Un lieu incertain, Fred Vargas.

un-lieu-incertain-fred-vargas

Adamsberg, Estalère et Danglard sont envoyés à Londres afin d’y suivre un colloque, à la grande joie de Danglard, et dans la plus parfaite indifférence du commissaire béarnais. Là-bas, ils suivent leur homologue britannique, le commissaire Radstock, à quelques mois de la retraite. Voulant leur faire visiter Londres by night, il les entraîne dans un quartier vivant. Là, ils croisent un des habitués, un aristocrate nommé Clyde-Fox ; malgré une alcoolémie avancé, il semble épouvanté et raconte à Radstock une sombre histoire de chaussures qui veulent entrer dans un cimetière. Les Français sont un peu dubitatifs, mais Radstock les convainc d’aller jusqu’au cimetière. Car voilà, il y a deux problèmes. Tout d’abord, le cimetière est connu pour les créatures étranges qui y ont niché depuis sa création. En suite, il y a les chaussures. Parce que les pieds sont toujours dedans.

 

Neuvième enquête d’Adamsberg (et qu’il vaut mieux lire entre la huitième et la dixième, si l’on veut bien suivre l’histoire de fond, ce que je n’ai évidemment pas fait. Rassurez-vous, ça reste tout de même compréhensible !).
Dans cet opus, j’ai retrouvé un Adamsberg comme je l’aime : délicieusement distrait, totalement ailleurs, avec toutefois des pointes de lucidité confinant au génie. Après avoir exploré le passé de Raphaël, Fred Vargas s’attaque à celui de son lunaire commissaire … et les découvertes sont de taille !

Comme dans L’Armée furieuse, Fred Vargas exploite un terreau de croyances, légendes et mythes ancestraux bien ancrés. Si le commissaire est prompt à la rêverie, il fera pourtant preuve, dans cette aventure, d’un pragmatisme et d’un rationnalismes exemplaires. Ce n’est pourtant pas facile quand tout porte à croire que l’enquête vise… un vampire en goguette. Rien de moins. Du cimetière de Highgate aux pieds des Balkans, en passant par les quartiers chics de Paris, Fred Vargas balade allègrement son lecteur, malgré des scène de crimes éparpillées en Europe, en jouant avec tout ce qui fait son succès habituellement. Une intrigue soignée, des personnages aux petits oignons et des dialogues complètement surréalistes (Adamsberg est un bon candidat pour les dialogues loufoques, il faut le reconnaître). Pourtant, dans cette aventure, le commissaire garde bien les pieds sur terre, refusant de croire à l’existence d’un quelconque buveur de sang. Un boucher, pourquoi pas, un buveur de sang, il ne faudrait tout de même pas abuser. Il va tout de même remonter les pistes les plus improbables, à son habitude, et envisager les scénarios les plus tirés par les cheveux (à se demander, des fois, où il va chercher tout ça). Pourtant, le temps presse, et la tension s’installe aussi progressivement que durablement, instaurant une ambiance un peu étrange, souvent délicieusement effrayante. Car l’enquête ne tarde pas à se retourner contre Adamsberg… qui de chasseur, devient proie, pour le plus grand plaisir du lecteur, qui se demande bien comment le tête-en-l’air va se débrouiller pour s’en sortir.

Les personnages, Adamsberg le premier, sont toujours hauts en couleur : j’ai retrouvé avec un immense plaisir la brochette des inspecteurs. Danglard, l’encylopédie ambulante accro au vin blanc ; Retancourt, la déesse polyvalent ;  Froissy, qui fait des provisions de nourriture en vue d’un siège, ou encore Estalère, le brigadier à la bêtise crasse, tous sont présents et aucun ne manque à son rôle. On retrouve également Lucio, le survivant du franquisme, aussi préoccupé par les petites chose de la vie qu’Adamsberg, quoique dans un tout autre registre. Une enquête d’Adamsberg d’où tous ces personnages seraient absents aurait un petit goût d’inachevé. C’est pourquoi j’ai été positivement ravie de les retrouver, et tout autant de les suivre.

Comme toujours, l’auteur se joue habilement des différents fils tissés dès l’introduction. C’est complexe, loufoque et déjanté, mais toutes les pièces finissent par s’emboîter à la perfection. C’est tout simplement brillant. En somme, je suis partie avec une valeur sûre et, une fois de plus, je n’ai pas été déçue de cette aventure – peut-être est-ce parce que j’ai déjà un faible assez prononcé pour le commissaire dans les nuages. Si vous aimez déjà le style et l’univers de Fred Vargas, n’hésitez plus. Si vous hésitez à franchir le pas, lancez-vous. Au bout de neuf enquêtes, c’est toujours aussi bon!

 

Dans la même série : L’Armée furieuse.

 

Un lieu incertain, (9è enquête d’Adamsberg) Fred Vargas. Viviane Hamy, 2008, 383 p.
9/10.

