[2015] Petit bilan de juillet

Et hop, on a terminé juillet, sa canicule, ses insupportables problèmes de transport et ses lectures presque estivales. Au menu de ce mois-ci, un week-end à mille, des chroniques, des brèves, une sélection d’albums jeunesse

Carnet de lectures.

Rayon bulles.

Ce mois-ci, j’ai  lu le premier volume du comic Lazarus, Pour la famille, signé Greg Rucka, Michael Lark et Santiago Arcas.

C’est l’histoire de Forever, qui est la cinquième d’une fratrie et, surtout, le lazare de sa famille, les Carlyle. Le lazare est élu pour subir un entraînement intensif et obtenir le meilleur de ce que l’argent et la technologie peuvent offrir ; elle est donc la gardienne du clan Carlyle, la main armée et le bouclier protecteur.
Dans ce futur assez proche (et salement dystopique !), c’est la richesse qui dirige tout. Une poignée de riches familles s’est départagé le territoire et seuls les gens de même catégorie sociale compte. Les autres ne valent guère mieux que des déchets (dystopie, on a dit !).
Les Carlyle ont justement une famille qui leur fait de l’ombre et Forever est envoyée négocier. Sauf que… pas mal de monde voudrait la voir morte et, si on y regarde bien, peut-être même au sein de sa propre famille.
J’ai beaucoup aimé le dessin un peu anguleux, dans des tonalités sombres, qui cadre tout à fait avec l’univers mis en place. L’histoire est pleine de mystère : il y a plein d’allusions comme quoi Forever n’est pas (ou pas seulement ?) humaine, mais rien n’est jamais clairement dit (ou alors les pistes sont brouillées !). De plus, les inimitiés qui se dessinent dans le clan Carlyle laissent présager le pire. Ce premier volume a suffi pour me mettre l’eau à la bouche, je lirai volontiers la suite !

Côté mangas, j’ai lu le premier tome de The Ancient magus bride (première lecture du WE à mille).

Chise a le pouvoir de voir des choses que d’autres ne peuvent voir : c’est une Slay Vega. Elle est achetée par un magicien très étrange (dont la tête est un crâne animal !), qui souhaite en faire son apprentie magicienne, dès son retour en Angleterre. Ce premier volume m’a laissé un avis très mitigé. D’une part, j’ai bien aimé l’univers, où un magicien à crâne d’équidé (?) à corne peut prendre le joli minois d’un prêtre (chargé de l’envoyer enquêter sur des faits fantastiques et inquiétants de préférence), où les fées sont visibles pour certains et peuvent jouer des tours et où magiciens et sorciers se disputent la vedette (les uns faisant appel à la science, les autres au côté obscur de la force). Le dessin est assez intéressant et donne à voir cet univers prolifique. Je ne sais pas exactement ce qui m’a dérangée. Peut-être une certaine mollesse dans l’installation de l’intrigue et un faux suspens sur la romance plus qu’agaçant : le magicien annonce à la donzelle qu’elle sera sa femme, celle-ci n’est point trop d’accord, mais s’ensuivent moult scènes où l’on est censé comprendre, manifestement, qu’une étincelle jaillit. Mais ce n’est pas vraiment justifié ou creusé. De plus, le fil rouge n’est pas complètement installé, donc tout cela semble relativement light. En fait, je pense faire l’économie de la suite !

Et j’ai testé la forme gazette de la série Le Château des Étoiles d’Alex Alice, avec le numéro 4 (qui correspond au début du tome 2) : Les Naufragés des étoiles !

Bon, je ne vais pas m’étendre sur le dessin, qui est toujours aussi sublime, vu que je ne ferais que répéter ce que j’écrivais ici.
Je vais plutôt parler du format ! Premier point : la gazette est imprimée sur du beau papier (journal, mais beau quand même). Ensuite, il faut s’assurer d’avoir de la place pour la déplier, car le format est plus grand que celui de la B.D. On ne profite que mieux des illustrations, donc 🙂 Enfin, petit point de détail vraiment sympa : les articles ‘ »façon gazette » qui évoquent l’actualité en lien avec l’histoire ! C’est très riche et cela permet de prolonger l’expérience. Allez, il y a quand même un petit bémol… C’est bien court, j’ai envie de lire la suite !

 

Côté romans. 

