Harry Potter et la chambre des secrets, J. K. Rowling.

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Une rentrée fracassante en voiture volante, une étrange malédiction qui s’abat sur les élèves, cette deuxième année à l’école des sorciers ne s’annonce pas de tout repos ! Entre les cours de potion magique, les matches de Quidditch et les combats de mauvais sorts, Harry trouvera-t-il le temps de percer le mystère de la Chambre des Secrets ? Un livre magique pour sorciers confirmés.

Deuxième année à l’école de magie et de sorcellerie pour Harry et ses petits camarades. Si la première année a été quelque peu mouvementée, ce n’est rien comparée à celle-ci. Dès le départ, J. K. Rowling a prévu des péripéties fracassantes, dont la première n’est autre que le voyage vers Poudlard d’Harry et Ron, dans la Ford Anglia volante du père ce dernier, dérobée devant la gare de King’s Cross. Atterrissage dangereux garanti au milieu du parc. Voilà qui fait, évidemment, remonter la cote de popularité des deux jeunes hommes auprès de leurs camarades – mais pas auprès du professeur Rogue, en revanche… – le contraire eût été étonnant, ce cher Rogue conservant son aversion prononcée pour Harry et tout ce qui s’y rapporte.

C’est avec grand plaisir que l’on retrouve les personnages du premier tome, d’autant qu’ils évoluent un peu. Plus courageux, plus matures, leurs portraits s’affinent. Certes, Drago Malefoy reste l’insupportable petite fouine du tome 1, mais notre trio change légèrement d’axe. Hermione, jusque-là présentée comme la voix de la sagesse, entraîne ses camarades sur la pente des bêtises… puisque c’est elle qui lance l’idée de préparer en secret du Polynectar dans les toilettes, afin de s’introduire frauduleusement dans la salle commune des Serpentard. Ron et Harry, de leur côté, font honneur au nom de leur maison, en faisant preuve de courage et de loyauté – plus que dans le tome 1 s’entend, et la loyauté s’applique surtout à Harry. Dans le premier tome, Harry ne savait pas encore où il mettait les pieds alors qu’ici, il montre une conscience plus aiguë de son univers particulier, goupillée à une idée plus précise de ses devoirs en tant que jeune représentant de la communauté sorcière. Mais les deux jeunes hommes continuent aussi de développer leur petit côté rebelle, qui leur fait dédaigner allègrement les règlements et tenter des actions assez peu orthodoxes. Pourtant, malgré toute l’intelligence qu’ils déploient pour bafouer le règlement, on reste face à deux jeunes garçons de 12 ans, ce que l’auteur n’oublie pas. Ils en ont souvent les réactions, et les comportements, ce qui les rend d’autant plus réalistes.
Ce tome voit également l’apparition de nouveaux personnages, comme le professeur Gilderoy Lockhart : jeune homme charmeur, auteur de best-sellers, cinq fois vainqueur du plus beau sourire de Sorcière Hebdo… inutile d’aller plus loin. Gilderoy est un bellâtre imbu de sa personne et il en joue. C’est un personnage central, difficilement supportable, et absolument caricatural. Il est drôle de constater que ce sont les garçons qui percent le professeur à jour le plus vite, alors que les jeunes filles sont occupées à se pâmer devant lui. Ici, J. K. Rowling replace tout à fait ce que l’on peut retrouver dans un établissement scolaire normal : le professeur bien fait de sa personne, dont toutes les jeunes filles sont amoureuses, et que tous les jeunes garçons détestent cordialement (car il est, forcément, plus beau et plus mature qu’eux, et qu’il piétine leurs plates-bandes). Ce mimétisme entre notre univers et l’univers sorcier créé par l’auteur se retrouve tout au long de la saga : J. K. Rowling transpose un certain nombre de choses dans son propre univers, et c’est très probablement ce qui fait que l’on s’identifie si bien à ses personnages, bien qu’il soient dotés de pouvoirs proprement surnaturels.
Au nombre des nouveaux personnages, il y a également Dobby, elfe de maison de son état. Fasciné par Harry Potter, il n’aura de cesse de lui venir en aide. Dobby est un personnage difficile à situer : particulièrement attachant, il sait aussi se montrer particulièrement agaçant.

