La Menace, Le Noir est ma couleur #2, Olivier Gay.

Alexandre a beau aimer se battre, il ne se souvient pas comment il s’est retrouvé sur ce lit d’hôpital, ni qui est cette Manon qui l’obsède. Effrayée par ses nouveaux pouvoirs, Manon ignore comment les cacher à ses parents, les apprivoiser… et éviter Alexandre. Quand les Ombres passent à l’attaque et qu’un nouvel élève arrive au lycée, la menace se précise. Manon et Alexandre se rapprocheront-ils ou s’éloigneront-ils ?

Le roman reprend là où nous laissions nos personnages : Manon reprend les cours ; Alexandre, quant à lui, n’a aucun souvenir de la semaine passée, et encore moins de Manon elle-même – ne parlons donc pas de tout ce qu’ils ont traversé.
Du coup, c’est d’autant plus drôle de les voir se rencontrer à nouveau, sous des angles différents : le lecteur et Manon savent comment ont tourné les précédentes éditions et cette étrange deuxième chance est assez amusante.

Il n’y a pas que la relation entre les deux adolescents qui a changé : Manon a, elle aussi, beaucoup changé. Alors, entendons-nous bien, elle ne change pas fondamentalement de caractère : elle reste une jeune fille affirmée et qui, sous des dehors de bonne élève timide, n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis. L’ennui, c’est que la dernière fois, cela s’est terminé par ce qu’elle redoutait le plus et qu’elle doit vivre, désormais, avec la boule au ventre et la peur de déclencher involontairement un cataclysme. À ce suspens rampant s’ajoute celui lié aux Ombres qui reviennent, plus fortes que jamais.

Et il faut également parler de ce nouvel élève, Jordan, fraîchement débarqué des États-Unis et dont le charme exotique ne laisse aucune fille indifférente. Manon incluse. Là, j’avoue, j’ai cru qu’on se dirigeait allègrement vers ce que je déteste (peut-être bien par-dessus tout) en littérature, notamment jeunesse : le triangle amoureux.
Sauf qu’Olivier Gay a eu la riche idée de le détourner, de le réinterpréter habilement, pour lui donner une tournure nettement plus intéressante et qui promet, à elle seule, un tome trois riche en émotions.

Côté style, la recette est la même que dans le tome précédent : les chapitres sont narrés en alternance par Manon et Alexandre, l’une usant du passé, l’autre du présent. S’ils vivent une scène commune, la fin en est reprise par le narrateur suivant, nous offrant ainsi un autre point de vue sur les événements. L’alternance donne un bon rythme à l’aventure, car chaque chapitre est en plus assez court. Mais ce système de changement de voix peut s’avérer être une pure torture ! Notamment lorsque l’on laisse subitement un personnage, ou lorsque la réaction attendue est amputée par le changement de voix. Tout cela contribue à rendre le roman particulièrement prenant.

Dans le premier tome, j’avais été frappée par le réalisme des personnages. Là encore, c’est très visible : leurs réactions sont criantes de vérité et parfois d’une telle justesse qu’on ne peut s’empêcher d’avoir un petit coup au cœur – notamment à la fin, qui est particulièrement réussie…

Sans surprise, j’ai donc englouti ce tome deux aussi vite que le précédent, charmée par l’univers dans lequel évoluent nos deux adolescents – et qui s’assombrit nettement ici. L’intrigue est très rythmée et offre quelques retournements de situations inattendus. Si l’auteur semble foncer tête baissée dans les clichés, c’est pour mieux les contourner, comme dans le premier volume. En somme, j’ai à nouveau été séduite par la série et je suis très curieuse de lire la suite !

◊ Dans la même série : Le Pari (1) ;

Le Noir est ma couleur #2, La Menace, Olivier Gay. Rageot, octobre 2014, 300 p.
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Tuto n°1 : embrasser comme une déesse, Brianna R. Shrum.

