Le Souffle des pierres, Terre-Dragon #1, Erik L’Homme.

 

 

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Terre-Dragon. Un royaume déchiré par les vents, peuplé d’étranges tribus soumises au pouvoir d’un invisible roi-dragon.
Ægir, l’enfant à la peau d’ours, échappe aux guerriers qui le gardent en cage depuis des années. Traqué sans relâche, Ægir croise par accident la route de Sheylis, une apprentie sorcière chassée de son village, et poursuivie par les villageois enragés. Les deux adolescents vont faire front, et s’entraider dans une épreuve… qui s’avérera finalement bien plus coriace que prévue.

Après la fantasy urbaine et les nouvelles empreintes de sagesse, Erik L’Homme renoue avec la fantasy jeunesse qu’il avait déjà explorée avec talent dans sa trilogie Le Livre des Étoiles.
Cette fois, on évolue dans un univers fictif : le royaume de Terre-Dragon, battu par les vents, peuplé de tribus aux mœurs étranges, et de clans bien suspicieux envers leurs membres. On découvre parallèlement le présent d’Ægir, un enfant malingre vêtu d’une peau d’ours et vivant dans une cage et celui de Sheylis, jeune sorcière sous le commandement de sa tyrannique grand-mère. A l’instant où Ægir parvient à fausser compagnie à ses tortionnaires, Sheylis doit fuir précipitamment le village, les autres habitants ayant une soudaine envie de se débarrasser d’une sorcière pouvant potentiellement leur porter la poisse.
Et, fatalement, les routes de nos deux adolescents vont temporairement se croiser.

La première chose à noter avec Le Souffle des pierres, c’est qu’il s’agit d’un excellent tome introductif à une trilogie que l’on sent plutôt riche, notamment du point de vue de l’univers. Ici, on touche du doigt quelques particularités : un empereur invisible (mais terrifiant), des tribus nomades, un paysage que se partagent les prédateurs (aux tigres les montagnes, aux ours les forêts), de nombreux clans disséminés sur le territoire avec des lois bien spécifiques propres à chaque village, une mythologie vaste et complexe, un fleuve métallique qui sépare le royaume et sur lequel voguent des barques de pierre… et des guerriers métamorphes, des mages, des sorcières, et des baladins en quête de renommée. Vraiment, il y a de quoi faire, surtout que le premier tome n’explique pas tout, loin de là !

Les personnages eux-mêmes alimentent la complexité de l’univers. Sheylis détient des pouvoirs magiques qu’elle active grâce à des runes (qui ressemblent à celles qu’il y avait dans Le Livre des Étoiles… mais seulement de loin car, hormis le principe, on ne retrouve aucun point commun) qu’elle ne maîtrise pas vraiment. Aegir, de son côté, a une nature extrêmement intrigante, qui fait qu’il est au centre de toutes les attentions. Dans leurs pérégrinations, ils rencontrent Doom-le-Scalde, un jeune barde massacrant allègrement la musique mais ne désespérant pas d’égaler, un jour, les meilleurs bardes du pays, ou Gaan, un vieux magicien parfois un peu ronchon, qui n’aime rien tant que se chamailler avec Doom. Le quatuor est très attachant, et on suit leurs aventures avec une bonne dose de curiosité, mais il faut reconnaître que les personnages n’ont pas encore atteint une confortable épaisseur. On ne désespère pas de la voir arriver dans la suite !

Malgré cela, le récit est très plaisant à lire. D’une part car la plume d’Erik L’Homme est, comme toujours maîtrisée. D’autre part car il parvient à insuffler de l’intérêt même dans les petits faits. Ce qui fait que, même si on a l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose, on emmagasine une foule de détails sur Terre-Dragon, ses us et coutumes, ou les personnages. Et il faut reconnaître que tout cela est terriblement efficace, même si certains développements semblent un peu rapides.

En somme, Le Souffle des pierres est un premier tome qui remplit son office : introduire univers, personnages, et début d’intrigue. On évolue dans un univers que l’on sent extrêmement riche et à la mythologie travaillée, et l’on espère découvrir des personnages (déjà bien esquissés) à l’avenant. Voilà un premier tome qui donne envie de découvrir l’univers de Terre-Dragon, et d’en savoir plus sur le quatuor. Erik L’Homme signe là un retour à la fantasy réussi !

Terre-Dragon #1, Le Souffle des pierres, Erik L’Homme. Gallimard, 18 août 2014, 256 p.
8/10.

 

 

Instinct #2, Vincent Villeminot.

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Institut de Lycanthropie, Alpes françaises. Huit mois se sont écoulés depuis les tragiques événements qui ont lié Shariff, Tim, et Flora.
Un initié est retrouvé mort, visiblement dévoré par un des grands prédateurs de l’Institut. Rapidement, deux camps s’affrontent au sein des métamorphes : ceux qui veulent vivre leur instinct animal à fond, jusqu’au meurtre sanguinaire, et ceux qui prônent la supranoïa, la maîtrise de leurs bas instincts. Nul compromis possible, les anthropes doivent choisir. Tim, Flora et Shariff vont plonger au plus profond de la noirceur des pulsions, humaines ou animales.

