La Guilde des Magiciens, La Trilogie du Magicien noir #1, Trudi Canavan.

la-guilde-des-magiciens-la-trilogie-du-magicien-noir-1-trudi-canavan

Comme chaque année, les magiciens d’Imardin se réunissent pour nettoyer la ville des indésirables. Protégés par un bouclier magique, ils avancent sans crainte au milieu des vagabonds, des orphelins et autres malandrins qui les haïssent. Soudain, une jeune fille ivre de colère leur jette une pierre… qui traverse sans effort le bouclier magique dans un éclair bleu et assomme l’un des mages. Ce que la Guilde des magiciens redoutait depuis si longtemps est arrivé : une magicienne inexpérimentée est en liberté dans les rues ! Il faut la retrouver avant que son pouvoir incontrôlé la détruise elle-même, et toute la ville avec elle. La traque commence…

Première incursion dans l’univers littéraire de Trudi Canavan, et c’est une incursion réussie !
On découvre donc l’histoire de Sonea, gamine des bas-fonds douée de magie, qui se découvre soudain des pouvoirs magiques. Une première grosse partie du roman est centrée sur la traque de Sonea par une guilde des magiciens sur les dents. Et pour cause, une magicienne non formée, en liberté, cela peut créer des ravages.

Globalement, l’histoire est assez classique et ne surprendra guère un lecteur aguerri de fantasy. Mais il faut reconnaître que, malgré son classicisme, l’intrigue tient bien la route. L’histoire semble manichéenne – et, à certains égards, elle l’est quelque peu – puisqu’elle oppose à la misère des Taudis les décors grandioses de la Guilde et de l’Université de magie. Richesses et statuts sociaux sont donc au cœur de l’affaire, les magiciens vivant dans l’opulence, les habitants des Taudis survivant à grand-peine. Heureusement, l’intrigue est un peu plus subtile que la simple opposition riches-pauvres. De plus, la traque offre un bon suspens et l’apprentissage n’est pas dépourvu d’instants de tensions. L’auteur en profite, d’ailleurs, pour mettre en place d’intéressant éléments pour la suite : à ce titre, le cliffhanger final donne envie de savoir ce qu’il va arriver à Sonea.
L’univers, de son côté, offre de belles trouvailles mais l’intrigue ne permet pas de savoir vraiment dans quel monde on évolue : Sonea passe des souterrains de la ville aux couloirs de l’université, aussi l’ensemble manque-t-il un peu de détails, même si l’auteur place quelques trouvailles originales (notamment au niveau des noms et du vocabulaire).

En ce qui concerne Sonea, on est assez loin du cliché du personnage surpuissant qui se découvre des pourvois fabuleux. Certes, c’est ce qui lui arrive, mais celle-ci garde sa fraîcheur et sa faillibilité, ce qui est bien agréable. Ceci étant dit, certains personnages (comme l’opposant principal), s’avèrent un peu prévisibles et ne sortent pas vraiment de leur rôle – peut-être que la suite leur laissera un peu plus d’amplitude !

En somme, ce premier tome est un tantinet classique mais diablement efficace, porté par un personnage rafraîchissant. Idéal pour débuter en fantasy !

La Trilogie du magicien noir #1, La Guilde des magiciens, Trudi Canavan.
Traduit de l’anglais par Justine Niogret. Milady, 2016, 476 p.
 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

le-nom-du-vent-chronique-du-tueur-de-roi-1-patrick-rothfuss

Le Grand Brasier, Gardiens des Cités perdues #3, Shannon Messenger.

le-grand-brasier-gardiens-des-cités-perdues-3-shannon-messenger

Voilà plusieurs semaines que Sophie Foster n’a plus aucune nouvelle du Cygne Noir, l’organisation clandestine qui l’a créée. Si elle se sent abandonnée, la jeune Télépathe redoute surtout qu’un traître n’ait infiltré leurs rangs. Pourtant, elle a bien vite d’autres chats à fouetter : un mystérieux traqueur est découvert sur Silveny l’alicorne ; Vertina, le miroir spectral de Jolie, refuse obstinément de révéler ce qu’elle sait ; et le Conseil ordonne à Sophie de guérir Fintan, le Pyrokinésiste à l’esprit brisé, malgré l’immense menace qu’il représente…
Toujours accompagnée de Keefe, Dex, Fitz et Biana, la jeune fille est entraînée dans un tourbillon de révélations et de rebondissements… à tel point que, déterminée à démasquer les rebelles qui menacent les Cités perdues, elle va commettre un terrible faux pas !

Après un coup de cœur pour le premier tome et un deuxième volet avec quelques points à corriger, Shannon Messenger reprend le fil des aventures de Sophie et offre un troisième tome haut en couleurs et, sans aucun doute, le meilleur des trois depuis le début.

Le meilleur, mais aussi le plus sombre. Finies les découvertes sympathiques et acidulées des débuts ! Cette fois, Sophie est dans les ennuis jusqu’au cou. Alors qu’elle se morfond (le Cygne noir ne donne plus de nouvelles et Vertina refuse de parler), des événements étranges s’enchaînent. En premier lieu, la découverte d’un traceur ogre sur Silveny. Après deux tomes plutôt cantonnés dans la société elfique, on passe à l’extérieur ! Et les découvertes ne sont pas des plus roses, la nation ogre ne comptant pas que des amis des elfes. De fait, l’aspect géo-politique est bien plus présent dans cet opus que dans les précédents et ce n’est pas plus mal, puisque l’histoire de Sophie vient s’inscrire dans un tout un peu plus vaste que précédemment.
L’histoire est plus sombre, comme je le disais plus haut, d’une part parce qu’une menace de guerre finit par planer sur l’assistance et, d’autre part, car Shannon Messenger flirte avec le thriller. En effet, cette histoire de traceur ogre turlupine les elfes, d’autant que Silveny est censée être très protégée. Qui l’a posé là, comment et pourquoi ? Pour une fois, ce n’est pas à Sophie de régler le problème : elle a déjà bien à faire avec ses études et la société elfique semble avoir enfin compris (mais pas tout à fait) qu’on ne peut pas attendre d’une gamine de 12 ans qu’elle sauve le monde. Donc… Sophie enquête de son côté, bien entendu. À cela s’ajoute le mystère posé par Vertina : le miroir sait manifestement des choses sur la mort de Jolie et Sophie est bien décidée à en savoir plus. Tous ces mystères apportent un suspense indéniable. Or, les péripéties sont à l’avenant et on se surprend à se demander où l’auteur nous emmène à plusieurs reprises, craignant le pire – vraiment, ce tome est bien plus sombre !
Conclusion : on n’a pas le temps de s’ennuyer dans cet opus. Surtout que les événements se précipitent et mettent Sophie à mal.

Autre point sur lequel on n’a pas le temps de s’ennuyer : les personnages. Plus que jamais, Sophie a besoin de son entourage pour s’en sortir. L’auteur met vraiment en valeur les liens amicaux et le soutien du cercle amical dans ce volume. On est donc assez loin du schéma du héros solitaire sauvant la communauté avec ses petits bras ! Et vu l’accueil que lui réservent les elfes, désormais – sa cote flirte avec le néant abyssal – elle a plus que jamais besoin d’être entourée. Les personnages ont grandement évolué depuis l’opus précédent. Sophie est de plus en plus mature – mais pas tout à fait une grande fille non plus : on oscille donc dans un entre-deux lui permettant d’avoir des réactions très mûres et d’autres beaucoup plus enfantines. Dex est dans le même cas : de moins en moins farceur, on le voit prendre de plus en plus de responsabilités. Et si Fitz descend enfin de son piédestal de glace, c’est bien Keefe qui est à l’honneur dans ce volume, assurant Sophie de son indéfectible soutien. C’est d’ailleurs l’occasion de montrer, encore une fois, combien cette société elfique, qui semblait si idyllique au départ, est en faite gangrenée et à l’image de la société humaine. Côté adultes, si l’attitude d’Edaline était à la limite du supportable dans le tome 2, elle trouve son explication ici, la mère adoptive de Sophie n’étant pas aveugle sur son comportement ; cette auto-critique est bien agréable et arrive à point nommé pour redorer le blason du personnage ! Mais si Edaline étonne par son recul, Grady, lui, surprend (voire, choque !) par les facettes sombres de sa personnalité qu’il dévoile. On le pensait doux et effacé, on le découvre belliqueux et déterminé. Il n’y a pas à dire, Sophie a encore des choses à découvrir sur ses parents adoptifs…

À chaque fois que l’on pense avoir atteint un tournant du récit, ou une accalmie, l’auteur nous surprend avec une nouvelle péripétie ou un nouveau rebondissement inattendu. Sans tomber dans le piège d’un rythme effréné (et fatigant), elle renouvelle son intrigue ; le rythme est maintenu d’un bout à l’autre, ce qui fait qu’il est assez difficile de s’arrêter, il faut l’avouer.