Suite au remariage de son père avec une femme beaucoup plus jeune que lui, cinq ans plus tôt, Renley n’a quasiment plus aucun contact avec sa mère, partie vivre à New York. La jeune fille est une tête en math – bref, on ne peut pas dire que ce soit la plus cool des lycéennes – et entretient une relation platonique avec son voisin et meilleur ami, aux côtés duquel elle a grandi. Car même s’il est très amoureux, elle ne se voit pas du tout sortir avec lui. Pour un voyage de classe… à New York justement… Renley a besoin de réunir un peu d’argent et décide de lancer un blog qu’elle monétise. L’argument ? Des réponses d’expert, vécues de première main, aux questions que se posent les ados. Jalouse de son indépendance, elle préfère garder sa véritable identité secrète. C’est le début d’une quête qui va la transformer et changer le regard que les autres portent sur elle…

Renley, en seconde, n’a pas une vie très marrante : sa mère l’a abandonnée cinq ans plus tôt et, depuis qu’elle a été trompée par le père de Renley (qui l’a remplacée par Stacey, une femme bien plus jeune), elle ignore purement et simplement sa fille et a refait sa vie à New-York. Le voyage organisé par le club de maths est donc l’occasion ou jamais de renouer les liens avec sa mère disparue. Sauf que le plan brillant imaginé par Renley (créer un blog avec des tutos répondant aux grandes questions des adolescents) pourrait bien ne pas être aussi efficace que ce qu’elle avait imaginé…

Le début du récit met en scène une jeune fille peu populaire et surtout très malheureuse, bien qu’elle refuse de l’admettre. Mais, au fil des tutos qu’elle poste, Renley se met à prendre de plus en plus d’assurance, passant peu à peu de l’autre côté de la barrière – celle séparant les filles adulées et populaires des filles lambda. Or, ce qui devait arriver arriva : Renley finit par prendre la grosse tête et perd ses amis. Retour à la case départ, ne touchez pas les 20 000 € et perdez vos acquis. Alors, qu’on se rassure, l’histoire n’est pas totalement noire. En fait, on rit même beaucoup et ce à tous les chapitres. Car Brianna R. Shrum nous raconte le tout avec beaucoup d’humour. Quoiqu’assez dramatiques (on y reviendra), les aventures de Renley sont pour le moins cocasses… et on y prend goût !

Les chapitres sont nommés comme les tutos, ce qui induit un suspens pas désagréable – au fur et à mesure, on se demande en effet comment va se réaliser la prédiction du titre. Celui-ci est là soit parce que Renley travaille son sujet (par exemple : comment faire une tresse cascade, comment réussir un œil de biche, comment s’épiler le maillot, comment embrasser comme une déesse…), en bonne experte consciencieuse, soit parce qu’elle fait l’expérience d’une nouvelle facette de la vie d’ado.
Et si elle en expérimente les plus agréables (l’amitié, la popularité, l’amour), elle en teste également les plus sombres (addiction à cette même popularité, prises de risques inconscientes, harcèlement, etc.). L’auteur parle vraiment bien de la vie lycéenne, de l’adolescence et de ce que l’on peut traverser durant ces périodes. Le roman évoque également, en filigrane, quelques préoccupations de société : il est question de réseaux sociaux et, évidemment, de la place de plus en plus importante (et flippante ?) qu’ils prennent dans la vie des ados. Corollaire : le roman évoque également le slut-shaming (un sujet merveilleusement développé dans La Vérité sur Alice par Jennifer Mathieu) et le harcèlement – car on s’en doute au vu du titre, Renley quitte assez vite la sphère des tutos coiffure-maquillage pour attaquer les vraies questions d’ados.

En filigrane aussi : les relations familiales, les familles décomposées et recomposées et le ravage qu’une absence de communication peut avoir sur un adolescent. À ce titre, la mère de Renley remporte sans doute la palme de la mère indigne de la littérature jeunesse ! Heureusement, celle-ci peut se rattraper sur ses amis, au nombres desquels April, la meilleure amie (elle aussi au club de maths) et Drew, son voisin et meilleur ami depuis toujours. Avec l’un comme avec l’autre, Renley a des relations touchantes et a des échanges passionnants (profonds, houleux, émouvants, il y en a pour tous les goûts). Et la romance, dans tout ça ? Oui, le titre annonce clairement la couleur, le roman laisse une large part à l’histoire sentimentale – ce qui, ne nous mentons pas, est sans doute LA préoccupation majeure des adolescents. Mais dans sa quête monétaire et de renseignements de qualité, Renley va faire l’expérience des premiers émois amoureux et des questionnements qui leur sont inhérents. Et ce sans qu’on trouve le tout pénible, redondant ou déjà-vu. Ce qui, de mon point de vue, est excellent !

