Projet Polaris, Gardiens des Cités Perdues #5, Shannon Messenger.

Après un passage mouvementé par Exillium, l’école réservée aux bannis, Sophie et ses amis sont de retour à l’académie Foxfire, où la jeune Télépathe n’est pas la seule, cette fois, à bénéficier de la protection d’un garde du corps. Car certains masques sont tombés : les nouveaux membres du Cygne Noir, ainsi que leurs familles, sont plus que jamais en danger… D’autant que les Invisibles, ces rebelles qui menacent les Cités perdues, multiplient les attaques.
Tandis que la tension monte avec les ogres, forçant les elfes à accepter des changements drastiques de leurs modes de vie, notre petite troupe tente d’en découvrir plus sur le plan de l’ennemi. Sophie ne dispose pourtant que de maigres indices : son nom de code est « Projet Polaris », un étrange symbole semble en être la clé et il serait depuis le début lié à… Keefe !

Vous aurez sans doute l’impression que je me répète (et j’espère bien continuer avec les tomes suivants), mais chaque nouveau tome me semble meilleur que le précédent !
À la fin du quatrième tome, la petite équipe se trouvait séparée et devait faire face à des convictions opposées : pas toujours facile à vivre au sein d’un groupe d’amis.

Cette fois, l’intrigue prend de nets accents de thriller, Sophie se chargeant de l’enquête sur le fameux Projet Polaris, cherchant à savoir de quoi il retourne et en quoi elle est concernée, au juste. Ce qui est particulièrement prenant, c’est que cette partie de l’intrigue s’entremêle merveilleusement à la partie plus politique. Depuis les événements du tome précédent, celle-ci s’avère de plus en plus complexe : les elfes et les ogres sont à couteaux tirés et leurs différends risquent de faire aussi sombrer les autres peuples des Cités Perdues, gnomes, gobelins et autres créatures magiques incluses. De fait, on sent qu’on s’achemine doucement mais sûrement vers une guerre ouverte.
D’autant que chez les elfes, le Conseil est loin de faire l’unanimité et on dénombre pas moins de trois factions, en comptant le Cygne noir et les Invisibles, chacune ayant des choses à reprocher aux autres et des intérêts pas toujours convergents. Ce qui pimente allègrement la partie et tient le lecteur en haleine de bout en bout.

L’autre excellent point, c’est la façon dont se tissent et se développent les les relations entre les personnages. On l’a vu, les dissensions entre le petit groupe viennent alimenter le débat. Plus que jamais, c’est l’union qui fera la force mais il est difficile de rester unis lorsque l’on a des points de vue totalement opposés. Mais Shannon Messenger ne se contente pas de mettre en avant nos jeunes héros. J’ai trouvé qu’elle accordait un soin particulier à ses personnages secondaires et à leurs relations, notamment du côté des adultes (les parents et Sandor ont ainsi droit à leur quart d’heure de gloire) et j’ai vraiment apprécié qu’on ne se concentre pas uniquement sur les protagonistes, tout en leur accordant aussi le soin nécessaire.

En lisant Projet Polaris, j’ai eu l’impression qu’on franchissait un cap. Jusque-là, Sophie était une enfant débarquée dans un monde d’adultes mais là, on sent clairement pointer l’adolescente (Sophie a désormais quatorze ans). Elle est plus mature et cela se ressent dans ses prises de positions, dans ses réactions, dans sa façon d’appréhender l’échiquier sur lequel elle se place. Comme c’est une adolescente, elle traverse aussi une phase qui fait la part belle aux sentiments (avec des scènes qui laisseront sans aucun doute les lecteurs sur des charbons ardents). Mais, là encore, cela sert à Shannon Messenger à étoffer son univers et à en démonter un des aspects censément utopiques : pour l’occasion, on découvre comment se marient les elfes – via des listes de compatibilité établies par une agence assermentée – ce qui permet à Shannon Messenger de dénoncer la théorie eugéniste qui gouverne la société elfique.
Ce trait, que l’on retrouve à chaque tome, fait partie des raisons pour lesquelles cette série me plaît tant. Lorsque l’on a découvert les Cités Perdues, dans le premier volume, Shannon Messenger nous les a présentées sous des traits parfaitement idylliques mais, au fil des volumes, elle nous montre comment la société elfique s’est construite sur des parti-pris parfois monstrueux. C’est fait intelligemment et subtilement et c’est donc d’autant plus percutant !

Dans cet opus, le rythme est, lui aussi, très soigné. Impossible de décrocher, car il n’y a aucun temps mort. Mieux : au fil des pages, on s’aperçoit que chaque paragraphe compte et que tout vient alimenter l’intrigue générale. Et si vous trouviez que le tome 4 se terminait sur un insupportable retournement de situation, attendez de découvrir l’incroyable conclusion choisie par Shannon Messenger : de quoi vous faire regretter de lire la série au fil des dates de parution, tant l’attente pour le tome 6 va sembler longue !

Après l’excellente surprise du quatrième tome, j’attendais ce volume de pied ferme et je n’ai pas été déçue par ce qu’a inventé, cette fois encore, Shannon Messenger. L’intrigue est hautement prenante et on ne s’ennuie pas un seul instant. L’intrigue, délicieusement dense, vient compléter un univers lui aussi merveilleusement complexe, et dont on découvre sans cesse de nouveaux aspects. Mieux : la fin est telle que l’on pressent une suite elle aussi palpitante ! Que j’attends donc, vous l’aurez compris, avec une certaine impatience. 

◊ Dans la même série Gardiens des Cités Perdues (1) ; Exil (2) ; Le Grand Brasier (3) ; Les Invisibles (4) ;

Gardiens des Cités Perdues #5, Projet Polaris, Shannon Messenger. Traduit de l’anglais par Mathilde Tamae-Bouhon. Lumen, février 2017, 664 p.

Les Invisibles, Gardiens des Cités perdues #4, Shannon Messenger.

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Finis les cours à Foxfire et les messages énigmatiques envoyés par le Cygne Noir, Sophie rejoint enfin la mystérieuse organisation clandestine qui lui a fait voir le jour ! Accompagnée de Fitz, Biana, Keefe et Dex, elle quitte les Cités perdues pour Florence, où se trouve le premier indice qui la mènera jusqu’au repaire du Cygne Noir. Là-bas, la jeune fille espère en apprendre plus sur elle-même, mais aussi sur les Invisibles, le groupe de rebelles qui cherche à déstabiliser le monde des elfes. Pour comprendre l’étrange épidémie qui décime les gnomes, préparer l’évasion de Prentice, prisonnier d’Exil, et affronter la menace grandissante que représentent les ogres, la jeune Télépathe va devoir s’appuyer sur ses camarades et se retenir de foncer tête baissée vers le danger ! D’autant que si de nouveaux alliés apparaissent, des traîtres sortent aussi de l’ombre…

J’avais déjà écrit, à propos du tome 3, qu’il était le meilleur de la série mais la lecture de ce tome 4 a changé la donne : c’est, jusque-là, indéniablement le meilleur volume !
Cette fois, l’histoire change un peu car Sophie et ses amis ne retournent pas à Foxfire… dont ils ont été renvoyés. Nos jeunes camarades se retrouvent donc embringués dans un nouveau cycle d’apprentissage, plutôt haut en couleurs, à Exillium.
Comme souvent, il faut un petit moment avant que les événements décrits dans le résumé ne se mettent en place mais on ne s’ennuie pas pour autant : Sophie et ses camarades ont en effet fort à faire avec leurs nouveaux cours, ainsi qu’avec les entraînements auxquels ils s’astreignent afin de maîtriser leurs talents.
De ce point de vue-là, l’univers s’étoffe. Biana teste en effet tout un tas de méthode pour rendre son pouvoir efficace en toutes circonstances, y compris sur les gnomes, jusque-là immunisés.