Après un deuxième tome un poil en-dessous du premier, Shannon Messenger signe un troisième tome bien plus sombre, dense et qui laisse le lecteur sur des charbons ardents ! On continue de découvrir les travers de cette société elfique avec les – nombreux – ennuis qui tombent sur les épaules de Sophie, dont l’attitude est de plus en plus mature. Cette fois, l’auteur mêle à son récit de fantasy des accents de polar, qui ajoutent au suspens général. Et au vu de la fin, on attend impatiemment le volume suivant !

◊ Dans la même série : Gardiens des cités perdues (1) ; Exil (2) ;

Gardiens des Cités perdues #3, Le Grand Brasier, Shannon Messenger. Traduit de l’anglais par Mathilde Bouhon.
Lumen, 2015, 598 p.
ABC Imaginaire 2015

Et en bonus, l’interview que Shannon Messenger m’a accordée au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil, le 5 décembre 2015 : 

J’étais en train d’écrire Gardiens des cités perdues et je faisais beaucoup de recherches, notamment sur les créatures mythiques et mystiques. J’étais donc en train de lire un livre et je tombe sur une entrée « Sylphes ». Et ce qui m’a interpelée, c’est qu’il n’y avait qu’une seule ligne de définition : « élémentaire de l’air, être lié à l’air ». Je me suis rendue compte qu’avec une définition si courte, il était possible d’inventer une créature. Donc, forcément, cela a suscité mon intérêt : le vent peut être une légère brise, ou une tempête. Ça laissait un champ très large et, immédiatement, cette possibilité a attiré mon attention.

  • Comment vous est donc venue l’idée de créer quatre ordres de Sylphes, opposés les uns aux autres ?

Je voulais un monde avec des différences et la construction d’univers est vraiment ce que je préfère. C’est la partie la plus divertissante ! Je me suis toujours intéressée à la mythologie et on trouve aussi ces différences dans la mythologie grecque. Dans le panthéon grec, par exemple, il y a un dieu pour chaque vent, qui ont donné les ordres de Let the sky fall. Mais je me suis appuyée sur l’idée de quatre langues différentes pour dépasser l’idée des dieux grecs.

  • Certains livres vous ont-ils inspirée pour vos séries ?

En général, quand je suis en train d’écrire, j’essaie de ne pas trop m’inspirer de livres, sinon on pourrait rapprocher ça du plagiat. Je préfère garder une pensée originale. Bien sûr, dans sa forme, Gardiens des cités perdues ressemble à des livres comme Percy Jackson, Harry Potter… Sauf qu’au lieu d’avoir une fille (comme Hermione !) qui vient aider les protagonistes, j’ai préféré avoir une fille héroïne, entourée d’une bande de garçons qui l’aident.
Pour Let the sky fall, j’ai remarqué que dans ce type de romans (on va dire la romance fantastique), c’est souvent le garçon qui a des pouvoirs surnaturels et la fille la demoiselle en détresse. L’inversion me semblait plus tentante, donc j’ai préféré avoir une histoire où le héros, un garçon, ignore ses capacités et est sauvé par la fille.

  • Passons à Gardiens des Cités perdues. Comment est née cette série ?

J’ai eu deux sources. J’aime beaucoup Legolas, l’elfe dans Le Seigneur des Anneaux, donc j’avais envie d’en faire une histoire. Mais j’aime aussi beaucoup X-Men. Alors j’ai mélangé les éléments. La magie et les pouvoirs qui apparaissent dans Gardiens des Cités perdues viennent de X-Men, où chaque mutant possède une capacité ou un talent unique. J’aimais vraiment beaucoup cette idée et j’ai voulu la réinterpréter. Dans Gardiens, il n’y a pas de différences physiques, pas de peau bleue ou de personnages couverts de poils. Mais tous les elfes sont différents par leurs capacités uniques.

  • J’ai beaucoup aimé l’univers de Gardiens des cités perdues qui est très riche, notamment au niveau de la faune. Il y a tout de même des dinosaures et une alicorne ! D’où vous est venue l’idée ?

J’adore les animaux ! Ça a toujours été une constante dans ma vie. Du coup, je voulais en mettre beaucoup dans ma série, mais sans me cantonner aux choix attendus. Bien sûr, j’allais mettre des griffons et des licornes, mais j’en voulais d’autres. C’est comme ça que sont arrivés les dinosaures. Mais je ne voulais pas seulement des dinosaures pour faire un livre différent, il fallait que cela reste logique. Donc j’ai réfléchi à cette société elfique et je me suis dit : « Et si leur mission était de préserver de l’extinction ces animaux disparus chez les humains ou en voie de disparition ? ». À partir du moment où ça a été décidé, l’idée était que s’il existait des êtres supérieurs – ce que sont les elfes – cela faisait sens qu’ils essaient de rectifier les erreurs humaines comme les extinctions des animaux, ou les dommages causés à la planète. Cela cimente le rôle des elfes. L’aspect sympathique, c’est que ça m’a permis d’inventer un panel de créatures très très large !

  • À ce stade de l’interview, je peux révéler que j’ai littéralement adoré Gardiens des cités perdues. La société des elfes semble absolument parfaite mais, au fur et à mesure, on s’aperçoit qu’elle est moins idéale qu’il n’y paraît et il arrive des choses très dures à Sophie. À la fin du tome 3, j’ai une grosse inquiétude : est-ce que Sophie va trouver la paix et réussir à vivre heureuse dans cette société ?

J’avais envie qu’on pense, en commençant la série, que les elfes vivaient dans une société idéale alors qu’elle est truffée de défauts, que je voulais utiliser, au fil des tomes, pour pouvoir les mettre en évidence. Sophie a un gros fardeau sur les épaules. Elle va devoir se montrer digne et, au travers de son personnage, les défauts de la société elfique vont peut-être pouvoir se résoudre. Mais Sophie subit tout de même une pression énorme pour une petite fille de 13 ans.
Son prénom, Sophie, vient du grec et signifie « Sagesse ». Je l’ai choisi pour ça. Les elfes ont beaucoup de connaissances. Mais c’est différent d’avoir des connaissances et de savoir les appliquer. Ça, c’est de la sagesse. Sophie a grandi parmi les humains ; ça lui permet d’amener de nouvelles choses, parce qu’elle a une perspective différente que les elfes.

  • L’histoire contient des choses très dures ; vos jeunes lecteurs ne sont pas surpris ?

Je pense que nous vivons dans un monde violent et les enfants sont exposés à des choses beaucoup plus difficiles qu’autrefois. L’idée, c’est de commencer par la préface du roman, qui est un genre de teaser, parce qu’elle est toujours tirée de la scène la plus intense du roman. Les jeunes lecteurs peuvent la lire, comme ça, s’ils sont trop impressionnés, ils peuvent garder le roman pour plus tard. J’ai tiré ça de ma propre expérience car, petite, j’étais très sensible au contenu des livres que je lisais. Donc je voulais respecter l’histoire de Sophie, mais permettre aux jeunes lecteurs de vérifier avant de se lancer.

  • Team Dex, Keefe, ou Fitz ?

Définitivement Team Sophie ! Pour être honnête, j’aime tous les garçons de l’histoire de manière égale et je ne sais vraiment vraiment pas qui Sophie va choisir. En fait, je connais tous les événements qui vont se dérouler mais ce que j’ignore, c’est comment les personnages vont réagir. À force, ils ont fini par avoir leur vie propre. Pour ce qui est des garçons, j’ai une bonne idée de comment les événements vont affecter leurs relations,  mais je ne sais pas encore comment cela va affecter la façon dont Sophie les perçoit.

  • Avez-vous des projets pour d’autres séries ou livres ?

J’ai un ouvrage en cours d’écriture, qui en est à peu près à la moitié. Mais les livres de Gardiens des cités perdus sont longs et, d’ailleurs, la série est longue. Elle consume tout mon temps d’écriture. Je ne suis pas sûre de publier cette idée ou si je vais la garder pour moi, car toute ma concentration va à Sophie. On me demande souvent si je vais faire un spin-off : l’univers de la série est assez vaste, mais l’histoire de Sophie me demande trop de concentration pour faire autre chose, donc je ne suis pas encore disponible.

  • L’histoire de Jolie ferait un très bon spin-off, d’ailleurs…

L’histoire de Jolie a du potentiel, c’est vrai, mais je ne veux pas tomber dans le piège Star Wars. On connaît déjà la fin de l’histoire de Jolie et c’est très compliqué de réussir une bonne trilogie dont la chute est déjà connue. Je pourrais en faire une nouvelle plutôt, mais j’ai peur du syndrome George Lucas avec les longues séries ! Ceci dit, je ne dis jamais non à une idée, mais j’attends la bonne idée.