J’ai donc lu Tuto n°1 d’une traite, passionnée par la vie absolument chaotique et passionnante de Renley. Ses tribulations et questions existentielles, quoique courantes, ont parfois des conséquences assez dramatiques, néanmoins racontées avec beaucoup d’humour. On ne s’ennuie pas un instant et, de plus, Brianna R. Shrum dresse un très beau portrait de l’adolescence d’aujourd’hui !

Tuto n°1 :  embrasser comme une déesse, Brianna R. Shrum.
Traduit de l’anglais par Maud Ortalda. Lumen, 16 mars 2017, 373 p. 

 

Le Pari, Le Noir est ma couleur#1, Olivier Gay.

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Normalement, Alexandre le bad boy du lycée n’aurait jamais prêté attention à Manon l’intello du premier rang. Pourtant, à la suite d’un pari, il a décidé de la séduire.
Normalement, Manon n’aurait jamais toléré qu’Alexandre vole à son secours. Pourtant dans l’obscurité d’une ruelle, sa présence s’est révélée décisive.
Alexandre doit se rendre à l’évidence. Rien n’est normal dans cette histoire.
Manon acceptera-t-elle qu’il entre par effraction dans son univers ?

La fin de l’année 2016 et le début de 2017 ont donc été résolument marqués par la bibliographie d’Olivier Gay ; après avoir découvert Faux frère, vrai secret et La Main de l’empereur, me voilà donc ouvrant enfin – enfin !! – le premier volume du Noir est ma couleur, une série jeunesse encensée sur les blogs. Et à raison ! Et il faut dire que ce roman a fait commencer l’année très fort : première lecture, premier coup de cœur !

Le roman commence comme un roman adolescent un peu classique : on découvre Alexandre, lycéen de 16 ans de son état, très occupé à agacer sa mère avant de rejoindre un lycée dans lequel il fait plutôt partie des gentils amuseurs de la classe que de l’élite étudiante. Au chapitre deux, on attaque de front la fantasy urbaine. Car on y découvre Manon, élève dans la même classe d’Alexandre, en proie à un problème d’eau chaude sous la douche… qu’elle règle spontanément d’un petit coup de magie. En toute simplicité !
Les chapitres sont consacrés en alternance à Alexandre et à Manon ; ceux du premier sont rédigés au présent, tandis que ceux de la seconde sont au passé – pas moyen de confondre les deux voix, donc. Et l’alternance des deux voix nous permet, d’une part, de voir les scènes sous différents angles (et de se rendre compte que les deux personnages n’ont pas toujours les mêmes objectifs ou avis) et, d’autre part, d’instaurer un certain suspens. Car lorsqu’ils sont séparés, on se demande bien ce qu’il est en train d’arriver à l’autre !

Dès le début, Olivier Gay s’attache à nous rendre les personnages proches et sympathiques : j’ai apprécié autant Alexandre la tête-brûlée que Manon la bonne-élève et le contraste entre les deux fonctionne à plein.
Ce qui a également très bien fonctionné pour moi, une fois n’est pas coutume, ce sont les lieux communs de la littérature young-adult. Je vous dis « beau gosse mal léché habitué aux conquêtes » versus « jolie fille qui s’ignore plutôt première de la classe », vous me dites ? Romance ? Mais oui !
Sauf que, pas tout à fait. Ou pas vraiment. Ou pas comme on aurait pu s’y attendre. Au fil des chapitres, Olivier Gay va ainsi recourir à plusieurs clichés qu’il détourne, pour nous proposer une aventure parfaitement ficelée. Car s’il y a rapprochement entre les deux, c’est par pure (ou presque) nécessité. De plus, les deux personnages, sous des dehors d’un classicisme absolu, s’en tirent vraiment bien : car loin de les avoir pensés puissants/très doués/imbattables, Olivier Gay a tissé deux adolescents qui réagissent tout naturellement à ce qui leur arrive (que ce soit dans les péripéties fantastiques ou dans la vie quotidienne). En gros, ce sont de vrais ados. Du coup, ils n’en sont que plus crédibles ! Et ce duo, aussi attachant que réaliste, est vraiment le point fort du roman. Et s’ils semblent un peu cliché sur le papier, ils s’avèrent finalement assez surprenants – d’ailleurs, le plus mignon n’est pas toujours celui que l’on croit, ce qui peut être parfois assez surprenant !

