N’oublie pas, Expérience Noa Torson #3, Michelle Gagnon.

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Fuir, c’est vivre. S’arrêter, c’est mourir.
Quatre. Ils ne sont plus que quatre : l’Armée de Persefone a été décimée. Noa, Peter et les autres sont traqués, dévastés, épuisés… Mais où qu’ils aillent, quoi qu’ils fassent, leurs ennemis parviennent toujours à les retrouver, et l’étau se resserre. Pourtant, ils n’abandonnent pas. Ils veulent affronter l’homme qui a créé le monstrueux Projet Perséphone.
Quitte à se jeter dans la gueule du loup. Après tout, ils n’ont plus rien à perdre.

Fin des aventures pour Noa et l’Armée de Perséphone ! Et, il faut le dire, si Michelle Gagnon a de nouveau signé un page-turner, c’est au détriment de la consistance de l’intrigue – paradoxe, s’il en est.

De l’Armée de Perséphone, il ne reste que 4 personnes : Noa, Peter, Téo et Daisy. Les autres sont, au mieux, portés disparus, au pire, morts. Autant dire que le mouvement ne va pas très bien. Noa non plus, d’ailleurs. Alors qu’elle semblait être une véritable machine n’ayant besoin ni de sommeil ni de nourriture, voilà qu’elle a des absences la clouant au lit, que la nourriture la dégoûte et qu’elle ne cicatrise plus. Autant de points fort inquiétants. À cela s’ajoute le fait que les sbires de Pike semblent débusquer nos quatre adolescents quoi qu’ils fassent en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Ainsi, la majeure partie du roman est constituée d’une course-poursuite dont les causes et conséquences se répètent inlassablement. Même lorsque de nouveaux personnages sont introduits, on ne change guère de direction. Pourtant, malgré l’effet répétitif, il faut reconnaître que le tout est hautement efficace. Les péripéties s’enchaînent, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Le point qui fâche, c’est que cela semble vraiment très mécanique, ni très vivant ni très passionnant.

Côté personnages, ce n’est pas mieux : dans le deuxième volume, l’auteur s’embourbait dans les relations amoureuses des uns et des autres. Sujet qui, une nouvelle fois, va prendre une place folle dans l’intrigue. Peter est toujours nostalgique d’Amanda – désormais clouée sur un lit d’hôpital depuis qu’elle a contracté la PEMA – mais en pince aussi et sans aucun doute pour Noa, celle-ci n’a pas fait le deuil de Zeke et Téo et Daisy n’ont d’œil que l’un pour l’autre. Bon sang que c’est long et superficiel ! Car, en effet, les interrogations ne sont pas bien profondes et on reste sans cesse en surface des choses.

Heureusement que les interrogations éthiques autour des actions de Charles Pike suscitent un peu plus d’intérêt ! Au fil des découvertes, les personnages s’interrogent en effet sur la nécessité de mettre tout en oeuvre pour faire avancer la science : où s’arrête la recherche et où commencent les délits ? Si les questions de fonds soulevées ne sont pas traitées avec autant de sérieux et de profondeur que dans La Fabrique de doute de Paolo Bacigalupi, le roman permet tout de même de s’interroger.

Le blurb d’Harlan Coben en couverture (« Un thriller palpitant ») n’est donc pas tout à fait exact : si Michelle Gagnon signe un page-turner très efficace et suscitant une saine interrogation sur les limites entre science et crimes, le côté trop mécanique et superficiel de l’ensemble pêche quelque peu. On reste donc sur notre faim avec la fin de la trilogie. 

◊ Dans la même série : Ne t’arrête pas (1) ;  Ne regarde pas (2).

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Germania, Harald Gilbers.

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Berlin, été 1944. De jeunes femmes sont retrouvées mortes, nues et mutilées, devant des monuments aux morts de la Première Guerre mondiale. Contre toute attente, le SS-Hauptsturmführer Vogler fait appel à Richard Oppenheimer, l’ancien enquêteur star. Pourtant Oppenheimer est juif et donc officiellement interdit d’exercer… Tiraillé entre son quotidien misérable dans une  » maison juive  » et le confort que lui offre son nouveau statut, Oppenheimer est de plus en plus inquiet. Tous les indices pointent vers un assassin appartenant à l’élite nazie, si Oppenheimer échoue, son destin est scellé. Mais n’est-il pas encore plus dangereux de démasquer le coupable ? Pendant les derniers jours du Reich, les tensions sont à leur comble…

Germania a reçu, en Allemagne, un prestigieux prix de littérature policière et il faut reconnaître que c’est mérité !
Il ne faut d’ailleurs que quelques pages à l’auteur pour installer l’ambiance : 1944 à Berlin, des femmes retrouvées sauvagement assassinées devant des monuments de la Première Guerre mondiale et un ex-commissaire de police juif tiré de sa retraite forcée par rien moins que l’enquêteur nazi chargé d’élucider le dossier.

Voilà qui est pour le moins original : des polars historiques se déroulant durant la Deuxième Guerre mondiale, il y en a des tas, mais à Berlin pendant la même époque, c’est plus rare ! De fait, l’ambiance tendue vient de plusieurs points. Tout d’abord, Oppenheimer, notre enquêteur : s’il est content de reprendre du service, il s’inquiète tout de même foncièrement. Est-il en sécurité ? Qu’en est-il de son épouse, Lisa, une aryenne ? Pire : ses premières conclusions semblent pointer vers une huile du parti nazi… Est-il bien raisonnable, dans sa position, d’accuser un collègue de son employeur ?
L’autre facteur de tension vient du choix du cadre : à Berlin, en 1944, la population est abreuvée de propagande nazie, qui traite le Débarquement de broutille et affirme que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, sans tenir compte un instant de la multiplication des raids aériens et autres bombardements subis par la capitale. L’auteur nous donne à voir le quotidien des berlinois à l’époque : la terreur des alertes, les changements d’adresse forcés simplement signalés par une petite feuille sur les ruines, la tentative de maintenir, malgré tout, une vie sociale – malgré les filatures de la Gestapo et autres empêcheurs de tourner en rond. C’est extrêmement riche et cela vient, de temps en temps, se substituer à l’enquête, sans toutefois donner l’impression que tout cela traîne de trop en longueur.