  • Des deux séries, j’ai préféré Gardiens des cités perdues, mais j’ai trouvé que Let the sky fall a un côté très cinématographique. Pourrait-il y avoir, un jour, une série ou un film sur l’une ou l’autre des deux séries – ou les deux ?

Je possède les droits audiovisuels pour les deux séries et je suis ouverte à l’idée. Pour Gardiens des cités perdues, j’avais pensé à un film d’animation, parce que Sophie ne prend pas un an par ouvrage et, avec un film, l’actrice principale vieillirait trop vite. Pour Let the sky fall, ça pourrait fonctionner mais, en ce moment, après Twilight, les adaptations sont plus à la mode de la dystopie dans le genre de Divergent et Hunger Games, avec des héroïnes fortes, et des histoires pleines de tension et de batailles. Let the sky fall pourrait correspondre, mais je pense que le premier tome est trop léger niveau combats. Le deuxième tome est meilleur de ce point de vue-là, mais je ne sais pas si la série serait choisie.

L’Éveil, Wizards #3, Diane Duane.

Wizards-3-L-éveil-Diane-Duane

 

Depuis qu’elle a découvert que sa sœur Nita était une sorcière, Dairine n’a plus qu’une seule idée en tête : rejoindre ce club très fermé ! Elle brûle d’accomplir un acte héroïque qui changerait à jamais la face du monde. Sans se préoccuper des conséquences, elle plonge donc son nez dans le manuel de sorcellerie de sa sœur pour prêter serment. Lorsque, le lendemain matin, les Callahan reçoivent leur nouvel ordinateur, Dairine ne fait ni une, ni deux : elle le déballe, s’empare de la souris… et la voilà partie pour un voyage intergalactique !

Accompagnés de Picchu, l’oiseau doué de prémonition, Kit et Nita vont devoir se lancer, de planète en planète, aux trousses de la jeune insouciante, complètement inconsciente du danger qui la menace. Car c’est le Pouvoir Solitaire, et nul autre, qui l’attend au bout du périple…

Après deux aventures assez différentes l’une de l’autre – le tome 1 couvrait l’initiation de Nita et Kit, le deuxième les envoyait nager dans les abysses – nos deux apprentis sorciers embarquent pour un voyage stellaire loin d’être de tout repos ! Et ce troisième opus est, sans aucun doute, bien plus prenant que les deux premiers.

D’une part parce que Nita et Kit ne sont pas les protagonistes de l’aventure. Non, cette fois, on suit Dairine. La petite sœur de Nita, verte de jalousie à l’idée de ne pas savoir faire les mêmes choses que sa sœur, s’éveille seule à la magie et prononce le Serment. Or, Dairine n’a pas de manuel de sorcellerie. Non, elle a un ordinateur ! Là où Nita trace patiemment diagrammes et pentacles, tout en calculant ses sortilèges au dixième près, Dairine se contente de pianoter sur son clavier et décrivant ses désirs à son ordinateur qui prend les calculs en cours et exécute ses ordres. L’aventure est donc très originale et geek en diable. D’ailleurs, c’est là qu’on atteint une des limites du roman : le vocabulaire est parfois un poil ardu, même si l’on comprend globalement ce qu’il se déroule au fil des pages. D’ailleurs, le fait que le texte ait été révisé n’est pas nécessairement un avantage ici : alors que l’aventure fleure bon les années 80, les références culturelles vont toutes à la culture populaire des années 2000-2010. Le décalage est perceptible, et c’est un peu dommage.

Heureusement, le rythme est au rendez-vous, tout comme dans les aventures précédentes. Car si l’on découvre une nouvelle sorcière dans cette aventure, on comprend surtout que, une fois de plus, Dairine, Nita et Kit sont seuls sur le pont. Mais que font les véritables sorciers émérites ?! Difficile de le savoir, car les justifications avancées par les sorciers assermentés sur leur impossibilité à venir régler les problèmes sont un peu légères. Du coup, l’aventure est trépidante. Car Dairine décide, puisqu’elle en a les capacités, de s’offrir un tour de la galaxie. Après les grandes stars de la Voie Lactée, elle s’offre des astres plus confidentiels avec une seule idée en tête : faire quelque chose de grand. Un bel enthousiasme, qui ne manque pas d’attirer l’attention… notamment celle du Pouvoir Solitaire, qui n’a pas dit son dernier mot, et se ferait bien une petite sorcière en guise de quatre heures.  Raison pour laquelle Nita et Kit sont envoyés récupérer l’imprudente débutante. S’il est dommage qu’on n’ait jamais affaire à des sorciers assermentés, le fait de passer d’un objectif général (sauver le monde) à quelque chose de plus personnel (sauver Dairine) change agréablement. Et, finalement, c’est l’ensemble du volume qui est placé sous un sceau plus personnel. Alors que, jusque-là, la relation d’amitié semblait bien établie entre Nita et Kit, la jeune fille commence à se demander s’ils sont simplement de bons amis, ou s’il pourrait y avoir autre chose entre eux. La réflexion est seulement amorcée ici mais, vu qu’il reste une petite dizaine de tomes, on en saura sûrement plus au volume suivant.

L’Éveil est donc un troisième opus reprenant les ingrédients de tomes précédents : une aventure menée tambour battant et avec enthousiasme, des personnages débrouillards, un style très accessible, une touche d’originalité et une pointe d’humour. Si la balade dans les astres ne laisse pas vraiment la possibilité de développer l’univers et la mythologie de la série, elle permet de découvrir une nouvelle facette de la magie, bien plus technologique que ce que l’on a vu jusque-là. On a hâte de savoir comment magie traditionnelle et magie informatique vont cohabiter dans la suite !

◊ Dans la même série : L’Initiation (1) ; Le Sacrifice (2) ;

 

Wizards #3, L’Éveil, Diane Duane. Traduit de l’anglais par Mathilde Tamae-Bouhon.
Lumen, 2015, 306 p.

Forger le lien, Lune et l’Ombre #2, Charlotte Bousquet

lune-et-l-ombre-2-forger-le-lien-charlotte-bousquet

 

Échappant de justesse à Malco, Lune et Léo se réfugient chez la belle Rosalie et sa sœur, en bord de mer. Une parenthèse de douceur dans cette course effrénée… jusqu’à ce que Malco les rattrape. Cette fois, Lune ne veut plus fuir. Cette fois, Lune veut agir, vaincre ces ombres maléfiques et leur maître, qui la privent des couleurs de la vie et font souffrir sa mère. Pour cela, Lune doit retrouver une partie de son âme et réussir plusieurs épreuves au cœur d’une étrange ville-labyrinthe…

On retrouve Léo et Lune, toujours traqués par le terrifiant Malco. La fuite continue, et ils passent à nouveau de tableau en tableau.
La structure de ce tome est donc assez proche de celle du volume précédent : Lune et Léo enchaînent les découvertes picturales, en fuyant de toile en toile, poussés par Malco qui les traque.Le schéma et l’intrigue restant assez proches, on a la légère impression qu’il y a redite. Mais, comme l’auteur introduit de nouveaux éléments dans l’histoire, cette impression s’estompe assez vite !

Lune découvre assez vite que sa présence peut avoir des conséquences sur les occupants des tableaux – des conséquences néfastes, bien sûr, mais on s’en doutait. Cette découverte va entraîner le second changement majeur : Lune cesse de fuir, et elle passe à l’offensive. Et elle le fait seule.

Le roman bascule, du coup, en quête initiatique. Lune se retrouve à devoir résoudre une série d’énigmes, chacune correspondant à une toile en particulier, le tout dans le but de retrouver Llama, l’héroïne du tableau de Remedios Varo. Les tableaux qu’elle visite, des chefs d’oeuvre de l’art, se révèlent tous assez décevants, une fois que Lune y pénètre : loin des couleurs chatoyantes et des paysages qui font rêver, Lune découvre des situations affreusement glauques, et qui filent le frisson. La réflexion sur le gouffre entre apparence et réalité est vraiment intéressante et bien menée.
L’histoire est extrêmement directe, et on aurait parfois apprécié un peu plus de détails… d’autant que la décision de Lune de combattre intervient assez tard dans le roman. La fin, de son côté, intervient en plein moment de tension, et nous laisse avec beaucoup de questions !

Forger le lien est un bon tome de transition ; Lune se décide enfin à combattre plutôt que fuir, et on commence à se diriger vers la résolution. Le choix des tableaux est, à nouveau, excellent et amène une foule de questions et réflexions vraiment intéressantes – mais on regrette presque que les illustrations ne soient pas dans le corps de l’ouvrage. Bien que ce volume ressemble fortement au premier et soit un peu moins riche en révélations et actions, on meurt d’envie d’en savoir plus, et de découvrir comment Lune va retrouver ses couleurs. Vivement le tome 3 !