Le Dernier hiver, Jean-Luc Marcastel.

le-dernier-hiver-marcastel
2 035, 31º C en-dessous de 0. Depuis des années, le Crépuscule baigne Aurillac dans un ciel de sang. L’Hiver s’est installé, un hiver éternel qui dévore les terres et fige l’océan dans la banquise. La Malesève, cette armée de pins monstrueux, a mis à genoux la civilisation. Alors, devant la fin d’un monde, que reste-t-il d’autre que l’amour ? L’amour qui va pousser Johan à braver le froid et les pins pour retrouver sa bien-aimée, l’amour qui va pousser son frère, Théo, à lui ouvrir la voie, l’amour toujours qui incitera Khalid et la jolie Fanie à tout laisser derrière eux pour les suivre. L’amour est-il assez fort pour triompher de la Malesève et de ce qu’elle a fait des hommes ?

Imaginez… un monde entièrement recouvert par la neige. Un monde où les températures sont perpétuellement polaires, un monde où il ne fait jamais vraiment jour. Un monde qui a sombré dans la folie et le désespoir. Après un phénomène astrologique étrange, le monde que nous connaissions est plongé dans une lueur rougeâtre permanente. La Nature a repris ses droits, faisant reculer les hommes, leurs machines et la civilisation.
Ce qu’il en reste doit s’organiser pour survivre.
Avant de poursuivre, autant vous prévenir, je vais être désagréable : si le cœur ne vous en dit pas, vous pouvez directement passer au dernier paragraphe.

Vu comme cela, le roman part très bien : une histoire tissée autour de la réaction des hommes face à un monde en perdition, où les forêts, la glace, la neige et le vent règnent en maîtres. Tout cela partait même extrêmement bien, jusqu’à ce que le pavé tombe dans la mare. Histoire d’en rajouter sur le côté mélodramatique, Jean-Luc Marcastel a imaginé que la forêt qui se répand est uniquement constituée de… pins vampires. Et je n’ai rien inventé. Ces arbres mutants (en raison des radiations), pour survivre, se nourrissent de sang humain, et boulottent joyeusement tous ceux qui avaient envisagé de se faire un petit pique-nique bucolique. Soit.
A la limite, pourquoi pas. Mais ajouter, en plus, une sorte de conscience végétale collective à cette forêt, et la faire passer du rang de simple prédateur à engeance maléfique, il y a un pas que l’auteur aurait mieux fait de ne pas sauter. Au lieu d’être terrifiante et malsaine, cette forêt en devient grotesque : on perd tout à coup l’ensemble du potentiel dramatique, et c’est bien dommage. Vous, je ne sais pas, mais moi, des pins vampires odieusement maléfiques, ça me fait plutôt marrer que trembler.

Passée cette première surprise due à l’identité et la nature de l’ennemi, il faut encore accrocher aux personnages. Là encore, tout partait assez bien, avec une bande d’amis qui a réussi à garder de forts liens d’amitié dans l’adversité ce qui, en soi, est admirable et m’a beaucoup plu. Malheureusement, le bât blesse à nouveau. Pourquoi a-t-il fallu que l’auteur s’échine à caser autant de stéréotypes, tant masculins que féminins ? Entre le militaire au grand cœur, le jeune Arabe persécuté parce qu’il sort avec une jeune Juive (on aurait pensé qu’avec l’apocalypse en cours, ce genre de préjugés aurait disparu, mais non), la jeune fille menue et fragile éperdument amoureuse de son ami d’enfance aussi sourd qu’aveugle aux sentiments, on est servis. Mais la peine ne s’arrête pas là, non : le protagoniste, en plus d’être clairement un psychopathe, est aussi (évidemment) un beau gosse torturé au regard ténébreux, à la fibre héroïque bien trop exacerbée, en plus d’avoir un léger penchant schizophrène – et sa seconde personnalité n’est pas nécessairement la meilleure. Misère. Comme si, pour survivre, il fallait forcément être un monstre d’égoïsme, porté par une personnalité sans scrupules ni sentiments. Mais, rassurez-vous, tout cela ne s’arrête pas là. Car, voyez-vous, tout ce petit monde va se lancer dans une expédition désespérée, pour aller sauver l’amour de la vie du jeune fou furieux, exilée à Bergerac et dont ils sont sans nouvelles depuis des mois. Rien de plus simple, quand on sait que les fameux pins vampires ont colonisé tout le territoire.

On s’attend donc à une folle équipée dans le froid et la glace, à la recherche de la belle évaporée (oui, car, autre caractéristique : tous les personnages sont merveilleusement beaux. Une chance qu’on le sache car, quand on vit à -40°C, emmitouflés dans son passe-montagne, la beauté est par essence plutôt cachée). Cela étant, le principe de l’équipée m’a bien plu : avouez que c’est assez mignon, et que ça titille le réflexe chevalier-princesse en chacun de nous. Au cours de cette traversée, je m’attendais donc à ce qu’on subisse quelques passages difficiles. Et pour ça, on est servis, car les protagonistes semblent avoir le don pour tomber sur ce que la Création a fait de pire : entre le chef nomade qui se prend pour le roi du monde et crée son harem et le gourou-sorcier d’une secte maléfique, on n’est pas déçus du voyage. Là encore, petite déception : pourquoi fallait-il forcément verser dans les pouvoirs magiques ? Ne pouvaient-ils pas se débrouiller seuls, avec leurs petites compétences ? Ceci étant dit, je dois reconnaître à l’auteur qu’il fait ça avec classe, et que le tout sert un projet moral clairement défini. Si vous aimez les histoires de chevaliers héroïques, foncez, car ici, l’influence des récits chevaleresques est tout à fait perceptible.

