La Bataille d’Angleterre, Roslend #1, Nathalie Somers.

En pleine Seconde Guerre mondiale, deux adolescents, Lucan et Catriona, se retrouvent au coeur d’un secret d’Etat. Le dossier Roslend est classé confidentiel : compréhensible quand on sait qu’il s’agit d’un univers parallèle et fantastique, dont le destin est étroitement lié à celui de Londres. Le sort des deux mondes repose désormais entre les mains de Lucan et de son amie.

J’avoue avoir commencé ce roman avec un léger a priori, alors que j’essaie toujours de démarrer mes lectures en toute neutralité. Un de mes prescripteurs habituels m’avait-il dit n’avoir pas aimé ? Mystère. Toujours est-il que c’est avec beaucoup de pincettes que j’ai attaqué ma lecture et que la surprise n’en a été que meilleure !

L’introduction nous fait découvrir Lucan, un jeune garçon élevé par son grand-père horloger, dans un Londres vigoureusement bombardé par les Allemands – eh oui, nous sommes en 1940. Lucan a perdu ses parents et n’apprécie guère son apprentissage : il ne rêve que de jouer au hurling (un sport traditionnel irlandais) ou de courir les rues avec Catriona, sa flamboyante amie et voisine. Sans trop vous en révéler, Lucan va se trouver propulsé dans un univers parallèle dont il ne soupçonnait pas l’existence : Roslend.

Le roman s’appuie sur un univers extrêmement original et d’une incroyable richesse. Qu’il soit question de la faune, de la flore, de l’organisation de la société ou des us et coutumes, Nathalie Somers a accordé un soin particulier à Roslend, qui surgit littéralement sous nos yeux – et ce avec peu de descriptions. Elles font tout simplement mouche !
Le roman repose sur le principe de deux univers certes parallèles, mais dont les histoires sont intimement liées : au fur et à mesure que progresse la bataille d’Angleterre, celle entre Roslend et Nelbri fait rage. On fait donc de constants allers-retours entre les deux mondes, au gré des voyages de Lucan. On pourrait, du coup, penser que la connaissance de l’Histoire gâche totalement la découverte de l’intrigue. Eh bien en fait, pas du tout ! Certes, connaître l’issue de la bataille d’Angleterre donne de bons indices quand à l’issue de celle de Roslend (en imaginant que l’auteure n’ait pas versé dans l’uchronie), mais le suspens est tout de même bien présent et ce sans doute à cause de la dimension d’espionnage très forte que propose l’intrigue. Il y a des missions sous couverture, des exfiltrations musclées, et il est pas mal question d’Enigma. D’ailleurs, l’ambiance de l’époque est vraiment bien retranscrite, car l’auteure fait intervenir des figures historiques – parmi lesquels Churchill, ou la famille royale.

Passer constamment d’un univers à l’autre induit un fort suspens – au cas où le contexte guerrier ne serait pas suffisant. Cela tient également aux moments forts de l’histoire : les péripéties sont nombreuses, les retournements de situation également : bref, on ne s’ennuie pas.
Côté personnages, on est plutôt bien lotis aussi. Évidemment, la star, c’est Lucan, mais son acolyte indispensable reste Catriona, laquelle parvient à la fois à veiller sur les arrières de son camarade et à faire avancer l’histoire – ce qui n’est pas mal du tout, d’autant que la jeune fille tient plus du side-kick que du protagoniste !
En revanche, j’ai un peu regretté que Lucan soit l’arrivant providentiel, celui grâce auquel Roslend va se tirer du guêpier dans lequel ils sont fourrés : certes, cela semble tenir à une excellente explication, mais j’ai trouvé que la révélation était un peu trop attendue. Néanmoins, l’ensemble est bien ficelé et tient la route, donc j’ai rapidement arrêté de grogner.
D’ailleurs, la fin est arrivée un poil trop vite à mon goût, ce qui traduit le bon moment que j’ai passé avec ce roman !