L’an dernier, j’ai découvert avec plaisir La Dynamique des fluides, de Mathieu Tazo et, cette année, j’ai rempilé avec son deuxième roman, Un caillou dans la chaussure. C’est l’histoire de Samuel Marion, obscur fonctionnaire du Secrétaire des Droits de l’Homme, qui fait une boulette et se fait virer. En plus, son père décède le même jour, ce qui est franchement pas de bol. Il a alors l’idée de retourner à Barjance, le village de l’arrière-pays varois où ses parents ont une maison (pas de loyer donc !) et où il a eu un grand amour de jeunesse pour une jeune femme dénommée Sonia. Objectif avoué : devenir maire de la commune – et vu le maire en poste, ce n’est pas difficile. Objectif non avoué : revoir la-dite Sonia, malgré l’amour qu’il porte à son épouse et à sa fille. Aussitôt dit, aussitôt fait ! Le déménagement est acté, la campagne sur les rails et, en moins de temps qu’il n’en faut pour dire Barjance Samuel est maire. Sauf que. 25 ans plus tôt, Samuel a tué le gendarme Bardan, une brute épaisse. Quatre personnes seulement sont au courant, les ex-meilleurs amis du monde : Georges, qui vient de reprendre l’usine de lavande locale, Patrick, un gars pas toujours bien vu et… Sonia, bien sûr. Et pendant sa campagne, Samuel a imprudemment promis au fils Bardan qu’il pourrait mener son enquête… Voilà le caillou dans la chaussure.
Or, on sait dès le départ qu’il y a du rififi, puisque Samuel Marion ouvre le roman en nous disant que tout est fini. Mais hormis le fait qu’il s’en sort – presque – indemne, mystère… Le suspens est donc au rendez-vous !
Le premier roman avait des allures de road-trip vengeur ; celui-ci ressemble à une chronique sociale, avec tout ce que cela suppose de mesquineries villageoises, de petits secrets sordides cachés et de machinations bien huilées ! Sous des dehors assez acidulés, c’est un véritable roman noir !
La narration réserve sa part de sarcasmes : le Samuel qui narre l’histoire a plus de recul que le Samuel qui la vit… et fait quantité de mauvais choix ! On a d’ailleurs souvent envie de le secouer. L’ensemble est assez grinçant, mais l’auteur ne sombre pas dans la surenchère : c’est noir, c’est aussi drôle et c’est surtout très réaliste. Comme, en plus, on a une partie des éléments en attaquant la lecture mais que l’affaire est assez opaque, le suspens est au rendez-vous. Un mélange assez réjouissant entre polar et chronique sociale – mais pour être tout à fait honnête, j’ai préféré son autre titre.

Côté séries. 

Début juillet a été marqué par un marathon Le Visiteur du Futur. On s’est avalé les quatre saisons sur un petit week-end – ce qui vous donne d’ores et déjà un aperçu de l’appréciation !
La série a démarré sur le web, avant d’être diffusée sur la chaîne Nolife ; les deux dernières saisons sont coproduites par Ankama et France TV Nouvelles Écritures.

De quoi ça parle ?
De nos jours. Raph est un jeune homme tout à fait banal. Mais voilà : il est littéralement harcelé par un fou furieux au visage constamment tuméfié et bizarrement vêtu, qui affirme être un voyageur du Futur… et venir de 2550. Le Visiteur passe sa vie à pourrir celle de Raph, l’empêchant de jeter une canette près d’une poubelle ou d’engloutir sa pizza au motif que cela pourrait engendrer – à terme ! – une catastrophe anéantissant la Terre. Le Visiteur tente, en outre, d’échapper à la redoutable Brigade Temporelle qui le pourchasse et qui va d’ailleurs bientôt s’intéresser à Raph de près, de très près… Je ne vais pas résumer plus parce que, d’une part, ayant regardé toutes les saisons à la suite, je risquerais de vous spoiler bêtement en mélangeant la chronologie et, d’autre part, c’est bien plus sympa de découvrir comment tout va dégénérer. Sachez juste que, dans la saison 4, on découvre un petit côté steampunk fort sympathique.
La série est hyper dynamique et on n’a pas le temps de s’ennuyer, que l’on suive les déboires des personnages face à la Brigade Temporelle ou sur Terre en 2550, rasée et infestée de zombies. Au départ, j’ai été un peu déstabilisée par les premiers épisodes, très brefs, qui ressemblent plutôt à des sketchs. Jusqu’à ce que la sauce prenne et qu’on se retrouve embarqués dans l’histoire – ceci s’explique par le fait qu’au départ, il n’y avait que 3 épisodes ; devant l’engouement, François Descraques a réalisé une première saison de 22 épisodes.  Si vous avez bien suivi, il s’agit donc d’une web-série amateur, au début : mais le rendu de la première saison est très pro et le jeu des acteurs bien dosé ! On est assez loin de la web-série qui peine à passionner – en plus, la réalisation ne fait qu’évoluer. Le scénario est super dense : à chaque saison, quelque chose de nouveau fait son apparition dans l’histoire et l’ensemble est super bien ficelé : voyages et paradoxes temporels, ambiance post-apo, zombies, baston, mystère, sentiments, il y a de tout. En plus, la psychologie des personnages est particulièrement soignée et ne fait qu’évoluer. Avec ça, la tension est maintenue jusqu’à la fin – pas tellement sur l’arc narratif principal, mais sur plusieurs petits points restés en suspens. Bref : du très très bon. En fait j’aurais volontiers signé pour une ou deux saisons de plus, vu la qualité de la série !
La totalité de la série est visible sur leur site, mais vous pouvez également vous procurer les DVD !