Le premier tome de la trilogie Instinct avait d’indéniables qualités : un rythme maîtrisé, des personnages complexes dont toutes les facettes étaient bien exploitées, une intéressante utilisation de lieux communs propres à ce genre de récit. Je n’en attendais donc pas moins du second tome, et je dois avouer que je suis restée  sur ma faim.

Premièrement car le style, si énergique et vivant jusque-là, m’a semblé bien plat et descriptif : les faits s’accumulent sans qu’il se dégage réellement d’émotions du texte, et c’est un peu dommage. Cela étant, il faut reconnaître que ce style très clinique correspond bien à la situation décrite dans le roman.

Les personnages, de leur côté, sont moins travaillés que précédemment : Flora prend de la consistance, certes, et s’avère moins lisse que dans l’opus précédent, mais c’est au détriment des deux autres protagonistes. Tim, qui état déjà très hésitant, tourne en boucle : qu’il exprime sa culpabilité quant aux événements du tome précédent est assez logique constructif, mais qu’il le fasse en permanence est relativement agaçant. On a l’impression de tourner en rond, la réflexion ne progresse pas, et l’absence de communication entre les personnages (qui pensent les mêmes choses chacun de leur côté) est assez pénible. De plus, Tim a l’art et la manière de se poser en «héros sacrificiel» ce qui, à la longue, s’avère tout aussi pénible : et c’est d’autant plus dommage, car l’auteur parle à plusieurs reprises du concept de «héros sacrificiel», clairement pointé du doigt par ses personnages et dénoncé comme un concept éculé et prodigieusement agaçant, aussi regrettera-t-on qu’il soit aussi présent dans le récit. Shariff, par ailleurs, tombe dans la surenchère : le jeune homme pétri de savoirs, caustique à souhait, devient une parodie de ninja élevé à la sauce samouraï. Ses maximes tombent toujours à point nommé, mais l’évolution du personnage fait froid dans le dos. Tout est trop soudain : on aurait compris cette évolution au fil du tome, car les événements que les personnages traversent sont éminemment traumatisants mais là, ils ne sont pas motivés par grand-chose et c’est bien dommage.

Du point de vue de l’intrigue, ce n’est malheureusement guère mieux : les premières pages nous plongent immédiatement dans le suspens et le thriller. L’ambiance est pesante, le malaise perceptible. On sent la trahison poindre, sans toutefois savoir d’où viendra le coup. Là où l’auteur fait assez fort, c’est en mêlant les points de vue : ceux des protagonistes, évidemment, mais aussi celui du fameux super-prédateur bien décidé à éliminer un maximum d’anthropes. On n’ignore rien de ses instincts, de ses plans, de son psychisme malade : les scènes sont très bien écrites, on s’y croirait. Le problème vient plutôt d’un sentiment de déjà-vu, tenant à la répétition du schéma narratif du premier tome. Les personnages, au gré de tumultueuses péripéties, se retrouvent empêchés de leurs mouvements, à la merci camp adverse, et leur évasion ne se fera pas sans pertes. Bien qu’on ait franchi un degré dans l’horreur et la violence, il est dommage de voir se répéter quasiment la même histoire que dans l’opus précédent. L’identité du traître est bien protégée durant la première moitié du livre : on se creuse la cervelle, on cherche, on s’interroge : l’auteur maîtrise les arcanes du thriller, et du suspense. Passée la seconde moitié, on la devine aisément et l’ampleur du complot monté contre l’Institut se révèle.
Toutefois, la fin du tome et les dernières révélations promettent d’intéressants développements dans le troisième et dernier volume : peut-être ce second tome était-il vraiment le tome de la transition, ce qui expliquerait ses quelques défauts.

Ce second tome n’aura donc pas tenu toutes les promesses que le premier m’avait faites : entre les personnages trop monolithiques, et la répétition de l’intrigue, ce second tome est globalement moins bon que le premier. Pourtant, derrière l’intrigue fantastico-policière se cachent d’intéressants thèmes de réflexion à dégager : les questions ayant trait à la violence (aux humains ou aux animaux), à la barbarie, aux crimes de guerre et, surtout,  à l’incessant combat entre maîtrise et instinct sont très bien mises en valeur. Cette dernière notamment occupe le centre du roman, et chaque point de vue a sa place, comme dans un combat rhétorique : sans se placer en moralisateur, l’auteur parvient à clairement mettre en valeur les messages qu’il souhaitait faire passer, ce qui est plutôt admirable.
De cet opus, je retiendrai les très belles descriptions de paysages, ou de la randonnée solitaire de Tim (points qui m’avaient déjà marquée dans le premier tome) plutôt que les points qui m’ont déplu.