L’auteur prend en effet son temps pour dérouler son intrigue : elle est complexe, alimentée par quelques sous-intrigues et cela laisse au lecteur le loisir de se creuser les méninges. L’auteur en profite pour aborder différents sujets relatifs à la période. Tour à tour, il sera donc question des Lebensborn, des bisbilles terribles entre S.S., S.D. et S.A. (différentes sections nazies), des prostituées-agents secrets des bordels berlinois ou encore des visées architecturales du parti nazi. C’est varié, et tout cela vient nourrir une intrigue déjà assez documentée.

Germania est donc un très bon thriller historique : on y trouve une intrigue complexe et originale, un contexte historique soigné, des personnages intéressants et creusés, quel que soit leur bord. Si l’histoire prend un rythme plutôt lent, on ne s’ennuie pas : intrigue dense et ambiance travaillée s’équilibrent à merveille.

Germania, Harald Gilbers. Traduit de l’allemand par Joël Falcoz.
10/18, mars 2016, 480 p.

 

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Ne regarde pas, Expérience Noa Torson #2, Michelle Gagnon.

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Noa continue son entreprise : lutter contre la corporation à l’origine du projet Perséphone qui continue de kidnapper des adolescents esseulés – orphelins, vivant dans la rue ou en marge du système. Avec l’aide d’autres adolescents, parmi lesquels Zeke, elle sillonne les Etats-Unis pour contrecarrer l’organisation. 
Peter, lui, resté à Boston, met à profit ses talents de hacker pour s’introduire dans le système informatique de l’organisation, afin de donner à Noa le maximum d’informations possibles. Coupé de l’action, il s’ennuie quelque peu. Il a pourtant fort à faire car Amanda, son ex-petite amie, semble avoir un comportement de plus en plus étrange… 

Second volet des aventures de Noa à la poursuite du projet Perséphone ! Et, malheureusement, on ne peut pas dire que ce volume corrige les défaillances du premier.

En premier chef, la facilité du récit. Déjà, dans le premier tome, Noa et ses petits camarades avaient tendance à s’en sortir un peu trop bien, grâce à leurs redoutables talents de hackers et à une chance digne d’un grand cornu. Cette fois-ci, même topo. Qu’ils soient en difficulté dans une usine piégée, en train de s’introduire frauduleusement dans des systèmes sophistiqués ou tout simplement en train de cavaler avec une balle dans le buffet, nos protagonistes s’en sortent presque à chaque fois sans sourciller – et avec un brushing parfait, si j’ose dire. Or, si dans le premier volume cette facilité s’effaçait devant l’efficacité du scénario, ici il n’en est rien. L’histoire est volontiers poussive et on déplore des facilités à tous les coins de chapitre.

Tout cela car on s’enlise dans des considérations sentimentales sans grand intérêt. À partir de là, prenez de quoi noter. Amanda s’est séparée de Peter, qu’elle aime toujours. Peter, lui, en pince secrètement pour Noa. Celle-ci s’est entichée de Zeke, mais refuse de se l’avouer (et de le lui avouer, par la même occasion). Ce dernier semble partager les sentiments de son amie mais l’arrivée de Taylor, une adolescente sauvée des griffes de Perséphone, semble remettre tout cela en question. Que de complications ! Il faut donc composer avec les hormones et hésitations de tout ce petit monde… et force est de reconnaître que ça ne fait pas franchement avancer l’histoire.

Celle-ci, cependant, ne manque pas d’intérêt et se lit tout de même avec un certain entrain. On en découvre un peu plus sur la PEMA, cette redoutable maladie qui touche les adolescents en contact avec Perséphone. De plus, l’enquête sur le vaste complot qui soutient l’organisation progresse elle aussi. Si le scénario est d’une grande simplicité (trop grande !), l’action est au rendez-vous. De fait, si ce n’est pas bien passionnant, le récit est tout de même relativement prenant. On déplorera cependant que les opposants ne soient guère plus creusés que dans le premier volume.

Ne regarde pas est donc un second volet paradoxal : malgré les facilités et quelques longueurs, il se lit avec un certain entrain, car l’enchaînement est efficace. Pourtant, on regrettera une trop grande importance apportée aux différentes romances qui font piétiner l’intrigue et, justement, un scénario un peu trop balisé pour être honnête. Espérons que le troisième volume nous réserve une bonne surprise et vienne clore la trilogie en beauté !

 

◊ Dans la même série : Ne t’arrête pas (1) ;

 

Expérience Noa Torson #2, Ne regarde pas, Michelle Gagnon. Traduit de l’anglais par Julien Chèvre. 
Nathan, août 2015, 417 p. 

 

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La Fabrique de doute, Paolo Bacigalupi.

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Toute la vie d’Alix n’est qu’un mensonge. C’est ce que ne cesse de dire le jeune homme mystérieux qui la traque et porte des accusations troublantes contre son père. Elle commence alors à enquêter : son père serait à la tête d’une entreprise qui manipule l’information à des fins lucratives. Est-il possible qu’il couvre les méfaits d’entreprises qui ont entraîné la mort de centaines de personnes ? Le séduisant Moïse et le groupe radical de militants adolescents dont il est le leader, pourraient-ils être dans le vrai ? Alix doit faire un choix, et le temps lui est compté. Mais prendra-t-elle le risque de dénoncer le père qui l’aime et l’a élevée ?

Alix a une petite vie bien tranquille, jusqu’au jour où un gigantesque canular, au lycée, la place dans une position désagréable : 2.0, la bande qui a monté la farce accuse son père de manipuler les masses, en couvrant les méfaits d’entreprises pharmaceutiques faisant leur business sur la mort des gens qu’ils sont censés soigner. Impossible. Alix connaît bien son père et ses parents. Certes, elle fréquente une école très huppée, vit dans une gigantesque maison, et profite des moyens apparemment sans limites dont semble disposer son père. Mais quand même ! Impossible. D’ailleurs, l’affaire semble s’arrêter là… avant de repartir de plus belle et de placer Alix face à ses responsabilités.