◊ Dans la même série : Fuir Malco (1) ;

Lune et L’Ombre #2, Forger le lien, Charlotte Bousquet. Gulf Stream, 2015, 192 p. 

challenge-52-semaines

La Fille aux licornes, Lenia Major

la-fille-aux-licornes-lenia-major

 

Ascane a été choisie pour devenir apprentie licornière du roi d’Ampleterre, au grand dam de Séber, le rude maître licornier, qui ne veut pas d’une fille parmi ses apprentis. Bien décidé à faire échouer la jeune fille le plus vite possible, il commence par lui confier le soin d’une licorne sauvage blessée et entravée, un grand mâle furieux et indomptable. Mais Ascane a hérité de la passion de son grand-père pour les licornes, et de sa détermination. Hors de question de se laisser abattre par un maître licornier misogyne. 

 

La Fille aux licornes d’abord été édité en trois volumes (en 2011 et 2012) avant d’être, cette année, réuni en intégrale. L’avantage, c’est qu’on a donc l’ensemble de l’histoire sous la main ; l’inconvénient, c’est qu’il y a quelques petites redites en début de volumes, l’intrigue du tome précédent étant brièvement résumée – heureusement, ce n’est l’affaire que de quelques paragraphes. L’autre point positif, c’est que l’on apprécie mieux la progression du style et de l’intrigue, qui gagne en maturité au fil des tomes.

Le premier chapitre de La Rencontre nous plonge d’emblée dans le vif du sujet ; c’est un trait que l’on peut étendre à l’ensemble des deux premiers volumes : peu de tergiversations, et l’histoire est, dans l’ensemble, plutôt directe. Dans ce premier opus, on sent un côté indéniablement jeunesse : l’intrigue est assez simple et franche et, s’il y a du suspens, on voit assez vite comment l’affaire va tourner. De plus, il y a une certaine naïveté dans l’histoire, que ce soit dans les réactions des personnages, ou dans la façon dont l’intrigue est agencée, qui confirme l’aspect jeunesse du roman. Ainsi, les inter-chapitres parlant de la vengeance à venir laissent peu de place au doute quant au déroulement futur de l’histoire, et font un peu cliché.
L’univers ressemble à un univers féodal assez classique (misogynie incluse !) et on ne peut que relever le rapport entre les chevaux de guerre et les licornes (destinées à former la cavalerie de l’armée). L’apprentissage est assez original, vu que les licornes se dressent à coup d’incantations dans un langage particulier et gestes séculaires ; mais le meilleur point reste cette question de lien qui se tisse entre monture et cavalier, a fortiori lorsqu’ils sont unis.
Les personnages manquent encore un peu de profondeur – hormis Ascane. Le premier volume est donc plutôt introductif, centré sur Ascane dont les facultés particulières lui permettent rapidement de briller à la Forteresse.

C’est un point que l’on rencontre à nouveau dans le second tome, La Poursuite : Ascane a la désagréable manie de s’en sortir mieux (ou plus vite) que les autres, en raison son statut… et c’est parfois un tantinet agaçant.
L’intrigue, cette fois, varie : les personnages quittent la Forteresse et découvrent du pays, ce qui permet d’approfondir un univers qui, jusque-là, était un peu lisse, avec la découverte des peuples qui vivent aux marges d’Ampleterre. Comme dans le premier volume, on regrette quelques facilités, et le fait que les personnages secondaires soient moins approfondis qu’Ascane. Hormis Séber, qui offre une agréable complexité, les autres manquent un peu de profondeur. Ce volume-ci est nettement plus trépidant que le premier : l’apprentissage passe au second plan et s’efface devant un impératif plus important. L’action est bien dosée, l’intrigue bien ficelée, et l’auteur nous réserve quelques surprises. On sent déjà combien style et histoire ont gagné en maturité.

Finalement, c’est dans le troisième tome, L’Affrontement (qui débute un an après la fin de La Poursuite), que la fleur va éclore. Ce volume est nettement plus sombre que les deux précédents : il n’étaient dépourvus ni de danger, ni de suspense, mais le dernier volume pousse le tout à un niveau largement supérieur. Il y a de l’action (en pagaille), on s’angoisse plus souvent, et l’ensemble de l’histoire prend une tournure insoupçonnée. À nouveau, dans certains développements, on peut noter une certaine facilité et une tendance à aller droit au but mais, cette fois, c’est suffisamment noyé dans la masse pour qu’on y prête moins attention.
Les personnages secondaires, notamment les femmes, gagnent enfin en complexité, et c’est bien agréable ! Les portraits sont variés, allant d’Ascane, la licornière un peu garçon manqué mais ne reniant pas sa féminité (un bon point) à Aylette, la reine diaphane et précieuse qui cache un cœur de lionne, en passant par Corvide, la chef de clan dure au mal ou Tellis, la magicienne qui ne s’embarrasse pas de convenances.
Si la lutte finale est un peu manichéenne, elle est suffisamment bien menée et équilibrée pour que cela passe largement inaperçu.

La Fille aux licornes est une série destinée à la jeunesse et présentant quelques facilités, certes, mais que l’on lit avec un immense plaisir, et dont on tourne la dernière page à regrets. Pourquoi ? Tout d’abord à cause du style. La plume de Lenia Major, en plus d’être extrêmement fluide, a la triple qualité d’être simple, riche et belle – ce qui n’est pas rien. J’ai particulièrement apprécié le jeu sur les registres de langues entre le peuple d’Ampleterre (qui a un langage assez moderne), et celui de l’Enclave (qui est resté bloqué à notre époque féodale), qui introduit une intéressante variété. De plus, même si le schéma de l’intrigue est assez visible (notamment dans les deux premiers tomes), on se prend au jeu du suspens général. La quête initiatique est riche, parcourue d’affrontements qui font grandir les personnages et, même si la lutte est assez manichéenne, les portraits sont suffisamment variés pour laisser de côté ce détail chagrin.
Au fil des tomes, l’auteur met en valeur de belles valeurs humaines, que l’on prend plaisir à voir exaltées par le biais de la fiction. Le sexisme affiché (et revendiqué !) au début est combattu, et sans discours moralisateur, ce qui est hautement appréciable. Mieux : ce ne sont pas les seuls événements qui poussent les personnages à modifier leurs opinions, ce sont eux qui effectuent un travail sur eux-mêmes pour évoluer… et c’est probablement la plus belle leçon d’humanité que l’on puisse faire. De plus, il n’y a pas qu’Ascane qui se révèle en tant que femme capable : si, au départ, elle a tendance à être celle qui comprend plus vite que les autres, la suite fait la part belle aux autres femmes du récit. On perd donc peu à peu l’aspect un peu cliché du personnage central à qui tout réussit qui était présent au début de la série !
Enfin, il faut parler de ce dénouement : tout simplement génial ! Au vu de l’ensemble, je m’attendais à tout à fait autre chose, et l’auteur parvient, à la dernière page, à nous proposer cette fin ouverte et inattendue, mais bienvenue !

En somme, malgré quelques facilités et un aspect jeunesse qu’on ne peut ignorer, La Fille aux licornes est une série qui mérite d’être lue, ne serait-ce que pour les valeurs véhiculées par l’histoire ! La plume est belle en plus d’être agréable et, malgré un parcours parfois balisé, on se laisse bien volontiers prendre au jeu du suspens. De plus, si les personnages manquent parfois de profondeur, il y a de belles évolutions. Et il n’est même pas nécessaire d’être un fondu d’équitation pour apprécier cette histoire ! Si vous êtes amateur de fantasy, que vous cherchez un bon  titre jeunesse avec d’une part, une quête variée et prenante et, d’autre part, un message bien intégré (et capital)… pensez à cette excellente série !