◊ Dans la même série : Instinct, tome 1.

 

 Instinct #2, Vincent Villeminot. Nathan, 2011, 326 p.
5/10

 

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L’île des damnés, Les Agents de M. Socrate #4, Arthur Slade.

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Agent secret aux pouvoirs hors du commun, Modo travaille depuis toujours aux ordres de M. Socrate, un britannique bien introduit dans le milieu du contre-espionnage. Modo lui est totalement dévoué. Pourtant, lorsqu’un missive arrivant de France lui annonce que ses parents (qui l’ont abandonné à la naissance, terrorisés par sa difformité) sont peut-être en danger, c’est sans hésiter que le jeune homme se lance à leur recherche, sans tenir compte des recommandations de son patron.
Il faudra tâcher d’être prudent : car si la Confrérie de l’horloge est vivement intéressée par le jeune garçon, mettre la main sur ceux qui lui ont donné la vie l’intéresse tout autant, et la redoutable organisation a déjà une bonne longueur d’avance. Sur la route de Modo, le gardien des cloches de Notre-Dame, un géant de chair dont le cœur ne bat pas, un palais de cristal au beau milieu de l’océan et l’infernale Mlle Hakkandottir à la main d’argent veillent. Malgré sa volonté féroce, Modo sera-t-il de taille à lutter ?

Modo, jeune homme difforme recueilli par M. Socrate, dirigeant d’une société secrète, est un espion accompli. Accompagné de la jeune Octavia, fausse lady, pickpocket, tout-droit sortie des bas-fonds de Londres, il a déjà accompli des prodiges. Ensemble, ils ont déjoué un complot visant la couronne britannique, déniché une cité sous-marine avant-gardiste, et exploré la jungle australienne ; ce sont des agents accomplis, des espions formés aux techniques les plus pointues de combat, rompus aux actions barbares et sournoiseries de leurs ennemis. Pourtant, il suffit d’une simple missive pour rendre Modo hors de contrôle. Colette, la jeune espionne française rencontrée dans La Cité bleue d’Icaria, lui fait savoir que ses parents biologiques ont peut-être maille à partir avec la terrible Confrérie de l’horloge. Motivé par un amour filial plus fort que tout, Modo insiste pour aller sauver ces inconnus qui l’ont renié dès sa naissance.

Avec ce tome, on franchit un cran en maturité. Finies les petites histoires ; Modo est lancé à la recherche de ses origines, ce qui motive chez Octavia des sentiments troubles, puisqu’elle aussi a été abandonnée. Si Modo a été abandonné en raison de sa difformité, Octavia a été laissée avec le mot « Fardeau » épinglé sur ses linges. Deux histoires traumatisantes, mais que les jeunes agents ont laissées de côté jusque-là. Ce tome est centré sur la quête des origines, et sur la douloureuse question de l’abandon de ces orphelins. Le ton est donc nettement plus sérieux que dans les épisodes précédents, même si Arthur Slade sait ménager les passages humoristiques ou plus détendus. De plus, les événements survenus dans Le Peuple de la pluie induisent un fort questionnement chez Modo et l’ont clairement fait évoluer. Ce n’est plus un adolescent, mais un jeune homme qui se prend en charge, prend de lourdes décisions, les assume et agit en son âme et conscience. Tout au long de la série, ce personnage a une très belle évolution (alors qu’Octavia reste plus statique, et évolue moins dans les grandes largeurs). Dans ce tome, il est extrêmement touchant ; ses sensations et émotions sont bien décrites, sans sombrer dans le mélodrame ou l’étalage inutile de sentiments. Elles apportent juste ce qu’il faut à la construction du personnage et à la construction de l’intrigue, et montrent qu’Arthur Slade maîtrise son personnage sur le bout des doigts.Avec ce qu’il s’était passé dans le tome précédent (pour résumer, disons « divers épisodes quelque peu traumatiques »), je n’en attendais pas moins de sa part.
Les interactions entre les deux personnages principaux sont toujours aussi bien pensées, l’auteur alternant discussions sérieuses et passages nettement plus drôles. Leurs dialogues sont toujours empreints d’une ironie assez féroce, l’un comme l’autre ne s’épargnant pas les petites piques. Le retour de Colette regonfle les relations de la paire d’agents, motivant chez Octavia une jalousie féroce, et chez Modo un certain désir de plaire – assorti, bien sûr, des son dégoût de lui-même, toujours aussi prononcé. Le fait de retrouver la jeune française provoque un bon suspens, et donne lieu à quelques scènes aussi émouvantes que bien écrites.

Du côté de l’intrigue, j’ai été ravie de constater qu’Arthur Slade sait se renouveler : certes, l’ennemi est toujours la Confrérie de l’horloge, mais si, jusque-là, les interactions entre les deux sociétés se sont limitées à de petites escarmouches, on se trouve ici dans un genre de « grande bataille » – qui m’a d’ailleurs fait me demander si l’on arrivait à la fin de la saga, mais je réévoquerai ce point plus tard. Par ailleurs, l’aspect steampunk est nettement plus poussé que dans les tomes précédents. Les inventions utilisées ici ne sont certes pas d’époque, et fonctionnent à grands renforts de boulons et injecteurs à vapeur.