Voilà un excellent thriller que nous propose Paolo Bacigalupi ! Tout d’abord à cause de la personnalité d’Alix. Si elle en a l’air, la jeune fille n’a rien d’une petite dinde écervelée : elle a un cerveau et elle n’hésite pas à s’en servir, et plutôt bien avec ça ! Mais contrairement à la plupart de ses congénères (entendons les héros et héroïnes de récits young-adults), Alix n’embrasse pas la cause avec autant de ferveur que d’aveuglement crasse en deux secondes. Loin de là. Lorsqu’on lui demande de trahir les siens, Alix accepte. Avant de prévenir qui de droit du double-jeu qu’on lui demande de jouer. Et ça, c’est parfaitement réaliste.
En effet, Alix a foi en ses parents : ne pas se livrer au chantage est donc une réaction parfaitement normale. Au vu de la promptitude des protagonistes habituels à jeter aux orties leurs convictions passées dans les romans, on peut dire que la franchise et la confiance (peut-être naïve, certes !) d’Alix sont rafraîchissantes !

Ce réalisme se retrouve dans l’intrigue elle-même. Point de théorie du complot ou de touches de science-fiction : et pourtant, l’histoire fait aussi froid dans le dos qu’un bon roman d’anticipation. Imaginez un peu, des sociétés dont le travail consiste à procurer une virginité aux géants pharmaceutiques afin de dissimuler les torts – mortels – qu’elles causent et à ensevelir les rapports publics mettant en doute la sécurité des produits, en les taxant de manque d’objectivité. 2.0 appelle la société du père d’Alix « La Fabrique de doute ».
Et on parle de centaines de milliers de victimes, à peine évoquées dans les journaux et autres publications grand public, enterrées sans plus de cérémonie par le travail colossal fourni par la Fabrique. Or, la façon dont Paolo Bacigalupi présente les montages et l’ensemble de l’affaire est, elle aussi, parfaitement réaliste… et donc terrifiante. Difficile, après ça, de prendre sereinement les banals antidouleurs qu’on peut avoir l’habitude de sortir au moindre bobo.

Et avec ça, on touche du doigt à un sujet – malheureusement ! – au cœur de l’actualité la plus brûlante : la dissimulation de la vérité dans l’espace public ou, pas mieux, la déformation de l’information publique pour de l’argent afin de permettre à des magnats de l’industrie et à des politiciens véreux de continuer à faire leur beurre. Et il faut se rendre à l’évidence : lutter contre cette engeance-là est loin d’être une évidence.

Du coup, 2.0 (et Alix, dans une certaine mesure) est obligé de mettre les bouchées doubles afin de trouver des solutions efficaces et innovantes, aptes à, d’une part, contrecarrer les plans de la Fabrique et, d’autre part  – point plus essentiel – à attirer l’attention des médias (le nerf de la guerre dans ce genre d’affaires). Parallèlement, on voit comment le père d’Alix et ses comparses – milices privées et FBI à l’appui – essaient de les contrer. Le jeu des uns envers les autres est passionnant.
La narration, de son côté, s’intéresse tour à tour à tous les personnages et ça aussi, c’est passionnant. Car, mine de rien, à force de les suivre tous, ils s’humanisent et on se retrouve à compatir sincèrement aux angoisses et questionnements de tout un chacun, même les plus pourris. Et encore plus intéressant, si c’était possible : l’auteur ne fige pas son récit. Malgré les péripéties et les progressions, c’est sur une fin ouverte que s’achève l’histoire, ce qui rend le propos d’autant plus percutant !

Avec La Fabrique de doute, Paolo Bacigalupi signe un excellent thriller, porté par des personnages creusés et très humains. L’ensemble est parfaitement mené et atteint un degré encore supérieur dans le dernier quart, véritable concentré d’action, de suspens et d’émotions. Sans se montrer vindicatif ou adepte de théories complotistes, l’auteur cherche à sensibiliser le lecteur avec une intrigue qui interroge l’éthique pharmaceutique. Et il y arrive. Un vrai coup de cœur !

La Fabrique de doute, Paolo Bacigalupi. Au Diable Vauvert, 2015, 457 p.

Erased #4-5, Kei Sanbe

Bienvenue en thriller ! Dans cet opus, on nage dans une ambiance extrêmement pesante et un suspens hallucinant ! Car comme on sait déjà comment cela peut mal finir, on s’angoisse fortement pour Kayo, Satoru et sa mère !
L’intrigue devient de plus en plus complexe (et sombre) : en effet, Satoru ne lésine pas sur les moyens et met un place un stratagème plus qu’alambiqué pour sauver la vie de Kayo. Or, il doit poursuivre un double objectif : sauver Kayo, sa mère et se préserver de la police à son retour en 2006. Pas facile, donc… et l’attente est très forte !

Les personnages adultes ont la part belle dans cet opus : la mère de Satoru s’implique de plus en plus (et malgré ses récriminations initiales contre elle, elle apparaît de plus en plus comme la super-maman par excellence) ; celle de Kayo refait surface (pas forcément pour le meilleur, d’ailleurs) ; l’instituteur, de son côté, sort enfin de sa réserve et montre à Satoru qu’il peut compter sur lui. Par ailleurs, les camarades de Satoru prennent de plus en plus d’ampleur (Kenya, notamment) et semblent prêts à s’entraider.

Côté intrigue, on a l’impression à la fois l’impression de commencer à toucher du doigt la clef et celle de nager en plein cirage ! C’est dire si l’ensemble est prenant et haletant ! De plus, le découpage serré, les cases assez petites et les tons très sombres augmentent l’impression de suspens haletant.
Dans toute cette noirceur surnagent des passages vraiment comiques, lorsque la personnalité adulte de Satoru entre en conflit avec l’enfant qu’il était, lui faisant commettre quelques petites bourdes : c’est drôle et savoureux !
Le volume se terminer sur une note à la fois poétique et mélancolique… et sur une foule de questions.

Erased, #4, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré.
Ki-oon, 2015, 194 pages.

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Kayo a été sauvée, mais Satoru est toujours en 1988… Or il se rappelle subitement que deux autres enfants ont été victimes du tueur en série. Justement, il connaît Aya Nakanishi, une fillette qui reste souvent seule au parc et qui avait également disparu. Pour éviter un nouveau drame, Satoru embarque ses camarades dans une drôle d’aventure : il leur propose un jeu de détectives, dans lequel les enfants sont chargés de sortir de leur isolement les enfants de leur entourage, ce qui arrange tout le monde. Les enfants sont ravis de se faire de nouveaux amis, les adultes sont aux anges de voir cette initiative. Satoru, de son côté, est assuré d’empêcher qui que ce soit de se faire enlever. Il s’aperçoit justement que Misato, une fillette de sa propre classe, est très isolée. Or, voilà que de nouveaux indices sur le tueur surgissent… Satoru se sent pousser des ailes !