La très belle couverture n’était donc pas mensongère : j’ai passé un très bon moment avec Roslend et suis même très curieuse de lire la suite. Nathalie Somers y met en scène un personnage attachant, plongé sans sommation dans un univers extrêmement original. Elle déploie sa fantasy sur la trame de la deuxième guerre mondiale et le récit est particulièrement réussi – bien que l’on connaisse l’issue du conflit, elle parvient à maintenir le suspens dans son intrigue. Vivement la suite, donc !

Roslend #1, La Bataille d’Angleterre, Nathalie Somers. Didier jeunesse, mars 2017, 329 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

Je suis Adele Wolfe #2, Ryan Graudin.

Le monde est sur le point de se noyer dans un bain de sang…
Le Führer vient d’être assassiné. La Résistance, y voyant l’opportunité d’une rébellion longuement attendue, se met en branle.
Mais Yael, survivante des camps et à l’origine de ce coup d’éclat, sait qu’il n’en est rien. Le Führer vit toujours et elle seule a conscience que ses camarades d’armes, mis à nu, courent un grand danger. Yael doit les rejoindre coûte que coûte pour les prévenir. Elle devra toutefois faire avec Luka et Felix, eux aussi soupçonnés de trahison par sa faute.
S’engage alors une folle course-poursuite semée d’embûches. Le passé et le présent de Yael s’entrechoquent, de lourds secrets éclatent et, dans un contexte où l’on ne parvient pas toujours à distinguer le mensonge de la vérité, une seule question s’impose: Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour protéger ceux que l’on aime ?

Le premier tome de ce diptyque avait été une excellente découverte et le second opus est de la même eau !
L’intrigue reprend presque pile poil au moment où s’arrêtait le précédent : un poil avant, d’ailleurs, car on assiste à la scène finale du premier tome vue par les yeux de Luka. Autant dire que cela démarre sur les chapeaux de roue : Yael sait qu’elle n’a pas réellement assassiné le Führer, elle tâche donc d’échapper à la police nazie, avec le désormais très curieux Luka à ses trousses.

Si le premier volume était centré sur la course de moto, ici les bécanes sont (à mon grand désespoir) assez loin du centre de l’histoire. De même qu’Adele Wolfe, dont Yael usurpait l’identité dans le premier tome et dont elle ne se sert désormais plus — à ce titre, il est dommage que le titre français ait repris le titre du premier tome car, cette fois, cela ne fonctionne pas vraiment.
Mais hormis ces deux petits détails, Ryan Graudin propose une nouvelle fois un roman palpitant.

Car la Résistance pense que le Führer a bel et bien disparu et lance son coup d’État : d’un côté, les Résistants œuvrent pour libérer le peuple, de l’autre, les nazis en sont déjà à la contre-offensive. Autant dire que le suspens est à son comble, d’un bout à l’autre du roman. Celui-ci, de plus, est particulièrement immersif : que l’on soit dans le camion défoncé qui emmène Yael et ses camarades au combat, aux abords du camp, au sous-sol de la brasserie qui tient lieu de QG ou au fin-fond de la Moscovie, tout ce que vivent les personnages est incroyablement réaliste. Et qui fait la part belle à la stratégie militaire, l’action étant concentrée sur quelques scènes particulièrement riches en montées d’adrénaline.

Ryan Graudin nous plonge au plus près de ce que vivent les personnages : angoisses, espoirs, désillusions ou petites victoires émaillent le texte. Si certains développements font grincer des dents, tout est (à nouveau) parfaitement réaliste – ce qui n’en rend que meilleure l’uchronie.
Dans le premier tome, on suivait Yael sur quelques 20 000 kilomètres, donc on la connaît désormais plutôt bien. Ce qu’il y a de bien, c’est que cette fois on suit également Luka et Félix – et on a même quelques scènes consacrées à Adele qui, tout héroïne éponyme soit-elle, n’en passe pas moins l’ensemble de l’histoire enfermée dans une cave. Chacun des trois personnages évolue, grandit, mûrit, en fonction de l’endroit dont il vient, de ce qu’il a vécu, de ses convictions intimes. Chacun reste au plus proche de ses convictions, ce qui rend leurs comportements vraiment justes – et le roman d’autant plus palpitant, donc. Alors, oui, parfois on grince des dents devant les développements que Ryan Graudin choisit mais elle ne verse pas dans les faux-semblants : c’est la guerre, et il se passe pas mal de trucs assez moches.
De ce point de vue-là, elle a parfaitement intégré l’atmosphère de l’époque, de même que les grands chapitres du conflit (que ce soit du point de vue des faits avérés ou des projets nazis). Ainsi, la capitale de l’Allemagne (agrandie) s’appelle Germania (comme le souhaitait Hitler) et, on le sait depuis le premier tome, le roman met en avant l’amour des nazis pour les sciences occultes couplé à la médecine – à ce titre, attendez-vous à quelques passages difficilement soutenables, même si l’auteur ne verse ni dans le gore, ni dans la surenchère. En somme : c’est parfois dur, c’est parfois à coller des claques à qui de droit, mais tout contribue à créer une atmosphère d’enfer, qui rend le roman littéralement palpitant.