Dobby va introduire un thème qui sera légèrement filé sur le reste de la saga (s’il est important, il ne s’agit pas du thème central) : celui de l’esclavage. Car les elfes de maison ne sont ni plus ni moins que les esclaves des sorciers. Ces derniers les emploient, ne les paient évidemment pas, et gardent leurs elfes de maison de générations en générations. C’est un motif qui est ici légèrement esquissé et peu traité car Dobby agit de son propre chef, et selon un code de moralité bien particulier ; c’est dans le quatrième tome que l’auteur redéveloppera cet aspect de son univers, aussi y reviendra-t-on plus tard.
Le second thème important abordé ici est, cette fois, un des thèmes centraux de la saga : celui de la pureté du sang. Pour la première fois, on entend parler des « Sang-de-bourbe », puisque c’est l’insulte que Malefoy adresse à Hermione. Les sorciers sont donc divisés en 3 castes : les sangs-pur, issus de deux parents sorciers (les Weasley, Neville Londubat, Drago Malefoy…) ; les sang-mêlés, issus d’un parent sorcier et d’un parent d’origine moldue, initié ou non (Harry) ; les  « sang-de-bourbe », ou enfants issus de parents moldus (comme Hermione, donc). Selon certains sorciers radicaux (pour ne pas dire : Voldemort et ses partisans), les seuls sorciers devraient être les sang-purs, et il convient d’éradiquer les autres – ce qui ne va pas tarder à se produire à petite échelle au sein de Poudlard.
Il est intéressant de constater que J.K. Rowling choisit un trio de personnages représentant les trois factions et dont les forces et compétences sont absolument complémentaires. Oui, ne vous y trompez pas : ce sont les aventures d’Harry Potter selon le titre, mais sans Ron Weasley et Hermione Granger, Harry Potter n’irait pas bien loin, il faut être honnête. Ainsi, alors qu’il avait toujours semblé que le véritable fil rouge de la saga (à savoir la lutte contre Voldemort) n’arrivait que dans le tome quatre, il est déjà clairement présenté ici.

Pourtant, il ne faudrait pas imaginer que ces thèmes importants prennent le pas sur le reste de la saga. Non, ils sont simplement filés, comme en toile de fond. La belle part est laissée aux apprentissages, l’année en cours, et l’évolution des élèves. L’auteur étoffe de plus en plus son univers : on découvre de nouveaux objets, créatures ou sortilèges. Parmi les objets, ma préférence va très certainement à la Beuglante : enveloppe d’une délicieuse couleur rouge, elle délivre en hurlant le message incendiaire qu’elle contient. J’ai souvent regretté que le procédé n’existe pas dans la réalité, à vrai dire.
Côté bestiaire, l’auteur continue de réinvestir le bestiaire mythologique européen avec un grand sens de l’à-propos.

Ce qui est appréciable dans ce tome, c’est que l’intrigue s’enracine dans le passé. On n’a pas un univers qui existe uniquement dans le présent : ce qui s’est passé autrefois tient toujours une grande place dans la saga, et notamment dans ce tome, puisqu’il se répète quelque chose s’étant déjà produit cinquante ans plus tôt. On en apprend donc plus sur le passé de certains personnages, ce qui vient étoffer ce que l’on connaissait déjà, et inscrire l’intrigue du tome – et, par extension, celle de la saga – dans un tout plus complexe.
De plus, il y a un léger changement de ton par rapport au tome précédent : on se trouvait alors dans un récit initiatique mêlé d’aventures ; ici, on garde le récit initiatique et l’aventure, auxquels s’ajoute un petit parfum d’enquête de type policier
, puisqu’il s’agit de trouver l’identité d’un coupable. L’auteur ne nous enferme donc pas dans une routine cours / aventures, et cela renouvelle l’intérêt du lecteur qui n’a pas le temps de s’endormir. Par ailleurs, le premier tome était assez bon enfant, alors que ce tome 2 a de quoi terrifier un jeune lecteur impressionnable. L’atmosphère est pleine de couloirs obscurs, de voix susurrantes effrayantes, et de complots dangereux. Le tome 2 de la série est probablement celui qui fait le plus frissonner, d’autant qu’on se demande à de nombreuses reprises si Harry ne nous entraîne pas dans un délire paranoïaque, et s’il ne serait pas mieux à Sainte-Mangouste. Cet aspect-là est vraiment très bien géré, et fait que l’atmosphère fonctionne aussi bien.
Pourtant, le tout n’est pas dénué d’humour, et il y a de nombreuses scènes assez drôles qui, sans faire rire aux éclats, nous prouvent que tout n’est pas tragique ou dramatique dans le petit monde sorcier. Pour preuve la scène initiale de la sortie d’Harry du 4 Privet Drive, qui vaut son pesant de cacahuètes ou les fréquentes interventions des frères Weasley. Tout est question d’équilibre, et J.K. Rowling maîtrise très bien ce dernier.