Plus les tomes avancent et plus la tension augmente ! On pensait l’histoire bouclée avec le sauvetage de Kayo mais l’histoire n’est pas terminée, puisque Satoru n’est pas revenu en 2006 (ce qui est tout de même l’objectif). Cette petite aventure de détectives va permettre d’approfondir un peu plus les enfants et adultes qui gravitent autour de Satoru, ainsi que leurs relations. Le décalage entre les deux personnalités de Satoru est toujours aussi comique et apporte une petite touche de fraîcheur dans un univers de plus en plus sombre.

Dans ce volume, l’uchronie refait surface avec force : si les enfants attaqués ne sont pas décédés… cela met tous les enfants en danger ! La tension est donc à son comble, puisque le danger semble pouvoir surgir de partout et à tout instant.

Et ce n’est pas le redoutable cliffhanger final qui va la faire retomber. Alors que l’enquête de Satoru fait un énorme pas en avant et que l’on commence à comprendre des éléments, voilà que l’on se met subitement à douter d’un personnage…. Le tout dans les quelques dernières pages, évidemment, ce qui laisse le lecteur sur des charbons ardents – d’autant plus que le tome 6 vient tout juste de sortir au Japon ! Quelle fin !

Ces deux tomes donnent l’impression que l’on dénoue plein de fils sur l’intrigue principale, tout en la complexifiant de plus en plus. La tension ne fait qu’augmenter au fil des pages et le cinquième volume s’achève en apothéose sur un cliffhanger haletant ! Vivement la suite !

◊ Dans la même série : Erased #1-3 ;

 

Erased, #5, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré.
Ki-oon, 2015, 200 pages.

 

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Sang pour sang, I hunt killers #3, Barry Lyga

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Touché par une balle en pleine jambe, Jazz se vide de son sang dans un garde-meuble de New York. Connie, sa petite amie, est entre les griffes de Billy Dent, son tueur en série de père. Quant à Howie, son équipier et meilleur ami, il gît inerte sur le sol de sa petite maison de Lobo’s Nod.
Pourtant, tous trois doivent se relever, s’enfuir, lutter et mettre un terme à la folie de Billy Dent. Pour Jazz, l’enjeu est d’autant plus grand qu’il vient d’apprendre que sa mère, disparue des années plus tôt, est encore en vie. Et prisonnière de Billy.
Jazz a le courage et la force de la jeunesse, mais Billy a toujours un coup d’avance dans ce jeu macabre qu’il a lui-même inventé.

Il est temps de tuer le père.

 

Voilà un tome 3 qui était attendu, au vu du cliffhanger insoutenable qui terminait le second opus ! Et Barry Lyga nous embarque dans une suite tout aussi survoltée. C’est bien simple, on n’a jamais le temps de souffler dans cette conclusion. Plus que jamais, Jazz semble seul à bord : G. William est loin, Morales est aux abonnées absentes et Hughes… a trop de principes pour suivre notre jeune psychopathe préféré. Du côté des alliés habituels, Connie est aux prises avec Billy et il devient difficile de mêler Howie à quoi que ce soit, vu qu’il risque de mourir à la moindre égratignure. Si on ajoute que Grandma est dans la panade, Sam dans la nature et la mère de Jazz de nouveau dans la course, on comprend que notre jeune ami… est en galère.

Et les galères semblent vouloir s’empiler sans plus finir ! A peine Jazz semble-t-il tiré d’affaire qu’il se fourre dans le pétrin, brouille les pistes, joue sur plusieurs tableaux. On a tremblé pour lui jusque-là st cet opus est celui de toutes les tentations. Car la question, omniprésente depuis le début de la saga, se fait toujours plus prégnante : Jasper va-t-il fauter ? Va-t-il passer du côté obscur ?
Barry Lyga nous maintient sur le fil du rasoir en permanence. Autant le dire : le suspense est à son comble du début à la fin. D’autant que les enjeux sont multiples : il faut arrêter Billy Dent, trouver qui est Ugly J… mais aussi préserver Howie et s’illustrer enfin aux yeux du père de Connie, toujours aussi peu désireux de voir sa fille sortir avec un fils de tueur en série, blanc qui plus est.

À cette tension toute psychologique s’ajoutent des péripéties haletantes et qui entraînent des révélations non moins fracassantes. Vous pensiez avoir tout compris à l’issue du tome 2 ? Détrompez-vous. Et lorsque vous aurez l’impression, ici, d’entrapercevoir le bout du tunnel, dites-vous bien que vous n’êtes pas au bout de vos peines. C’est d’un scénario extrêmement tortueux que Barry Lyga révèle enfin tous les rouages !
Extrêmement tortueux, mais aussi affreusement glauque. Le ton était donné avec le début de la saga, mais il faut reconnaître que l’auteur bat ici des records de perversion et de cruauté. Personne n’est épargné et le lecteur sensible a intérêt à s’accrocher : c’est violent, sombre, sordide et parfois carrément dérangeant.

Tout cela s’accumule peu à peu avant un final en apothéose qui offre une conclusion parfaite à la saga, dont la tension ne s’est jamais démentie et qui parvient encore à nous surprendre dans les dernières pages !

 Avec Sang pour sang, Barry Lyga clôt sa saga en apothéose. On retrouve la redoutable partie d’échecs qui oppose les Dent mais l’auteur fait, jusqu’au bout, preuve d’originalité dans les rebondissements. Si les deux premiers tomes sont sombres, celui-ci gagne encore un degré dans le glauque. Pourtant, il est tout simplement impossible de lâcher cet excellent troisième tome ! Originale, haletante, sombre, cette série est à noter et  à lire !

◊ Dans la même série : I Hunt killers (1) ; Game (2).

I hunt killers #3, Sang pour sang, Barry Lyga. MsK, 2015, 435 p. 

