La Chute des rois, Troie #3, David & Stella Gemmell.

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Les ténèbres tombent sur la Grande Verte, et le Monde Ancien est cruellement déchiré.
Sur les champs de batailles autour de Troie, la cité d’or, se réunissent les armées fidèles au roi mycénien, Agamemnon. Parmi ces troupes se trouve Ulysse, le fameux conteur, devenu leur allié malgré lui. Il sait que rien n’arrêtera Agamemnon pour s’emparer du trésor que renferme la cité,et qu’il devra bientôt affronter ses anciens amis en un combat à mort.
Malade et amer, le roi de Troie attend. Ses espoirs reposent sur deux héros: Hector, son fils préféré, le plus puissant guerrier de son époque, et le redoutable Hélicon, déterminé à venger la mort de son épouse.
La guerre a été déclarée. Même si ces ennemis, qui sont aussi des parents, laissent libre cours à leur soif de violence, ils savent que certains d’entre eux, hommes ou femmes, deviendront des héros, dont les exploits vivront à tout jamais dans un récit transmis à travers les âges...

 

Et voilà la conclusion d’une magnifique trilogie! C’est toujours avec un léger sentiment de tristesse que je referme le dernier tome d’une trilogie que j’ai appréciée. Troie n’a pas dérogé à la règle ; voilà une saga que j’apprécie de relire de temps en temps.

La Chute des rois s’ouvre sur un drame. Mais le lecteur s’y attendait, au vu de la fin du second tome. Dès les premières pages, on sent qu’on a encore franchi un cap dans la gravité. Il n’est plus question ici que du siège – inévitable – de la cité aux toits d’or et de ce qui en découlera.

Ce tome est, très certainement, celui que j’ai le moins apprécié des trois. Non pas parce qu’il est moins intéressant, mais surtout parce que c’est le plus triste. Tout le monde connaît plus ou moins l’histoire de la chute de Troie, ne serait-ce que par des souvenirs parcellaires de l’Iliade, l’Odyssée, ou l’Énéide. Mais au vu des modifications qu’a apportées Gemmell jusque-là, on se surprend à espérer. Malheureusement, certains passages sont en quelque sorte obligatoires et pour servir le propos de l’auteur – qui narre la fin d’une époque de héros – absolument nécessaires. Au travers de ce récit, Gemmell s’attache à démontrer que la noblesse et l’héroïsme se moquent bien des notions du bien et du mal. Quel que soit le camp suivi, on trouve des hommes bons et d’autres profondément mauvais – ce qui en fait des personnages très attachants, et d’une richesse intéressante. Comme dans les précédents opus, ce sont les personnages qui portent réellement le récit, l’habitent et le font vivre.

On retrouve tous les ingrédients qui ont fait des deux premiers volumes de Troie une vraie réussite : des scènes d’action au millimètre, parfaitement décrites, entrecoupées de scènes intensément émouvantes, des dilemmes, des choix cornéliens, des situations déchirantes. Oui, pour ce tome-là, vous pouvez sortir une boîte de mouchoirs. Le fait qu’il ait été achevé par Stella, l’épouse de David Gemmell, après le décès de ce dernier, ne se ressent que très peu. Une petite scène par-ci ou par-là fait tiquer, c’est sûr, mais elles sont fort heureusement très rares. Le fait que La Chute des rois ait été écrit à quatre mains ne se ressent que très peu, et c’est bien agréable.

Sur la fin, Gemmell prend de larges libertés avec l’histoire officielle ; sa réinterprétation des faits est aussi audacieuse que maîtrisée. Surtout, les divers fils mis en place dès le tome 1 se rejoignent ici : Kalkhéus découvre enfin la formule du fer et met symboliquement fin à l’ère du bronze et des héros. Avec l’éruption volcanique de Théra (Santorin), c’est Ulysse qui entame sa longue et pénible odyssée, nourrie des récits dont le conteur abreuve ses camarades depuis le premier tome (car, mine de rien, Gemmell a réussi à en replacer un certain nombre, ce qui tient de la prouesse). C’est dans ce tome qu’on voit à quel point l’auteur maîtrise son sujet, et à quel point il en joue ; les codes du récit et de l’épopée de style antique sont aussi bien maîtrisés les uns que les autres. Le final est grandiose, à la hauteur de ce qu’a inventé Gemmell jusque-là ; ce tome clôt parfaitement la saga, même si c’est à regrets que l’on quitte cet univers fabuleux.

Avec Troie, Gemmell propose une saga mêlant habilement récit antique et fantasy, facile d’accès, et qu’il est difficile d’abandonner!

 

Retrouvez la chronique du tome 1 ici, celle du 2 .

 

Lecture commune : les chroniques de nekotenshi, Minidou, & Luna.

La Chute des rois, Troie #3, David & Stella Gemmell. Bragelonne, 2009 (1ère édition 2008), 479 p.
9/10.

Le Bouclier du Tonnerre, Troie #2, David Gemmell.