Abordons enfin la question du style : passée l’introduction, quel ravissement ! Jean-Luc Marcastel a un style riche, dense, éminemment métaphorique, et souvent poétique. Un vrai plaisir pour les yeux. Du moins au début. Car par la suite, les mêmes tournures sont inlassablement recasées, encore et encore. Les mêmes métaphores, les mêmes périphrases pour désigner les personnages, les sentiments, les situations. De poétique, le style devient parfois franchement lourd et c’est très dommage, car il dessert clairement le propos de l’auteur. Le roman aurait certainement gagné à être épuré de certaines tournures trop répétitives, afin de garder les meilleurs passages (car d’excellents passages, il y en a. Croyez bien que tout n’est pas à jeter). Après une première centaine de pages, il devient pénible de lire sans cesse des tournures comme « l’obstination toute végétale », « le visage de fée eurasienne », « le militaire aux yeux de gosse ». Suprêmement agaçant. Comme si l’auteur ne pensait pas le lecteur capable de se souvenir des caractéristiques de chacun.
Quant aux péripéties, elles ne sont pas en reste. On s’attendrait à une certaine sobriété, au vu du contexte, mais il n’en est rien, et tout va de mal en pis : combats gagnés haut la main par des protagonistes inexpérimentés, arrivée d’une race de mammifères supérieure, dangereux mais (étonnamment) bienveillants envers les personnages, retournements de situation brutaux et – le meilleur pour la fin – sacrifice héroïco-stupide, rien ne nous est épargné. Tant et si bien qu’on en vient à se demander ce que voulait faire passer l’auteur, les actes des personnages étant loin d’être parfaitement moraux ou clairement justifiés par la nécessité (notamment du sacrifice). Drôle de moralité.

En somme, je n’ai pas du tout adhéré au Dernier hiver, à mon grand désarroi. Le style travaillé (trop, peut-être?) en devient lourd et répétitif, prenant régulièrement un ton moralisateur assez déplaisant. Les personnages m’ont tous semblé plus stéréotypés les uns que les autres, et assez prompts à jeter leurs convictions aux orties suivant les circonstances. Le seul qui m’ait vraiment plu est Khalid, avec ses incessantes boutades, et son sempiternel « Mon grand-père, y faisait des babouches, tu vois, et mon grand-père y disait… ». Ces perles de sagesses émaillant le récit réussissent, heureusement, à le faire remonter dans mon estime, et distillant une petite note d’humour bienvenue. Le message porté par le roman est, en lui-même, intéressant, et mérite d’être lu : mais c’est dommage, tellement dommage qu’il soit noyé dans tout cet appareil fantastique superflu et ses péripéties tirées par les cheveux qui, loin de terrifier, font plutôt penser à un mauvais film de série B. Le roman aurait gagné à être resserré sur les points essentiels, et n’en aurait eu que plus de force. Je suis donc terriblement déçue, oui, par ce qui s’annonçait comme une belle histoire d’amour, d’amitié et de survie, et tourne finalement à un grotesque ersatz de roman d’aventure, d’amitié, d’amour et de mort.

 

Le Dernier hiver, Jean-Luc Marcastel. Hachette Jeunesse (Black Moon), 2011, 450 p.
4, 5/10.

 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être…

les-chasseurs-sanglornis-prima-quesne

 

Insatiable, Meg Cabot.

 

insatiable-meg-cabot

Vous en avez assez des vampires? Meena Harper aussi.
Il faut dire que le paranormal, ça la connaît. La preuve: elle peut tout vous dire de votre mort prochaine. Mais dès que ça la concerne, Meena ne voit rien venir.
Du coup, elle ne pouvait pas imaginer:
– qu’elle allait rencontrer un beau brun ténébreux
– qu’elle en tomberait bêtement amoureuse
– que ce serait un prince au côté légèrement obscur
– que l’heureux élu serait déjà mort.
Pourtant, Meena finirait bien sa vie avec lui. Voici venue l’heure fatale de prendre son destin en main… Mais Meena en a-t-elle les moyens?