J’avais adoré le premier tome, qui nous emmenait tout autour de l’Axe, dans les vapeurs de gas-oil et les rafales de poussière. Cette fois, point de course de moto, mais un suspense tout aussi présent. C’est en apothéose que Ryan Graudin conclut les aventures de Yael, sur les routes d’un IIIe Reich vorace, que l’on n’a guère envie de voir revenir et contre lequel elle nous met fermement en garde. Une uchronie très réussie !

 Je suis Adele Wolfe #2, Ryan Graudin. Traduit de l’anglais par Serge Cuilleron.
Éditions du Masque (MsK), juin 2017, 497 p.

Erased #6-8, Kei Sanbe.

coupdecoeurerased-6-kei-sanbe

Grâce aux efforts conjugués de Satoru et Kenya, Kayo et Aya Nakanishi ont été sauvées ! Mais l’affaire n’est pas tout à fait réglée : Satoru est resté coincé, en 1988, dans son corps d’enfant. Et il y a toujours un tueur en série en goguette !

Il ne reste que deux tomes et autant dire que ce sixième volume laisse le lecteur sur des charbons ardents_ un peu comme le cinquième volume, qui s’achevait sur un redoutable cliffhanger.
Cette fois, plus aucun doute n’est permis sur l’identité du coupable et l’on se doute bien qu’il ne compte pas s’embarrasser d’un témoin gênant, fut-il un jeune enfant.
Finalement, c’est dans ce sixième volume que l’on prend enfin la mesure de l’intrigue uchronique : bon an mal an, on finit par revenir en 2006. Sauf que Satoru n’est plus du tout dans le même état qu’au début de l’histoire. Il est d’ailleurs presque absent de l’histoire, coincé qu’il est dans son coma, sur son lit d’hôpital. De plus, le suspense est maintenu jusqu’au bout. Si, dans un premier temps, Satoru est mis hors d’état de nuire, dans la suite, il est tout simplement privé de ses souvenirs… et donc bien moins utile que prévu !

C’est Sachiko, la mère de Satoru, qui a la part belle dans ce volume. On la découvre autrement que par les yeux de son fils et le portrait qu’en fait Kei Sanbe est riche et la montre bien plus présente que ne le pensait son fils. L’histoire, de plus, s’enrichit de nouveaux personnages qui apportent de nouvelles nuances.

Kei Sanbe mène son intrigue de main de maître et offre, à nouveau, un redoutable retournement de situation final, surprenant, qui laisse sur des charbons ardents pour la suite ! Heureusement qu’elle est annoncée pour juillet !

Erased #6, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, février 2016, 194 p.

Après 15 ans, Satoru est enfin sorti de son coma. Cependant, une lourde rééducation l’attend, et sa perte de mémoire le tourmente. En effet, le jeune homme semble avoir oublié qu’il possède la faculté de retourner dans le passé, et ne comprend donc pas d’où lui viennent toutes ses connaissances largement avancées pour un élève de primaire.
Bien que durant ces 15 ans, sa mère ait tout fait pour préserver le corps de son fils et qu’elle veuille désormais le protéger de son passé, elle décide de le laisser lire les dossiers que lui a laissés son ami Ken’ya, qui relatent l’affaire à laquelle les deux enfants s’intéressaient avant l’accident de Satoru. Cependant, ceux-ci ne font que semer davantage le doute dans l’esprit du jeune homme.
Airi pourrait-elle être la clef permettant de déverrouiller la porte dans son esprit ?