La Fille aux licornes, intégrale, Lenia Major. Talents Hauts, 2015, 575 p. 

challenge-52-semaines

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

chroniques-du-monde-émergé-1-nihal-de-la-terre-du-vent-licia-troisi

Exil, Gardiens des Cités perdues #2, Shannon Messenger.

gardiens-des-cités-perdues-exil-shannon-messenger

Depuis son arrivée à Foxfire, Sophie n’a pas manqué d’attirer tous les regards sur elle… et son enlèvement n’a rien arrangé ! Le monde elfique, pour qui le mot « crime » était jusque-là quasi inconnu, est en émoi et la révolte gronde…
Heureusement, une fabuleuse découverte pourrait ramener le calme au sein des Cités perdues ; au gré d’une randonnée, Sophie et Grady découvrent une alicorne, une créature fabuleuse que les elfes croyaient disparue, symbole pour eux d’un nouvel espoir. Sophie est enchantée, sa nouvelle vie lui sourit enfin ! Le plus stressant, c’est la rentrée prochaine à Foxfire. Sauf que… le Cygne noir revient sur le devant de la scène avec ses messages énigmatiques qui inquiètent Sophie, puis l’agacent prodigieusement. Son entêtement à résoudre le mystère va la mettre en danger… et menacer la vie d’un de ses proches. La rentrée ne s’annonce vraiment pas de tout repos… 

Second tome des aventures de Sophie au sein du monde des elfes et, malgré quelques points qui grincent, c’est encore un excellent volume !
Commençons donc par les points qui grincent. Comme dans le premier tome, on pourra reprocher à Shannon Messenger de laisser Sophie un peu trop fréquemment dans la panade : c’est un peu trop souvent à elle de régler les problèmes de la communauté elfe qui, de son côté, la laisse un peu trop souvent mettre la main à la pâte. Certes, tout cela est justifié, mais on apprécierait que, de temps en temps, les adultes de cet univers soient un peu plus présents : depuis le premier tome, ces elfes me semblent affreusement distants et ne font pas grand-chose pour aider Sophie !
Côté personnages, ce sont Edaline et Bronte qui font grincer des dents : la première semble avoir la larme à œil en permanence… et c’est assez agaçant, d’autant que c’est souvent injustifié. Quant au second, il manque un peu de nuances durant la majeure partie du roman ; heureusement, la fin vient, justement, amener quelques nuances à ce personnage fortement antipathique.
Ceci ayant été évoqué, passons à ce qui a rendu la lecture d’Exil si agréable !

En premier lieu, il y a l’intrigue. Le premier volume se déroulait essentiellement dans l’univers scolaire ; ici, c’est l’inverse. La rentrée n’intervient, finalement, qu’assez tard dans l’histoire : l’intrigue est donc moins linéaire que celle du premier tome (car elle n’est pas rythmée par les journées d’étude) et la quête identitaire de Sophie va s’entremêler à l’enquête quasiment policière qu’elle va mener pour débusquer le Cygne noir. Le mystère est au rendez-vous  ! Si on progresse nettement sur ce point, l’auteur nous laisse avec une foule de questions à l’issue du volume – et donc l’envie impérieuse d’en savoir plus !
Comme l’histoire ne se déroule plus spécifiquement à l’université, c’est l’occasion de développer l’univers, le monde des elfes. Un monde perturbé par l’enlèvement de Sophie, et où la révolte gronde ; le Conseil est vilipendé, les elfes ont peur, les rebelles commencent à désavouer publiquement le gouvernement… le récit est constamment sous tension, et on ressent parfaitement l’ambiance glaciale et sombre, déjà annoncée par le titre.
À propos d’Exil, on découvre un aspect insoupçonné de l’univers elfique ; le premier volume laissait l’impression que la société elfique était parfaite (ou presque) et que la violence n’y avait pas sa place. Grossière erreur : finalement, la société elfique a les mêmes travers que les autres. La justice y est parfois expéditive, et les peines… fatales. On en vient même à se demander si cette société est aussi utopique qu’elle le laisse croire ; les failles s’accumulent, et on est très loin du cliché bienheureux qui semblait, jusque-là, se profiler.

Une impression confirmée avec la présence de l’alicorne (pour ceux qui se demanderaient ce que vient faire ce a- en préfixe, sachez qu’une licorne ne peut avoir d’ailes, et qu’un pégase ne peut avoir de corne ; l’alicorne de Shannon Messenger présente ces deux attributs, d’où le préfixe) ; dès l’instant où l’équidé pailleté apparaît, des fantasmes d’arc-en-ciel et de vols planés vers le soleil couchant jaillissent dans la tête du lecteur. Et des arc-en-ciel pailletés et des vols planés (vers le sol), il y en a ! Mais, à nouveau, Shannon Messenger va jouer sur les représentations induites initialement pour les balayer et proposer une lecture bien plus originale, comme pour l’apparente perfection des elfes.

L’autre point fort du roman, ce sont ses personnages. Si Edaline est rapidement assez agaçante, Grady s’avère nettement plus complexe. De ses coups de sang incompréhensibles à son instinct protecteur, tout est fait pour faire fondre le lecteur (alors qu’il paraissait si froid et distant jusque-là !). Tout ce second volume vient nuancer les portraits tirés jusque-là. Les trois garçons qui évoluent autour de Sophie en font également les frais : Dex, dans sa jalousie, devient un poil pénible, Fitz se comporte comme un détestable crétin de première … il n’y a guère que Keefe qui garde sa sympathie – quoique sa bonhomie habituelle soit, elle aussi, modérée. Sophie, de son côté, est touchante dans ses efforts d’intégration, et de protection de ses proches. Ce qu’on apprécie, finalement, c’est que les personnages aient grandi et mûri depuis le premier volume ; l’univers et l’intrigue sont plus sombres, et cela se ressent sur les étudiants de Foxfire, qui quittent doucement l’enfance pour l’adolescence – avec tous les petits tracas que cela peut occasionner.

Exil confirme le coup de cœur pour les aventures de Sophie ! Malgré quelques points à améliorer (la psychologie de certains personnages, par exemple), c’est encore un excellent volume mariant les rebondissements inattendus, les scènes drôles, touchantes, et les passages nettement plus angoissants avec brio. On apprécie de voir que les personnages mûrissent, progressent, et prennent de l’ampleur pour certains : Team Keefe, sortez vos drapeaux ! 
L’univers si chatoyant esquissé jusque-là gagne en noirceur et en profondeur ; au vu de la façon dont Shannon Messenger détourne les clichés qu’elle semblait avoir mis en place, on a hâte de voir ce que va donner le tome 3. C’est aussi surprenant qu’agréable à découvrir.
Une fois n’est pas coutume, voilà un tome 2 qui surpasse le premier. Et il va sans dire qu’on attend le suivant de pied ferme !

◊ Dans la même série : Gardiens des cités perdues (1) ;

Gardiens des Cités perdues #2, Exil, Shannon Messenger. Traduit de l’anglais par Mathilde Bouhon.
Lumen, 2015, 566p.

challenge-52-semaines

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

la-fille-aux-licornes-lenia-major

Le Sacrifice, Wizards #2, Diane Duane.

wizards-2-le-sacrifice-lumen-diane-duane

Nita est en vacances d’été sur les rives de la magnifique île de Long Island. Une nuit, sortie nager, elle croise dans les eaux tièdes un dauphin qui parle le langage des sorciers, et se lamente aux sujets des dernières nouvelles. Parallèlement, les rochers de la côte soufflent à son meilleur ami, Kit, venu passer quelques jours avec elle, qu’un danger imminent approche du rivage… Et voilà nos deux jeunes sorciers repartis bien malgré eux en mission!
Entre animaux marins dotés de pouvoirs de sorcellerie, incantations vieilles comme le monde et regards inquisiteurs des parents de Nita, nos deux amis doivent ruser pour plonger découvrir les secrets ancestraux enfouis au fond de l’océan… et dont il va leur falloir maîtriser les arcanes, sous peine de mort !

Dans le premier volume, Nita et Kit s’initiaient à la magie, via une épreuve assez conséquente. Cette fois, ce sont les vacances d’été : repos au programme. Du moins le pensent-ils. Car Nita et Kit semblent avoir l’art et la manière de se fourrer dans les ennuis, et ce ne sont pas les plages de Long Island qui en manquent.

Pas d’univers strictement parallèle cette fois. Non, Nita et Kit vont plutôt aller explorer les profondeurs abyssales. Dans le premier tome, ils ont l’un comme l’autre découvert qu’ils pouvaient discuter avec leur environnement : Nita est plus à l’aise avec le vivant, Kit avec l’inanimé. Et du côté des plages de Long Island, du vivant, il y en a : cétacés en tout genre croisent dans les eaux, ce qui va amener les deux jeunes sorciers à explorer ce milieu et à découvrir la faune locale.

Comme dans le premier volume, nos deux ados sont équipés de leur manuel de sorcellerie, qui leur permet d’accomplir bien des prouesses. Des prouesses parfois un peu faciles, d’ailleurs : les sorts semblent leur être familiers instinctivement, et ils ne bataillent que très peu avec leurs pouvoirs. On aurait aimé les voir cherchant un peu plus comment faire car, du coup, les résolutions semblent bien rapides. Conséquence : le scénario semble parfois un peu balisé. Heureusement, l’auteur réserve quelques surprises !
Par ailleurs, les préparatifs magiques restent toujours un peu trop secrets. Certes, on échappe à de très longues citations du fameux manuel, ce qui est bien agréable, mais du coup, on reste parfois un peu dans le flou, et on ne découvre la finalité du sort qu’au moment où il est prononcé.