Top & Flops. 

On ne change pas les bonnes habitudes et on attaque par les seconds.

J’ai lu, pendant le WE à 1000, le premier volume de la série The Ancient Magus Bride, dont j’ai apprécié les graphismes, mais dont le sujet ne m’a pas franchement passionnée. Je ne ferai pas d’autre chronique donc je vais résumer ici : l’univers dans lequel on plonge est assez complexe, ce qui est plutôt chouette, mais l’agréable densité est desservie par une intrigue que j’ai trouvée plate à souhait, la faute à trop de répétitions (comme l’obsession du magicien envers Chise, le personnage principal) et à des lieux communs. Je ne continuerai donc pas la série.

J’avais beaucoup aimé La Dynamique des fluides, mais le deuxième roman de Mathieu Tazo, Un caillou dans la chaussure, m’a un peu déçue. Je ne saurais dire si c’est l’aspect furieusement tête-à-claques du personnage principal qui m’a agacée ou les sarcasmes – pourtant bien dosés ! – qui m’ont laissée de marbre, mais le fait est que je me suis un peu moins amusée dans ce roman noir que dans le précédent. De l’art de ne pas comparer les différents titres d’un même auteur ?

Passons aux réjouissances, maintenant !

la-voie-des-rois-1-les-archives-de-roshar-brandon-sandersonOn attaque avec la nouvelle série de Brandon Sanderson, Les Archives de Roshar : ce premier volume (qui n’est, en fait, que la moitié du tome 1 !) est énorme, mais se lit super bien. Comme souvent (j’ai l’impression) chez Sanderson, c’est l’étendue et la complexité de l’univers qui étonne et fascine. Impossible de ne pas se figurer les habits, bâtiments, plats ou coutumes des différents royaumes traversés tant tout est précisément détaillé ici. Et malgré la redoutable épaisseur, jamais on n’a l’impression de se traîner dans l’histoire. Génial !

En fait, cette lecture était tellement géniale qu’elle a salement éclipsé toutes les autres – pourtant il y avait de super découvertes mais, parfois, c’est dur de rivaliser !

Heureusement, il y a un manga qui m’a laissée sur des charbons ardents : le volume 5 d’Erased. Mais c’est QUOIerased-5-kei-sanbe cette fin ??!! Quand, en plus, je lis que le volume 6 vient SEULEMENT de sortir au Japon, je me dis que je ne suis pas sortie de l’auberge. Mais pourquoi tant de haine, franchement ? Bref, un tome bourré de révélations, j’ai adoré.

 

 

 Citations. 

«Sur l’écran, les yeux mordorés de la fille-soleil sont grands ouverts, ourlés de cils que le mascara Rosier allonge infiniment : « Un soleil ?… Marcus a dit ça de moi ?… »
Kenji : « Oui. Il est responsable Planétologie, il sait de quoi il parle. Il a dit que tu étais comme une géante rouge – tu sais, ces étoiles en fin de vie qui s’enflamment, qui rougissent, et qui brûlent tout leur système solaire autour d’elles en mourant ?»
Phobos, Victor Dixen.

«Culsans et Dionysos étaient les seuls à voir le jour se lever, les seuls à entendre les oiseaux saluer le soleil. Le dieu étrusque fit un pas vers l’estrade.
– Nous sommes seuls, lui confia-t-il. Tous orphelins d’un monde mort, d’un passé dont la mémoire s’étiole peu à peu. Ce n’est pas en épuisant nos ultimes fidèles que nous changerons cela. La trame du destin se tisse quoi qu’il advienne, et nul ne peut la défaire, nul ne peut revenir en arrière, ni les humains ni les dieux.»
Enoch, Estelle Faye.