Vu qu’on approche dangereusement de la fin, le suspens est à son comble dans cet opus. Ici, ce que j’ai trouvé chouette, c’est que puisque que Satoru a réussi dans le passé, on est sur une nouvelle ligne temporelle : Kayo est toujours en vie, Satoru a un corps d’adulte à apprivoiser et… d’intempestifs flash-backs avec lesquels composer. C’est ainsi qu’il se rappelle nettement d’Airi… dont il va inopinément croiser la route. Peu à peu, tous les fils convergent.

Si la ligne temporelle a été modifiée, on reparle beaucoup de l’affaire sur laquelle enquêtait Satoru étant enfant. Kenya, son ami d’enfance, est devenu avocat et n’a jamais lâché l’affaire. D’autant que les meurtres semblent avoir repris – mais sans que l’on soit sûr de pouvoir vraiment tous les raccorder.

Le volume est centré sur la rééducation de Satoru mais le suspens est relancé lorsque l’on s’aperçoit qu’il est placé sous étroite surveillance – sans doute du tueur. Le tome est donc sous tension mais, paradoxalement, plus lent dans ses péripéties, ce qui peut parfois laisser l’impression qu’il ne s’y passe pas grand-chose.

Le tome 7 se maintient dans un bon équilibre : il y a plein de suspens mais, en même temps, l’accent est mis sur la rééducation de Satoru, sa vie nouvellement prise en main et sur ses relations avec ses amis. Du coup, on patiente, mais on trépigne encore !

Erased #7, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, juillet 2016, 194 p.

Après s’être réveillé d’un long coma, Satoru récupère peu à peu ses capacités et ses souvenirs. Néanmoins, le jeune homme ne se rappelle toujours pas de qui est le meurtrier, et ignore que celui-ci l’observe. Toutefois, avec l’aide de Kenya, Satoru va tenter d’attirer le meurtrier afin de l’arrêter en servant d’appât…

Voilà, c’est déjà le dernier tome de la série Erased et, si j’avais vraiment hâte de le lire, j’étais un peu triste de déjà arriver à la fin. Dans le tome précédent, j’avais été un peu frustrée, avec l’impression qu’il ne s’était pas passé grand-chose malgré l’intérêt apporté aux personnages. Du coup, on attaque le tome 8 en plein suspens puisque, désormais, Satoru est très très proche du but – et qu’on sait que la fin est proche.

Le voilà embarqué dans une sortie à l’étang des Camélias avec d’autres patients, sa mère, la jeune Kumi qu’il a rencontrée à l’hôpital et… le tueur.
Le suspens est augmenté par la façon dont Kei Sanbe nous donne à voir les minutieux préparatifs de Satoru et de la personne à qui il s’oppose. Assez vite, aux préparatifs succède l’affrontement entre les deux, qui occupe deux bons tiers du manga. Et, là aussi, le suspens est à son comble : on a déjà une idée assez précise des motivations du tueur et de comment les faits se sont déroulés, mais la confrontation est passionnante. De plus, le fait que la ligne temporelle ait été modifiée autant de fois alimente à merveille l’intrigue – vu que Satoru a des réminiscences de ses vies antérieures.
Le sujet, d’ailleurs, est éminemment casse-gueule, mais l’auteur s’en sort avec les honneurs !

Kei Sanbe apporte une vraie conclusion à son intrigue, mais je n’ai pas pu m’empêcher de la trouver un peu expédiée, sans doute parce que la traque s’est étalée sur sept tomes – et que j’ai adoré la série. Pas de feu d’artifice final, donc, mais une conclusion à l’image de la série, pleine de tension et qui apporte un beau point final. J’avais un peu peur, au vu des lignes temporelles bouleversées, que certains éléments de l’intrigue passent à la trappe (Airi, notamment), mais non, Kei Sanbe réussit à ramener tous les fils de l’histoire à la fin !