Après avoir étudié les rouages de la société elfique, donné un bon aperçu des ogres, Shannon Messenger nous emmène sur les traces des gnomes – excellents jardiniers dans les Cités perdues – ici décimés par une mystérieuse épidémie. L’histoire est passionnante, car elle mêle plusieurs axes forts en suspens : il y a l’affrontement tripartite entre le Cygne noir, les Invisibles et le Conseil, la menace de guerre des ogres, la question de l’épidémie des ogres, mais aussi les histoires personnelles de nos jeunes aventuriers, qui viennent enrichir l’intrigue. Si Sophie n’a pas cessé d’enquêter sur les circonstances exactes de la mort de Jolie, les révélations qu’elle déterre, peu à peu, ont un impact sur l’ensemble du groupe. Or, celui-ci semble de plus en plus ne tenir que par l’effet du miracle… Soyez prévenus : révélations fracassantes, alliés inattendus et traîtres insoupçonnables sont nombreux à se révéler dans ce tome, ce qui ne le rend que plus passionnant !

Car sous l’histoire apparemment fantastique, Shannon Messenger évoque le sujet poignant de l’abandon. Nos aventuriers ne tardent pas à rencontrer deux jeunes elfes de leur génération, vivant seul, suite au renvoi de l’un des deux par leurs parents (l’autre a suivi par solidarité). Or, ces parents, plutôt que d’assumer leur rôle de protection et de soutien, ont préféré se débarrasser du problème. Tel autre souffre de l’attitude ô combien blessante de parents a priori peu aimants, très froids, le rabaissant sans cesse et dont il s’aperçoit que la loyauté est plus que douteuse. À la blessure d’amour propre s’ajoute la blessure d’amour filiale, et celle-ci peut faire des ravages. Mais ce qui est intéressant, c’est que l’auteur met tout cela en balance avec un autre système familial, apparemment plein d’amour et de bienveillance, mais dans lequel la graine de la sédition a également bien pris. Loin d’avoir un discours culpabilisant, elle montre que parfois, tout l’amour du monde ne suffit pas à changer les gens – ce qui, somme toute, est très humain. De fait, l’auteur parvient à nous surprendre avec les évolutions que connaissent ici ses personnages.

Dans le tome précédent, l’ambiance était plus sombre, et c’est à nouveau le cas ici : fini de plaisanter, la guerre est imminente, tous les coups bas sont permis et l’atmosphère s’en ressent dans le petit groupe. Si les relations qui les unissent sont toujours plus fortes et belles, elles sont mises à mal par les épreuves que nos jeunes camarades doivent affronter. Tout cela nous achemine doucement vers une fin qui laisse le lecteur sans voix. On prie pour trouver un épilogue caché et ne pas rester sur cette effroyable conclusion… Las, il faudra attendre le tome 5 pour savoir si l’on pourra s’en remettre !

Inutile de dire que l’on voit à peine passer les quelques 650 pages qu’offre ce petit pavé. Shannon Messenger nous propose à nouveau une intrigue haute en couleurs, palpitante, prenante à souhait et qui ne laisse personne indemne – ni le lecteur, ni les personnages. Ceux-ci évoluent franchement dans cet opus, ce qui en fera peut-être grogner plus d’un au vu des développements choisis par l’auteur. Il va donc sans dire que j’ai furieusement envie de découvrir le cinquième volume !

◊ Dans la même série : Gardiens des cités perdues (1) ; Exil (2) ; Le Grand brasier (3) ;


Gardiens des Cités perdues
#4, Les Invisibles, Shannon Messenger.
Traduit de l’anglais par Mathilde Tamae-Bouhon.
Lumen, 2016, 656 p.

Le Grand Brasier, Gardiens des Cités perdues #3, Shannon Messenger.

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Voilà plusieurs semaines que Sophie Foster n’a plus aucune nouvelle du Cygne Noir, l’organisation clandestine qui l’a créée. Si elle se sent abandonnée, la jeune Télépathe redoute surtout qu’un traître n’ait infiltré leurs rangs. Pourtant, elle a bien vite d’autres chats à fouetter : un mystérieux traqueur est découvert sur Silveny l’alicorne ; Vertina, le miroir spectral de Jolie, refuse obstinément de révéler ce qu’elle sait ; et le Conseil ordonne à Sophie de guérir Fintan, le Pyrokinésiste à l’esprit brisé, malgré l’immense menace qu’il représente…
Toujours accompagnée de Keefe, Dex, Fitz et Biana, la jeune fille est entraînée dans un tourbillon de révélations et de rebondissements… à tel point que, déterminée à démasquer les rebelles qui menacent les Cités perdues, elle va commettre un terrible faux pas !

Après un coup de cœur pour le premier tome et un deuxième volet avec quelques points à corriger, Shannon Messenger reprend le fil des aventures de Sophie et offre un troisième tome haut en couleurs et, sans aucun doute, le meilleur des trois depuis le début.

Le meilleur, mais aussi le plus sombre. Finies les découvertes sympathiques et acidulées des débuts ! Cette fois, Sophie est dans les ennuis jusqu’au cou. Alors qu’elle se morfond (le Cygne noir ne donne plus de nouvelles et Vertina refuse de parler), des événements étranges s’enchaînent. En premier lieu, la découverte d’un traceur ogre sur Silveny. Après deux tomes plutôt cantonnés dans la société elfique, on passe à l’extérieur ! Et les découvertes ne sont pas des plus roses, la nation ogre ne comptant pas que des amis des elfes. De fait, l’aspect géo-politique est bien plus présent dans cet opus que dans les précédents et ce n’est pas plus mal, puisque l’histoire de Sophie vient s’inscrire dans un tout un peu plus vaste que précédemment.
L’histoire est plus sombre, comme je le disais plus haut, d’une part parce qu’une menace de guerre finit par planer sur l’assistance et, d’autre part, car Shannon Messenger flirte avec le thriller. En effet, cette histoire de traceur ogre turlupine les elfes, d’autant que Silveny est censée être très protégée. Qui l’a posé là, comment et pourquoi ? Pour une fois, ce n’est pas à Sophie de régler le problème : elle a déjà bien à faire avec ses études et la société elfique semble avoir enfin compris (mais pas tout à fait) qu’on ne peut pas attendre d’une gamine de 12 ans qu’elle sauve le monde. Donc… Sophie enquête de son côté, bien entendu. À cela s’ajoute le mystère posé par Vertina : le miroir sait manifestement des choses sur la mort de Jolie et Sophie est bien décidée à en savoir plus. Tous ces mystères apportent un suspense indéniable. Or, les péripéties sont à l’avenant et on se surprend à se demander où l’auteur nous emmène à plusieurs reprises, craignant le pire – vraiment, ce tome est bien plus sombre !
Conclusion : on n’a pas le temps de s’ennuyer dans cet opus. Surtout que les événements se précipitent et mettent Sophie à mal.

Autre point sur lequel on n’a pas le temps de s’ennuyer : les personnages. Plus que jamais, Sophie a besoin de son entourage pour s’en sortir. L’auteur met vraiment en valeur les liens amicaux et le soutien du cercle amical dans ce volume. On est donc assez loin du schéma du héros solitaire sauvant la communauté avec ses petits bras ! Et vu l’accueil que lui réservent les elfes, désormais – sa cote flirte avec le néant abyssal – elle a plus que jamais besoin d’être entourée. Les personnages ont grandement évolué depuis l’opus précédent. Sophie est de plus en plus mature – mais pas tout à fait une grande fille non plus : on oscille donc dans un entre-deux lui permettant d’avoir des réactions très mûres et d’autres beaucoup plus enfantines. Dex est dans le même cas : de moins en moins farceur, on le voit prendre de plus en plus de responsabilités. Et si Fitz descend enfin de son piédestal de glace, c’est bien Keefe qui est à l’honneur dans ce volume, assurant Sophie de son indéfectible soutien. C’est d’ailleurs l’occasion de montrer, encore une fois, combien cette société elfique, qui semblait si idyllique au départ, est en faite gangrenée et à l’image de la société humaine. Côté adultes, si l’attitude d’Edaline était à la limite du supportable dans le tome 2, elle trouve son explication ici, la mère adoptive de Sophie n’étant pas aveugle sur son comportement ; cette auto-critique est bien agréable et arrive à point nommé pour redorer le blason du personnage ! Mais si Edaline étonne par son recul, Grady, lui, surprend (voire, choque !) par les facettes sombres de sa personnalité qu’il dévoile. On le pensait doux et effacé, on le découvre belliqueux et déterminé. Il n’y a pas à dire, Sophie a encore des choses à découvrir sur ses parents adoptifs…

À chaque fois que l’on pense avoir atteint un tournant du récit, ou une accalmie, l’auteur nous surprend avec une nouvelle péripétie ou un nouveau rebondissement inattendu. Sans tomber dans le piège d’un rythme effréné (et fatigant), elle renouvelle son intrigue ; le rythme est maintenu d’un bout à l’autre, ce qui fait qu’il est assez difficile de s’arrêter, il faut l’avouer.