Côté magie, l’auteur s’appuie sur le Spectre des couleurs ; chacune des 7 couleurs de l’arc-en-ciel donne au mage qui les convoque un type de pouvoir différent. Et les mages des couleurs se collettent méchamment avec les mages… noirs, évidemment ! Les seuls à utiliser la 8e couleur, rigoureusement interdite, puisque liée aux forces des ténèbres. Si cette partie-là peut vous sembler un peu déjà vue, la façon dont les mages se gorgent de couleurs pour lancer leurs sortilèges est plutôt originales. Chaque petit détail, surprenant et original, vient constituer un univers à la fois complexe, original et dans lequel on se fond sans aucune difficulté. Dès le départ, j’ai eu l’impression d’évoluer dans un univers à la Pierre Bottero alors que, fondamentalement, les romans ont peut de chose en commun, hormis cette façon de se rendre immédiatement accessible et terriblement attrayants au lecteur. Du coup, c’en était même difficile de le quitter.

Avant de conclure, il faudrait que je parle aussi du style, qui est certainement pour beaucoup dans le fait que j’ai littéralement dévoré ce roman. Celui-ci est alerte, enlevé, volontiers enjoué ou plein d’humour et parvient à instaurer rythme et tensions d’un bout à l’autre du roman.

Le Pari est donc une formidable découverte, qui m’a tenue en haleine de la première à la dernière page. Surtout vu l’ampleur du retournement de situation sur lequel se clôt l’histoire – rebondissement qui donne, évidemment, follement envie de lire la suite. L’intrigue, l’univers à la fois familier et original, le duo attachant, le style, tout concourt à faire de ce premier tome une sacrée réussite, qui plaira autant aux jeunes lecteurs (disons dès 12 ans) qu’à leurs aînés.

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Feu, The Circle #2, Sara B. Elfgren & Mats Strandberg.

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La canicule écrase la ville d’Engelsfors, une vague de chaleur anormale étouffe la forêt environnante. Un phénomène qui inquiète les Élues, dans l’attente de la prochaine attaque des démons. Les jeunes sorcières, ébranlées par les morts qui ont marqué la communauté, doivent encore apprendre à apprivoiser leurs pouvoirs alors que tous leurs repères s’écroulent.
Et le Conseil, loin de les guider, leur intente un procès, alors qu’une étrange animosité à l’encontre des jeunes filles se répand à travers la ville comme une traînée de poudre. Cernées, esseulées, les Élues doivent faire front ensemble, mais les tensions au sein du cercle se font de plus en plus vives.

Le premier tome de cette série, publié il y a trois ans par JC Lattès sous le titre Le Cercle des jeunes élues, avait été un immense coup de cœur. L’annonce de l’arrêt de publication de la série après un seul volume avait donc été une immense déception – mon suédois étant pour le moins inexistant. Heureusement, cette série fait un tabac en Suède et a même été adaptée, donc elle vient d’être reprise par Fleuve – et en poche chez Pocket.

Et franchement, ça en valait la peine ! Il est rare que j’ai des coups de cœur sur tous les tomes d’une série mais là, ce deuxième tome semble faire exception à la règle tant j’ai été emballée par la lecture – malgré un récit au présent, malheureusement plat et lourd, ce qui dessert l’intrigue magistrale.
Feu reprend à peu près là où le premier volume s’arrêtait : c’est l’été et les élues souffrent, comme tout le monde, de l’infernale canicule qui s’est abattue sur Enfgelsfors, tout en stressant à l’idée de l’apocalypse démoniaque à venir. Les problèmes s’accumulent. L’entente entre les filles est loin, très loin, d’être cordiale : Ida est toujours à l’écart et Linnéa a perdu la confiance des autres depuis qu’elles ont découvert qu’elle était capable, depuis quasiment le début, de lire dans leurs pensées. De plus, elles ne maîtrisent toujours pas parfaitement leurs pouvoirs – Minoo ne sait d’ailleurs toujours pas quels sont les siens et s’inquiètent d’être – peut-être – la proie des démons. Or, il semblerait que l’apocalypse soit de plus en plus proche, comme en témoigne l’affliction dont souffre la forêt d’Engelsfors.
Mais tout cela n’est rien comparé aux ennuis qui tombent sur le coin de la figure des filles : le Conseil leur intente un procès en sorcellerie et la ville est subitement prise de folie sous l’influence d’un groupe de pensée positive – qui n’est rien moins qu’une secte.