En somme, Erased fait partie de mes séries de manga favorites : le thème du voyage temporel, le thriller et tout ce que l’auteur développe autour des personnages m’a beaucoup plu ; le suspens ne se dément presque jamais tout au long de la série et j’avais vraiment hâte de savoir comment l’auteur s’en sortirait avec le thème choisi.
Si la série vous a plu, je vous recommande tout aussi chaudement la série animée parue l’année dernière – et j’attends maintenant avec impatience le film en préparation !

Erased #8, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, janvier 2017, 210 p.

 

Je suis Adele Wolfe, Ryan Graudin.

je-suis-adele-wolfe-ryan-graudin

Germania, 1956. L’Axe domine le monde, suite à la victoire du IIIe Reich et du Japon. Depuis, les deux empires se sont partagé le monde. Afin de commémorer la victoire des forces de l’Axe sur les Alliés, Hitler et l’empereur Hirohito organisent chaque année une incroyable course de moto entre leurs deux continents : le Tour de l’Axe. Sur leurs Zündapp, les 20 candidats, japonais et allemands, rallient Berlin à Tokyo, via Le Caire et New Delhi. Le Führer fait une de ses exceptionnelles apparitions lors du bal de la Victoire.
Yael, une jeune survivante des camps, n’a qu’un objectif dans la vie : renverser le règne du Führer. Enfant, elle a été choisie par un médecin nazi pour subir des expériences visant à diminuer la création de mélanine. Résultat : Yael est désormais capable de métamorphose, pouvant prendre l’apparence d’à peu près n’importe quelle femme. Une capacité qui n’a, évidemment, pas échappé à l’œil de la Résistance, qui charge la jeune femme de mettre à bas Adolf Hitler.
Le moyen ? Prendre l’apparence d’Adele Wolfe, la seule femme à avoir jamais participé à la course et gagner à nouveau la course. 

De Ryan Graudin, j’avais beaucoup aimé Fuir la citadelleun roman bourré d’adrénaline, un trait que l’on retrouve dans Je suis Adele Wolfe.
L’intrigue débute très vite : on sait que Yael est une drôle de survivante des camps, capable de se métamorphoser à loisir ou presque, suite aux expériences nazies qu’elle a subies. Dès le début, elle a sa mission en tête et n’en démord pas : prendre l’apparence d’Adele et gagner la course.
Le récit alterne entre ce présent plein de suspens et le passé trouble de la jeune femme, de ses années de captivité et de torture, à sa formation d’agent spécial de la rébellion. On comprend donc bien mieux comment Yael est devenue cette Walkyrie prête à tout pour venger son peuple.

L’intrigue est menée tambour battant, au rythme des étapes harassantes de la course. Harassantes, car il s’agit d’un effort physique incroyable, mais aussi parce que Yael est soumise à une forte pression. Le jour du départ, elle s’aperçoit en effet que le frère jumeau d’Adele, Felix (dont Adele avait usurpé l’identité l’année précédente), a lui aussi pris le départ. Pire, elle doit affronter Luka, un autre concurrent, dont il semblerait qu’un secret qu’elle ignore le lie à Adele. Et c’est sans compter sur les autres candidats, allemands comme japonais, pour qui la championne est l’ennemi à abattre. Et c’est d’autant plus prenant que l’auteur sait nous surprendre au gré des péripéties et retournements de situation. C’est un roman qui fleure bon le cuir, la pluie, le sable, la sueur et le diesel et qui se lit avec autant d’urgence que d’appétit.

Côté genres, Ryan Graudin joue sur ceux de l’uchronie et de la science-fiction (teintée de fantastique). En effet, si les métamorphoses de Yael ont une explication toute scientifique, elles restent surprenantes et inédites. Celles-ci, de plus, sont souvent imparfaites, Yael n’ayant pas toujours le temps d’étudier ses cibles : voilà qui change agréablement des personnages métamorphes tout-puissants !
De son côté, l’uchronie fonctionne à plein et fait littéralement froid dans le dos. La fin est bien amenée et reprend, en le détournant légèrement, un véritable épisode de l’histoire du IIIe Reich.