Après un deuxième tome un poil en-dessous du premier, Shannon Messenger signe un troisième tome bien plus sombre, dense et qui laisse le lecteur sur des charbons ardents ! On continue de découvrir les travers de cette société elfique avec les – nombreux – ennuis qui tombent sur les épaules de Sophie, dont l’attitude est de plus en plus mature. Cette fois, l’auteur mêle à son récit de fantasy des accents de polar, qui ajoutent au suspens général. Et au vu de la fin, on attend impatiemment le volume suivant !

◊ Dans la même série : Gardiens des cités perdues (1) ; Exil (2) ;

Gardiens des Cités perdues #3, Le Grand Brasier, Shannon Messenger. Traduit de l’anglais par Mathilde Bouhon.
Lumen, 2015, 598 p.
ABC Imaginaire 2015

Et en bonus, l’interview que Shannon Messenger m’a accordée au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil, le 5 décembre 2015 : 

J’étais en train d’écrire Gardiens des cités perdues et je faisais beaucoup de recherches, notamment sur les créatures mythiques et mystiques. J’étais donc en train de lire un livre et je tombe sur une entrée « Sylphes ». Et ce qui m’a interpelée, c’est qu’il n’y avait qu’une seule ligne de définition : « élémentaire de l’air, être lié à l’air ». Je me suis rendue compte qu’avec une définition si courte, il était possible d’inventer une créature. Donc, forcément, cela a suscité mon intérêt : le vent peut être une légère brise, ou une tempête. Ça laissait un champ très large et, immédiatement, cette possibilité a attiré mon attention.

  • Comment vous est donc venue l’idée de créer quatre ordres de Sylphes, opposés les uns aux autres ?

Je voulais un monde avec des différences et la construction d’univers est vraiment ce que je préfère. C’est la partie la plus divertissante ! Je me suis toujours intéressée à la mythologie et on trouve aussi ces différences dans la mythologie grecque. Dans le panthéon grec, par exemple, il y a un dieu pour chaque vent, qui ont donné les ordres de Let the sky fall. Mais je me suis appuyée sur l’idée de quatre langues différentes pour dépasser l’idée des dieux grecs.

  • Certains livres vous ont-ils inspirée pour vos séries ?

En général, quand je suis en train d’écrire, j’essaie de ne pas trop m’inspirer de livres, sinon on pourrait rapprocher ça du plagiat. Je préfère garder une pensée originale. Bien sûr, dans sa forme, Gardiens des cités perdues ressemble à des livres comme Percy Jackson, Harry Potter… Sauf qu’au lieu d’avoir une fille (comme Hermione !) qui vient aider les protagonistes, j’ai préféré avoir une fille héroïne, entourée d’une bande de garçons qui l’aident.
Pour Let the sky fall, j’ai remarqué que dans ce type de romans (on va dire la romance fantastique), c’est souvent le garçon qui a des pouvoirs surnaturels et la fille la demoiselle en détresse. L’inversion me semblait plus tentante, donc j’ai préféré avoir une histoire où le héros, un garçon, ignore ses capacités et est sauvé par la fille.

  • Passons à Gardiens des Cités perdues. Comment est née cette série ?

J’ai eu deux sources. J’aime beaucoup Legolas, l’elfe dans Le Seigneur des Anneaux, donc j’avais envie d’en faire une histoire. Mais j’aime aussi beaucoup X-Men. Alors j’ai mélangé les éléments. La magie et les pouvoirs qui apparaissent dans Gardiens des Cités perdues viennent de X-Men, où chaque mutant possède une capacité ou un talent unique. J’aimais vraiment beaucoup cette idée et j’ai voulu la réinterpréter. Dans Gardiens, il n’y a pas de différences physiques, pas de peau bleue ou de personnages couverts de poils. Mais tous les elfes sont différents par leurs capacités uniques.

  • J’ai beaucoup aimé l’univers de Gardiens des cités perdues qui est très riche, notamment au niveau de la faune. Il y a tout de même des dinosaures et une alicorne ! D’où vous est venue l’idée ?

J’adore les animaux ! Ça a toujours été une constante dans ma vie. Du coup, je voulais en mettre beaucoup dans ma série, mais sans me cantonner aux choix attendus. Bien sûr, j’allais mettre des griffons et des licornes, mais j’en voulais d’autres. C’est comme ça que sont arrivés les dinosaures. Mais je ne voulais pas seulement des dinosaures pour faire un livre différent, il fallait que cela reste logique. Donc j’ai réfléchi à cette société elfique et je me suis dit : « Et si leur mission était de préserver de l’extinction ces animaux disparus chez les humains ou en voie de disparition ? ». À partir du moment où ça a été décidé, l’idée était que s’il existait des êtres supérieurs – ce que sont les elfes – cela faisait sens qu’ils essaient de rectifier les erreurs humaines comme les extinctions des animaux, ou les dommages causés à la planète. Cela cimente le rôle des elfes. L’aspect sympathique, c’est que ça m’a permis d’inventer un panel de créatures très très large !

  • À ce stade de l’interview, je peux révéler que j’ai littéralement adoré Gardiens des cités perdues. La société des elfes semble absolument parfaite mais, au fur et à mesure, on s’aperçoit qu’elle est moins idéale qu’il n’y paraît et il arrive des choses très dures à Sophie. À la fin du tome 3, j’ai une grosse inquiétude : est-ce que Sophie va trouver la paix et réussir à vivre heureuse dans cette société ?

J’avais envie qu’on pense, en commençant la série, que les elfes vivaient dans une société idéale alors qu’elle est truffée de défauts, que je voulais utiliser, au fil des tomes, pour pouvoir les mettre en évidence. Sophie a un gros fardeau sur les épaules. Elle va devoir se montrer digne et, au travers de son personnage, les défauts de la société elfique vont peut-être pouvoir se résoudre. Mais Sophie subit tout de même une pression énorme pour une petite fille de 13 ans.
Son prénom, Sophie, vient du grec et signifie « Sagesse ». Je l’ai choisi pour ça. Les elfes ont beaucoup de connaissances. Mais c’est différent d’avoir des connaissances et de savoir les appliquer. Ça, c’est de la sagesse. Sophie a grandi parmi les humains ; ça lui permet d’amener de nouvelles choses, parce qu’elle a une perspective différente que les elfes.

  • L’histoire contient des choses très dures ; vos jeunes lecteurs ne sont pas surpris ?

Je pense que nous vivons dans un monde violent et les enfants sont exposés à des choses beaucoup plus difficiles qu’autrefois. L’idée, c’est de commencer par la préface du roman, qui est un genre de teaser, parce qu’elle est toujours tirée de la scène la plus intense du roman. Les jeunes lecteurs peuvent la lire, comme ça, s’ils sont trop impressionnés, ils peuvent garder le roman pour plus tard. J’ai tiré ça de ma propre expérience car, petite, j’étais très sensible au contenu des livres que je lisais. Donc je voulais respecter l’histoire de Sophie, mais permettre aux jeunes lecteurs de vérifier avant de se lancer.

  • Team Dex, Keefe, ou Fitz ?

Définitivement Team Sophie ! Pour être honnête, j’aime tous les garçons de l’histoire de manière égale et je ne sais vraiment vraiment pas qui Sophie va choisir. En fait, je connais tous les événements qui vont se dérouler mais ce que j’ignore, c’est comment les personnages vont réagir. À force, ils ont fini par avoir leur vie propre. Pour ce qui est des garçons, j’ai une bonne idée de comment les événements vont affecter leurs relations,  mais je ne sais pas encore comment cela va affecter la façon dont Sophie les perçoit.

  • Avez-vous des projets pour d’autres séries ou livres ?