Ceci étant dit, cet opus permet de découvrir d’autres sorciers, qui vont faire visiter à Nita et Kit les profondeurs. L’univers aquatique est extrêmement bien rendu, que ce soit dans les descriptions, les scènes d’actions, ou la galerie de personnages. Ceux-ci révèlent une stricte hiérarchie, et différents bords qui s’entendent plus ou moins : dauphins, cétacés, requins, kraken, la variété est au rendez-vous.
Nos deux personnages étant obligés de se comporter comme leurs guides, on s’immerge vraiment dans le milieu des abysses : dépaysement garanti. De plus, comme les aventures se déroulent dans notre univers, le roman est nettement moins manichéen que le premier (qui opposait deux univers : un maléfique, l’autre bénéfique). La frontière floue entre bien et mal se lit également dans les personnages : il va être question d’allégeance à plusieurs reprises, et les personnages ne seront pas toujours faciles à étiqueter. On perd donc vraiment l’aspect très typé (et stéréotypé) du premier tome, et c’est très agréable !

D’autre part, ce volume sera l’occasion de développer un peu la famille de Nita : ses parents et Dairine, sa petite sœur, ignorent tout de sa nature sorcière, ce qui amène les deux ados à des stratagèmes de plus en plus élaborés. La complexité des personnages va grandissante et leurs relations s’étoffent, ce qui est loin d’être désagréable. Enfin, gros point fort de ce roman : le but servi par la magie. Il sera question de sauver le monde, certes, mais pas pour n’importe quel motif. Pollution, écologie, protection de la faune, de la flore et du vivant sont au centre des préoccupations : cela change un peu, et donne une autre profondeur à la quête sorcière.

Si Le Sacrifice souffre des mêmes manques que le premier tome, un système magique trop peu exploité et quelques facilités de scénario, il est tout de même meilleur : d’une part parce que les personnages sont plus travaillés et d’autre part parce que la quête magique vient s’inscrire dans un contexte plus vaste. La magie vient servir un monde réel et réaliste, et les deux univers sont parfaitement imbriqués l’un à l’autre. En plus, on se régale des descriptions sous-marines et de l’univers aquatique que l’on explore. Si vous aviez apprécié le premier tome, celui-ci vous plaira sans aucun doute pour les mêmes raisons ; si vous l’aviez trouvé un peu faiblard, cette aventure abyssale devrait vous apporter ce qui vous a manqué précédemment !

 

◊ Dans la même série : L’Initiation (1) ; L’Éveil (3).

 

Wizards #2, Le Sacrifice, Diane Duane. Traduction de Mathilde Bouhon. Lumen, septembre 2014, 352 p.
8/10

 

challenge-52-semaines

Gardiens des cités perdues #1, Shannon Messenger.

coupdecoeur     gardiens-des-cités-perdues-shannon-messenger

Sophie se sent à part à l’école : elle n’a pas besoin d’écouter les cours pour comprendre, et a plusieurs années d’avance. Le tout grâce à une mémoire photographique qui ne laisse passer aucun détail. Mais ce qu’elle n’a révélé à personne, c’est qu’elle entend penser les autres, exactement comme s’ils lui parlaient à voix haute. Seul moyen pour y échapper : écouter de la musique à plein volume, ce à quoi Sophie s’occupe ce matin où sa classe visite le musée d’Histoire naturelle. Perdue dans ses pensées, elle ne remarque pas de prime abord ce jeune homme qui la suit. Lorsqu’il l’aborde, c’est toute sa vie qui bascule : elle n’est pas ce qu’elle croyait être et doit abandonner école, famille, maison, pour rejoindre un autre univers qu’elle a quitté 12 ans plus tôt. L’y attendent une pléiade de nouveaux condisciples, amis, et ennemis, et surtout une question obsédante : qui est-elle ? Pourquoi a-t-elle été cachée parmi les humains ? Pourquoi n’a-t-elle que des souvenirs très partiels de son passé ?

Gardiens des Cités perdues, qui paraît aujourd’hui, est le premier roman de Shannon Messenger traduit en français ; au vu de la qualité, on espère que la suite ne tardera pas et, qui sait, que son autre série, Let the sky fall aura également droit à une traduction !
Gardiens des Cités perdues, c’est donc l’histoire de Sophie Foster, 12 ans, surdouée et télépathe, qui découvre inopinément que ses facultés n’ont, pour ainsi dire, rien d’anormal : elle n’est tout simplement pas humaine. Malheureusement, cela signifie également qu’elle doit quitter sa famille, afin de rejoindre un autre univers, celui des immenses cités perdues (Shangri-La, l’Atlantide, Eternalia…), afin d’y rejoindre son peuple naturel, et intégrer la prestigieuse université de Foxfire dans laquelle elle suivra une formation adéquate. Mais si Sophie est surdouée dans l’univers humain, c’est loin d’être le cas dans l’univers de ses origines : la petite première de la classe a des années de retard, ne comprend rien à rien, et enchaîne les bourdes. Tout en essayant de se faire à sa famille d’adoption, et en enquêtant sur son passé : pourquoi, au juste, a-t-elle été exilée dans son enfance, et pourquoi les catastrophes semblent-elles fleurir sous ses pas ? Mystère. Mais c’est bien le centre de la question.

Shannon Messenger va donc évoquer des thèmes chers à l’enfance avec, en premier lieu, le déracinement. S’ensuivront les difficiles problématiques des amitiés et inimitiés que l’on se crée à l’école. Sophie étant un «transfuge» dans son nouvel univers, elle crève d’envie de bien faire et surtout d’y arriver seule : évidemment, on voit rapidement la limite de son comportement. Non contente de perpétrer bourde sur bourde (elle détruit l’uniforme d’un professeur par accident en cours d’alchimie, par exemple), elle va également se mettre en danger par souci de bien faire et de prouver son intégration à la communauté. Son désir de bien faire est vraiment touchant et, loin de la condamner, le lecteur ne peut que compatir à son besoin d’affection.

Autour de Sophie gravite une belle palette de personnages, tant du côté des adolescents que des adultes. Chacun a sa petite histoire personnelle, ses aspirations, ses qualités et ses défauts. En un mot, ils sont consistants. Et c’est donc agréable de passer de l’un à l’autre, de tenter de deviner quelles vont être leurs interactions, ou de saisir les liens qui existent entre chaque : Sophie le découvre pas à pas, et le lecteur avec. Le tout en enquêtant, évidemment, sur le mystère qui sous-tend ce premier tome, mystère qui passionne et perturbe Sophie, et dont on sent que certains adultes connaissent des bouts qu’ils refusent de révéler… ce qui contribue largement à alimenter un suspens savamment entretenu.

L’intrigue est menée de main de maître : on passe de la révélation fracassante sur la nature de Sophie à l’acclimatation à son nouvel univers, et à la rentrée à Foxfire. Là, on retrouve une organisation assez scolaire, l’université étant organisée en niveaux d’études et en semestres, et les étudiants suivis par des Mentors. On pense de suite, évidemment, à Harry Potter, pour ce point-là ; à ceci près que, dans l’univers de Sophie, on n’apprend pas réellement de sortilèges : les étudiants sont invités à travailler différentes matières en relation avec la magie, certes, mais il n’y aura ni duel magiques, ni cours de métamorphoses. L’univers des cités perdues est plutôt basé sur une vision idéalisée d’une nature sauvegardée, nourricière, et qu’il faut à tout prix protéger – des actions humaines, par exemple.
Par ailleurs, l’auteur ne se contente pas de faire évoluer ses personnages dans le système scolaire : il y a également des péripéties plus personnelles (entre Sophie et ses amis, ou liées à sa famille d’adoption, par exemple) et d’autres rebondissements dignes des meilleurs récits d’aventure.
À cela il faut ajouter que le récit est vraiment bien écrit, et qu’on le lit avec un grand plaisir ; l’auteur varie les tonalités, joue à la perfection des émotions, et sait glisser quelques notes d’humour lorsque c’est nécessaire. C’est un vrai bonheur à lire, et on enfile les pages sans sourciller.

La fin laisse le lecteur avec une infinité de questions car, si une bonne partie de l’intrigue a été résolue, il reste toujours le fil rouge qui semble conduire la série. Si la conclusion du tome est très satisfaisante, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la suite… et donc d’être impatient de la lire !

Ce premier volume de la série Gardiens des Cités perdues a donc le mérite de poser les bases d’un univers riche, et d’une intrigue qui s’annonce haletante. Sophie est un personnage aussi touchant que bien pensé, et c’est avec plaisir qu’on la suit dans ses pérégrinations. Malgré quelques passages que l’on ressentira comme un peu clichés, l’intrigue est menée tambour battant, dans un style fluide et très agréable à la lecture. On se passionne pour l’aventure, les personnages, cet univers que l’on rêve de découvrir plus avant et qui devrait plaire aussi bien aux jeunes qu’aux moins jeunes lecteurs ! Pour résumer, Gardiens des Cités perdues est un gros coup de cœur, et c’est avec impatience que j’attends la suite !