Insatiable, c’est le nom du soap-opéra dont Meena Harper rédige les dialogues : sur les écrans depuis 30 ans, il passionne les femmes de 18 à 50 ans et semble inintéressant au possible, du moins d’après l’image que Meena en donne (et, soit dit en passant, rappelle furieusement les Feux de l’Amour…). Histoire de booster un peu l’audience en berne, la direction de la chaîne décide d’introduire tout de go des vampires dans le feuilleton, au grand dam de Meena qui considère ces créatures imaginaires de pacotille comme des «  monstres de misogynie » (mais pas comme des monstres sanguinaires, bizarrement), et refuse d’envisager la possible existence d’êtres aussi peu rationnels (ce qui est très logique, de la part d’une femme qui peut prédire la mort des gens. Mais n’insistons pas, la logique n’étant pas la préoccupation principale dans ce bouquin.). Ainsi, dans une ville où rôde un dangereux sérial-killer ayant la bonne habitude d’étrangler (ou saigner à mort, suivant les versions), les jeunes femmes, Meena Harper n’hésite pas une seule seconde à aller promener, en pyjama, son petit chien, à trois heures du matin – occasion à laquelle elle se rend compte, oh surprise, qu’au vu des circonstances, cela peut s’avérer dangereux. On n’en doutait pas une seule seconde mais l’héroïne n’avait manifestement pas encore additionné deux et deux.
D’une façon assez peu crédible, elle en vient alors à rencontrer un vrai vampire, LE prince des ténèbres en personne de surcroît, à l’occasion d’un dîner organisé par sa pétulante voisine de palier, qui s’avère être la cousine (vampire évidemment) dudit prince et qui, faisant preuve d’une hallucinante présence d’esprit, s’empresse de révéler à toutes ses copines via internet que le prince est à New-York, alors qu’on sait pertinemment que tout le monde souhaite lui faire la peau. Soit. Voilà pour le résumé.

Sachant que Meena déteste cordialement les vampires, et n’y croit pas une seule seconde, on pourrait croire que l’histoire s’arrêterait là. Malheureusement, non. La bécasse tombe, on s’en doute, amoureuse du vampire, lequel s’avère être, forcément, un vampire torturé, refusant de faire du mal aux humains, et à la recherche de l’âme sœur, qu’il chérira jusqu’à la fin de ses jours. Évidemment. On se demande pourquoi on n’y a pas pensé plus tôt. On aurait, alors, pu en rester là, et se contenter de maudire la mode qui est aux vampires énamourés et bonnets de nuit, si seulement l’auteur n’avait pas jugé utile de mêler à ses propos des références on ne peut moins subtiles à l’œuvre maîtresse de Bram Stoker, citée toutes les dix pages (environ) –et que l’auteur n’a manifestement pas lue jusqu’au bout, ou qu’elle a largement confondue avec les adaptations ultérieures. On passera sur les noms aux consonances familières, comme ceux de Meena et Jonathan Harper, références évidentes au couple Harker, ou encore celui du garde palatin Abraham, qui rappelle le professeur Van Helsing –en moins érudit, classe et utile, cela dit. Ces pâles ersatz se contentent de faire ce pour quoi on les a créés : une insignifiante parodie.

Malheureusement, la forme ne rehausse franchement pas le niveau. Les dialogues sont creux, les descriptions n’apportent aucun élément et les récits de pensées ont la fâcheuse habitude de tourner en rond, rabâchant ce qui a déjà été dit et redit quelques paragraphes plus haut. C’est long, fade et fastidieux. On assiste, en plus, à un chassé-croisé du type « Je t’aime/ Moi non plus », que l’auteur tente vainement de pimenter avec un triangle amoureux superfétatoire. Et là aussi, l’histoire tombe comme un soufflé. Après avoir joué à fond la carte du romantisme échevelé avec son vampire aristocrate, Meena retourne sa veste et change totalement de bord, se passionnant subitement pour ce rustre de chevalier palatin. Les ressorts comiques et la vague tentative de parodie des autres romances utilisant des vampires tombent tous à plat, et plombent plus l’ambiance qu’autre chose. Le tout ressemble fort à du remplissage narratif et s’avère rapidement pénible à lire, d’autant que le style est d’une lourdeur incroyable. Entre les fautes de langage et de syntaxe, le vocabulaire on ne peut plus familier et la propension de l’auteur à inventer des locutions fautives (omondieu, maiouibiensûr et merdalors étant les plus fréquentes), il est dur de suivre sereinement le semblant d’intrigue, dont la faible consistance s’évanouit dès les trente premières pages, laissant place à une effarante vacuité.

En somme, on ne sait pas trop si Meg Cabot a souhaité se moquer, à raison mais maladroitement, de la mode des romances paranormales impliquant des vampires ou si, au contraire, elle pensait s’y conformer avec cette fiction. Il en ressort qu’Insatiable est un roman long, insipide, et d’une affligeante niaiserie, qu’il est regrettable de présenter comme une réécriture du Dracula de Stoker – lequel doit se retourner dans sa tombe. Si vous aimez les histoires sordides avec de vrais vampires, ou les parodies habiles, passez votre chemin.     

 

Insatiable, Meg Cabot. Hachette (Black Moon), 2011, 567 p.
2/10

 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être…

Comment se débarrasser d’un vampire amoureux, une autre histoire de vampires !