J’ai un ouvrage en cours d’écriture, qui en est à peu près à la moitié. Mais les livres de Gardiens des cités perdus sont longs et, d’ailleurs, la série est longue. Elle consume tout mon temps d’écriture. Je ne suis pas sûre de publier cette idée ou si je vais la garder pour moi, car toute ma concentration va à Sophie. On me demande souvent si je vais faire un spin-off : l’univers de la série est assez vaste, mais l’histoire de Sophie me demande trop de concentration pour faire autre chose, donc je ne suis pas encore disponible.

  • L’histoire de Jolie ferait un très bon spin-off, d’ailleurs…

L’histoire de Jolie a du potentiel, c’est vrai, mais je ne veux pas tomber dans le piège Star Wars. On connaît déjà la fin de l’histoire de Jolie et c’est très compliqué de réussir une bonne trilogie dont la chute est déjà connue. Je pourrais en faire une nouvelle plutôt, mais j’ai peur du syndrome George Lucas avec les longues séries ! Ceci dit, je ne dis jamais non à une idée, mais j’attends la bonne idée.

  • Des deux séries, j’ai préféré Gardiens des cités perdues, mais j’ai trouvé que Let the sky fall a un côté très cinématographique. Pourrait-il y avoir, un jour, une série ou un film sur l’une ou l’autre des deux séries – ou les deux ?

Je possède les droits audiovisuels pour les deux séries et je suis ouverte à l’idée. Pour Gardiens des cités perdues, j’avais pensé à un film d’animation, parce que Sophie ne prend pas un an par ouvrage et, avec un film, l’actrice principale vieillirait trop vite. Pour Let the sky fall, ça pourrait fonctionner mais, en ce moment, après Twilight, les adaptations sont plus à la mode de la dystopie dans le genre de Divergent et Hunger Games, avec des héroïnes fortes, et des histoires pleines de tension et de batailles. Let the sky fall pourrait correspondre, mais je pense que le premier tome est trop léger niveau combats. Le deuxième tome est meilleur de ce point de vue-là, mais je ne sais pas si la série serait choisie.

La Sentence de verre, Les Cartographes #1, S. E. Grove.

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Suite au grand Bouleversement, le monde s’est scindé en diverses époques. Les Etats-Unis sont situés dans un XIXe siècle fabuleux, le Groenland est dans la préhistoire, et l’Afrique du Nord dans un temps qui évoque celui des Pharaons. Les Cartographes, super-aventuriers, parcourent le monde afin d’en établir les cartes les plus précises possibles, rêvant de trouver la carta mayor, celle qui permettra de réunifier le monde en une seule époque.
Sophia habite avec son oncle Shadrack Elli, un des meilleurs cartographes qui soit. Elle espère retrouver un jour ses parents, disparus en exploration. Or, le Parlement vote de nouvelles lois afin d’empêcher les gens de circuler d’une ère à l’autre, de quitter les États-Unis, ou d’y rentrer. Ce qui bloque définitivement les parents de Sophia … 

 

Voilà un roman à l’univers pour le moins original ! Pas de failles spatio-temporelles, mais des sortes de frontières entre différentes époques. Ainsi, entre New-York et les états d’Amérique du Sud, il peut y avoir plusieurs siècles de décalage.

Sophia vit seule avec son oncle, un cartographe de renom, et aborde une époque troublée. Alors que, jusque-là, chacun était libre de circuler à sa guise, le gouvernement décide de fermer les frontières aux gens issus d’autres Âges et, progressivement, à tous ceux n’ayant pas les papiers adéquats. Une décision qui entre douloureusement en écho avec l’actualité. Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là pour Sophia puisqu’il semblerait que son oncle ait été enlevé. La voilà partie sur les routes, flanquée de Theo, un jeune homme issu d’un autre âge, dont elle ne sait pas exactement si elle peut lui faire confiance.

Côté personnages, on suit donc essentiellement la paire Sophia-Theo qui en verra des vertes et des pas mûres. La relation entre les deux personnages est intéressante et bien construite – d’autant que l’auteur ne cède pas aux sirènes de la romance, alleluia.
Autour d’eux gravitent plusieurs personnages secondaires, dont une majorité de femmes (dans les opposants comme dans les alliés). Voilà qui change agréablement ! Pourtant, si les personnages sont charismatiques, ils sont aussi un peu trop manichéens pour être honnête : les gentils sont vraiment gentils et les méchants… eh bien sont vraiment méchants. C’est un peu dommage car ils ont tous une agréable épaisseur, mais elle manque un peu de nuances dans presque tous les cas.

Par ailleurs, si le roman est riche en péripéties diverses et variées, Sophia et ses camarades ont tendance à se sortir un peu vite et un peu facilement de certaines situations problématiques ce qui fait qu’une partie du roman est largement cousue de fil blanc. Dans le même ordre d’idées, la conclusion est attendue et ne surprend guère… Mais, heureusement, le style est fluide, le rythme au rendez-vous : la lecture est donc aussi facile qu’agréable.

Finalement, le gros point fort, c’est l’univers qu’il présente. L’idée des époques très différentes juxtaposées change de l’ordinaire et permet d’amener d’intéressants développements (même si on l’impression que l’idée n’est pas toujours exploitée à fond). En passant d’un Âge à l’autre, Sophia a l’impression de passer dans un nouvel univers dont elle ignore les codes. La vision du voyage est, d’ailleurs, vraiment intéressante. Les deux personnages rencontrent des difficultés somme toute assez banales, mais parfaitement réalistes (problèmes de monnaie, de connaissances, etc.). L’autre originalité réside dans les cartes utilisées, évidemment. Celles-ci peuvent être créées sur à peu près tout et n’importe quoi : papier, bois, cuir, évidemment, mais aussi eau, plantes d’intérieur, oignons, êtres humains… C’est assez fascinant, d’autant qu’une bonne partie du mystère à résoudre repose sur cet aspect de l’univers.
De plus, dans ce monde se croisent des cartographes-aventuriers, des scientifiques faisant tout un tas d’expériences, des pirates, de redoutables combattants… tout est fait pour nous plonger dans un monde où l’aventure est reine et il faut reconnaître que cela fonctionne plutôt bien !

Malgré une opposition un peu trop manichéenne et un récit parfois cousu de fil blanc, La Sentence de verre offre un bon divertissement, facile à lire et très accessible. L’univers est aussi original que passionnant, l’aventure rondement menée et le rythme au rendez-vous. De plus, malgré l’ouverture apportée par la conclusion, on peut se satisfaire de la fin de ce premier tome !

 

Les Cartographes #1, La Sentence de verre, S. E. Grove. Traduit de l’anglais par Romain Police.
Nathan, 2015, 561 p.

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Une vie après l’autre, Kate Atkinson.

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11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt aussitôt.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt, quelques minutes plus tard, le cordon ombilical enroulé autour du cou.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – le cordon ombilical menace de l’étouffer, mais cette fois le médecin est là pour le couper, et Ursula survit…
Ursula naîtra et mourra de nombreuses fois encore – à cinq ans, noyée ; à douze ans dans un accident domestique ; ou encore à vingt ans, dans un café de Munich, juste après avoir tiré sur Adolf Hitler et changé ainsi, peut-être, la face du monde…
Établis dans un manoir bucolique du nom de Fox Corner, les Todd portent sur leur environnement le regard distancié, ironique et magnanime de ceux que les tragédies de l’Histoire épargnent. Hugh, le père, travaille à la City, tandis que Sylvie, la mère, reste à la maison et élève ses enfants à l’ancienne. Mais le temps, en la personne d’Ursula, va bientôt se détraquer, se décomposer en une myriade de destins possibles qui vont, chacun à sa manière, bouleverser celui de la famille…
Si l’on avait la possibilité de changer le cours de l’histoire, souhaiterions-nous vraiment le faire ?

 

Mais quel ovni que ce roman ! Vous l’aurez compris à la lecture du résumé, Kate Atkinson présente une formidable construction littéraire autour d’univers parallèles. La vie d’Ursula Todd connaît quelques faux départs : ainsi, elle naît pas moins de 3 fois avant que ce ne soit bon. Répétitif, ce roman ? Eh bien pas du tout !