Si, habituellement, ce sont les Gryffondor qui ont la part-belle, dans ce tome-ci ce sont les Serpentard qui tiennent le devant de la scène (si c’est votre maison préférée, vous aimerez certainement ce tome). Non seulement parce que leur héritier se balade dans les couloirs, mais aussi parce qu’ils gagnent en importance, notamment grâce à la montée en grade de Malefoy, qui devient de plus en plus populaire au sein de sa propre maison – et de plus en plus suivi, accessoirement.

Enfin, si je n’avais qu’un conseil à vous donner avant d’entamer la lecture de Harry Potter... ce serait « faites attention aux détails ». J. K. Rowling a l’art et la manière de glisser les réponses aux questions que l’on se pose bien en amont de la question, de façon très anodine, tant et si bien que lorsque que la solution apparaît, on se rend subitement compte qu’on le savait déjà !

Ce tome 2, donc, est à la hauteur du premier, plus effrayant, et plus déstabilisant. À l’initiation s’ajoutent l’aventure et l’enquête et on oscille entre les trois registres en permanence. Il se dégage de cet opus une ambiance beaucoup plus froide, et oppressante que dans le premier tome et la lecture est motivée par un fort sentiment d’urgence. Malgré tout, on reste dans une ambiance très bon enfant, et on peut même tiquer quelque peu sur la résolution, et se demander pourquoi aucun adulte n’avait trouvé la solution, qui semble assez évidente. Tout cela est calculé, certes, mais cela n’en reste pas moins un peu facile. Quoi qu’il en soit, retrouver Harry Potter et la Chambre des secrets plus de dix ans après la première lecture a été un vrai plaisir, ce qui prouve – si besoin était – que le roman peut être lu par tous les âges !

 

Dans la même série : Harry Potter à l’école des sorciers (1) ; Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban (3).

 

Harry Potter et la chambre des secrets, Harry Potter #2, J.K. Rowling. Trad. de Jean-François Ménard. Folio Junior, 2001 (1ère édition 1998), 360 p.
7,5 / 10.

 

Et l’adaptation, ça donne quoi ?

Comme celle du premier volume : on déplorera que certaines répliques soient réattribuées (pas mal de répliques de Ron échoient à Hermione, par exemple… le rôle de Ron est très largement revu à la baisse dans les films, et c’est bien dommage). C’est rapide, trop rapide, et il manque des scènes cruciales, ainsi que des développements importants alors qu’il y a des ajouts sans grand intérêt. Cela reste un bon divertissement, mais il faut reconnaître que, niveau adaptation, c’est très imparfait.

 

Harry Potter and the Philosopher’s Stone / Harry Potter à l’école des sorciers, J. K. Rowling.

 

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Harry Potter a toujours pensé qu’il était un garçon extraordinairement normal – jusqu’à, du moins, qu’il se mette à recevoir d’étranges lettres de convocation pour une non moins étrange école, et qu’il soit emmené par un monstrueux géant, pour entrer à Poudlard, l’école où on apprend aux enfants à faire de la magie. Tout ça pourquoi? Parce qu’Harry Potter est un sorcier, qu’il le veuille ou non.

Inutile, probablement, de revenir sur l’incroyable genèse de ce livre, parvenu en peu de temps au sommet des sommets, adapté en film, et qui a lancé des milliers d’enfants dans la lecture. Comme beaucoup d’autres, je l’ai probablement reçu à Noël, l’année de sa sortie, et l’ai lu l’année suivante, alors que j’étais en sixième. Était-ce le fait d’avoir le même âge que le personnage principal ou d’avoir déjà eu, à l’époque, un net penchant pour les histoires sortant de l’ordinaire? Difficile à dire. En tout cas, je me suis rapidement passionnée pour les aventures des jeunes sorciers à Poudlard (et j’ai même désespérément attendu ma lettre, rêvant à une école similaire en France. Qui ne l’a pas fait ?). Quoi qu’il en soit, je suis toujours aussi mordue de l’univers ; alors, lorsqu’Asuna a proposé une lecture marathon de l’ensemble de la saga, je n’ai pas hésité un seul instant ! Mais, histoire de joindre l’utile à l’agréable, j’ai tenté cette relecture en version originale.
Ce fut le moment de constater que mon édition française était probablement un collector : non seulement quelques passages ont été bizarrement éludés (mais sont présents dans l’édition plus tardive que j’ai rachetée, ce n’est l’affaire que de quelques chapitres), mais en plus, il y a eu des changements de traduction dans la version ultérieure. Ainsi chez moi, le ministre de la magie ne s’appelle pas Cornelius Fudge mais, à la française, Cornélius Lafadaise (alors que, par la suite, il s’appellera Cornelius Fudge dans les deux langues). De l’anglais au français, beaucoup de noms ont été modifié pour garder les clins d’œil (mais Fudge est, à ma connaissance, le seul qui ait eu deux noms distincts dans la traduction). J’aimerais donc saluer la traduction de Jean-François Ménard, que je trouve absolument admirable, car il a réussi à traduire tous les petits jeux de mots et autres allusions que J. K. Rowling a glissées dans son texte. Ce n’était pas facile, mais il y est parvenu – même si, par la suite, le nom du dirigeant a été modifié ; vous avouerez que « Lafadaise », ça ne fait pas hyper sérieux pour un ministre, même pour un ministre de la magie.