Black Ice, Becca Fitzpatrick

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Pour les vacances de printemps de la terminale, Britt a la ferme intention de parcourir les crêtes du massif des Tetons, en logeant dans le très beau chalet des parents de sa meilleure amie, Korbie. Or les parents exigent que Calvin, le frère aîné de Korbie – et accessoirement l’ex-petit-ami de Britt – les chaperonne. Partagée entre l’envie de tourner la page, et celle de reconquérir cet ex indélicat, Britt décide de profiter du séjour pour lui prouver qu’elle n’a pas besoin de lui. 
Mais Britt et Korbie n’atteignent jamais le luxueux chalet d’Idlewilde. Perdues, paralysées par une redoutable tempête de neige, terrifiées et frigorifiées, les deux filles se réfugient dans une masure occupée par deux randonneurs plutôt étranges. Mais Britt et Korbie ont trop froid pour se soucier de l’étrangeté de leurs hôtes… Or, Shaun et Mason sont deux criminels en fuite. Et Britt et Korbie représentent leur ticket de sortie !

 Il est possible que cette chronique révèle des morceaux d’intrigue ; si vous ne souhaitez rien savoir, sautez à la conclusion.

Après Hush, hush, j’étais assez curieuse de retrouver Becca Fitzpatrick qui, si elle explore le thriller … conserve un schéma qui rappelle sa précédente série.
On va y retrouver une héroïne un peu ingénue, confrontée au danger et… à un bad boy. Comme dans Hush, hush, on trouve des accents de thriller et de romance ; la différence, c’est qu’ici il n’y a aucun pouvoir surnaturel.

Le roman est essentiellement porté par Britt, qui raconte l’aventure : si cela a le mérite de nous plonger dans les affres de son périple, cela limite un peu la psychologie des autres personnages, notamment celle de Korbie, dont le rôle est extrêmement limité. La meilleure amie est à peine développée, et sert plus de faire-valoir à Britt qu’autre chose, ce qui est un peu dommage. Côté ravisseurs, même schéma : Mason – Jude est nettement plus travaillé et complexe que Shaun, qui se contente d’être l’opposant de base, cynique, désagréable, et sans profondeur, tandis que le premier se pose dès les premiers instants comme le bad-boy-mais-pas-trop – ce qui, malheureusement, le rend un peu cliché.
Finalement, l’auteur n’accorde d’importance qu’au trio central : Calvin, Jude, et Britt ce qui laisse peu de place au suspense – tant dans la romance que dans le thriller.
Pourtant, malgré un scénario assez balisé, Black Ice se lit d’une traite.

D’une part à cause de l’ambiance. Outre l’introduction glaçante, le roman débute vraiment comme un moment de vacances : Britt prépare ses affaires, profite de la chaleur en short et claquettes, fait des plans de secours pour ses vacances… L’ambiance est détendue, chaude, agréable ! Quelques chapitres plus loin, c’est la claque. La tempête éclate et, à partir de là, l’ambiance devient sinistre et angoissante. Notamment à cause des relations entre personnages. Entre Korbie et Britt, on sent une rivalité latente : l’ambiance n’est pas au beau fixe, et cela laisse la désagréable impression que Britt est seule au monde. Côté ravisseurs, on est servis : Shaun et Mason sont sinistres, angoissants, et on devine aisément que quelque chose ne tourne pas rond.
L’auteur n’est pas avare de descriptions, et on a l’impression de participer à cette terrifiante randonnée. On frissonne, on claque des dents, on a l’impression de ressentir le blizzard ininterrompu : c’est très efficace.

Par la suite, ce sont les questionnements de Britt qui tiennent le lecteur en haleine : comment combattre le syndrôme de Stockholm qui commence à faire son apparition ? Comment se débarrasser des affreux soupçons qu’elle commence à nourrir ? C’est là ce qui fait le sel de toute l’histoire, finalement. Ces questions, et l’évolution de Britt, qui passe de la fille-à-papa un peu godiche et sans ambition au statut de jeune femme indépendante. Britt baigne et approuve un sexisme ambiant très prononcé et assez désagréable, alimenté par les hommes de son entourage. En témoigne cette phrase de Calvin :

« Tu traverses la vie comme une fleur, à attendre que ton père, Ian, ou moi – et sans doute tout un tas de types dont j’ignore l’existence – te prenions en charge. Tu ne peux pas te débrouiller seule et tu le sais. Au premier coup d’oeil, ils ont compris qu’ils tenaient une proie facile. Une fille crédule, incapable de s’affirmer. Korbie n’aurait jamais subi ça sans broncher. Elle aurait lutté. Elle se serait enfuie. »

Et c’est intéressant, car cela remet en perspective tout ce que Britt nous a donné à voir jusque-là – une adolescente courageuse et avec de la suite dans les idées… mais indéniablement habituée à recevoir de l’aide. Et on se demande donc si Britt a réellement agi parce qu’elle est forte, ou si elle ne l’a fait que dans l’attente de recevoir de l’aide – une question que la jeune fille se pose également. Mais l’auteur fait évoluer son personnage et, si on aurait aimé que Britt condamne un peu plus sévèrement les opinions ambiantes, on apprécie de voir qu’elle se détache de ces opinions et montre qu’elle n’est pas une faible fille, et qu’elle peut parfaitement s’en sortir seule.
Jusqu’à la fin (quasiment), on reste sur le fil du rasoir, à se demander, comme Britt, si ce qu’elle ressent est réel, ou si c’est dû aux circonstances.
La conclusion est touchante mais, du coup, fait perdre un peu de force au thriller glacial et maîtrisé ; le roman n’a pas la force psychologique de Lettre à mon ravisseur, par exemple, qui traite du même sujet, mais sans romance. Ceci étant, Becca Fitzpatrick propose une intrigue bien ficelée, dont la tension monte crescendo pour s’achever en apothéose ; ce n’est peut-être pas toujours original, mais c’est suffisamment prenant pour qu’on s’y accroche.

Alors, ce Black Ice ? Sans aller jusqu’à dire que Becca Fitzpatrick a opéré une métamorphose de style – il y a vraiment des points communs avec Hush, hush – on peut dire que Black Ice est un thriller prenant. 
L’ambiance y est angoissante, sinistre, et on ressent parfaitement les affres du froid, de l’obscurité et de la tempête, grâce aux descriptions éminemment réalistes, qui servent l’atmosphère extrêmement prenante. Le scénario est un peu balisé, et les personnages pas toujours assez creusés, mais les questionnements de Britt, son évolution, et l’ambiance générale rendent le roman suffisamment prenant pour qu’on le dévore d’une traite.
Le titre idéal pour frissonner alors que le temps est à la neige !