 

La Soif primordiale, Pablo de Santis.

la-soif-primordiale-pablo-de-santis

 

Dans la Buenos Aires des années 50, à l’ombre de la dictature, Santiago, un jeune provincial, réparateur de machines à écrire, se retrouve responsable de la rubrique ésotérique du journal où il travaille et informateur du ministère de l’Occulte, organisme officiel chargé de la recherche sur ces thèmes et les vérités qu’ils recouvrent.
Malgré son scepticisme à l’égard du surnaturel, Santiago assiste à une rencontre de spécialistes des superstitions, y est témoin d’un meurtre et mis en contact avec « les antiquaires », des êtres extraordinaires qui vivent dans la pénombre entourés d’objets anciens, vendent de vieux livres et sont la proie de la soif primordiale, la soif du sang.
Le hasard ou le destin, mais surtout un étrange amour, puissant et troublant, amènera Santiago à ne plus résister à cette soif et il devra alors chercher à survivre, peut-être pour l’éternité, dans un monde hostile.

La Soif primordiale est une histoire de vampires. Avec cela d’original que, jamais, ce mot n’est prononcé. Pablo de Santis propose une réinterprétation magistrale du mythe du vampire, revisité à la mode argentine, mâtiné de modernisme. Les antiquaires, comme leur nom l’indique, éprouvent une passion dévorante pour le passé, qui les pousse à se spécialiser dans un domaine artistique particulier : les personnages sont donc bibliophiles, numismates, collectionnent les poupées, ou encore les encriers. Modernisme car Santiago Lebrón, personnage principal, est réparateur de machines à écrire, et journaliste dans un quotidien argentin assez en vue des années 50.

N’espérez pas un roman fantastico-historique. Ici, l’Histoire ne sert que de toile de fond générale, d’arrière-plan lointain ; l’histoire de l’Argentine est évoquée en filigrane, à travers certains événements marquants cités du bout des lèvres – le bombardement militaire de la place de Mai en 1955, par exemple, ou encore la mort d’Evita Perón. Mais l’ombre de la dictature argentine gouverne le récit, s’insinue dans les interstices, et donne au roman son ambiance si particulière.

Toute l’histoire tourne autour de Santiago, de ses choix, et du hasard qui traverse son chemin. Chargé de la rubrique de l’occulte, il n’y croit guère, jusqu’à ce que les antiquaires, et leur soif de sang qu’il ne faut pas satisfaire, deviennent un sujet de préoccupation central pour lui. Commence alors la vie de l’ombre, et les recherches d’un mystérieux ouvrage permettant d’inverser la donne.
Des ruelles sombres aux étagères poussiéreuses de la librairie, Santiago évolue constamment dans un univers qui semble brumeux, ténébreux, et énigmatique. Au rythme lent des journées écrasées de soleil, pleines d’une tension dangereuse, on se laisse envoûter par l’ambiance étouffante, nébuleuse et dangereusement tragique de la Buenos Aires des années 50.

Loin du réalisme magique argentin cristallisé par la critique, Pablo de Santis revisite un mythe littéraire qui a donné le meilleur comme le pire, et s’en sort haut la main, en proposant une fiction originale et bien écrite. Alors, c’est sûr, si vous cherchez du sensationnel ou une intrigue sentimentale un peu niaise, passez votre chemin. Pablo de Santis ne dépoussière pas le mythe, au contraire, il s’engouffre dans une tendance déjà désuète, initiée au XIXe par les plus grands noms du fantastique, et en redore le blason. Comme chez Stoker, c’est moins le vampire que l’humain qui prime et, de là, les divers choix qu’il aura à faire – tous plus calamiteux les uns que les autres, ici, et c’est bien tout l’intérêt.

C’est dans une ambiance suffocante, voire oppressante, mais captivante, que l’auteur égrène ses phrases, dans un style enlevé, précis, et éminemment agréable à lire. Tant et si bien qu’il est difficile de lâcher le roman une fois commencé, car on se laisse emporter par l’atmosphère incroyable du récit et le spectacle de la déchéance tragique et inévitable du jeune Santiago.
Voilà donc un roman qui m’a beaucoup plu, et dont l’atmosphère ravira certainement les lecteurs qui aiment les romans d’ambiance et les récits fantastiques de haut vol. Du pur bonheur.

 

Et je remercie de tout cœur Enlivrons-nous, pour ce magnifique cadeau d’anniversaire : il était extrêmement bien choisi x)

La Soif primordiale, Pablo de Santis (trad. François Gaudry). Métailié, 2012, 246 p.
9/10.

 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être…

riverdream-g-r-r-martin

Métaphysique du vampire, Jeanne-A. Debats.

  métaphysique-du-vampire-jeanne-a-debats

Raphaël est un drôle de vampire. Non seulement il est vieux et immortel, mais il entretient un rapport ambigu avec le Vatican. Pour tout dire, il travaille en sous-main pour lui… comme espion assassin. Normal, avec ses dons de vision, ses capacités surnaturelles, Raphaël ne peut être qu’un agent hors normes ! Or, voici qu’il doit se rendre au Brésil, mis sur la trace d’un dangereux nazi en fuite, qu’il doit capturer… ou éliminer. Accompagné d’un prêtre, Ignacio, et d’une vampire, Dana, le voici embarqué dans une sombre aventure où la moindre erreur peut se révéler fatale. Mais Raphaël pense. Lui.