Comme dans le premier tome, Mats Strandberg et Sara B. Elfgren reprennent leur recette très efficace mêlant fantastique et éléments réalistes. Les cinq filles ont toutes des problèmes d’adolescentes très concrets qui pourront parler aux lecteurs. Ainsi, l’une d’elles, confrontée à la chute brutale de sa cote de popularité, prend conscience du caractère abominable de ses amis, qu’elle avait, jusque-là, choisi d’occulter – parce qu’elle présentait le même. D’autres se découvrent des sentiments amoureux qu’elles ont du mal à accepter, pour diverses raisons. Une autre est confrontée à la dépression d’un de ses proches et à la terrifiante perspective de perdre un membre de sa famille. La dernière voit son cœur être brisé par un sombre crétin et doit également composer avec une ambiance familiale plus qu’électrique qui la mine… Tout cela s’équilibre parfaitement avec l’intrigue fantastique et mieux, les deux fils d’intrigue se nourrissent l’un l’autre, créant un récit complexe et très bien mené.

Et ce qui est intéressant, c’est que les auteurs jouent sur les genres. Le roman prend assez vite des touches de thriller survolté, alimentées par le procès – les filles tentant d’éviter à Anna-Karin une condamnation à mort – et la montée en force de la secte Engelsfors Positif. Alors que les filles refusent de céder à la propagande positiviste de la secte, on assiste à un vrai lavage de cerveau collectif. Les thèmes sont vraiment nombreux mais, comme pour les problèmes que rencontrent les filles dans leurs vies privées, ils viennent nourrir l’intrigue fantastique et l’enrichir de nombreux fils, que l’on suit tous avec autant de plaisir.

Plus on avance, plus les péripéties s’enchaînent à un rythme effréné et contribuent à créer une ambiance de plus en plus sombre. On se surprend à espérer que la situation va s’améliorer, on tremble, on apprécie l’ingéniosité des auteurs et on les déteste cordialement pour certains développements (pourtant logiques et sans doute nécessaires).

Après un excellent premier tome, les auteurs récidivent avec un deuxième tome magistral. Les 768 pages s’avalent sans barguigner, acheminant le lecteur vers un final plein de tension, qui ne fait que donner envie de lire la suite. Alors j’espère que ce nouveau départ permettra à la série de prendre son envol, afin que le troisième et dernier tome soit traduit chez nous !

◊ Dans la même série Le Cercle des jeunes élues (1) ;

The Circle #2, Feu, Sara B. Elfgren & Mats Strandberg. Traduit du suédois par. Fleuve noir (Outrefleuve), mai 2016, 768 p.

Hate List, Jennifer Brown.

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En arrivant au lycée pour la rentrée de terminale, Valérie sait que rien ne sera plus jamais comme avant. Cinq mois plus tôt, Nick, son petit ami, a ouvert le feu dans la cafétéria, et a fait une dizaine de victimes avant de se suicider. Des élèves arrogants, pénibles, qui le harcelaient ou persécutaient de Valérie. Des élèves qui figuraient sur la liste de la haine, celle que Valérie et Nick ont tenue pour se défouler. Valérie n’a jamais voulu ça. Valérie n’a pas appuyé sur la gâchette.
Mais cela fait-il une différence aux yeux des autres ?

Difficile sujet que celui de Hate List. Car il aborde un sujet de société douloureux (les tueries dans les établissements scolaires), d’une part, mais surtout parce qu’il le fait d’un point de vue ambivalent. Valérie est une victime de la tuerie, mais elle a quand même sa part de responsabilité, puisqu’elle a aidé à rédiger la fameuse liste. Des noms et des noms de personne qui l’ont blessée, humiliée, trahie, et que Nick s’est chargé d’abattre.