Black Ice, Becca Fitzpatrick. Traduit de l’anglais par Marie Cambolieu. Editions du Masque (MsK), février 2015, 355 p.

 

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Ne t’arrête pas, Expérience Noa Torson #1, Michelle Gagnon.

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Noa se réveille sur une table d’opération, une cicatrice en travers de la poitrine. Elle ne sait pas où elle est, ni ce qui lui est arrivé. Alors elle prend la fuite, des tueurs lancés à ses trousses.
La jeune fille, hackeuse de génie et solitaire, pense semer facilement ses poursuivants. Elle se trompe : pour la première fois de sa vie, si elle veut survivre, Noa a besoin d’aide. Car elle est la clé d’un terrible secret. Et ceux qui la traquent n’ont aucune intention de la laisser s’échapper.

Le roman s’ouvre sur une scène digne d’un film d’horreur : une ado, seule, à moitié nue, dans un entrepôt qui sert de laboratoire, une cicatrice au milieu de la poitrine.
Heureusement, Noa ne manque pas de ressources et, seule, elle parvient à s’échapper. Dès le départ, cela paraît assez étrange ; à quinze ans, Noa s’en sort vraiment bien, pour une ado esseulée…
Et il est vrai que cette facilité interviendra un peu trop souvent dans le roman. Mais, à côté de ça, le scénario est hyper dynamique, et les prouesses des protagonistes bien justifiées, donc… on oublie notre scepticisme et on profite de l’histoire.

Celle-ci repose sur l’interaction entre deux ados habitués à la solitude, chacun à sa façon : Noa est une fille de l’assistance publique, Peter est un gosse de riche. Tous les deux sont des hackers talentueux et se connaissent virtuellement, avant d’échouer en cavale ensemble.
Le duo de protagonistes est vraiment intéressant, et les deux sont suffisamment fouillés pour avoir de quoi se mettre sous la dent. Et ce qui est agréable, c’est que les personnages secondaires ne sont pas uniquement des faire-valoir servant à donner du relief aux protagonistes. Qu’il s’agisse d’Amanda, ou de Cody, ils ont une vie et une psychologie propres, qui viennent alimenter histoire et suspense.
En revanche, côté opposants (les ravisseurs de Noa, ou bien les parents de Peter), on est moins bien lotis. Il y a un léger manichéisme, puisque l’histoire repose sur une opposition très simple : les ados dans la panade et autres hacktivistes sympathiques VS les grands pontes de la finance machiavéliques. C’est un peu dommage par moments, mais cela colle merveilleusement à l’intrigue.

Laquelle est vraiment bien ficelée. Entre drame sanitaire, hacktivisme, problèmes de famille et de cœur, on a de quoi faire. Les révélations sont judicieusement amenées et on n’a pas la désagréable impression que laissent certains romans d’espionnage, que tout cela sent un peu trop la théorie du complot. Et vu la nature de l’intrigue, c’est plutôt bien joué de la part de l’auteure de parvenir à sortir du cliché !
Les péripéties s’enchaînent à bon train : action, réflexion, angoisse, adrénaline… tout est bien dosé. On lit donc avec l’envie de connaître le fond du problème – partiellement révélé. Et si une partie de l’affaire rappelle les codes du genre post-apocalyptique, le reste est suffisamment étayé pour être vraisemblable. On ne peut donc s’empêcher de transposer les découvertes de Noa et Peter à la réalité, ce qui rend le roman encore plus sordide et réaliste.
N’étant pas particulièrement fan d’Harlan Coben, le blurb sur la couverture («Un thriller palpitant» – Harlan Coben) m’avait un peu refroidie. Mais Ne t’arrête pas est, finalement, une très bonne surprise, un thriller maîtrisé qui se lit quasiment d’une traite !

En somme, si on oublie les quelques facilités du scénario (le léger manichéisme, la romance qui semble se profiler, et l’étonnante facilité avec laquelle Noa se sort parfois de ses ennuis), on a là un thriller pour adolescents très bien troussé, à l’intrigue corsée et bien menée. On apprécie que l’auteur ne joue pas la carte des clichés du roman d’espionnage, et qu’elle présente une histoire vraisemblable, aux péripéties réalistes (et parfois très inattendues), et aux ramifications bien pensées. Le style est simple, mais l’histoire est dynamique, sans temps morts, et particulièrement prenante, ce qui fait qu’on ne s’ennuie pas une seule seconde.
La fin ouverte, si elle fait office d’appel au second tome, pourrait très bien clore le récit où il est. Mais on a tout de même envie de découvrir comment cela va tourner, car quelques zones d’ombre persistent. Voilà un roman qui devrait plaire aux amateurs de romans d’espionnage, de suspens, et de mystères prenants !

 

◊ Dans la même série : Ne regarde pas (2) ; N’oublie pas (3).


Expérience Noa Torson #1, Ne t’arrête pas, Michelle Gagnon.
Traduit de l’anglais par Julien Chèvre.
Nathan, janvier 2015, 400 p.

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Erased #1-3, Kei Sanbe

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2006. Aspirant mangaka dont la carrière peine à décoller, Satoru Fujinuma travaille comme livreur de pizzas pour joindre les deux bouts. Effacé et peu enclin à s’ouvrir aux autres, il observe le monde qui l’entoure sans vraiment y prendre part. Pourtant, Satoru possède un don exceptionnel : à chaque fois qu’un incident ou une tragédie se déroule près de lui, il est projeté quelques minutes dans le passé pour trouver ce qui cloche et empêcher l’inévitable avant qu’il se produise…

Cette anomalie de l’espace-temps lui vaut un séjour à l’hôpital le jour où, pour rattraper le conducteur d’un camion fou, il est percuté par un autre véhicule de plein fouet. Après l’accident, petit à petit, les souvenirs effacés de l’enfance traumatisante de Satoru resurgissent…

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 Le premier volume est essentiellement un tome introductif. On y découvre Satoru, son petit job de livreur de pizzas et… son don. Les premières pages sont un peu confuses, car les scènes se répètent (après tout, c’est la base du don de Satoru), avec quelques détails présentés sous un angle différent, ce qui fait que la chronologie n’est pas toujours instinctive.
Et cette impression va se poursuivre : l’accident de Satoru, la répétition d’épisodes de retour en arrière, et l’arrivée de sa mère vont faire resurgir des souvenirs d’enfance que Satoru avait préféré enfouir. Cette fois, l’impression de confusion ne vient plus du fait qu’il y a des répétitions que l’on a du mal à bien comprendre, mais plutôt de l’histoire morcelée qui commence à prendre forme. Et, si le départ pouvait sembler quelque peu ardu, la suite met carrément l’eau à la bouche. Il y a sans aucun doute une histoire assez sombre dans le passé de Satoru, et on a hâte de savoir comment son passé va s’articuler avec son présent, et son don particulier.