C’est mon troisième roman de Jeanne-A Debats et l’auteur a su, une fois de plus, me ravir. Métaphysique du vampire narre les aventures de Raphaël, vampire de son état, au service du Vatican, et engagé par le Mossad pour faire la chasse aux criminels de guerre nazis. Voilà qui, d’ores et déjà, s’annonce croustillant. Cette aventure le mène donc de Rome à Rio, où il plonge dans les bas-fonds de l’esprit humain. Raphaël, cynique et froid, offre un point de vue captivant ; narrateur, il nous livre également ses pensées en vrac, agrémentant l’enquête pure. On s’attache très vite à ses sarcasmes et à ses remarques désabusées, mais pleines de bon sens, sur la nature humaine, et les composantes de la société moderne, quand bien même ses discours peuvent parfois sembler échevelés.

Les personnages secondaires sont eux aussi travaillés, et équilibrent le récit, surtout par les dialogues vifs et acérés qu’ils échangent avec Raphaël – avec une mention spéciale, ici, à Lucero, l’inquisiteur, qui est particulièrement réussi dans sa bêtise crasse. Le récit est très rythmé, et les rares pertes de dynamisme sont vite oubliées. Ceci étant dû à la grande finesse du style de Jeanne-A. Debats qui croque la société d’une plume vive et caustique. La quatrième de couverture promet un roman « fantastique, efficace, roublard, au langage… mordant » et ne mentait pas ; c’est un vrai plaisir de se plonger dans les phrases soigneusement concoctées par l’auteur et dans son univers atypique et luxuriant.

Elle évoque par ailleurs très subtilement la question de la monstruosité, ce qui fait qu’on devient un monstre, ou sur la définition même de ce qu’est le monstre. Le thème, pas évident, est très intelligemment et habilement traité, tout en finesse et légèreté (mais néanmoins en profondeur et avec une grande perspicacité).

En somme, Métaphysique du vampire, c’est une histoire intelligente, très bien menée, divinement bien écrite et qui, une fois la dernière page tournée, ne donne qu’une envie: celle de replonger immédiatement dans l’univers novateur mis en place par Jeanne-A. Debats, univers qui ne manquera pas de conquérir les fans d’urban fantasy en recherche de nouveautés!

J’en profite pour vous signaler une très intéressante interview de l’auteur ici – et devinez quoi? on y apprend qu’il y aura une suite!

Métaphysique du vampire, Jeanne-A. Debats. Ad Astra, 2012, 178 pages.
8,5/10

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être…

le-cabaret-vert-estelle-valls-de-gomis

Le Cabaret vert, un recueil d’Estelle Valls de Gomis.

Journal d’un vampire #1: le réveil, L. J. Smith

journal-d-un-vampire-1-l-j-smith

Dès l’arrivée de Stefan Salvatore à Fell’s Church, Elena, la reine du lycée, se jure de le séduire. D’abord distant, le garçon aux allures d’ange rebelle finit par céder à sa passion dévorante… et à lui révéler son terrible secret. Quelques siècles plus tôt, la femme qu’il aimait l’a transformé en vampire, avant de le trahir avec son frère ennemi, Damon. Des événements tragiques se succèdent bientôt dans la région. Tout accuse Stefan mais Elena est convaincue de son innocence. Et si Damon, vampire cruel et assoiffé de sang, était derrière tout cela ? L’histoire est-elle amenée à se répéter ?

 

Cette série a pas mal fait parler d’elle, ces derniers temps, surtout suite à son adaptation en série télévisée. Et pourtant, c’est à se demander pourquoi. Dire que ce roman ne m’a pas plu frôlerait l’euphémisme. Tout partait mal; dès les premières pages, héroïne m’est devenue insupportable. Affreusement superficielle, c’est la caricature même de la reine du lycée américaine; profondément égoïste et égocentrique, elle ne pense qu’à accumuler les conquêtes masculines, créant autour d’elle son petit harem de groupies, jetant les petits amis comme autant d’ustensiles jetables. C’est d’ailleurs ce qui arrive dès le premier chapitre: un nouveau venu au lycée, il lui faut absolument sortir avec et, pour ce faire, larguer le soupirant qu’elle avait jusque-là. Sa superficialité s’exprime parfaitement dans ses rapports avec les autres ; soleil de son propre univers, Elena ne souffre pas qu’on l’ignore, comme le prouvent les premiers chapitres, entièrement consacrés à la terrible humiliation que lui inflige Stefan qui ne daigne pas lui adresser le moindre regard.
En somme, c’est une vraie tête à claques, et on en vient même à espérer qu’il lui arrive des misères -de préférences définitives, d’ailleurs.

On s’étonnera au passage du titre : Journal d’un vampire, puisqu’en fait il s’agit surtout du journal d’Elena dont quelques extraits sont cités in extenso. Et on s’extasiera sur la niaiseria affligeante et la puérilité déplorable des considérations reportées par la jeune fille, dont le niveau n’a manifestement pas dépassé un certain seuil assez bas.