 

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 La guerre menace. Tous les rois de la Grande Verte se rassemblent, chacun dissimulant de sinistres plans de conquête et de pillage. Dans ce maelström de traîtrises, trois voyageurs vont faire osciller la balance : Piria, une prêtresse fugitive cachant un terrible secret ; Calliadès, un guerrier aux idéaux élevés et à l’épée redoutable; et son meilleur ami, Banoclès, qui se taillera une légende dans les combats à venir.
Ensemble, ils voyagent jusqu’à la fabuleuse cité de Troie, où les ténèbres viendront bientôt éclipser pour des siècles les triomphes et les tragédies des mortels ordinaires. Car l’époque glorieuse de l’âge du bronze n’est pas taillée pour les hommes, mais pour les héros!

En revisitant la mythique histoire de Troie, David Gemmell s’est lancé dans un projet ambitieux qui, à ce moment de la saga, tient toujours ses promesses. Cela étant, j’ai trouvé ce tome légèrement en-dessous du précédent.

L’alternance très rapide des points de vue du premier tome est remplacée ici par une alternance plus lente. Plusieurs chapitres d’affilée sont consacrés au même personnage. S’il est agréable de s’installer dans une sorte de routine contemplative, l’ensemble perd le dynamisme qui m’avait charmée dans le tome précédent. La faute, peut-être, au temps qui est ici traité différemment : les ellipses temporelles longues sont nombreuses, et les sauts dans le temps bien plus fréquents que dans le volume précédent. Le roman souffre, en plus, d’une différence dans l’écriture. Phrases moins travaillées, coquilles plus nombreuses, la qualité stylistique se dégrade quelque peu et rend la lecture un peu moins agréable. Ces petits points négatifs examinés, passons à ce qui plaît dans cet opus. Comme dans le tome précédent, David Gemmell offre des personnages très travaillés, complexes, attachants, et très agréables à suivre. Dans le tome 1, la fiction était portée par le trio Argurios/Andromaque/Hélicon. Si on n’abandonne pas totalement les personnages du premier tome, le devant de la scène est ici occupé par trois autres personnages: Piria, la prêtresse fugitive, Banoclès-une-Oreille et Calliadès, deux guerriers mycéniens renégats, tout aussi attachants que la jeune femme, respectivement pour leur gouaille naturelle ou leur droiture d’esprit – Calliadès se pose d’ailleurs en parfait successeur d’Argurios. Finalement, arrivée là, je me rends compte que j’aurais bien une autre petite récrimination : à part ces renégats, on ne suit pas vraiment d’opposant -et encore, les renégats changent bien vite de camp… Du coup, le roman semble quelque peu unilatéral. Depuis le revirement obligatoire d’Ulysse, on le voit beaucoup moins, et lui-même change totalement. De conteur un peu bonhomme, il renoue avec son passé de pillard sanguinaire. Comme si, d’avoir changé de bord, le rendait automatiquement méchant, de la même veine que les Kolanos et Agamemnon. C’est un peu dommage, parce que le roman prend une tendance manichéiste que le premier affichait moins.

Cela étant, David Gemmell parvient à maintenir une certaine tension tout du long du roman. On sait déjà qu’il s’est affranchi de certains points de la guerre de Troie : on attend donc, avec une certaine impatience mêlée à une grande curiosité, de savoir comment il va se débrouiller avec les nouveaux éléments introduits. Ce tome sert essentiellement à préparer le dernier, et la grande curée : si un doute persistait, on s’est clairement éloigné de L’Iliade et de l’Énéide. Reste à savoir comment Gemmell va orchestrer le passage obligatoire du Cheval de Troie – puisqu’ici, il désigne la cavalerie troyenne, menée par le glorieux Hector. Dans ce tome, on quitte l’univers des intrigues palatines troyennes, pour passer aux manigances stratégiques préparant la guerre, la vraie. Le tome est plein du bruit des batailles, et de la fureur des combattants. On assiste à encore plus de traîtrises, de revirements, et d’actes héroïques que dans le précédent opus. Pour moi, la palme revient à Halysia, la reine de Dardanie, qui fait preuve d’une force de caractère enviable : c’est un personnage effacé, mais très réussi. A côté de ces scènes de bataille, on trouve d’autres scènes, plus posées, permettant de survoler (rapidement), la vie de famille des couples formés dans le premier tome, mais ceci intervient vraiment comme toile de fond. On sent bien que, là, le propos a changé : il n’est plus question de raconter les destins personnels, mais de s’investir dans la guerre générale qui touche absolument tous les personnages.

En somme, ce second tome, malgré quelques petits ratés, reste très agréable à lire ; certains passages sont difficiles à abandonner, et on continue à tourner les pages, même lorsqu’on sent qu’on va aboutir sur une immense déception. L’auteur ne lésine pas sur les descriptions, qui mettent en place un cadre aussi glorieux que funeste, dans lequel ses personnages se débattent, englués qu’ils sont dans les rets du destin. Certains personnages quittent définitivement le rôle que la postérité a cristallisé (comme Hélicon, par exemple), alors que d’autres semblent entrer dans le droit chemin : Cassandre, petite fille effacée du tome 1 est devenue une adolescente torturée, qui fait peur à tout le monde. Dans un contexte tendu et éprouvant, l’auteur clôt magistralement ce tome. On le referme avec une seule envie, celle de mettre immédiatement la main sur le tome 3, pour connaître enfin le fin mot de cette histoire.