Dès le début, le roman est donc placé sous le signe de l’émotion. On alterne entre les passages narrant les instants précédant la tuerie et le moment fatidique, et ceux évoquant le retour de Valérie au lycée. Tout est narré du point de vue de la jeune fille qui, on s’en doute, culpabilise à mort : d’avoir lancé le jeu, de n’avoir rien vu venir, d’être « la copine de… », d’avoir survécu.
La question du pardon est omniprésente : peut-on pardonner à l’instigatrice du drame ? Peut-elle se pardonner elle-même ? Les élèves peuvent-ils se pardonner de n’avoir rien vu venir, peuvent-ils oublier leur comportement ? Bref, beaucoup de questions à trier. À ces questions s’ajoute la rancœur des survivants (adultes et enfants), qu’ils aient été touchés, qu’ils aient perdu un proche ou non.
Hate List, c’est donc un gros bouillon d’émotions, intenses, dures, et pas toujours faciles à gérer pour le lecteur. On suit Valérie, aussi est-il facile de se mettre à sa place, de passer par ses doutes, ses peurs, ses récriminations. Mais on ne peut s’empêcher de penser aux autres personnages que l’on croise, et de se mettre à leur place à eux. L’auteur ne fournit ni morale, ni déclarations bien pensantes, et c’est toute la force d’Hate List.

La galerie de personnages est très complète, et très crédible – sauf peut-être le père. Ce dernier est insupportable de suffisance, froid, et franchement inhumain envers sa fille. Certes, il est intéressant d’illustrer différentes figures de parents suite à un drame pareil, mais la figure du père est un peu trop outrée pour fonctionner réellement. Et il est dommage que la cellule familiale (ou ce qu’il en reste) n’ait pas été plus présente dans le récit.
On regrettera toutefois de n’avoir que le point de vue de Valérie : on ne sait ce que pense les autres personnages qu’à travers ses propres perceptions (parfois erronnées), aussi aurait-il été intéressant de proposer plusieurs points de vue. De même, certains événements semblent avoir moins d’importance que la reconstruction de Valérie, alors qu’ils touchent la reconstruction des autres victimes : c’est un peu dommage, mais on comprend aisément que l’auteur n’ait pas souhaité se disperser sur trop de personnages.

En somme, Hate List a le mérite de traiter un sujet de société important, et souvent tabou, et surtout de l’envisager dans ses conséquences : on ne s’attarde pas sur le drame, mais sur la façon dont les élèves s’approprient les événements et vont tenter de les surmonter. Le récit est bien écrit, souvent émouvant, et ne souffre que de très courtes longueurs. C’est le premier roman de Jennifer Brown, et force est de constater qu’il est très réussi. Voilà un très bon roman, à mettre sur toutes les étagères !

 Hate List, Jennifer Brown. Albin Michel, 2012 (1ère édition 2009), 389 p.
7,5 /10.

 

La Liste, Siobhan Vivian.

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Il y a des traditions immuables au lycée de Mount Washington. Le bal de la rentrée, les cortège des Braves, les défis sportifs… rien que de très naturel. Et puis, il y la Liste. Celle qui paraît tous les ans, peu avant le bal.Personne n’a jamais pu empêcher qu’elle soit publiée. Personne n’a jamais su qui l’établissait. L’anonymat des auteurs garantit une parfaite objectivité ; ce que la Liste affirme devient la nouvelle réalité.
Ce que tout le monde sait, c’est que chaque année, elle propulse sur l’avant de la scène 8 filles, 2 pour chaque année. Les 4 plus belles filles et les 4 filles plus laides du lycée. La vie de ces 8 filles va brutalement le changer, peut-être pour le meilleur… mais surtout pour le pire.