L’intrigue est, quant à elle, affreusement plate et inintéressante. Si les meurtres perpétrés dans la ville réussissent à tirer quelque peu le lecteur de sa léthargie, l’annonce fracassante, et ô combien capillotractée, de l’identité du tueur fait retomber le soufflé. À nouveau, la puérilité des personnages s’avère assez pathétique. Stefan manque furieusement de caractère; Damon, de son côté, apparaît bien machiavélique mais ne suffit pas à améliorer l’affaire. Les personnages secondaires sont tout aussi falots que les autres : inutiles à l’intrigue ou presque, ils font office de pâles figures décoratives. Les quelques sujets alléchants amorcés (possible existence des loups-garous, secrets familiaux de Meredith, visions de Bonnie…) ne sont pas poussés et servent simplement à meubler la conversation.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas accroché. Mais il faut souligner tout de même que c’est un opus qui se lit très vite, en raison certainement de la simplicité du style et de l’écriture qui le composent.

 

Journal d’un vampire #1, Le Réveil, L. J. Smith. Hachette, 2009, 453 pages.
4/10.

Si vous avez aimé ce livre, vous aimerez peut-être..

Twilight, de Stephenie Meyer.

 

Riverdream, G.R.R. Martin

riverdream-g-r-r-martin  coupdecoeur

Mississippi, 1857. Quel capitaine de vapeur sensé refuserait le marché de Joshua York ? Cet armateur aux allures de dandy romantique offre des fonds illimités pour faire construire le navire le plus grand, le plus rapide et le plus somptueux que le fleuve ait jamais connu. En échange de quoi ses exigences paraissent bien raisonnables : garder la maîtrise des horaires et des destinations, et, surtout, ne jamais – à aucun prix – être dérangé dans sa cabine hermétiquement close, dont il ne sort qu’une fois la nuit tombée. Voilà enfin l’occasion qu’attendait le capitaine Marsh, vieux loup de rivière aux proportions gargantuesques, pour relancer sa compagnie en perte de vitesse. Si ce formidable vapeur lui permet de coiffer ses concurrents au poteau, peu lui importe les lubies de l’étrange armateur. Jusqu’au jour où une vague de meurtres sanglants apparaît dans le sillage du Rêve de Fèvre…

Lorsque Joshua York propose au capitaine Marsh de lui allouer la somme qu’il veut pour construite le plus bateau qui soit, pour peu qu’une fois fait on le laisse tranquille, ce dernier n’hésite pas longtemps.

À bord du Rêve de Fèvre, Abner Marsh entend bien dominer le fleuve et surpasser tous ses adversaires. Qu’importent les bizarreries de Joshua, qui ne sort que la nuit, ou ses innombrables et étranges amis qu’il ramène d’escales impromptues. L’histoire se déroule le long du Mississippi, au rythme indolent des roulis du fleuve, bercée par le bruit si particulier des courses fluviales. George R. R. Martin campe à merveille ses personnages dans une ambiance mêlant parfaitement codes du roman gothique et révolution industrielle du sud des Etats-Unis, que l’on sent prêt à exploser -la guerre de Sécession n’est pas loin – tant et si bien qu’on a pu comparer son roman à la rencontre des univers de Mark Twain et Bram Stoker. Les personnages sont tous, à leur manière, attachants: Joshua, l’éternel torturé en quête d’un avenir meilleur, Julian, le sadique invétéré et, bien sûr, Abner Marsh, certainement « l’homme le plus laid du fleuve », mais ni le plus idiot, ni le moins courageux, loin de là. Aussi complexes que charismatiques, tous se croisent dans l’espace confiné du huis-clos que représente le Rêve de Fèvre (qui à bien des titres pourrait acquérir le statut de personnage à part entière tant il a son importance dans l’histoire).

Alors, certes, on pourrait reprocher au roman quelques lenteurs à démarrer l’action, ou bien l’absence de quête sous-jacente existentielle, mais tout cela est largement éclipsé par la maestria de l’auteur, dont les descriptions riches et précises rendent presque palpable l’atmosphère du roman. Un roman qui vaut vraiment le détour, que vous soyez amateur de vampires ou pas, tant l’ambiance est travaillée.

Merci à Enlivrons-nous, qui m’a prêté ce roman!

 

Riverdream, G. R. R. Martin. J’ai Lu, 2008, 506 p.
9/10

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

métaphysique-du-vampire-jeanne-a-debats

Le cabaret vert, Estelle Valls de Gomis.

le-cabaret-vert-estelle-valls-de-gomis

Les nouvelles d’Estelle Valls de Gomis nous plongent dans un univers peuplé de dandies décadents, de vampires, de dieux et de héros de la mythologie grecque, un univers servi par un style délicat rendant hommage aux grands nouvellistes du XIXe que furent Gautier, Mérimée ou Lorrain. Au fil des pages, on se laisse prendre entre les fils de soie d’un cocon d’écriture subtil et raffiné, qui nous embarque dans un voyage où l’émerveillement et le plaisir de lire ne se démentent jamais.