Excellente découverte uchronique que Je suis Adele Wolfe. L’intrigue est menée sur les chapeaux de roues et ne laisse aucun répit, ni aux personnages, ni au lecteur. La fin, très ouverte, laisse toute latitude à un deuxième volume, que je lirai bien volontiers s’il paraît !

Je suis Adele Wolfe, Ryan Graudin. Traduit de l’anglais par Marie Cambolieu. MsK, septembre 2016, 338 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

L’énigme du magicien, Le Secret de l’inventeur #2, Andrea Cremer.

l-énigme-du-magicien-le-secret-de-l-inventeur-2-andrea-cremer
Après l’explosion des Catacombes, le seul foyer qu’elle ait jamais connu, Charlotte est contrainte de mener sa petite troupe de résistants à l’oppresseur anglais, parmi lesquels une dizaine d’enfants, vers La Nouvelle-Orléans. Désormais leader du groupe, elle se retrouve face à des choix difficiles pour préserver la vie de ses jeunes protégés, mais continue de voir en Grave, malgré sa force herculéenne et ses origines inquiétantes, 
un allié et un ami.
L’Empire fera tout pour les empêcher de rallier le quartier général de la Résistance …

Retour aux aventures de nos jeunes Rebelles, qui ont perdu leur seul point de chute. Malheureusement, on ne peut pas dire que l’histoire avance de beaucoup dans cet opus.

L’intrigue est composée d’une suite de petits rebondissements et retournements de situation certes pas  désagréables, mais ne permettant que peu d’évolutions quant au fil rouge général. Si le rythme y est, l’affaire n’est tout de même pas passionnante. Pourtant, c’est bien l’intrigue qui reprend le pas sur les affaires de cœur de Charlotte – les frères Winter étant, globalement, absents de l’histoire. Malheureusement, celle-ci est truffée d’autres affaires de cœur – à croire que le célibat n’est pas une solution envisageable, ce qui est tout de même un peu triste.
Affaires de cœur mises à part, l’intrigue tire plus sur le roman d’espionnage que sur celui d’aventure, ce qui est loin d’être désagréable : Charlotte bénéficie donc des cours de Linnet, la demi-sœur honnie de la famille Winter et affûte ses compétences. Malheureusement, pas tout à fait assez… Ce qui lui fait commettre des erreurs que même une débutante ne ferait pas et introduit des incohérences dans l’histoire. Ainsi, elle découvre une information capitale à propos de Grave, s’empresse de faire le contraire de ce qu’on lui préconisait et… s’étonne que cela tourne mal. Le lecteur, lui, trouve simplement cela incroyablement idiot, à raison.

Ceci étant, l’histoire permet d’introduire de nouveaux personnages, parmi lesquels la mère de Charlotte, le mage Nicodème ou Sang d’Acier, flibustier français. La première n’a rien d’une sympathique matrone et tout d’une impitoyable chef de guerre, aux motivations pour le moins troubles. Mais, là encore, on a trop peu de détails, il faudra sans doute attendre le tome suivant pour tout savoir de sa position. Le deuxième n’a droit à guère plus de place : il est bien question de magie et de vaudou, mais à trop petite dose pour que cela soit, d’une part, significatif et, d’autre part, pour que cela crée une ambiance fantastique efficace. Quant au dernier, il permet d’introduire un petit grain d’exotisme et d’aventures échevelées, mais seulement sur la fin, aussi faut-il attendre un bon moment avant que cela ne décolle – dans tous les sens du terme.

L’Énigme du magicien est donc un tome de transition avec tous les défauts que cela peut supposer. L’intrigue ne progresse quasiment pas (ou seulement sur les tous derniers chapitres), les rares faits sont survolés et les personnages à peine approfondis. La tension est relancée dans la fin, ce qui fait que l’on a tout de même envie de savoir comment cela va s’achever, malgré les aspects décevants de l’opus.