La Liste. Ou comment semer facilement et rapidement la zizanie dans un établissement scolaire, surtout entre les filles.
Vu comme ça, on pourrait penser que ce roman est une histoire « de filles ». Eh bien, pas du tout. Car la publication de cette Liste va avoir des conséquences inattendues sur la vie de beaucoup d’élèves des deux sexes.
Les huit premiers chapitres sont consacrés à la présentation de chacune des filles dont le nom s’est retrouvé sur la liste – deux par niveaux, une distinguée comme « la plus jolie » et l’autre désignée comme « la plus moche » – et de leur entourage. Ces chapitres inauguraux s’attachent à montrer l’instant où elles se découvrent sur la liste et les conséquences immédiates de cette découverte. La suite du roman montrera peu à peu comment la situation se dégrade (car elle ne pouvait que se dégrader), et comment cela touche beaucoup plus de personnes que ce que l’on aurait pu croire au départ, entraînant une ribambelle de conséquences insoupçonnables.

Le projet est donc extrêmement intéressant car il peut toucher beaucoup de lecteurs, qui comprendront très bien de quoi il retourne. Pourtant, le fait que tout soit narré au présent donne une narration un peu plate et très monotone. L’auteur réussit à éviter le compte-rendu clinique, heureusement, mais le récit manque malheureusement un peu de relief. De plus, alors que la tension monte graduellement tout au long du récit, installant une sorte de malaise très prenant, la fin est extrêmement abrupte. Certes, la chute est excellente, car elle démontre les effets dévastateurs de cette fameuse liste et toute la vacuité du procédé, ainsi que la mesquinerie des préoccupations de chacun et chacune. Pourtant, j’aurais aimé une fin avec plus de piquant, quelque chose de plus grandiose, en quelque sorte. Là, on a quelque peu l’impression que le roman n’est pas tout à fait abouti, qu’il lui manque un petit mot de conclusion – d’autant qu’on ne sait pas exactement pourquoi chacune des filles a été choisie, il manque des explications.

Cela étant dit, les personnages sont bien construits et bien pensés. Chaque fille a une personnalité très attachante, même les petites pestes. En alternant les narrateurs, Siobhan Vivian nous permet de découvrir les pensées, émotions, ressentis de chaque fille, et leur réaction face à la liste. Il y a les flattées, les dépitées, les dures à cuire, celles qui jouent un personnage pour se montrer fortes… De ce point de vue-là, c’est très intéressant, car l’auteur offre un panel de réactions variées, détaillées, qui permettent de bien appréhender les multiples facettes des conséquences désastreuses de la publication de cette affreuse liste. En même temps, la tension s’installe, car l’intrigue s’étale sur une toute petite semaine, celle qui précède le sacro-saint bal de la rentrée. Évidemment, les relations des filles avec leur entourage se dégradant, la liste fait resurgir des histoires enfouies, des cauchemars inavoués et exacerbent (en gros) ce qu’il y a de pire en chacun de ces élèves, ce qui contribue à l’ambiance délétère qui règne sur le lycée. Parallèlement, on cherche également à savoir qui a bien pu établir le classement – bien que l’enquête reste assez superficielle, l’intérêt n’étant pas dans la découverte du coupable, mais dans le panorama du lycée.

La Liste permet d’aborder des sujets variés, typiques du lycée : beauté intérieure et extérieure, limite entre beauté et laideur, la perception par les autres, féminité et masculinité, diktat des apparences, anorexie, etc.  Mais tous sont  évoqués très superficiellement (puisqu’ils sont nombreux). Même si varié, cela reste trop bref, et quelques clichés se sont glissés dans les situations, ce qui est un peu dommage.

Avec La Liste, Siobhan Vivian propose un roman destiné aux ados des deux sexes, sur un thème peu facile à vivre, aussi peu facile à traiter en littérature. Elle s’en sort assez bien, malgré une fin un peu pâle comparée au corps du roman, mais il est dommage que tout n’ait pas été approfondi. Le sujet semblera certainement familier à bon nombre de lecteurs, ce qui fait de La Liste un roman adapté à un large public. Le roman invite à réfléchir sur les dérives de la vanité et de la superficialité, tout en restant divertissant et  agréable à lire.

 

La Liste, Siobhan Vivian. Nathan Jeunesse, avril 2013, 406 p.
6 /10

 

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Treize raisons, Jay Asher.