Si ce tome est plus épais, on ne change pas une équipe qui gagne : l’écriture d’Arthur Slade est toujours directe, et son style très efficace, ce qui fait que la série est tout adaptée à la jeunesse – quoi que ce tome soit plus mature et profond que les autres. Bien sûr, on retrouve quelques références littéraires émaillant le récit, dont la plus important est sans aucun doute Frankenstein de Mary Shelley.

En somme, si vous avez aimé les trois premiers tomes, vous ne pourrez qu’apprécier cet opus-là. On retrouve ce qui a fait, jusque-là, les points forts de la saga : un style direct, une ambiance victorienne mâtinée de steampunk, des personnages intéressants et complexes qui évoluent bien. L’intrigue opère un lien très fort avec ce qu’il s’est passé dans les tomes précédents ; tous les éléments sont pris en compte et réutilisés pour alimenter plein de petits détails qui servent à la construction de l’intrigue générale, ou à l’évolution des personnages. Avec L’Île des damnés, on a le sentiment très net d’avoir franchi un cran en maturité, par rapport aux opus précédents, tant dans l’évolution des personnages que dans la profondeur de l’intrigue. Tant et si bien qu’on peut se demander si ce tome marque la fin de la saga ou, peut-être, la fin d’un cycle et le début d’un autre, la fin du tome restant très ouverte, et pouvant donner une suite intéressante. Encore une fois, j’ai passé un excellent moment en compagnie d’Octavia et Modo, avec cette aventure dynamique et émouvante et je remercie les éditions du Masque de m’avoir permis de lire ce dernier opus !

 

Dans la même série : La Confrérie de l’horloge. (1)
La Cité bleue d’Icaria. (2)
Le Peuple de la pluie. (3)

 

Les Agents de M. Socrate #4, L’Île des damnés, Arthur Slade. Editions du Masque (MsK), 2013, 326 p.
8,5 /10.

Le Peuple de la pluie, Les Agents de M. Socrate #3, Arthur Slade.

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Jeune espion à la solde du mystérieux M.Socrate, Modo se distingue par sa ruse, sa rapidité, et par ses incroyables pouvoirs de transformation. Après une aventure à vingt mille lieues sous les mers, le voilà reparti avec son acolyte Octavia pour la jungle australienne.
Au programme : un ballon dirigeable à la pointe de la technologie, un temple égyptien truffé de pièges mortels et un masque aussi convoité que dangereux.
Face à la forêt hostile et à ses habitants, Modo devra utiliser toutes ses ressources pour sortir victorieux de sa mission.

Il semblerait que la série se bonifie au fil des tomes : plus ça va, mieux c’est ! Avec le séduisant duo Modo/Octavia, on se penche cette fois sur une aventure australienne, prétexte à évoquer l’immense empire colonial britannique.

Tous les éléments qui ont fait des deux premiers tomes des réussites sont à nouveau présents : le vocabulaire est judicieusement choisi, le style toujours simple sans être trop simpliste, et les éléments d’intrigue bien agencés. Les personnages, déjà complexes et attachants, évoluent encore, notamment Modo. De jeune homme un peu effacé, il devient une forte tête, et ce n’est pas désagréable. Cette évolution s’accompagne d’une évolution de sa relation avec Octavia, qui promet d’intéressants développements pour la suite. J’ai apprécié que tous les personnages connus de l’organisation soient réunis dans cette aventure : cela permet de casser un peu le rythme confortable installé jusque-là, et d’en apprendre un peu plus sur eux, tout en développant leurs interactions. L’auteur lâche quelques brides d’informations sur le différend qui existe entre M. Socrate et la redoutable Hakkandottir : à grands renforts de poursuites, combats, oppositions diverses et variées, on en apprend un peu plus sur le background de l’univers – très étoffé – mis en place par Arthur Slade. Le tout en restant essentiellement centré sur Modo : les informations sont glissées ici et là, parfaitement insérées au récit et à l’intrigue en cours. Une belle réussite.

Cette enquête met les agents aux prises avec les populations autochtones australiennes, leurs légendes, leurs lieux sacrés, et les chercheurs de trésor de tous poils qui vont avec. L’ambiance est donc très imprégnée, à nouveau, des grands récits d’aventure du XIXe siècle, et ressuscite fort bien l’atmosphère des grandes explorations, le tout baignant, comme dans les tomes précédents, dans une ambiance délicieusement steampunk. On se croirait vraiment dans une aventure d’Indiana Jones, le fantastique en plus, évidemment ! Les références littéraires sont toujours présentes, et ce petit clin d’œil offre encore et toujours un aspect assez rafraîchissant au roman, sans devenir lassant.
Le tout est très entraînant, intéressant, et bien mené. Un seul regret : que l’aventure soit si courte, car on suivrait les personnages aisément sur une centaine de pages supplémentaire, ce qui est probablement dû au style fluide d’Arthur Slade, et à son art de ménager une bonne intrigue !