Le premier volume tourne autour de 3 personnages : Satoru âgé de 28 ans, sa mère – qui, elle, sait ce qu’il y a dans le passé de son fils – et Airi, une lycéenne qui travaille avec Satoru. Si, bien sûr, c’est Satoru qui a le rôle titre, il est intéressant de voir que les deux figures féminines ne sont pas délaissées ; Satoru n’est pas particulièrement sympathique mais, curieusement, c’est bien pour cela qu’on s’intéresse à ses aventures. Car malgré un côté asocial très prononcé, ses réflexions ne manquent pas d’intérêt, et ses préoccupations non plus !
Côté graphismes, les tons plutôt sombres et les décors urbains fouillés viennent souligner l’ambiance assez prenante du thriller, mais on regrettera que les visages ne soient pas toujours très soignés (notamment celui de la mère de Satoru).

Impossible d’évoquer ce premier tome d’Erased sans parler de la fin… le suspens prend doucement mais, une fois qu’il s’installe, il ne quitte plus le lecteur. Le volume s’achève en apothéose, sur un retournement de situation aussi brutal qu’inattendu ! Au vu de la fin, on ne peut qu’avoir envie d’en savoir plus !

Erased #1, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 200 p.

Attention, ce qui suit contient des spoilers sur la fin du premier volume.


Intriguée par ce qui semble être une tentative de kidnapping, la mère de Satoru commence àerased-2-kei-sanbe se poser des questions sur la série de meurtres qui a secoué Hokkaidô 18 ans plus tôt. Et si la justice ne tenait pas le vrai coupable ? Mais celui-ci l’a reconnue : avant qu’elle ait pu mener l’enquête, elle est assassinée. Satoru, arrivé sur les lieux juste après le drame, se retrouve alors propulsé à l’époque de son enfance, quelques jours avant la disparition tragique d’une de ses camarades de classe ! Désormais convaincu que les meurtres sont liés, il va tout faire pour changer le cours des choses…

 

Ce second volume exploite un peu plus le pouvoir de Satoru, puisque celui-ci est projeté 18 ans auparavant, dans son corps d’enfant, avec la certitude qu’il doit empêcher la disparition de sa petite camarade de classe, Kayo.
Le grand intérêt du volume, c’est de voir comment Satoru va tenter, par tous les moyens à sa disposition, d’infléchir le destin de Kayo, parfois en changeant carrément les événements… et parfois, en arrivant exactement aux mêmes résultats (à son grand désespoir).

L’histoire va permettre de questionner les souvenirs d’enfance : Satoru a complètement oublié certains événements de sa jeunesse, alors que d’autres points sont beaucoup plus marquants. C’était déjà amorcé dans le premier tome, évidemment, puisque Satoru redécouvrait totalement cette affaire occultée. Mais là, en étant confronté de nouveau à sa vie d’enfant, Satoru va pouvoir comparer les souvenirs qu’il a, avec ceux qui remontent à sa mémoire.
Ce retour permet également de nuancer les personnages : présentée comme une sorte de mégère dans le premier volume, la mère s’humanise nettement ici. Satoru, de son côté, est nettement plus sympathique ! Le décalage entre son personnage d’enfant et ses réactions d’adulte ne manque pas de piquant, et occasionne quelques passages assez drôles – dans une ambiance plutôt tendue.

Par rapport au premier tome, celui-ci est nettement plus calme et posé, on est toujours dans la lignée du volume introductif. Mais ce n’est pas long pour autant ! L’intrigue est fournie, on cherche comment Satoru va débloquer la situation, et on s’attache aux personnages. De plus, les graphismes semblent plus soignés que dans le premier tome.
Le volume s’achève, encore une fois, en apothéose. L’auteur termine ce tome sur un sentiment de plénitude bien agréable. Avant de replonger le lecteur dans l’angoisse, et ce seulement en deux pages. La conclusion est magistrale et… on veut savoir la suite ! La bonne découverte du tome 1 se confirme donc !

Erased #2, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 192 p.

 

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Aidé par ses camarades de classe, Satoru réussit à se rapprocher de Kayo. Et la fillette survit au 1er mars !

Mais Satoru crie victoire trop vite. Kayo disparaît le 3 mars… et celui-ci est à nouveau projeté dans le présent, en 2006, alors qu’il est en cavale. Pourquoi la rediffusion l’a-t-elle projeté 18 ans plus tôt ? Pourquoi a-t-elle échoué ?

 

Retour au présent et, cette-fois, on nage en plein thriller, Satoru étant recherché pour le meurtre qui clôt le premier volume. Une seule certitude, le meurtrier est à Chiba, et Satoru l’a probablement déjà croisé.
Avec la complicité d’Airi, il tente de le débusquer, et s’enferre peu à peu dans la clandestinité.

La tension est palpable de bout en bout ; autant, dans le tome précédent, on était tenus par l’envie de savoir ce qui allait se passer pour Kayo, autant là c’est du suspens pur. L’ambiance est même un tantinet angoissante : les scènes de fuite, de course-poursuite ou d’esquive sont nombreuses et bien menées, et le découpage des pages souligne ce suspens très prenant.

Les décors sont, à nouveau, très soignés, et accentuent l’atmosphère angoissante qui se dégage des pages. L’enquête progresse nettement, on sent qu’on touche presque au but… et la fin, encore une fois, offre un rebondissement maîtrisé et qui laisse le lecteur plein de questions !

Erased #3, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 190 p.