Dans ce premier tome, on découvre donc l’univers dans lequel Harry Potter et ses camarades évolueront au fil des sept tomes de la saga. Un univers fait de rêves et de magie, bien évidemment. Mais un univers scolaire, tout de même : les cours se succèdent, sans que ce soit toutefois trop pesant. J. K. Rowling distille de-ci de-là quelques éléments de cours, petites formules glissées rapidement, ou éléments de la mythologie magique – pas nécessairement inventés d’ailleurs, car J.K. Rowling a su ménager mythologie existante et univers personnel, le tout formant une parfaite adéquation.

Les personnages sont parfois quelque peu stéréotypés : entre le jeune orphelin détesté par sa famille d’accueil mais adulé dans son vrai monde car héritier de deux parents aimés et puissants, le jeune sorcier « pur » cadet d’une famille nombreuse et donc très peu sûr de lui, et la jeune élève prodige, externe à l’univers et rat de bibliothèque, on a un trio de compétition. Il est d’ailleurs très drôle de constater que ce schéma de personnages a été réutilisé dans d’autes œuvres littéraires pour la jeunesse (dans la saga Idhún, de Laura Gallego García, publiée en France chez Bayard Jeunesse, par exemple). Preuve que, malgré le stéréotye, c’est un trio qui fonctionne bien. D’autant mieux qu’ici, les personnages vont rapidement se nuancer. Quoi qu’il en soit, les portraits sont plutôt réussis (je dois dire que j’ai un gros faible pour les Dursley et, plus globalement, pour les méchants dans ces romans !).
Évidemment, les opposants seront à la hauteur : le premier, un enfant du même âge, est nécessairement l’héritier d’une vieille famille, puissant, et promis à un brillant avenir (mais du côté obscur de la Force, cette fois). En parlant de côté obscur, il est tout aussi intéressant de constater que ce tome 1 s’ouvre, si l’on peut dire, après la bataille. Le grand méchant a déjà été vaincu, et les aventures s’ouvrent dans un monde magique, certes, mais qui se remet doucement des années d’oppression qu’il vient de subir (tout cela donne une ambiance très « post-guerre »). Ainsi, les élèves peuvent attaquer sereinement leur année scolaire ; point de combat glorieux à mener à son terme ici, on se situe vraiment dans le roman d’initiation classique. Sauf que, on s’en doute, pour tenir la distance sur sept tomes, il va falloir que les opposants se remuent un peu. Ce qui est bien dans ce premier opus, c’est que l’auteur ne nous balance pas directement dans l’opposition bien/mal : c’est un tome très introductif, qui met en place les bases de l’univers. Oui, il y a une opposition, mais elle n’a pas encore atteint son ampleur maximale. Je m’avance un peu, mais il en ira de même pour les tomes 2 et 3 : on retrouvera le même genre d’opposition entre les personnages, mais le véritable fil rouge de la saga ne prendra sa place qu’au tome 4 – illustrant ainsi un certain gain de maturité des personnages.