Même si cette série est clairement destinée à la jeunesse, par la construction de ses intrigues et le style très accessible, Arthur Slade s’adresse à un public assez large (disons de l’enfant d’une dizaine d’années jusqu’aux ados et, pourquoi pas, jeunes adultes). Avec ce troisième tome, il prouve que l’ensemble progresse bien et de façon cohérente. La fin de ce tome, même si elle présente un fort effet de suspens, s’inscrit parfaitement dans cette progression logique. De plus, les évolutions des différents personnages et de leurs relations s’inscrivent bien dans ce cadre. En bref, c’est du tout bon et chaque tome me semble meilleur que le précédent. Une série que je poursuivrai avec grand plaisir !

Dans la même série : La Confrérie de l’horloge (1);   La Cité bleue d’Icaria (2) ; L’Île des Damnés (4).

 

Le Peuple de la pluie, Les Agents de M. Socrate #3, Arthur Slade. Trad. de Marie Cambolieu. Editions du Masque (MsK), 2012, 309 p.
8,5 /10.

 

La Cité bleue d’Icaria, Les Agents de M. Socrate #2, Arthur Slade.

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Modifier son apparence, voler des documents confidentiels à des espions français : une journée de travail comme les autres pour Modo, agent secret anglais âgé de quatorze ans. Pourtant, sa dernière mission – percer le mystère d’un objet sous marin appelé Ictinéo – semble un peu plus compliquée. On murmure qu’il s’agit d’un monstre marin, d’un poisson plus grand qu’un navire. Les espions français sont sur le coup, et M. Socrate, le maître de Modo, entend bien frapper avant eux.

On retrouve nos jeunes agents, Modo et Octavia, pour une périlleuse mission qui les embarque en Atlantique. Lancés à la pêche aux informations, ils croisent d’autres agents et, bien sûr, la fameuse et terrifiante Confrérie de l’horloge, qui semble être l’opposant attitré de nos enquêteurs, et que l’on retrouvera semble-t-il dans tous les tomes.

Ce second tome est bien plus dynamique que le précédent, car il ne souffre pas de l’effet de présentation de l’univers qui marquait le premier tome. Les actions s’enchaînent, les révélations aussi, et Arthur Slade en profite pour développer et son univers, et ses personnages. Si Octavia est peu présente, on croise d’autres agents ; j’ai parfois regretté que tous les caractères féminins présents dans cet opus soient si semblables. D’un autre côté, cette image de la femme aventureuse (mais pas aventurière), qui prend des décisions et son avenir en main correspond tout à fait au type de littérature dans lequel se place l’auteur ; cette uniformité du caractère féminin est donc peut-être volontaire ; en tout cas, elle colle plutôt bien à l’époque, à défaut de proposer un panel varié ! M. Socrate, de son côté semble (enfin!) s’humaniser un peu (mais pas trop, malheureusement) : comme dans le premier tome, on évolue dans une sorte de flou artistique très maîtrisé concernant le vieux dirigeant, ses motivations, et les raisons pour lesquelles il a jugé utile d’engager des adolescents pour des postes à responsabilités – question que Modo se pose lui-même avec régularité. Au lieu de nous présenter un jeune personnage doué et surpuissant, Arthur Slade joue donc avec les failles et les erreurs de Modo, que ce dernier cherche rarement à nier. C’est parfois un peu étrange, car on ne sait plus bien si on a affaire à un adolescent naïf, ou un jeune homme en devenir ; comme l’âge de Modo est inconnu, cette constante oscillation entre les deux personnalités est très bien vue.

Ici, la question de la difformité est, à nouveau abordée ; le jeu du chat et de la souris entre Modo et Octavia continue, et Modo est contraint de révéler son visage à plusieurs reprises à de tierces personnes, ce qui a diverses conséquences. L’idée est bonne, mais j’aurais apprécié que le thème soit traité plus en profondeur – même s’il l’est plus que dans le tome précédent. Modo a un peu vieilli, ses sentiments évoluent (notamment envers la gent féminine) et il se pose tout un tas de questions, dont il n’a pas toujours les réponses ; c’est très touchant, et toujours bien tourné. Si la question de la difformité n’est pas traitée en profondeur, celle de l’apparence et de la perception des autres l’est, et c’est très intéressant. Cette question (insondable) est vraiment ce qui fait le grand intérêt du personnage, et j’ai hâte de savoir ce que l’auteur va nous proposer dans la suite, le thème étant filé sur l’ensemble des tomes.