À chaque nouvelle itération, Kate Atkinson choisit un nouvel angle d’attaque. Ainsi, on suit la scène de la naissance sous plusieurs angles. Seule constante : la neige. Par la suite, lorsqu’Ursula approche d’un moment crucial de son existence, elle est subitement prise de terreurs intenses qui l’obligent à modifier, parfois sans le savoir, le cours de son existence. Ainsi, en 1915, elle refuse d’aller jouer dans les vagues avec sa sœur, car elle est terrifiée. En 1918, elle s’y reprend plusieurs fois avant de pousser violemment la bonne dans les escaliers, l’empêchant ainsi d’aller fêter la victoire à Londres avec son fiancé, d’attraper la grippe espagnole, et de contaminer toute la maison…
Si le départ est un peu long – l’enfance d’Ursula n’est pas de tout repos – on se passionne très vite pour l’histoire, sans cesse renouvelée. À chaque fois que l’on reprend au point précédent, on se demande comment, d’une part, Ursula va déjouer le piège et, d’autre part, ce que la modification va induire sur sa vie et celle du reste de la maisonnée.

Au fil des chapitres, on adhère ou non aux destins d’Ursula : femme battue anglaise, maillon de la chaîne dans les services secrets, épouse allemande… Ursula a d’innombrables destins parallèles. Or, en pleine seconde guerre mondiale, le point de vue choisi a son importance. On s’attache d’autant plus vite à Ursula qu’au fur et à mesure, on repère les nœuds d’existence, et qu’on en vient à murmurer, in petto, des conseils judicieux à l’héroïne (« Noon, ne l’épouse pas, c’est un butor ! » ; « Noooon, ne va pas dans la cave, l’immeuble va s’effondrer ! » ).
Au gré des chapitres, l’auteur multiplie les clins d’œil : ainsi, dans telle vie où Ursula a un bon ami en plein Londres et est îlotière, elle sort des décombres d’un immeuble ravagé ses voisins d’une autre vie ; elle est terrifiée par l’hôpital où, dans une de ses premières vies, elle a subi un avortement difficile. On s’attache aussi, très vite, aux autres personnages de la famille : à force de les croiser dans différentes nuances d’eux-mêmes, il est difficile de faire autrement !

Mais Une vie après l’autre n’est pas qu’une fantaisie littéraire. Le roman se déroule durant la guerre (la première et la seconde guerres mondiales) et s’avère extrêmement documenté. Suivant les événements et leurs nuances, on passe de l’ironie (un genre qu’Ursula maîtrise naturellement) à l’émotion la plus profonde. Une vie après l’autre est, finalement, très humain ; les personnages sont attachants, la période choisie bien traité, et les affres de la guerre n’épargnent ni les personnages, ni le lecteur.

On arrive bien trop vite au terme de ces 500 pages, avec l’impression que l’on aurait pu suivre Ursula éternellement dans ses aventures. Le résumé peut sembler répétitif mais Une vie après l’autre est un roman extrêmement prenant, explorant l’arbre des possibles d’une vie, tout en étant sérieusement documenté sur les aspects historiques. Mêlant à l’Histoire un très léger voile fantastique, Kate Atkinson signe une belle et profonde aventure humaine !

Une vie après l’autre, Kate Atkinson. Traduit de l’anglais par Isabelle Caron.
Grasset, 2015, 515 p.

 

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Exil, Gardiens des Cités perdues #2, Shannon Messenger.

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Depuis son arrivée à Foxfire, Sophie n’a pas manqué d’attirer tous les regards sur elle… et son enlèvement n’a rien arrangé ! Le monde elfique, pour qui le mot « crime » était jusque-là quasi inconnu, est en émoi et la révolte gronde…
Heureusement, une fabuleuse découverte pourrait ramener le calme au sein des Cités perdues ; au gré d’une randonnée, Sophie et Grady découvrent une alicorne, une créature fabuleuse que les elfes croyaient disparue, symbole pour eux d’un nouvel espoir. Sophie est enchantée, sa nouvelle vie lui sourit enfin ! Le plus stressant, c’est la rentrée prochaine à Foxfire. Sauf que… le Cygne noir revient sur le devant de la scène avec ses messages énigmatiques qui inquiètent Sophie, puis l’agacent prodigieusement. Son entêtement à résoudre le mystère va la mettre en danger… et menacer la vie d’un de ses proches. La rentrée ne s’annonce vraiment pas de tout repos… 

Second tome des aventures de Sophie au sein du monde des elfes et, malgré quelques points qui grincent, c’est encore un excellent volume !
Commençons donc par les points qui grincent. Comme dans le premier tome, on pourra reprocher à Shannon Messenger de laisser Sophie un peu trop fréquemment dans la panade : c’est un peu trop souvent à elle de régler les problèmes de la communauté elfe qui, de son côté, la laisse un peu trop souvent mettre la main à la pâte. Certes, tout cela est justifié, mais on apprécierait que, de temps en temps, les adultes de cet univers soient un peu plus présents : depuis le premier tome, ces elfes me semblent affreusement distants et ne font pas grand-chose pour aider Sophie !
Côté personnages, ce sont Edaline et Bronte qui font grincer des dents : la première semble avoir la larme à œil en permanence… et c’est assez agaçant, d’autant que c’est souvent injustifié. Quant au second, il manque un peu de nuances durant la majeure partie du roman ; heureusement, la fin vient, justement, amener quelques nuances à ce personnage fortement antipathique.
Ceci ayant été évoqué, passons à ce qui a rendu la lecture d’Exil si agréable !

En premier lieu, il y a l’intrigue. Le premier volume se déroulait essentiellement dans l’univers scolaire ; ici, c’est l’inverse. La rentrée n’intervient, finalement, qu’assez tard dans l’histoire : l’intrigue est donc moins linéaire que celle du premier tome (car elle n’est pas rythmée par les journées d’étude) et la quête identitaire de Sophie va s’entremêler à l’enquête quasiment policière qu’elle va mener pour débusquer le Cygne noir. Le mystère est au rendez-vous  ! Si on progresse nettement sur ce point, l’auteur nous laisse avec une foule de questions à l’issue du volume – et donc l’envie impérieuse d’en savoir plus !
Comme l’histoire ne se déroule plus spécifiquement à l’université, c’est l’occasion de développer l’univers, le monde des elfes. Un monde perturbé par l’enlèvement de Sophie, et où la révolte gronde ; le Conseil est vilipendé, les elfes ont peur, les rebelles commencent à désavouer publiquement le gouvernement… le récit est constamment sous tension, et on ressent parfaitement l’ambiance glaciale et sombre, déjà annoncée par le titre.
À propos d’Exil, on découvre un aspect insoupçonné de l’univers elfique ; le premier volume laissait l’impression que la société elfique était parfaite (ou presque) et que la violence n’y avait pas sa place. Grossière erreur : finalement, la société elfique a les mêmes travers que les autres. La justice y est parfois expéditive, et les peines… fatales. On en vient même à se demander si cette société est aussi utopique qu’elle le laisse croire ; les failles s’accumulent, et on est très loin du cliché bienheureux qui semblait, jusque-là, se profiler.

Une impression confirmée avec la présence de l’alicorne (pour ceux qui se demanderaient ce que vient faire ce a- en préfixe, sachez qu’une licorne ne peut avoir d’ailes, et qu’un pégase ne peut avoir de corne ; l’alicorne de Shannon Messenger présente ces deux attributs, d’où le préfixe) ; dès l’instant où l’équidé pailleté apparaît, des fantasmes d’arc-en-ciel et de vols planés vers le soleil couchant jaillissent dans la tête du lecteur. Et des arc-en-ciel pailletés et des vols planés (vers le sol), il y en a ! Mais, à nouveau, Shannon Messenger va jouer sur les représentations induites initialement pour les balayer et proposer une lecture bien plus originale, comme pour l’apparente perfection des elfes.