◊ Dans la même sérieRébellion (1) ;

Le Secret de l’inventeur #2, L’énigme du magicien, Andrea Cremer. Traduit de l’anglais par Mathilde Tamae-Bouhon.
Lumen, février 2016, p.

challenge-vapeur-et-feuilles-de-thé-small

ABC-imaginaire-2016

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

étiquette-et-espionnage-le-pensionnat-de-mlle-géraldine-1-gail-carriger

 

Erased #4-5, Kei Sanbe

Bienvenue en thriller ! Dans cet opus, on nage dans une ambiance extrêmement pesante et un suspens hallucinant ! Car comme on sait déjà comment cela peut mal finir, on s’angoisse fortement pour Kayo, Satoru et sa mère !
L’intrigue devient de plus en plus complexe (et sombre) : en effet, Satoru ne lésine pas sur les moyens et met un place un stratagème plus qu’alambiqué pour sauver la vie de Kayo. Or, il doit poursuivre un double objectif : sauver Kayo, sa mère et se préserver de la police à son retour en 2006. Pas facile, donc… et l’attente est très forte !

Les personnages adultes ont la part belle dans cet opus : la mère de Satoru s’implique de plus en plus (et malgré ses récriminations initiales contre elle, elle apparaît de plus en plus comme la super-maman par excellence) ; celle de Kayo refait surface (pas forcément pour le meilleur, d’ailleurs) ; l’instituteur, de son côté, sort enfin de sa réserve et montre à Satoru qu’il peut compter sur lui. Par ailleurs, les camarades de Satoru prennent de plus en plus d’ampleur (Kenya, notamment) et semblent prêts à s’entraider.

Côté intrigue, on a l’impression à la fois l’impression de commencer à toucher du doigt la clef et celle de nager en plein cirage ! C’est dire si l’ensemble est prenant et haletant ! De plus, le découpage serré, les cases assez petites et les tons très sombres augmentent l’impression de suspens haletant.
Dans toute cette noirceur surnagent des passages vraiment comiques, lorsque la personnalité adulte de Satoru entre en conflit avec l’enfant qu’il était, lui faisant commettre quelques petites bourdes : c’est drôle et savoureux !
Le volume se terminer sur une note à la fois poétique et mélancolique… et sur une foule de questions.

Erased, #4, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré.
Ki-oon, 2015, 194 pages.

erased-5-kei-sanbe

Kayo a été sauvée, mais Satoru est toujours en 1988… Or il se rappelle subitement que deux autres enfants ont été victimes du tueur en série. Justement, il connaît Aya Nakanishi, une fillette qui reste souvent seule au parc et qui avait également disparu. Pour éviter un nouveau drame, Satoru embarque ses camarades dans une drôle d’aventure : il leur propose un jeu de détectives, dans lequel les enfants sont chargés de sortir de leur isolement les enfants de leur entourage, ce qui arrange tout le monde. Les enfants sont ravis de se faire de nouveaux amis, les adultes sont aux anges de voir cette initiative. Satoru, de son côté, est assuré d’empêcher qui que ce soit de se faire enlever. Il s’aperçoit justement que Misato, une fillette de sa propre classe, est très isolée. Or, voilà que de nouveaux indices sur le tueur surgissent… Satoru se sent pousser des ailes !

Plus les tomes avancent et plus la tension augmente ! On pensait l’histoire bouclée avec le sauvetage de Kayo mais l’histoire n’est pas terminée, puisque Satoru n’est pas revenu en 2006 (ce qui est tout de même l’objectif). Cette petite aventure de détectives va permettre d’approfondir un peu plus les enfants et adultes qui gravitent autour de Satoru, ainsi que leurs relations. Le décalage entre les deux personnalités de Satoru est toujours aussi comique et apporte une petite touche de fraîcheur dans un univers de plus en plus sombre.

Dans ce volume, l’uchronie refait surface avec force : si les enfants attaqués ne sont pas décédés… cela met tous les enfants en danger ! La tension est donc à son comble, puisque le danger semble pouvoir surgir de partout et à tout instant.