Côté réinterprétations, Arthur Slade revisite cette fois plusieurs mythes, toujours datés du XIXe siècle, parmi les œuvres de H. G. Wells, Pierre Benoît ou encore Jules Verne, ce qui allie ambiance steampunk, légère uchronie, et fantastique. On retrouve à la fois l’ambiance de ces récits fabuleux, et l’ambiance propre à l’univers de l’auteur, sans que l’une prenne le pas sur l’autre. C’est bien fait, et très agréable à lire.
Cet opus est truffé de références, petites allusions, clins œil en passant, à toute cette littérature de romans d’aventures du XIXe siècle ; comme pour le premier tome, cela apporte une vraie valeur ajoutée à l’ensemble. C’est drôle et rafraîchissant, même si les thèmes traités sont assez sérieux ; il sera notamment question d’utopie politique,  et de nations idéalistes. Les thèmes abordés sont donc assez nombreux, et toujours sous couvert de fiction amusante et prenante.

Comme au premier tome, le vocabulaire est bien choisi, adapté aux contextes, sans être trop ardu à comprendre, ce qui fait que cette lecture est très accessible pour de jeunes lecteurs.

Le premier tome m’avait enchantée, et le plaisir de lecture se poursuit avec cet opus-là. Sans être un coup de cœur, j’ai passé un très bon moment avec les jeunes agents. Si vous cherchez un bon roman jeunesse, entraînant, sans difficultés majeures pour un jeune lecteur et tout de même lisible pour un lecteur plus expérimenté, je ne peux que vous recommander cette série!

 ◊ Dans la même série : La Confrérie de l’horloge, (1) ; Le Peuple de la pluie, (3) ; L’Île des Damnés (4) .

 

Les Agents de M. Socrate #2, La Cité bleue d’Icaria, Arthur Slade. Editions du Masque (MsK), 2011, 287 p.
8/10.

 

 

 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être…

 

La Confrérie de l’horloge, Les Agents de M. Socrate #1, Arthur Slade.

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Ère victorienne, la campagne anglaise : le mystérieux M. Socrate se rend dans une galerie de monstres. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Modo, nouveau-né difforme aux pouvoirs de transformation étonnants. Durant quatorze ans, Modo recevra les étranges enseignements de M. Socrate où les cours de géographie et de latin côtoient les leçons d’arts martiaux. Élevé dans un manoir dépourvu de tout miroir à quelques kilomètres de Londres, Modo est brutalement jeté dans les rues de la capitale pour accomplir sa première mission. Aidé de la belle Miss Octavia, il devra mettre tous ses talents à l’œuvre pour arrêter la terrible machination de la Confrérie de l’horloge.

 

La Confrérie de l’horloge est le premier tome d’une trilogie jeunesse qui s’annonce fort sympathique car, bien qu’elle soit clairement destinée à un public jeune, ce premier tome évite les facilités et les travers que l’on reproche généralement à la littérature pour la jeunesse.

Le vocabulaire est donc bien choisi, et le juste équilibre entre action, réflexion et sentiments est atteint.

Dans ce premier tome, nous suivons les pérégrinations de Modo, jeune orphelin difforme, qu’un mystérieux (et assez antipathique) M. Socrate forme à devenir une sorte d’agent secret, version ère victorienne. Modo, en plus d’être un puits de science, est un remarquable équilibriste, capable de se sortir seul (ou presque) de la plupart des situations. C’est un personnage assez intéressant ; en raison de sa difformité, il a un caractère moins sûr et fanfaron que ses homologues littéraires. Il se pose beaucoup de questions (au travers desquelles l’auteur traite fort bien la question du regard des autres, d’ailleurs), tout en effectuant son travail. Modo est un personnage assez atypique, mais intéressant, et plein de possibilités romanesques.
A ses côtés, Octavia Milkweed, une jeune et redoutable pickpocket, elle aussi agent de M. Socrate. Le duo se complète très bien et la question de l’identité de Modo prend évidemment tout son sens dès qu’Octavia est dans les parages. Les échanges sont souvent assez drôles, Octavia étant bien plus libre que Modo, qui incarne parfaitement le gentleman victorien. Ce que j’ai apprécié ici, c’est que le tome 1 ne vire pas à la romance, au détriment de l’intrigue principale.

Celle-ci prend peu à peu tout son sens. Au même titre qu’un thriller, le roman progresse par étapes ; on ne sait pas immédiatement de quoi il est question et l’ampleur de l’intrigue est telle qu’à la fin, il reste des éléments non résolus (probablement pour les tomes suivants). Cela étant, j’ai regretté que la résolution soit si rapide ; quelques chapitres de plus n’auraient pas été superflus.
L’intrigue baigne dans une ambiance toute victorienne, propice à un univers steampunk, ici largement exploité. Il sera beaucoup question d’expériences bizarres, mettant en scène – de préférence – un grand nombre de boulons, et des cheminées à vapeur. L’ambiance générale s’en trouve, du coup, quelque peu torturée et angoissante, mais parfaitement adaptée à l’intrigue ; on a d’ailleurs du mal à décrocher.