L’autre point fort du roman, ce sont ses personnages. Si Edaline est rapidement assez agaçante, Grady s’avère nettement plus complexe. De ses coups de sang incompréhensibles à son instinct protecteur, tout est fait pour faire fondre le lecteur (alors qu’il paraissait si froid et distant jusque-là !). Tout ce second volume vient nuancer les portraits tirés jusque-là. Les trois garçons qui évoluent autour de Sophie en font également les frais : Dex, dans sa jalousie, devient un poil pénible, Fitz se comporte comme un détestable crétin de première … il n’y a guère que Keefe qui garde sa sympathie – quoique sa bonhomie habituelle soit, elle aussi, modérée. Sophie, de son côté, est touchante dans ses efforts d’intégration, et de protection de ses proches. Ce qu’on apprécie, finalement, c’est que les personnages aient grandi et mûri depuis le premier volume ; l’univers et l’intrigue sont plus sombres, et cela se ressent sur les étudiants de Foxfire, qui quittent doucement l’enfance pour l’adolescence – avec tous les petits tracas que cela peut occasionner.

Exil confirme le coup de cœur pour les aventures de Sophie ! Malgré quelques points à améliorer (la psychologie de certains personnages, par exemple), c’est encore un excellent volume mariant les rebondissements inattendus, les scènes drôles, touchantes, et les passages nettement plus angoissants avec brio. On apprécie de voir que les personnages mûrissent, progressent, et prennent de l’ampleur pour certains : Team Keefe, sortez vos drapeaux ! 
L’univers si chatoyant esquissé jusque-là gagne en noirceur et en profondeur ; au vu de la façon dont Shannon Messenger détourne les clichés qu’elle semblait avoir mis en place, on a hâte de voir ce que va donner le tome 3. C’est aussi surprenant qu’agréable à découvrir.
Une fois n’est pas coutume, voilà un tome 2 qui surpasse le premier. Et il va sans dire qu’on attend le suivant de pied ferme !

◊ Dans la même série : Gardiens des cités perdues (1) ;

Gardiens des Cités perdues #2, Exil, Shannon Messenger. Traduit de l’anglais par Mathilde Bouhon.
Lumen, 2015, 566p.

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L’Orphelinat du Cheval-Pendu, Les Enfants d’Evernight #2, Mel Andoryss.

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Camille a été enfermée à l’orphelinat du Cheval-Pendu depuis qu’elle a été capturée par les autorités d’Evernight. Elle est désormais au service d’autres enfants qui, contrairement à elle, sont capables de manier le Changement. Mais Camille est loin de s’être résignée.
Une visite de Mac Claw et de Maximilien, venus enquêter sur les circonstances du vol de sa montre, va tout changer : l’intérêt de ces deux personnalités pour Camille attise la curiosité. Mais, surtout, Maximilien profite de l’occasion pour discrètement remettre à la jeune fille une mystérieuse clé…

Changement de ton pour ce second opus ! Le premier était centré sur le désir de fuite de Camille qui, après être arrivée à Evernight, ne désirait plus rien d’autre qu’en partir. Cette fois, il va certes être question à nouveau de fuite, mais Camille est beaucoup plus active que précédemment.

On retrouve donc ce point extrêmement original déjà présent dans le premier volume : Camille a trouvé un univers parallèle magique mais, contrairement à ses compatriotes romanesques, cet univers ne lui plaît pas du tout, et la fuite est son seul objectif ; ce à quoi elle va s’employer dès les portes de l’orphelinat franchies.
Là-bas, elle rencontre d’autres enfants, classés en castes selon leurs talents. À nouveau, le personnage de Camille vient déjouer les clichés : elle est une grise, une domestique, tout tout en bas de l’échelle sociale… car elle n’a aucun pouvoir magique, contrairement à ce qu’on imagine être un bon deux tiers des résidents de l’orphelinat. Mais ça ne l’empêche pas d’être au centre du complot que l’on sent se nouer sur Evernight.
On est donc très loin de l’archétype du personnage que l’on croise habituellement dans ce type d’aventures, et c’est bien agréable. D’autant que des gens avec des pouvoirs, Camille en rencontre assez vite, sans en obtenir à son tour.
À ses côtés évolue une très belle galerie de personnages : Andrew est absolument parfait dans le rôle du petit con arrogant, Nina joue son parfait contrepoint ; chez les grises, les caractères de Molly, Akiko et Rose sont parfaitement répartis (et on craque facilement pour cette dernière !). Les relations établies entre les enfants sont intéressantes (notamment sur les rapports de hiérarchie qui s’établissement automatiquement entre eux) et leurs évolutions aussi. On regrettera cependant une certaine rapidité dans l’évolution des rapports entre diverses castes…
Le premier tome laissait penser que le personnage du Maître du Temps serait développé, et c’est précisément ce qui se produit ici : les caractères des trois humains autorisés à Evernight sont affinés, leurs allégeances précisées… sans toutefois en révéler de trop.
Finalement, les personnages que l’on suit réellement et que l’on connaît sont peu nombreux (ils se limitent quasiment à ceux cités juste au-dessus) mais par le jeu des descriptions, dialogues et scènes d’actions multiples, l’auteur parvient à retranscrire l’ambiance et la volonté de tous les prisonniers de l’orphelinat – vu que c’est là que se passe le gros du roman. C’est vraiment très bien fait !

L’ambiance est un des gros points forts de la série. Dans le premier tome, on notait déjà un univers très onirique, envoûtant, enchanteur, et dont l’ambiance était extrêmement bien rendue. Le tome 2 est à l’avenant : l’écriture y est très visuelles, les descriptions fourmillent de détails, tout en allant droit à l’essentiel et sans toutefois prendre le pas sur l’action ou l’intrigue. Il y a des descriptions d’une simplicité et d’une poésie telles qu’on les relit avec un immense plaisir sitôt la phrase terminée. C’est vraiment très bien écrit, tout en restant parfaitement accessible pour un enfant de 10 ans. C’est du grand art !
Si l’on retrouve le côté très onirique du premier tome, et un monde parfaitement fantaisiste, ce tome est globalement plus sombre que le premier. Les habitants d’Evernight se montrent de plus en plus hostiles aux humains, et s’avèrent même… dangereux, un aspect que l’on ne percevait pas aussi clairement dans le premier volume. L’histoire de l’univers est un peu plus creusée (on connaît enfin les tenants et aboutissants de la haine profonde que voue Mac Claw aux humains), et les opinions des habitants d’Evernight envers les humains plus tranchées que jamais. Surtout, on découvre les raisons de l’existence de l’orphelinat, des mesures de sécurité placées autour des créateurs… et quelques plans evernightiens.

Comme dans le premier tome, l’intrigue se noue sur plusieurs niveaux. Au premier plan, la fuite que Camille tente désespérément d’orchestrer. Au second se dessine quelque chose de beaucoup plus complexe, un plan auquel sont liés, de près ou de loin, les trois maîtres humains autorisés à Evernight. Or, si la première intrigue semble quasiment résolue à la fin du volume, la seconde, elle, réserve encore des surprises. Exactement comme à la fin du premier tome, on a l’impression d’avoir en main toutes les clefs pour dénouer les fils et les enjeux… et en même temps la terrible sensation qu’il se cache encore quelque chose d’énorme dans les zones d’ombres. Suspense, vous avez dit ? Si peu, si peu… !
Surtout au vu de la scène finale… qui laisse le lecteur avec une foultitude de questions.

En somme, ce second tome tient les promesses du précédent et s’avère même meilleure. Camille, jusque-là un peu passive, prend les rênes et entre dans la danse. On retrouve la galerie de personnages hauts en couleurs, à laquelle s’ajoutent de nouvelles figures plus attachantes les unes que les autres. 
L’ambiance est toujours aussi maîtrisée, et c’est avec délices que l’on plonge dans un univers chatoyant, onirique, littéralement envoûtant, et rendu avec une précision quasi cinématographique (cette série ferait d’ailleurs un excellent film). La symbolique est puissante et l’histoire extrêmement parlante : Camille, par peur de la pension dans laquelle son père voulait l’envoyer, fait le vœu de ne pas y aller, bascule dans Evernight, et finit comme souillon dans un orphelinat. En un sens, c’est mille fois pire que la pension qu’elle redoutait, mais la projection s’avère diablement efficace. Sous l’intrigue fantastique, pleine d’aventure et de complots, il est donc question des peurs enfantines, et des cauchemars que l’on tente d’évacuer… 
En refermant ce tome, on a la sensation d’en savoir bien plus sur Evernight, mais également l’impression qu’il reste beaucoup, beaucoup de choses à découvrir, et que l’univers a encore de quoi nous surprendre. Au vu de la qualité de ces deux volumes, on n’a qu’une hâte : lire la suite ! Chapeau, Mel Andoryss !