Le petit plus ? Interview de Shannon Messenger !

 

◊ Dans la même série : Exil (2) ; Le Grand Brasier (3) ;

Gardiens des Cités perdues #1, Shannon Messenger.
Lumen, 2014, 510 p.
9/10. 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

d-un-monde-a-l-autre-la-quete-d-ewilan-1-pierre-bottero

L’Initiation, Wizards #1, Diane Duane

wizards-diane-duane

Juanita, dite Nita, déteste l’école. Pas parce qu’elle est mauvaise, non. Elle est même plutôt douée. Elle la déteste parce qu’elle ne suit pas la mode, ne s’extasie pas sur les nouvelles affaires des filles populaires, et se moque bien d’être tendance. Pour ça, Nita paye, et cher. Ses chères camarades de classe la harcèlent, l’agressent, et la tourmentent constamment. 
Pour échapper à ses bourreaux, un soir, Nita se réfugie dans la bibliothèque municipale. Là, elle tombe par hasard sur un étrange livre d’orientation, proposant d’apprendre à devenir un sorcier, en seulement 10 leçons. Nita, amuseée, l’emprunte, en pensant que ce n’est qu’une blague, et un ouvrage humoristique. 
Sauf que ce n’est pas une blague. Et Nita va vite découvrir qu’en magie, elle n’est pas mauvaise non plus. 

Il y a eu la génération Harry Potter. Longtemps, on a cru que la littérature jeunesse découvrait seulement les histoires fantastiques de jeunes sorciers s’apercevant, dans un univers ressemblant au nôtre, que la magie existe. Erreur car, avant la série qui a jeté des centaines d’enfants dans la lecture, il existait déjà des titres comme L’Île du crâne, d’Anthony Horowitz, paru en 1991 en Angleterre, ou Wizards, dont traitera ce billet, publié aux États-Unis en 1983. Et il est dommage de se dire que la traduction de ce dernier titre n’arrive que maintenant en France, et qu’on aurait pu profiter de ce roman bien plus tôt !

Wizards met donc en scène les aventures de deux collégiens, Juanita (Nita pour les intimes) et Christopher (plus couramment appelé Kit). Ceux-ci découvrent, par l’entremise d’un curieux manuel de cours, qu’ils ont des affinités avec la magie dans ce monde. Démarre alors une incroyable épopée mêlant découvertes, apprentissages et, bien sûr, magie !

L’univers de Wizards se découpe en deux mondes, aussi riches l’un que l’autre. D’une part, le nôtre, tel qu’on le connaît et, d’autre part, son double obscur, couronné par une perpétuelle brume nébuleuse, et dans lequel les objets sont moins bienveillants que de l’autre côté de la barrière. On est donc face à un univers un poil manichéen, mais c’est justement l’opposition de ces deux univers qui fait tout le sel de l’histoire.
Dans Wizards, tout interagit grâce à la magie : nos deux collégiens ne tardent donc pas à se découvrir des affinités de communication avec leur entourage, vivant ou inanimé, ce qui est aussi original qu’amusant, suivant l’interlocuteur mis en scène. Tout cela est possible grâce à un langage magique spécifique, le Discours, que les deux enfants apprennent progressivement dans leur manuel de sorcellerie, et qui leur permet de désigner précisément chaque entité, en prononçant son nom véritable.

L’intrigue part d’un point somme toute banal : c’est, en quelque sorte, par un fâcheux hasard de circonstances que l’on découvre la richesse de l’univers, le jumeau maléfique de l’univers initial dans lequel se déroulera le gros des aventures, et l’étendue des pouvoirs accordée aux deux enfants. L’intrigue s’installe donc en prenant son temps, sans balancer direct l’éternel conflit inter-factions – même si conflit il y a. Comme souvent en fantasy, nos deux protagonistes se retrouvent dans la position d’être les seuls – ou presque – à même de régler le fameux conflit – qu’ils ont, soit dit en passant, provoqué eux-mêmes, quoique pas tout à fait volontairement. Mais à la décharge du roman, le genre a beaucoup évolué en 30 ans. On pourrait cependant reprocher à l’auteur de ne pas s’attarder sur l’apprentissage de la magie : les deux enfants, grâce à leur super manuel (dont l’idée et le concept sont vraiment originaux et bien trouvés, du genre dont rêvent tous les étudiants, à vrai dire !), rencontrent assez peu de difficultés, et se font à leurs pouvoirs en moins de temps qu’il n’en faut pour les citer. Mais, dans la mesure où le roman ne se tient pas dans un cadre scolaire, on comprend que l’auteur n’ait pas estimé nécessaire la multiplication de scènes de révisions !

Ces rares bémols sont, de toute façon, largement palliés par les personnages attachants, et l’enthousiasme de leur quête. Car aux côtés de Nita et Kit, on trouve un personnage pour le moins étrange, Fred, sorte de petite étincelle virevoltante issue des confins de la galaxie, à qui il faut couramment expliquer de nombreuses particularités de notre monde, qu’il ne connaît quasiment pas. C’est un personnage assez drôle, et qui permet d’intégrer de nombreuses péripéties audacieuses et inattendues.

Wizards est donc un roman jeunesse pétillant, plein d’humour, et nous propulsant dans un univers magique riche et dense. L’aventure est rythmée, c’est original, on s’attache rapidement aux personnages, et on embrasse leurs causes sans difficulté. Voilà un roman idéal à proposer aux jeunes lecteurs en remplacement d’Harry Potter, ou aux lecteurs nostalgiques de la fameuse saga ! De quoi replonger efficacement en enfance, et avec le sourire aux lèvres !

◊ Dans la même série : Le Sacrifice (2) ; L’Éveil (3).

 

Wizards #1, L’Initiation, Diane Duane. Lumen, 2014 (VO 1983), 329 p.
8/10.  

 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

harry-potter-à-l-école-des-sorciers-j-k-rowling

 

Harry Potter et la chambre des secrets, J. K. Rowling.

harry-potter-2-et-la-chambre-des-secrets-j-k-rowling

Une rentrée fracassante en voiture volante, une étrange malédiction qui s’abat sur les élèves, cette deuxième année à l’école des sorciers ne s’annonce pas de tout repos ! Entre les cours de potion magique, les matches de Quidditch et les combats de mauvais sorts, Harry trouvera-t-il le temps de percer le mystère de la Chambre des Secrets ? Un livre magique pour sorciers confirmés.

Deuxième année à l’école de magie et de sorcellerie pour Harry et ses petits camarades. Si la première année a été quelque peu mouvementée, ce n’est rien comparée à celle-ci. Dès le départ, J. K. Rowling a prévu des péripéties fracassantes, dont la première n’est autre que le voyage vers Poudlard d’Harry et Ron, dans la Ford Anglia volante du père ce dernier, dérobée devant la gare de King’s Cross. Atterrissage dangereux garanti au milieu du parc. Voilà qui fait, évidemment, remonter la cote de popularité des deux jeunes hommes auprès de leurs camarades – mais pas auprès du professeur Rogue, en revanche… – le contraire eût été étonnant, ce cher Rogue conservant son aversion prononcée pour Harry et tout ce qui s’y rapporte.

C’est avec grand plaisir que l’on retrouve les personnages du premier tome, d’autant qu’ils évoluent un peu. Plus courageux, plus matures, leurs portraits s’affinent. Certes, Drago Malefoy reste l’insupportable petite fouine du tome 1, mais notre trio change légèrement d’axe. Hermione, jusque-là présentée comme la voix de la sagesse, entraîne ses camarades sur la pente des bêtises… puisque c’est elle qui lance l’idée de préparer en secret du Polynectar dans les toilettes, afin de s’introduire frauduleusement dans la salle commune des Serpentard. Ron et Harry, de leur côté, font honneur au nom de leur maison, en faisant preuve de courage et de loyauté – plus que dans le tome 1 s’entend, et la loyauté s’applique surtout à Harry. Dans le premier tome, Harry ne savait pas encore où il mettait les pieds alors qu’ici, il montre une conscience plus aiguë de son univers particulier, goupillée à une idée plus précise de ses devoirs en tant que jeune représentant de la communauté sorcière. Mais les deux jeunes hommes continuent aussi de développer leur petit côté rebelle, qui leur fait dédaigner allègrement les règlements et tenter des actions assez peu orthodoxes. Pourtant, malgré toute l’intelligence qu’ils déploient pour bafouer le règlement, on reste face à deux jeunes garçons de 12 ans, ce que l’auteur n’oublie pas. Ils en ont souvent les réactions, et les comportements, ce qui les rend d’autant plus réalistes.
Ce tome voit également l’apparition de nouveaux personnages, comme le professeur Gilderoy Lockhart : jeune homme charmeur, auteur de best-sellers, cinq fois vainqueur du plus beau sourire de Sorcière Hebdo… inutile d’aller plus loin. Gilderoy est un bellâtre imbu de sa personne et il en joue. C’est un personnage central, difficilement supportable, et absolument caricatural. Il est drôle de constater que ce sont les garçons qui percent le professeur à jour le plus vite, alors que les jeunes filles sont occupées à se pâmer devant lui. Ici, J. K. Rowling replace tout à fait ce que l’on peut retrouver dans un établissement scolaire normal : le professeur bien fait de sa personne, dont toutes les jeunes filles sont amoureuses, et que tous les jeunes garçons détestent cordialement (car il est, forcément, plus beau et plus mature qu’eux, et qu’il piétine leurs plates-bandes). Ce mimétisme entre notre univers et l’univers sorcier créé par l’auteur se retrouve tout au long de la saga : J. K. Rowling transpose un certain nombre de choses dans son propre univers, et c’est très probablement ce qui fait que l’on s’identifie si bien à ses personnages, bien qu’il soient dotés de pouvoirs proprement surnaturels.
Au nombre des nouveaux personnages, il y a également Dobby, elfe de maison de son état. Fasciné par Harry Potter, il n’aura de cesse de lui venir en aide. Dobby est un personnage difficile à situer : particulièrement attachant, il sait aussi se montrer particulièrement agaçant.