Le style de l’auteur rend l’aventure très prenante : simple (mais pas simpliste), il ne se perd ni en fioritures ni en banalités. Il va droit au but, sans oublier les passages descriptifs nécessaires. Dès la première page, vous ne manquerez pas de noter les allusions aux œuvres littéraires du XIXe siècle. On croise ainsi un savant fou nommé Hyde, et Modo a été abandonné devant Notre-Dame. Ces clins d’œil sont amusants à repérer et donnent au roman un petit côté original et décalé, assez rafraîchissant, malgré une intrigue assez sombre.

La Confrérie de l’horloge est donc un premier tome qui se lit fort bien, original, bien écrit, et agréable. Malgré les questions qui restent en suspens et la fin un peu trop rapide, on termine le roman avec la sensation d’être arrivé à la fin de cette intrigue, mais pas de l’histoire entière. Sans cliffhanger, l’auteur donne donc assez envie de lire la suite ! Les personnages atypiques et l’ambiance y sont certainement pour beaucoup. On a donc là un très bon roman jeunesse, qui ouvre une saga qui s’annonce de qualité !

  ◊  Dans la même série : La Cité bleue d’Icaria, (2); Le Peuple de la pluie,(3) ; L’Île des Damnés (4).

 

La Confrérie de l’horloge, Les Agents de M. Socrate #1, Arthur Slade. Editions du Masque (MsK), 2010, 302 p.
7/10.

 

 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être…

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Instinct #1, Vincent Villeminot

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Lorsque la Ford paternelle quitte la route inexplicablement, Tim a dix-sept ans. Il perd dans l’accident ses parents et son frère Ben. Mais de cette effroyable nuit, le garçon ne garde qu’un souvenir, troublant: quand il a repris conscience, il était un grizzly…Que s’est-il passé? Le choc a-t-il provoqué un accès de folie chez Tim? Ce n’est pas l’avis du professeur McIntyre. Selon lui, l’adolescent est effectivement devenu un ours, pendant plusieurs heures, tout comme des centaines d’êtres humains se transforment chaque année en animal. Sceptique, Tim rejoint pourtant une cinquantaine d’autres initiés à l’Institut de Lycanthropie. Il ne sait plus que penser: cette métamorphose a-t-elle vraiment eu lieu ? Est-il responsable, malgré lui, de la mort des siens ?Aux yeux du professeur McIntyre, une seule chose est certaine: la métamorphose de Tim va se reproduire. Bientôt.

L’instinct. Voilà ce qui, désormais, gouverne la vie de Tim. Après l’effroyable accident qui l’a rendu orphelin, son instinct de survie se met en branle. Ne croire personne; ni le policier qui le harcèle, ni cet étrange professeur qui lui parle de lycanthropie. Ne faire confiance qu’à soi-même.

Si le thème choisi est intéressant -la lycanthropie au sens de maladie clinique, mais également de réelle transformation – on regrettera que le résumé en dise un peu trop, puisqu’il ne fait aucun doute que Tim a réellement été grizzly cette nuit-là. Les diverses lycanthropies que l’on rencontre sont, en revanche, très originales et recèlent l’idée qu’il ne suffit pas d’être un prédateur pour faire de grandes choses; c’est ce qu’illustre parfaitement le jeune Shariff, véritable bibliothèque ambulante, et anti-héros plein de verve. Ce personnage est très certainement un des meilleurs; doté d’un humour à toute épreuve (qui lui a d’ailleurs fait choisir le nom qu’il porte en rapport à sa lycanthropie, petit trait d’humour) et d’une « zenitude » élevée, c’est le personnage qui a le plus de relief et qui est le plus attachant. Flora n’est pas mal non plus, mais un petit peu trop lisse à mon goût. Quant à Tim, dernier membre de notre trio infernal, c’est un personnage ambivalent, très bien mis en scène, toujours hésitant entre ce qu’il faudrait faire et ce qu’il peut simplement faire; c’est un jeune homme avec des forces et des faiblesses, et l’auteur exploite aussi bien les unes que les autres, même si le jeune homme m’a semblé un peu moins attachant que Shariff, peut-être parce qu’il se montrait moins caustique.

L’intrigue est bien menée, même si la première partie semble longue, et les éléments lents à se mettre en place. Le jeu entre fiction et réalité est malheureusement légèrement faussé par le résumé et, dès lors, le lecteur n’attend plus qu’une chose: que l’on entre dans le vif du sujet. C’est cependant une phase introductive bien maîtrisée, qui prépare à la perfection la seconde, dans laquelle le rythme est un peu plus rapide et très entraînant. L’idée du complot dépassant le cadre de cette première aventure est bien introduite et ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe dans les 3 dernières lignes; évitant le cliffhanger commercial, l’auteur donne subtilement au lecteur l’envie de connaître la suite, faisant, si l’on peut dire, du neuf avec du vieux (le thème des chasseurs voulant s’approprier les recherches et les trophées n’étant pas totalement neuf), de façon innovante et très efficace.
Dans le camp des métamorphes, on assiste également à une lutte intestine qui n’est pas sans rappeler celle qui sous-tend l’univers des X-Men (entre Magnéto et le professeur X, ici respectivement représentés par P. Hugo, le bibliothécaire belliqueux, et le professeur McIntyre, vieux sage non-interventionniste) et qui distille une tension savamment maintenue dans la seconde partie de l’ouvrage.