Voilà une série vraiment prenante ! Le thème du voyage dans le temps est assez léger, mais donne lieu à une intrigue passionnante : l’enquête est bien menée, le suspens est au rendez-vous dans les trois tomes, et on termine chaque volume avec l’envie de savoir comment tout cela se goupille. Le trait de Kei Sanbe est maîtrisé, mais ses visages d’adultes semblent moins réussis que ses personnages enfants. Les décors, de leurs côtés, sont splendides ! Dans ces trois tomes hautement prenants et efficaces, je note une petite préférence pour le second, à l’atmosphère délicieusement mélancolique, tandis que Satoru revisite son enfance. Le tome 4 sort en février, et il va sans dire que j’attends de pied ferme la suite de cette série uchronique !

◊ Dans la même série : tomes 4 et 5 ;

Fuir la citadelle, Ryan Graudin.

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Cela fait presque deux ans que Dai survit dans la citadelle de Hak Nam, à l’abri de la police. Pour échapper au mandat d’arrêt qui pèse sur sa tête, Dai doit piéger Longwai, le baron de la pègre local. Il lui reste 18 jours. Après, il sera trop tard. Et Dai ne sait toujours pas par quel bout prendre le problème. 
Longwai, Mei Yee le connaît. D’ailleurs, elle lui appartient, depuis que son père alcoolique l’a vendue au maître de la maison close de la Confrérie où elle travaille désormais. Dai passe souvent sous sa fenêtre… 
Jin Ling, de son côté, est le coureur le plus rapide de tout Hak Nam, le coursier tout désigné pour les livraisons de drogue. Aussi maigre et agile qu’un chat errant, il connaît mieux que personne le labyrinthe des bas-fonds. Personne ne sait où il dort. Personne ne sait d’où il vient. Et personne ne sait que Jin Ling est une fille… qui cherche désespérément sa sœur, vendue à une maison close. 
Il reste dix-huit jours avant le Nouvel An. Après, rien ne sera plus jamais pareil. 

 

À Hong Kong, il a longtemps existé un territoire de non-droits : la citadelle de Kowloon. 0,026 Km², 50 000 habitants, des couloirs, des venelles, des gangs, une ville à l’intérieur de la ville, un territoire fermé, quasiment autarcique, gouverné par les mafias. En un mot, la jungle. Ryan Graudin s’en est inspirée pour imaginer Hak Nam, le ghetto au bord de la belle ville portuaire de Seng Ngoi, dans lequel évoluent Dai, Jin Ling et Mei Yee.

Dès l’ouverture, on plonge dans les tréfonds et les venelles de la citadelle via une scène de course-poursuite. Et la tension ne chute pas : car dès la débandade terminée, on assiste à l’arrestation musclée d’une prostituée en fuite, par les gorilles de son maquereau. Le ton est donné : à Hak Nam, la survie est rude.
Et il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre les personnages : trafics de drogue, embuscades, rixes en tous genres, scènes dans la maison close…. Ryan Graudin rend l’ambiance sordide de Hak Nam avec talent. Pour être honnête, c’est même franchement glauque par moments, et on plaint très sincèrement les personnages prisonniers de ce cloaque.

Mais cette ambiance colle vraiment à l’intrigue, dont les morceaux s’agencent peu à peu, au fil des trois récits entrecroisés. Tour à tour, on suit donc Dai, Jin Ling et Mei Yee, dont les parcours vont se croiser un peu par hasard.
Tout d’abord, il y a donc Dai, jeune homme mystérieux, ancien dealer à la réputation sulfureuse ayant beaucoup de choses à se reprocher, qui semble espionner et comploter dans son coin, pour démanteler la Confrérie, l’organisation qui gère et régule tous les trafics au sein de la citadelle. Ensuite, Jin Ling, une adolescente travestie en jeune garçon, qui cherche sa sœur, et survit grâce à la vitesse de ses maigre jambes ; flanquée de Chma, son chaton émacié et allergique, c’est elle qui va porter le récit. Enfin, Mei Yee, la fameuse sœur, recluse au fin fond d’une maison close. Trois adolescents, trois causes quasiment perdues, trois désirs de sortir de la citadelle et, si possible, vivants. Si les personnages semblent quelque peu caricaturaux (si on résume, on a donc le gamin des rues classiques, l’ado en quête de rédemption, la prostituée captive), on ne s’attache pas moins à ces trois adolescents.
L’histoire se construit doucement autour de ces trois personnages que l’on suit tour à tour. Si l’on comprend assez vite les objectifs de chacun, certaines motivations restent floues assez longtemps, notamment celles de Dai : est-il fiable ? Ou ne court-il que pour lui, au diable les autres ? Difficile à dire. Certains développements semblent un peu convenus… mais le tout est narré et décrit de façon tellement réaliste, que c’en est proprement captivant.
Alors on se laisse prendre par le suspens, d’autant que le sentiment d’urgence qui saisit les personnages, et la tension, sont palpables. À ceux-ci s’ajoute la sensation de danger permanent qui règne sur les pages : l’atmosphère est tendue, et on guette les couteaux qui peuvent surgir de l’ombre à tout moment. On se surprend même à retenir son souffle dans les inévitables confrontations.

Car Ryan Graudin n’épargne pas ses personnages. Confrontations tendues, courses-poursuites qui vous laissent le cœur battant, issues incertaines sont le lot quotidien. Pire, elle n’édulcore pas le propos : les personnage souffrent, sont terrifiés, essuient des échecs, ou vivent des instants pour me moins éprouvants. Déambuler dans Hak Nam n’a rien d’une promenade de santé. Ajouté au décor sordide à souhait, et au décompte des jours qui rythme les chapitres, cela rend le livre particulièrement prenant.
La plongée dans les bas-fonds est saisissante : difficile de lâcher le roman une fois entamé tant on est pris dans l’aventure.

Avec Fuir la citadelle, MsK clôt l’année sur un roman d’aventures riche en émotions et en adrénaline. S’attachant à trois personnages bien travaillés, l’auteur campe une citadelle chinoise lugubre, glauque et parfaitement sordide, un décor idéal pour une intrigue très bien menée, et malheureusement très réaliste. Difficile de ne pas s’attacher aux personnages, à leur indécrottable envie de s’en sortir, et de ne pas trembler devant les épreuves qu’ils vivent.
En quelques mots, Fuir la citadelle est dépaysant, fort, parfois éprouvant, mais particulièrement efficace et prenant. On en redemanderait !

Fuir la citadelle, Ryan Graudin. MsK, 2014, 386 p.

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