers et personnages d’un coup.

Et c’est délicieusement complexe ! Les cambrioleurs opèrent par bandes, aux intérêts pas toujours bien définis et, parfois, il peut être un peu difficile de savoir qui est train de trahir qui au juste. Il faut, de plus, faire la part des choses entre magiciens, voleurs et autres mercenaires. Bref : on ne sait pas où donner de la tête et cela donne au récit un côté aussi efficace qu’entraînant.
Toutefois, on regrettera que les personnages soient un peu semblables, ce qui les rend difficile à différencier de prime abord. De plus, pour qui n’apprécie guère les stéréotypes, il faut reconnaître que nos personnages s’inscrivent parfois dans ce cadre : ce n’est pourtant pas gênant ici, car cela permet de mieux discerner les rôles de chacun au sein de l’histoire, d’autant que celle-ci n’est pas très longue. Elle l’est cependant suffisamment pour que l’on se surprenne à se prendre d’attachement pour tel et tel personnage, malgré ses défaillances, ses petites compromissions et ses agissements parfois peu louables.

L’histoire, si courte soit-elle (elle tient en 200 petites pages !) est agréablement complexe – on l’a vu, notamment parce qu’elle oppose des bandes de malandrins aux intérêts souvent divergents. Il reprend ici tous les codes de la fantasy à capuches : l’ensemble est parfaitement ficelé et porté par la plume à la fois fluide et entraînante de l’auteur qui, décidément, s’y entend pour créer des récits très efficaces.
J’évoquais une certaine nébulosité au départ : en effet, on découvre tout de go l’univers des Sept Cités, ses subtilités et la mythologie particulière qui s’y rapportent. Mais l’intrigue étant ce qu’elle est, l’auteur donne assez vite les clefs nécessaires à la compréhension de l’histoire : qui (ou ce que) sont les dracs, alliances et inimitiés principales, réputations, spécificités géographiques… C’est bref, certes, mais suffisant pour rattraper un lecteur perdu ! Ainsi, cette trilogie est parfaitement accessible à qui n’aurait pas lu – comme moi – la série principale.

Finalement, le seul point que l’on pourrait regretter serait la brièveté de cette aventure. Car, si la novella semble s’achever sur une conclusion positive, on a envie de retrouver l’univers et les personnages tant l’ambiance de cette première aventure était prenante. Point positif : les deux tomes suivants sont déjà parus.

Les Sept Cités #1, Le Joyau des Valoris, Pierre Pevel. Bragelonne, 25 mai 2016, 288 p.

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La Guilde des Magiciens, La Trilogie du Magicien noir #1, Trudi Canavan.

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Comme chaque année, les magiciens d’Imardin se réunissent pour nettoyer la ville des indésirables. Protégés par un bouclier magique, ils avancent sans crainte au milieu des vagabonds, des orphelins et autres malandrins qui les haïssent. Soudain, une jeune fille ivre de colère leur jette une pierre… qui traverse sans effort le bouclier magique dans un éclair bleu et assomme l’un des mages. Ce que la Guilde des magiciens redoutait depuis si longtemps est arrivé : une magicienne inexpérimentée est en liberté dans les rues ! Il faut la retrouver avant que son pouvoir incontrôlé la détruise elle-même, et toute la ville avec elle. La traque commence…

Première incursion dans l’univers littéraire de Trudi Canavan, et c’est une incursion réussie !
On découvre donc l’histoire de Sonea, gamine des bas-fonds douée de magie, qui se découvre soudain des pouvoirs magiques. Une première grosse partie du roman est centrée sur la traque de Sonea par une guilde des magiciens sur les dents. Et pour cause, une magicienne non formée, en liberté, cela peut créer des ravages.

Globalement, l’histoire est assez classique et ne surprendra guère un lecteur aguerri de fantasy. Mais il faut reconnaître que, malgré son classicisme, l’intrigue tient bien la route. L’histoire semble manichéenne – et, à certains égards, elle l’est quelque peu – puisqu’elle oppose à la misère des Taudis les décors grandioses de la Guilde et de l’Université de magie. Richesses et statuts sociaux sont donc au cœur de l’affaire, les magiciens vivant dans l’opulence, les habitants des Taudis survivant à grand-peine. Heureusement, l’intrigue est un peu plus subtile que la simple opposition riches-pauvres. De plus, la traque offre un bon suspens et l’apprentissage n’est pas dépourvu d’instants de tensions. L’auteur en profite, d’ailleurs, pour mettre en place d’intéressant éléments pour la suite : à ce titre, le cliffhanger final donne envie de savoir ce qu’il va arriver à Sonea.
L’univers, de son côté, offre de belles trouvailles mais l’intrigue ne permet pas de savoir vraiment dans quel monde on évolue : Sonea passe des souterrains de la ville aux couloirs de l’université, aussi l’ensemble manque-t-il un peu de détails, même si l’auteur place quelques trouvailles originales (notamment au niveau des noms et du vocabulaire).

En ce qui concerne Sonea, on est assez loin du cliché du personnage surpuissant qui se découvre des pourvois fabuleux. Certes, c’est ce qui lui arrive, mais celle-ci garde sa fraîcheur et sa faillibilité, ce qui est bien agréable. Ceci étant dit, certains personnages (comme l’opposant principal), s’avèrent un peu prévisibles et ne sortent pas vraiment de leur rôle – peut-être que la suite leur laissera un peu plus d’amplitude !

En somme, ce premier tome est un tantinet classique mais diablement efficace, porté par un personnage rafraîchissant. Idéal pour débuter en fantasy !

La Trilogie du magicien noir #1, La Guilde des magiciens, Trudi Canavan.
Traduit de l’anglais par Justine Niogret. Milady, 2016, 476 p.
 

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