Dobby va introduire un thème qui sera légèrement filé sur le reste de la saga (s’il est important, il ne s’agit pas du thème central) : celui de l’esclavage. Car les elfes de maison ne sont ni plus ni moins que les esclaves des sorciers. Ces derniers les emploient, ne les paient évidemment pas, et gardent leurs elfes de maison de générations en générations. C’est un motif qui est ici légèrement esquissé et peu traité car Dobby agit de son propre chef, et selon un code de moralité bien particulier ; c’est dans le quatrième tome que l’auteur redéveloppera cet aspect de son univers, aussi y reviendra-t-on plus tard.
Le second thème important abordé ici est, cette fois, un des thèmes centraux de la saga : celui de la pureté du sang. Pour la première fois, on entend parler des « Sang-de-bourbe », puisque c’est l’insulte que Malefoy adresse à Hermione. Les sorciers sont donc divisés en 3 castes : les sangs-pur, issus de deux parents sorciers (les Weasley, Neville Londubat, Drago Malefoy…) ; les sang-mêlés, issus d’un parent sorcier et d’un parent d’origine moldue, initié ou non (Harry) ; les  « sang-de-bourbe », ou enfants issus de parents moldus (comme Hermione, donc). Selon certains sorciers radicaux (pour ne pas dire : Voldemort et ses partisans), les seuls sorciers devraient être les sang-purs, et il convient d’éradiquer les autres – ce qui ne va pas tarder à se produire à petite échelle au sein de Poudlard.
Il est intéressant de constater que J.K. Rowling choisit un trio de personnages représentant les trois factions et dont les forces et compétences sont absolument complémentaires. Oui, ne vous y trompez pas : ce sont les aventures d’Harry Potter selon le titre, mais sans Ron Weasley et Hermione Granger, Harry Potter n’irait pas bien loin, il faut être honnête. Ainsi, alors qu’il avait toujours semblé que le véritable fil rouge de la saga (à savoir la lutte contre Voldemort) n’arrivait que dans le tome quatre, il est déjà clairement présenté ici.

Pourtant, il ne faudrait pas imaginer que ces thèmes importants prennent le pas sur le reste de la saga. Non, ils sont simplement filés, comme en toile de fond. La belle part est laissée aux apprentissages, l’année en cours, et l’évolution des élèves. L’auteur étoffe de plus en plus son univers : on découvre de nouveaux objets, créatures ou sortilèges. Parmi les objets, ma préférence va très certainement à la Beuglante : enveloppe d’une délicieuse couleur rouge, elle délivre en hurlant le message incendiaire qu’elle contient. J’ai souvent regretté que le procédé n’existe pas dans la réalité, à vrai dire.
Côté bestiaire, l’auteur continue de réinvestir le bestiaire mythologique européen avec un grand sens de l’à-propos.

Ce qui est appréciable dans ce tome, c’est que l’intrigue s’enracine dans le passé. On n’a pas un univers qui existe uniquement dans le présent : ce qui s’est passé autrefois tient toujours une grande place dans la saga, et notamment dans ce tome, puisqu’il se répète quelque chose s’étant déjà produit cinquante ans plus tôt. On en apprend donc plus sur le passé de certains personnages, ce qui vient étoffer ce que l’on connaissait déjà, et inscrire l’intrigue du tome – et, par extension, celle de la saga – dans un tout plus complexe.
De plus, il y a un léger changement de ton par rapport au tome précédent : on se trouvait alors dans un récit initiatique mêlé d’aventures ; ici, on garde le récit initiatique et l’aventure, auxquels s’ajoute un petit parfum d’enquête de type policier
, puisqu’il s’agit de trouver l’identité d’un coupable. L’auteur ne nous enferme donc pas dans une routine cours / aventures, et cela renouvelle l’intérêt du lecteur qui n’a pas le temps de s’endormir. Par ailleurs, le premier tome était assez bon enfant, alors que ce tome 2 a de quoi terrifier un jeune lecteur impressionnable. L’atmosphère est pleine de couloirs obscurs, de voix susurrantes effrayantes, et de complots dangereux. Le tome 2 de la série est probablement celui qui fait le plus frissonner, d’autant qu’on se demande à de nombreuses reprises si Harry ne nous entraîne pas dans un délire paranoïaque, et s’il ne serait pas mieux à Sainte-Mangouste. Cet aspect-là est vraiment très bien géré, et fait que l’atmosphère fonctionne aussi bien.
Pourtant, le tout n’est pas dénué d’humour, et il y a de nombreuses scènes assez drôles qui, sans faire rire aux éclats, nous prouvent que tout n’est pas tragique ou dramatique dans le petit monde sorcier. Pour preuve la scène initiale de la sortie d’Harry du 4 Privet Drive, qui vaut son pesant de cacahuètes ou les fréquentes interventions des frères Weasley. Tout est question d’équilibre, et J.K. Rowling maîtrise très bien ce dernier.

Si, habituellement, ce sont les Gryffondor qui ont la part-belle, dans ce tome-ci ce sont les Serpentard qui tiennent le devant de la scène (si c’est votre maison préférée, vous aimerez certainement ce tome). Non seulement parce que leur héritier se balade dans les couloirs, mais aussi parce qu’ils gagnent en importance, notamment grâce à la montée en grade de Malefoy, qui devient de plus en plus populaire au sein de sa propre maison – et de plus en plus suivi, accessoirement.

Enfin, si je n’avais qu’un conseil à vous donner avant d’entamer la lecture de Harry Potter... ce serait « faites attention aux détails ». J. K. Rowling a l’art et la manière de glisser les réponses aux questions que l’on se pose bien en amont de la question, de façon très anodine, tant et si bien que lorsque que la solution apparaît, on se rend subitement compte qu’on le savait déjà !

Ce tome 2, donc, est à la hauteur du premier, plus effrayant, et plus déstabilisant. À l’initiation s’ajoutent l’aventure et l’enquête et on oscille entre les trois registres en permanence. Il se dégage de cet opus une ambiance beaucoup plus froide, et oppressante que dans le premier tome et la lecture est motivée par un fort sentiment d’urgence. Malgré tout, on reste dans une ambiance très bon enfant, et on peut même tiquer quelque peu sur la résolution, et se demander pourquoi aucun adulte n’avait trouvé la solution, qui semble assez évidente. Tout cela est calculé, certes, mais cela n’en reste pas moins un peu facile. Quoi qu’il en soit, retrouver Harry Potter et la Chambre des secrets plus de dix ans après la première lecture a été un vrai plaisir, ce qui prouve – si besoin était – que le roman peut être lu par tous les âges !

 

Dans la même série : Harry Potter à l’école des sorciers (1) ; Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban (3).

 

Harry Potter et la chambre des secrets, Harry Potter #2, J.K. Rowling. Trad. de Jean-François Ménard. Folio Junior, 2001 (1ère édition 1998), 360 p.
7,5 / 10.

 

Et l’adaptation, ça donne quoi ?

Comme celle du premier volume : on déplorera que certaines répliques soient réattribuées (pas mal de répliques de Ron échoient à Hermione, par exemple… le rôle de Ron est très largement revu à la baisse dans les films, et c’est bien dommage). C’est rapide, trop rapide, et il manque des scènes cruciales, ainsi que des développements importants alors qu’il y a des ajouts sans grand intérêt. Cela reste un bon divertissement, mais il faut reconnaître que, niveau adaptation, c’est très imparfait.