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Un beau matin, Clay Jensen reçoit une boîte à chaussures qui contient sept cassettes, enregistrées par une de ses amies, Hannah, juste avant que celle-ci ne se suicide. Sur ces cassettes, Hannah parle de treize personnes qui ont, de près ou de loin, influencé son geste. Et Clay en fait partie. D’abord effrayé, Clay écoute la jeune fille en se promenant au son de sa voix dans la ville endormie. Puis il découvre une Hannah inattendue qui lui dit à l’oreille que la vie est dans les détails. Une phrase, un sourire, une méchanceté ou un baiser et tout peut basculer…

Treize raisons est un ouvrage qui me faisait de l’oeil depuis un certains temps, surtout pour le synopsis. Après tout, l’idée d’Hannah est aussi désespérée que machiavélique, et méritait qu’on s’y arrête. Mais j’en sors avec un avis assez mitigé, presque indécis.

Entendons-nous bien, le livre est assez original : par l’histoire des cassettes, tout d’abord. Par la présentation, ensuite. Les pictogrammes de lecture, pause, stop rappellent sans cesse la mise en abîme, et on imagine très bien Clay écoutant l’histoire d’Hannah. Les considérations sur les sentiments du jeune homme sont juste bien dosées : ni trop, ni pas assez, et elles restent assez justes. Dans une grosse première partie, la tension règne, puisqu’on veut évidemment savoir pour quelle raison Clay figure sur ces cassettes. Avec lui, et à la lecture de tout ce qu’Hannah a vécu, on se sent tour à tour révolté, dégoûté, profondément triste. En même temps, la « voix » de la jeune fille décrit des problèmes de la société sur lesquels on ferme bien souvent les yeux – même si l’on sent bien que tout cela a été écrit par un adulte dont l’adolescence remonte à fort longtemps!

Malgré tout, Hannah m’a laissé un sentiment indéfinissable ; son acte a un petit air de vendetta puérile de temps en temps, même si l’on comprend très bien ce qui a motivé son geste. La question de la vérité, des conséquences des rumeurs et des comportements des uns et des autres sur leurs congénères est certes primordiale, mais on en veut à Hannah de se décharger sur les autres, et de dramatiser de temps en temps à outrance, ou de manquer de volonté et de céder. Surtout dans la mesure où quelqu’un était là pour faire attention à elle, qu’elle le savait et qu’elle l’a gentiment ignoré. À ce stade du récit, j’aurais presque préféré que l’attitude de Clay eût été toute autre, et qu’il ait réellement fait partie de la cohorte des salauds décrits avant lui. Le roman perd un peu de sa force dès l’instant où l’on connaît la raison de la présence de Clay sur ces cassettes. Néanmoins, la leçon qu’il en tire et met immédiatement en application (celle de ne pas obstinément fermer les yeux) reste très juste et finit habilement le roman, instillant une petite note d’espoir dans le monde si sombre que nous dépeint la voix d’Hannah.

Si l’on peut difficilement adhérer au choix de la jeune fille qui, je le maintiens, aurait pu s’en sortir (malgré les scènes très dures qu’elle a vécues) si elle avait levé les yeux, il est très difficile de s’arrêter de lire. Le roman est assez prenant et l’alternance des deux voix, habilement mise en valeur par la typographie, rend la tension encore plus palpable. Les interventions de Clay sont parfois gênantes, car on veut simplement savoir ce qu’Hannah a à dire et pas lire les pensées assez convenues du jeune homme (qui laissent clairement présager de la fin, en plus).

C’est donc avec un malaise indéfinissable que l’on sort de cette lecture, car rien ne peut excuser l’acte d’Hannah; c’est pourtant un sujet difficile, et tout à fait d’actualité, le suicide chez les adolescents étant un grand tabou (comme le montre d’ailleurs bien l’auteur). La scène où Hannah laisse un message anonyme parlant de suicide est révélatrice du voile jeté sur le sujet ; on n’en parle pas, on ne sait pas. Malgré tout, c’est peut-être un livre qu’il faudra accompagner d’une solide discussion pour les plus jeunes, afin que les enjeux de cette fiction soient bien perçus -et surtout qu’Hannah ne fasse pas d’émules!

 

Treize raisons, Jay Asher. Albin Michel (Wiz), 2010, 284 p.
6/10.

 

 

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