 

◊ Dans la même série : Le Seigneur de l’arc d’argent (1) ; La Chute des rois (3).

 

Le Bouclier du Tonnerre, Troie #2, David Gemmell. Bragelonne, 2008, 452 p.
8/10.

Lecture commune ! Retrouvez les chroniques de nekotenshi, Minidou, Luna & Ritw.

Le Seigneur de l’Arc d’Argent, Troie #1, David Gemmell.

 

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Trois individus vont changer la destinée de plusieurs nations.
Hélicon, le jeune prince de Dardanie, hanté par une enfance traumatisante; la prêtresse Andromaque, dont le caractère de feu et l’indépendance forcenée se dressent contre la volonté des rois; et le légendaire guerrier Argurios, emmuré dans la solitude, uniquement motiver par son besoin de vengeance.
A Troie, ils découvrent une cité déchirée par des rivalité impitoyable -un maelström de jalousie, de tromperie et de traitrise meurtrières. En dehors des mirs de la cité mythique, des ennemis assoiffés de sang convoitent ses richesses et conspirent à sa chute. C’est une époque de bravoure et de trahison. Une époque de bain de sang et de terreur.
Une époque pour les héros!

On dit souvent que la fantasy, c’est de la magie et des bestioles fabuleuses. Troie est le parfait contre-exemple. Point de magie ici, si ce n’est celle propre aux épopées antiques, et réservée au sacré. Point de créatures fantastiques ; seulement des hommes, certains au grand cœur, d’autres extraordinaires, d’autres encore lâches et méprisables, mais tous particuliers et, quelque part, attachants à leur façon.

Car s’il faut reconnaître une qualité à David Gemmell, c’est bien celle de camper de merveilleux personnages. Forts, charismatiques, séduisants, tous ont quelque chose à donner et à montrer, qu’il s’agisse de personnages principaux ou totalement secondaires. Pas de héros au grand cœur sans son côté sombre ; pas d’opposant machiavélique, sans son côté humain : tous s’inscrivent dans une dualité réaliste, qui contribue à renforcer l’intrigue et à la rendre à portée de tous. Bien sûr, les personnages centraux se découpent très nettement ; mais les autres ne sont pas en reste, et on en quitte certains à grands regrets.

David Gemmell propose une version revisitée de l’histoire de la guerre de Troie ; impossible de passer outre le fort héritage classique dont l’œuvre est empreinte, ni d’ignorer la façon dont l’auteur le contourne, joue avec et propose une version légèrement différente, mais innovante. Contrairement aux récits classiques, on a accès aux pensées des personnages, qui éclairent d’un nouveau jour certains événements. Il est, dès lors, bien plus facile de s’y attacher et d’entrer dans l’histoire !
Saluons également l’inventivité de Gemmell, qui réinterprète à sa manière certains aspects de l’histoire officielle qui nous est restée – et que beaucoup ont lue à l’école. Ainsi, il est question du cheval de Troie dès le premier tome ; le don de voyance de Cassandre, s’il est avéré, est présenté comme la difficulté d’une jeune enfant à situer réalité et imagination. Bref, l’auteur s’affranchit des carcans de l’histoire officielle, tout en en respectant les piliers fondamentaux, ce qui fait de Troie un récit de qualité, flirtant avec l’uchronie et la fantasy historique.

L’intrigue est menée tambour battant ; les temps morts sont rares, et parfois presque bienvenus, comme autant de pauses dans un maelström d’actions trépidantes, et on se surprend à redouter l’arrivée de certains développements que l’on sent inévitables, mais qui feront progresser le récit. Heureusement, les descriptions ne sont pas en reste, et permettent de mieux se figurer l’écrin romanesque que propose la cité troyenne. Car loin de se focaliser sur la guerre et les batailles, l’auteur fait de nombreuses incursions du côté de la guerre de salon, en évoquant les innombrables complots qui secouent les peuples des rives de la Grande Verte.

Alors entre les alliances, les trahisons, les implacables passions et inévitables désillusions qui tournent au cauchemar, il est dur de choisir ce qui prime : tout a su me plaire dans cette réinterprétation grandiose – mais je décerne tout de même une palme aux personnages, notamment celui d’Ulysse.
Si les écrits antiques ne vous ont pas passionné, ou si au contraire vous avez adoré, Troie offre un agréable pendant, vif et bien mené, à côté duquel il serait dommage de passer.

 

 Troie #1, Le Seigneur de l’Arc d’Argent, David Gemmell. Trad. de Rosalie Guillaume. Bragelonne, 2008, 448 p.
9/10.

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