◊ Dans la même série : De l’autre côté de la nuit.

Les Enfants d’Evernight #2, L’Orphelinat du Cheval-Pendu, Mel Andoryss. Castelmore, 20 août 2014, 350 p.

 

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Les Frontières de glace, La Quête d’Ewilan #2, Pierre Bottero.

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En Gwendalavir, Ewilan et Salim partent avec leurs compagnons aux abords des Frontières de Glace pour libérer les Sentinelles garantes de la paix. Ils repoussent en chemin les attaques de guerriers cochons, d’ogres et de mercenaires du Chaos, résolus avec les Ts’liches à se débarrasser d’Ewilan, mais se découvrent un peuple allié : les Faëls.
Salim se lie d’amitié avec une marchombre aux pouvoirs fascinants, tandis qu’Ewilan assoit son autorité et affermit son Don. Mais pour prétendre délivrer les Sentinelles, ils devront d’abord percer le secret du redoutable Gardien qui les protège… 

Un second tome placé sous le signe du voyage : c’est décidé, la compagnie fait voile vers Al-Poll, et les Figés.
Ce volume est placé sous le sceau des descriptions : entre l’Arche, le Pollimage, Al-Poll, la Dame ou les différentes observations, on est servi. Le paysage semble ciselé, et on aurait presque l’impression d’évoluer dans un tableau ! On retrouve la plume à la fois fluide et poétique de Pierre Bottero : c’est un régal à lire.

L’intrigue est pleine de suspens ; la compagnie voyage, et essuie plusieurs embûches successives. Attaques, embuscades, stratagèmes savants, le fil de l’histoire est varié. On déplorera cependant l’étonnante facilité avec laquelle se soldent la plupart des scènes de combat. A la longue, le suspens a du mal à prendre…
De même, la scène finale que l’on attend avec une impatience grandissante se solde un peu vite, et c’est bien dommage. On aurait apprécié un poil plus de difficultés ! L’histoire n’en reste pas moins très prenante.

Côté personnages, on se sort un peu des archétypes que l’on trouvait dans le premier tome : un peu, mais pas encore tout à fait. Encore une fois, ce sont leurs relations et la façon dont ils interagissent qui font tout le sel du récit. Tour à tour, on rit, on tremble, on s’enthousiasme ou on s’émeut à leurs côtés.

La suite des aventures d’Ewilan et de Salim se lit donc avec toujours autant de plaisir. L’intrigue est prenante, et on en apprend plus à la fois sur l’univers, les personnages, et les liens entre eux. Le système de magie se dévoile un peu plus. Si l’intrigue se solde encore un peu facilement, on profite d’un enchaînement des péripéties parfaitement maîtrisé. On ne s’ennuie pas ! Un second tome meilleur que le premier, sans aucun doute, mais dont on sent qu’il n’a pas encore livré tout son potentiel ; affaire à suivre avec le tome 3 !

 

◊ Dans la même série : D’un monde à l’autre (1) ; L’Île du Destin (3).

 

La Quête d’Ewilan #2, Les Frontières de glace, Pierre Bottero. Rageot, 2003, 275 p.
8/10

 

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Gardiens des cités perdues #1, Shannon Messenger.

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Sophie se sent à part à l’école : elle n’a pas besoin d’écouter les cours pour comprendre, et a plusieurs années d’avance. Le tout grâce à une mémoire photographique qui ne laisse passer aucun détail. Mais ce qu’elle n’a révélé à personne, c’est qu’elle entend penser les autres, exactement comme s’ils lui parlaient à voix haute. Seul moyen pour y échapper : écouter de la musique à plein volume, ce à quoi Sophie s’occupe ce matin où sa classe visite le musée d’Histoire naturelle. Perdue dans ses pensées, elle ne remarque pas de prime abord ce jeune homme qui la suit. Lorsqu’il l’aborde, c’est toute sa vie qui bascule : elle n’est pas ce qu’elle croyait être et doit abandonner école, famille, maison, pour rejoindre un autre univers qu’elle a quitté 12 ans plus tôt. L’y attendent une pléiade de nouveaux condisciples, amis, et ennemis, et surtout une question obsédante : qui est-elle ? Pourquoi a-t-elle été cachée parmi les humains ? Pourquoi n’a-t-elle que des souvenirs très partiels de son passé ?

Gardiens des Cités perdues, qui paraît aujourd’hui, est le premier roman de Shannon Messenger traduit en français ; au vu de la qualité, on espère que la suite ne tardera pas et, qui sait, que son autre série, Let the sky fall aura également droit à une traduction !
Gardiens des Cités perdues, c’est donc l’histoire de Sophie Foster, 12 ans, surdouée et télépathe, qui découvre inopinément que ses facultés n’ont, pour ainsi dire, rien d’anormal : elle n’est tout simplement pas humaine. Malheureusement, cela signifie également qu’elle doit quitter sa famille, afin de rejoindre un autre univers, celui des immenses cités perdues (Shangri-La, l’Atlantide, Eternalia…), afin d’y rejoindre son peuple naturel, et intégrer la prestigieuse université de Foxfire dans laquelle elle suivra une formation adéquate. Mais si Sophie est surdouée dans l’univers humain, c’est loin d’être le cas dans l’univers de ses origines : la petite première de la classe a des années de retard, ne comprend rien à rien, et enchaîne les bourdes. Tout en essayant de se faire à sa famille d’adoption, et en enquêtant sur son passé : pourquoi, au juste, a-t-elle été exilée dans son enfance, et pourquoi les catastrophes semblent-elles fleurir sous ses pas ? Mystère. Mais c’est bien le centre de la question.

Shannon Messenger va donc évoquer des thèmes chers à l’enfance avec, en premier lieu, le déracinement. S’ensuivront les difficiles problématiques des amitiés et inimitiés que l’on se crée à l’école. Sophie étant un «transfuge» dans son nouvel univers, elle crève d’envie de bien faire et surtout d’y arriver seule : évidemment, on voit rapidement la limite de son comportement. Non contente de perpétrer bourde sur bourde (elle détruit l’uniforme d’un professeur par accident en cours d’alchimie, par exemple), elle va également se mettre en danger par souci de bien faire et de prouver son intégration à la communauté. Son désir de bien faire est vraiment touchant et, loin de la condamner, le lecteur ne peut que compatir à son besoin d’affection.

Autour de Sophie gravite une belle palette de personnages, tant du côté des adolescents que des adultes. Chacun a sa petite histoire personnelle, ses aspirations, ses qualités et ses défauts. En un mot, ils sont consistants. Et c’est donc agréable de passer de l’un à l’autre, de tenter de deviner quelles vont être leurs interactions, ou de saisir les liens qui existent entre chaque : Sophie le découvre pas à pas, et le lecteur avec. Le tout en enquêtant, évidemment, sur le mystère qui sous-tend ce premier tome, mystère qui passionne et perturbe Sophie, et dont on sent que certains adultes connaissent des bouts qu’ils refusent de révéler… ce qui contribue largement à alimenter un suspens savamment entretenu.

L’intrigue est menée de main de maître : on passe de la révélation fracassante sur la nature de Sophie à l’acclimatation à son nouvel univers, et à la rentrée à Foxfire. Là, on retrouve une organisation assez scolaire, l’université étant organisée en niveaux d’études et en semestres, et les étudiants suivis par des Mentors. On pense de suite, évidemment, à Harry Potter, pour ce point-là ; à ceci près que, dans l’univers de Sophie, on n’apprend pas réellement de sortilèges : les étudiants sont invités à travailler différentes matières en relation avec la magie, certes, mais il n’y aura ni duel magiques, ni cours de métamorphoses. L’univers des cités perdues est plutôt basé sur une vision idéalisée d’une nature sauvegardée, nourricière, et qu’il faut à tout prix protéger – des actions humaines, par exemple.
Par ailleurs, l’auteur ne se contente pas de faire évoluer ses personnages dans le système scolaire : il y a également des péripéties plus personnelles (entre Sophie et ses amis, ou liées à sa famille d’adoption, par exemple) et d’autres rebondissements dignes des meilleurs récits d’aventure.
À cela il faut ajouter que le récit est vraiment bien écrit, et qu’on le lit avec un grand plaisir ; l’auteur varie les tonalités, joue à la perfection des émotions, et sait glisser quelques notes d’humour lorsque c’est nécessaire. C’est un vrai bonheur à lire, et on enfile les pages sans sourciller.