Le talent de l’auteur consiste donc à réactualiser la matière utilisée, à l’intégrer à son propre univers, pour rendre une histoire intéressante, bien écrite et adroitement menée de bout en bout, servie par des personnages attachants et bien campés, et un suspens bien entretenu. Histoire à suivre, donc!

La citation ci-dessous contient un spoiler !

« Si tu veux vaincre la colère, elle ne peut te vaincre. Tu commences à vaincre si tu la fais taire. » Sénèque, mon pote. Tu l’as fait, et ensuite les gardiens ont réussi à te faire descendre dans la pièce de Flora, avec leurs bâtons électriques, et tu as décidé de démolir le mur à coups de crâne. Bon, c’est le mur qui a gagné. Alors on t’a hospitalisé. Je résume, hein…
– Je n’ai pas voulu démolir le mur. Je croyais que je t’avais tué et je voulais…
Shariff prit un air grave, soudain.
– Ouais, je me suis douté que tu voulais en finir. Mais c’est une connerie, mon pote.
De nouveau, l’air malicieux, mi-embêté, mi-goguenard.
– Remarque, tu vas avoir de sacrées bonnes raisons de regretter ton suicide à coups de mur. Parce que, à côté de ce qui t’attend avec Flora, même des coups de tête dans un cachot auront l’air d’être une super bonne idée.

 

◊ Dans la même série : Instinct (2) ;

Instinct #1, Vincent Villeminot. Nathan, 2011, 373 p .
7/10

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Le Souffle de la Hyène, Pierre Bottero.

Les Loups de Mercy Falls #1 : Frisson, Maggie Stiefvater.

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Grace vit dans une petite ville américaine, aux abords d’une forêt. Son enfance a été marquée par l’irruption d’une meute de loups qui l’a attaquée. L’un des animaux l’a sauvée et depuis, un lien étrange s’est établi entre la jeune fille et ce loup. Ombre à la fois protectrice et inquiétante, il rôde autour de la maison isolée.
La mort brutale d’un élève du lycée de Grace déclenche une réaction violente: toute la ville crie au loup, et lance des chasseurs à travers la forêt. Tous les animaux ne parviennent pas à échapper aux balles… le loup de Grace est touché.
Quelques heures plus tard, Grace retrouve sur le pas de sa porte un jeune homme, blessé, au regard étrangement familier…

Voilà une histoire de loups-garous qui change un peu de l’ordinaire; ceux-ci ne sont ni surpuissants, ni heureux de leur facette lupine, qui les dévore peu à peu.
L’idée de la métamorphose liée à la température et la météo est assez originale et change un peu des habituels cycles lunaires. Dans le même esprit, l’affichage des températures sous les têtes de chapitres permet de figurer les hauts et les bas de la situation.

Si vous souhaitez une aventure trépidante et pleine d’adrénaline, inutile de lire Frisson: tout réside plutôt dans la tension qui s’instaure au fil des pages, dans les non-dits et les actions potentiels. Grace et Sam ne sont pas forcément les personnages les mieux travaillés: j’ai trouvé Isabel, Rachel et Olivia bien plus vivantes, fantasques chacunes à leur façon. Sam rappellerait plus la figure du poète maudit, prisonnier des événements. Quant à Grace, elle est tellement pragmatique et peu charismatique que ça en devient assez remarquable. En revanche, le fait que les parents démissionnaires de Grace ne remarquent pas la présence de Sam sous leur toit durant plusieurs semaines m’a semblé assez peu crédible, et surtout très arrangeant pour les affaires de l’auteur. L’ambiance du récit relève heureusement un peu le niveau; l’hiver, le froid et la bise occupent toute la scène, un peu à la manière d’un personnage à part entière (c’est d’ailleurs le thème de la couverture qui est assez réussie, soit dit en passant) et distillent une ambiance bien travaillée. L’aspect un peu léthargique des personnages s’explique en partie par cette omniprésence de l’hiver qui paralyse et engourdit.
La fin m’a semblé assez artificielle; le dernier chapitre sert uniquement à relancer l’intérêt du lecteur pour le tome suivant et il est vrai que le tome 1 pourrait se suffir à lui-même.

En définitive, un roman assez agréable, mais très contemplatif et un peu faible sur certains aspects qui manquent encore de profondeur.

Frisson, Les Loups de Mercy Falls #1, Maggie Stiefvater. Hachette, Black Moon, 2010, 477 p.
6/10.

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