Le premier tome est donc l’occasion de parfaire les bases des relations du trio principal qui, avouons-le, partait assez mal, ainsi que d’esquisser les portraits des autres personnages. Le style (en anglais ou en traduction) est fluide, et la lecture très accessible (ce qui fait qu’un enfant en primaire peut tout à fait le lire), le vocabulaire étant varié, et bien choisi. De ce côté-là, la lecture ne pose aucun souci particulier. Côté intrigue, on sent que l’on est dans un livre destiné à la jeunesse : sans être trop simpliste, sa complexité n’est pas non plus extrême. Arrivés à un certain point, on voit assez bien où l’on va en venir. Quoi qu’il en soit, c’est très agréable à suivre – d’autant plus lorsqu’on a lu l’ensemble de la saga, car on repère alors les bases de ce que l’auteur met en place par la suite. Hasard ? Construction précise ? Force est de reconnaître que J. K. Rowling maîtrise parfaitement les divers fils de son intrigue, même si tous ne sont pas déroulés dès le premier tome.
Sans parler encore du fil rouge, de forts antagonismes se dessinent déjà ici, entre certains personnages (Harry et ses amis contre d’autres élèves, mais aussi contre certain professeur, absolument et irrémédiablement désagréable – mais c’est comme ça qu’on l’aime), et qui seront développés au fil des tomes. Harry est, bien sûr, chapeauté par un mentor, comme tout orphelin qui se respecte (c’est, semble-t-il, la loi du genre, d’autant plus après le succès de la saga du jeune sorcier). Mais surtout, et c’est là ce qui change de la littérature jeunesse de l’époque, Harry est l’archétype de l’anti-héros. Si on résume, il n’est pas spécialement beau (ou du moins ce n’est jamais clairement dit), il est balafré, il porte des lunettes (rappel
ez-vous, dans les années 90, c’était loin d’être sexy) et, s’il est populaire, il se lie immédiatement d’amitié avec les élèves les moins populaires de l’école (ils sont, du moins, présentés comme tels par les élèves qui s’annoncent comme les futurs caïds de l’établissement). Pire, Harry n’est pas très bon à l’école, et a une nette tendance à ne pas suivre les règlements. Si cette figure de l’anti-héros vous semble familière (voire normale) en littérature jeunesse, dites-vous qu’à l’époque de la sortie, elle restait assez marginale (on sortait à peine de la suprématie du Club des Cinq, pour resituer un peu). Bref, même si la littérature jeunesse était en pleine mutation, la parution (et surtout le succès) de Harry Potter ont rendu cet renouveau d’autant plus rapide et percutant (à l’instar de l’adaptation du Seigneur des Anneaux sur la production fantasy).
Et c’est vrai qu’à la lecture, on voit bien ce qui a immédiatement séduit les jeunes lecteurs de l’époque (et d’aujourd’hui, même si ça semble bien plus classique de nos jours) : Harry offre une identification tellement facile qu’il aurait été dommage de passer à côté. Si on résume, il est orphelin (chaque enfant peut donc se projeter dans le jeune sorcier), sa vie est misérable, mais il est issu d’un autre monde, caché, dans lequel il est très célèbre (amélioration subite de sa qualité de vie, ça ferait rêver n’importe qui) et, ô joie, il apprend la magie (et ça aussi, ça fait vraiment rêver!). Lui qui a toujours eu une vie solitaire, se retrouve enfin à sa vraie place, et se fait (enfin) de bons amis. Sa vie change radicalement, et c’est ce dont on rêve généralement à cette époque.

L’aventure, le suspens, et l’humour sont de partie dans ce premier opus, qui n’oublie pas d’être un peu effrayant de temps en temps. Ainsi, tout lecteur peut y trouver son compte ! 
Bien que le style, et le contenu soient clairement orientés jeunesse, on passe un très bon moment de lecture avec cette première aventure, qui dispose d’une fin propre (on peut donc s’arrêter là sans être dévorés par une insatiable curiosité). J’ai à nouveau passé un très bon moment, même en V. O. et je recommanderai à nouveau cette lecture à tout un chacun, petit ou grand !

 

Et l’adaptation, alors ?

Je l’ai revue il y a peu et je dois dire qu’avec le recul, je suis beaucoup plus clémente. Certes, c’est édulcoré, certes c’est très rapide mais c’est pas trop mal. Ce qui m’a vraiment déçue, en revanche, c’est que des répliques soient réattribuées, au détriment de certains personnages, et que certains changent quasiment de personnalité. De bonnes idées d’adaptation, mais ce n’est vraiment pas mon préféré.

 

Harry Potter and the Philosopher’s Stone / Harry Potter à l’école des sorciers, J. K. Rowling. Trad. de Jean-François Ménard. Bloomsbury, 2000 (1ère édition 1997), 332 p. Gallimard, 1999, 232 p. pour l’édition française.
8/10.

 

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