Du sable fin des plages méditerranéennes aux recoins obscurs des ruelles envahies par la brume, il n’y a qu’un pas qu’Estelle Valls de Gomis promène ses lecteurs au travers d’ambiances aussi soigneuses que variées. Ces dix-huit nouvelles sont autant d’évocations poétiques et précieuses de personnages étranges, déités aujourd’hui disparues ou résurgences d’un passé aussi fantastique que dangereux.

Délicatement présentés par l’écrin onirique et poétique du style de l’auteur, les personnages s’exposent à la vue de tous dans toute la splendeur de leur folie ou de leur mélancolie.
Le vampire, admirablement campé dans plusieurs nouvelles, se veut tendre et romantique, quoique souvent létal pour sa victime. Loin des productions à la mode, c’est un dandy, voire un esthète de la même veine que Des Esseintes, ou bien un philosophe atterré par les atavismes de sa race maudite.
La mort, omniprésente dans chaque texte n’est pas qu’une fatalité: résultats des actions des hommes ou simple aboutissement, elle prend tant d’importance qu’elle finit par se confondre avec les protagonistes, accédant à leur rang.
L’écriture élégante de l’auteur est très agréable à lire, ciselant avec précision portraits et atmosphères. Précieuses, aériennes, ou éthérées, ces auras fantastiques sont restituées dans tout leur faste et leur férocité.

Dix-huit nouvelles donc, parfois très courtes, dix-huit petites fenêtres ouvertes sur l’ailleurs, proposant d’agréables promenades dans des aires révolues où l’absinthe coulait à flots dans des salons raffinés et décadents, arpentés par des personnages du fond des âges restitués pour notre plus grand bonheur.

Le Cabaret vert : déités disparues et esthètes immoraux , Estelle Valls de Gomis. Editions Lokomodo, mars 2011 (1ère édition 2006), 260 p.
9/10.

abc-imaginaire-2012-challenge

 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être…

riverdream-g-r-r-martin

Queen Betsy: vampire et célibataire, Mary-Janice Davidson.

queen-betsy-1-mary-janice-davidson

Elle voulait juste être la reine du bal…
Elle va devenir la reine des vampires !

À son réveil à la morgue, Betsy Taylor découvre qu’elle est un vampire. Même si sa nouvelle condition possède de nombreux avantages, elle a bien du mal à s’habituer à son régime à base de liquide. Et même si sa mère est ravie d’apprendre que la mort ne lui empêchera pas de lui rendre visite, ses nouveaux amis nocturnes, eux, ont la conviction ridicule qu’elle est la reine annoncée par la prophétie.

 

Alors que la journée a déjà extrêmement mal commencé, Elizabeth Taylor (et ce n’est pas une blague), se fait bêtement percuter par une voiture dans la neige, et meurt de ses blessures. Venant parachever une vie assez peu intéressante du point de vue de la principale intéressée, ce décès tout aussi pitoyable la consterne totalement – et le lecteur par la même occasion.

Seulement voilà: la mort n’est pas toujours définitive. Et Elizabeth – dite Betsy – en fait l’étrange expérience, en se réveillant à la morgue, affublée d’un horrible tailleur rose et de chaussures antédiluviennes. Voyant en cela une mesquine vengeance de son insupportable belle-mère visant à la priver dans l’au-delà des chaussures de créateur dont elle raffole et qu’elle amasse péniblement, Betsy fonce sans plus tarder régler cet improbable détail, non sans avoir fait l’expérience de sa nouvelle invincibilité.

Et conclut par la même occasion que si elle n’est pas tout à fait morte, c’est qu’elle est devenue un vampire.

Ni une ni deux, elle révèle donc à ses proches que non seulement, elle n’est pas morte, mais qu’ en plus elle appartient désormais au petit cercle fermé des créatures de la nuit.

Le décor ainsi planté, on a les bases du roman, qui mêle bit-lit et chick-lit avec plus ou moins de bonheur. L’héroïne, vampire, donc, au fort caractère, ne tarde pas à faire preuve de surprenantes facultés qu’elle démontre à tout va, au grand dam de la communauté vampire, de sorte que l’ouvrage se lit assez vite; quelques dialogues percutants, des situations cocasses -voire loufoques – narrés dans un style parfois un peu maladroit (mais cela vient peut-être simplement de la traduction).
La partie prophétique, avec le traitement que lui réserve l’héroïne, participe largement au comique de l’histoire, bien loin des ouvrages purement bit-lit. Aucun cliché ne nous est épargné: le beau gosse ténébreux arrogant, le méchant bête comme tout mais voulant dominer le monde, la meilleure amie déjantée et surtout, une héroïne qui prend le train en marche. Mais ça marche, et on continue la lecture, histoire de voir où tout cela va nous emmener.

Le livre est assez divertissant, et ne se prend manifestement pas très au sérieux ; drôle et léger, sans prétentions, il est idéal pour décompresser !

Queen Betsy #1, Vampire et Célibataire, Mary-Janice Davidson. Milady, 2011, 337 p.
5,5/10

Si vous avez aimé ce livre, vous aimerez peut-être…