La fin laisse le lecteur avec une infinité de questions car, si une bonne partie de l’intrigue a été résolue, il reste toujours le fil rouge qui semble conduire la série. Si la conclusion du tome est très satisfaisante, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la suite… et donc d’être impatient de la lire !

Ce premier volume de la série Gardiens des Cités perdues a donc le mérite de poser les bases d’un univers riche, et d’une intrigue qui s’annonce haletante. Sophie est un personnage aussi touchant que bien pensé, et c’est avec plaisir qu’on la suit dans ses pérégrinations. Malgré quelques passages que l’on ressentira comme un peu clichés, l’intrigue est menée tambour battant, dans un style fluide et très agréable à la lecture. On se passionne pour l’aventure, les personnages, cet univers que l’on rêve de découvrir plus avant et qui devrait plaire aussi bien aux jeunes qu’aux moins jeunes lecteurs ! Pour résumer, Gardiens des Cités perdues est un gros coup de cœur, et c’est avec impatience que j’attends la suite !

Le petit plus ? Interview de Shannon Messenger !

 

◊ Dans la même série : Exil (2) ; Le Grand Brasier (3) ;

Gardiens des Cités perdues #1, Shannon Messenger.
Lumen, 2014, 510 p.
9/10. 

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De l’autre côté de la nuit, Les Enfants d’Evernight #1, Mel Andoryss.

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Camille vit seule avec son père, dans un manoir londonien, confortablement installée dans la routine d’une jeune fille de bonne famille, entourée de sa gouvernante et son précepteur. Camille aura bientôt 13 ans. Un jour, elle surprend malencontreusement une discussion entre son bien-aimé père et son précepteur : elle ira bientôt au pensionnat. Personne ne lui a demandé son avis. Et Camille ne veut pas partir, loin de chez elle, loin de son père, loin de ce qu’elle a toujours connu. Alors, la veille du départ, Camille fait un vœu : celui que le lendemain n’arrive jamais. 
Et c’est ce qui arrive. Car Camille ne se réveille pas dans son lit, mais à Evernight, un univers parallèle, celui des rêves. Evernight est un monde très étrange, peuplé de créatures encore plus étranges. Là, Camille rencontre le Marchand de Sable. Et Camille comprend bien vite que sa situation est critique : aucun humain n’est toléré à Evernight !

Voilà un titre très enthousiasmant ! Ce premier tome des Enfants d’Evernight est une adaptation de la bande-dessinée éponyme, scénarisée par Mel Andoryss, à qui on doit ce roman, et illustrée par Marc Yang : et voilà une adaptation très réussie !
La première chose qui marque dans ce roman, c’est l’écriture très visuelle et le style proprement enchanteur : l’univers est foisonnant, coloré, on a l’impression de s’y balader sans aucune difficulté. Dès le premier chapitre, on baigne dans un onirisme qui sied tout à fait à l’univers, avant de basculer dans la grisaille londonienne, et la déprime légitime de notre héroïne.

Le monde evernightien est très original et colle tout à fait à l’écriture : on peut s’y déplacer en planche volante, l’eau de la mer est dangereuse (carrément mortelle au moindre contact), les cauchemars prennent forme et attaquent la cité  et ses habitants, les animaux circulent sur deux pattes et y sont doués de parole et les humains, hormis 3 heureux élus, n’y sont pas les bienvenus. Et tout est aussi loufoque et fantaisiste : les principales usines d’Evernight travaillent sur l’énergie des rêves et des cauchemars issus des enfants endormis dans le monde réel,  dont le sommeil est contrôlé par des montres enchantées du Palais du temps, et s’en servent pour alimenter tout ce qui fait fonctionner l’univers.
Après avoir découvert l’usine des montres du Maître du Temps, le lapin (ivrogne) pilote d’avion, le tigre au monocle chef de l’Ordre, et l’ambiance très onirique qui baigne le roman, on ne peut que penser à Alice au Pays des Merveillesou même à Peter Pan ! Quelques clins d’œil aux contes de notre enfance, sont subtilement glissés dans le texte, parfaitement intégrés dans cet univers riche et original ! La fantaisie de l’univers est proprement enthousiasmante, et on le découvre avec autant de candeur et de surprise que notre héroïne.

Camille, justement, après avoir ardemment souhaité s’évader de son quotidien, ne rêve plus que de rentrer, tant Evernight lui est hostile, point qui s’avère éminemment intéressant et original : généralement, lorsqu’un roman fait passer un personnage d’un univers à l’autre, celui-ci est plutôt heureux de cette nouveauté, et s’attache à y rester. Ici c’est l’inverse.
Traquée, terrifiée, la jeune fille tombe sur des alliés inattendus. Parmi ceux-ci, le Marchand de Sable, un des trois seuls humains autorisés à rester à Evernight. Doté d’un sens de l’humour (et d’un sens des affaires) assez poussés, c’est un personnage dont le cynisme et les piques sont tout à fait rafraîchissants.
La galerie de personnages est haute en couleur : si Camille est plutôt discrète, voire effacée (probablement en raison de son éducation), les autres personnages sont bien plus affirmés. Au cynisme du Marchand de Sable s’oppose le caractère bien trempé du Vendeur de Nuit. Le Maître du Temps, de son côté, reste plus énigmatique, mais la suite devrait lui laisser toute sa place.
Ce qui est intéressant, là aussi, c’est que le personnage central (Camille) est très passif, et se laisse largement balloter par les événements. Les véritables personnages agissant, ici, sont les trois spécialistes du sommeil… du moins dans la majeure partie du roman, car le personnage de Camille opère un net revirement dans les derniers chapitres, ce qui promet de bien intéressants développements dans la suite.

L’intrigue étant basée sur la tentative de Camille de s’enfuir, le fil est assez simple à suivre, et on se passionne presque plus pour l’autre intrigue qui, au départ, semble secondaire. Car l’arrivée de Camille coïncide avec d’étranges événements qui viennent perturber la tranquille vie d’Evernight : un bandit masqué sévit dans les rues, la cité est attaquée par de dangereux cauchemars aqueux, et les montres du sommeil subissent d’importantes déconnexions. Il y a là un sacré mystère. La quête de Camille, entrecroisée au second fil d’intrigue, est prétexte à la découverte progressive d’un univers que l’on sent très dense, et l’auteur laisse de savantes zones d’ombre dans l’un, comme dans l’autre. Ainsi, on achève le roman avec un certain nombre de questions, alors que le mystère principal est (quasiment) résolu.

S’il présente une intrigue assez simple à suivre, c’est par son univers riche, poétique et onirique, son style enchanteur, ainsi que par sa galerie de personnages hauts en couleur, que De l’autre côté de la nuit séduit. Dès les premières pages, on se laisse immerger dans un monde étonnant et ô combien agréable, que l’on découvre pas à pas, et qui ressuscite une ambiance merveilleuse très prenante. Le roman est porté par une plume maîtrisée, fluide, et envoûtante. Ce premier tome est un excellent tome introductif : si on a l’impression d’avoir découvert une bonne partie de l’univers, et de savoir également qui trafique quoi au juste, le roman nous laisse tout de même avec une bonne part de questions, sans que ce soit frustrant ! L’évolution du personnage principal laisse aussi présager d’intéressants développements dans le second tome. Bref : tout cela donne très envie de lire la suite. 

◊ Dans la même série : L’Orphelinat du Cheval-Pendu (2).

Les Enfants d’Evernight #1, De l’autre côté de la nuit, Mel Andoryss. Castelmore, 2014, 316 p.
8 / 10. 

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