Et ce n’est pas le redoutable cliffhanger final qui va la faire retomber. Alors que l’enquête de Satoru fait un énorme pas en avant et que l’on commence à comprendre des éléments, voilà que l’on se met subitement à douter d’un personnage…. Le tout dans les quelques dernières pages, évidemment, ce qui laisse le lecteur sur des charbons ardents – d’autant plus que le tome 6 vient tout juste de sortir au Japon ! Quelle fin !

Ces deux tomes donnent l’impression que l’on dénoue plein de fils sur l’intrigue principale, tout en la complexifiant de plus en plus. La tension ne fait qu’augmenter au fil des pages et le cinquième volume s’achève en apothéose sur un cliffhanger haletant ! Vivement la suite !

◊ Dans la même série : Erased #1-3 ;

 

Erased, #5, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré.
Ki-oon, 2015, 200 pages.

 

challenge-52-semaines

 

Sovok, Cédric Ferrand.

sovok-cédric-ferrand

 

Moscou, dans un futur en retard sur le nôtre. Manya et Vinkenti sont deux urgentistes de nuit qui circulent à bord de leur ambulance volante de classe Jigouli. La Russie a subi un brusque infarctus politique, entraînant le pays tout entier dans une lente agonie économique et une mort clinique quasi certaine. Le duo d’ambulanciers est donc le témoin privilégié de la dégradation des conditions de vie des Russes. Surtout que leurs propres emplois sont menacés par une compagnie européenne qui s’implante à Moscou sans vergogne.
Et puis un soir, on leur attribue un stagiaire, Méhoudar, qui n’est même pas vraiment russe, selon leurs standards. Ils vont quand même devoir lui apprendre les ficelles du métier.

Bienvenue en Russie ! La neige, les pots-de-vin, la police militaire, les ambulances volantes. Dans cette Russie post-moderne, la technologie a bien progressé. Enfin… devrait avoir bien progressé. Car quand on y regarde de plus près, la peinture des Jigouli laisse à désirer, les moteurs cliquettent plus qu’ils ne ronronnent et les pièces détachées se font rares. On comprendra donc que les interventions des urgentistes puissent se monnayer sous le manteau et que les ambulanciers fassent monter les mises avant de déposer leurs blessés à l’hôpital.

Dans Sovok, il n’y a pas vraiment d’intrigue façon « grande quête » ou « objectif supérieur » à atteindre mais ça n’en rend pas le roman moins prenant, bien au contraire !
Moscou, ici, fait quasiment office de personnage à elle toute seule : au gré des rondes de la Jigouli, on arpente les rues, les quartiers plongés dans le noir (black-out oblige), on découvre une organisation pas toujours très orthodoxe, mais qui fourmille de tellement d’idées qu’on a du mal à quitter la fine équipe. Les nuits d’intervention se suivent, mais ne se ressemblent pas, guidées par le fil rouge des conversations entre Manya et Vinkenti et les tentatives d’intégration de Méhoudar, le juif Birobidjanais – autant dire, pas vraiment russe.

Les personnages sont vraiment soignés, et bien plus profonds qu’ils ne le laissent penser de prime abord. Au gré de leurs conversations, c’est tout un panorama de cette Russie rétro-futuriste qui s’étale sous nos yeux, dont certains points ne peuvent manquer de rappeler quelques aspects de notre société : la marchandisation de la médecine, les lourdeurs administratives, les montagnes de paperasses inutiles et pourtant réglementaires, les petites magouilles pour survivre… En fait, cette Russie est affreusement réaliste. Et ce portrait qui se dévoile, nuit après nuit, est absolument passionnant ! Et si la chute semble quelque peu abrupte, elle est excellente.
De plus, le tout est servi par un plume soignée, vive et qui ne dédaigne pas un peu d’humour cynique : que demander de plus ? De mon point de vue, rien !

Ces tranches de vie moscovites se lisent toutes seules, car tout y est : les personnages sont creusés et attachants, le portrait de la cité extrêmement réussi, et l’ensemble n’est pas dépourvu d’humour, ce qui ne gâche rien ! En fait, on est quasiment déçus d’arriver à la fin car, honnêtement, on en reprendrait bien une part !

Sovok, Cédric Ferrand. Les Moutons électriques, 2015, 224 p.

 

ABC Imaginaire 2015