«- Est-ce Jasnah Kholin qui vous a enseigné ce talent au crayon ?
– Non, ardent, dit-elle, encore debout.
– Toujours aussi cérémonieuse, dit-il en lui souriant. Dites-moi, suis-je donc si intimidant?
– On m’a appris à témoigner du respect aux ardents.
– Eh bien, je trouve pour ma part que ce respect est semblable au fumier. Utilisez-le où c’est nécessaire, et les cultures s’épanouiront. Répandez-le en trop grande quantité, et les choses se mettront simplement à empester. […]

– Vous avez appris ça, dit Kabsal en élevant son dessin de Jasnah, dans un livre.
– Heu … oui ?
Il regarda de nouveau le portrait.
– Il faut que je lise davantage.»
La Voie des rois, partie 1, Brandon Sanderson.

A Silent voice #3-4, Yoshitoki Oima.

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Shoya et Shoko se sont rapprochés. Le jeune homme, pour faire plaisir à Shoko, entreprend de retrouver leurs anciens camarades de classe, notamment Miyoki et Naoka. La première se rapproche très vite de Shoko, jusqu’à atteindre une complicité que Shoya jalouse. La seconde, en revanche, faisait partie des tourmenteurs de Shoko et n’a pas l’intention de changer d’avis. Parallèlement, Shoya se pose d’intenses questions sur les fondements de l’amitié…

Shoya est vraiment au centre de ce volume (jusque-là, l’histoire se concentrait vraiment sur la relation Shoko-Shoya). Ce qui est intéressant, c’est que les deux nouvelles venues (Miyoki et Naoka, d’anciennes camarades de classe) vont remettre en perspective le personnage.
Depuis le début, Shoya s’interroge sur sa personnalité ; cette fois, il se demande s’il est vraiment un bon ami. En observant Miyoki être si complice avec Shoko, il se demande pourquoi lui n’arrive pas à être sincère, pourquoi il s’est emprunté. Fait-il, comme le dit Naoka, semblant ? Pire : a-t-il vraiment changé ou ne fait-il que se donner vaguement bonne conscience ?

L’opus tourne vraiment autour de ces questions ; côté péripéties, il est donc plus calme que les précédents car la relation entre Shoko et Shoya continue seulement sur sa lancée. Pourtant, le rythme et le suspense sont maintenus tout du long car, d’une part, on a très envie de savoir si la relation entre les deux protagonistes va évoluer (et si oui, dans quel sens !) et, d’autre part, on se demande si Shoya va laisser son dark side reprendre le dessus… et se remettre à brimer Shoko.

De son côté, celle-ci se laisse apprivoiser par le jeune homme et fait de louables efforts pour parler. D’ailleurs, dans ce volume, il y a moins de scènes où les deux adolescents communiquent par la langue des signes et un peu plus de moments où Shoko tente de s’exprimer verbalement. On sent que, doucement, la problématique de départ évolue !

Vu comme cela, on pourrait penser que le volume est plat et manque de suspens. Mais pas du tout ! Les questions induisent un gros suspens car Shoya pousse assez loin l’introspection. Une fois qu’on a fini de s’interroger sur ce point, on se demande si Shoya va enfin – ENFIN ! – comprendre les messages que Shoko tentent de lui envoyer. À ce titre, la conclusion est une véritable torture et laisse le lecteur sur une fin douce-amère !

A Silent voice #3, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, 2015, 224 p. 

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Tomohiro, le meilleur ami de Shoya, est bien décidé à tourner un court-métrage. Pour cela, il lui faut des acteurs : cela tombe bien, il va profiter de ce projet pour faire en sorte que Shoya se fasse des amis. Celui-ci n’est pas fan de l’idée mais serre les dents. Or, Tomohiro doit aussi inviter Yuzuru, la petite soeur de Shoko, au parc d’attractions, pour la remercier d’avoir prêté son appareil-photo. La situation dégénère et c’est toute une bande qui se retrouve au parc avec Tomohiro, Yuzuru, Shoya et Shoko, la plupart des nouveaux venus étant d’anciens camarades de classe. Ce qui confronte, à nouveau, Shoya à sa grande solitude et à son incapacité à communiquer. 

À nouveau, le tome est centré sur Shoya, dont les questions sur l’amitié et sa propre capacité à se lier semblent sans fin. Le jeune homme aimerait ne pas s’attacher mais, force est de constater qu’il s’amuse tout de même un peu et peut même avoir des pensées futiles de jeune homme de son âge. De plus, il confronte sa propre expérience à ce qu’il observe : il note que Shoko, quoique sourde, semble n’avoir aucun problème à se faire des amis.

En fait, la communication est vraiment au centre des préoccupations. D’une part parce que Shoko ne peut communiquer aussi aisément qu’elle le voudrait, évidemment, mais surtout par le jeu sur les différents types de communications mis en scène par l’auteur. Si Shoko est obligée de passer par la langue des signes (ce qui implique que son interlocuteur la connaisse et diminue ses possibilité de communication), on remarque que Shoya, non entravé, a en fait beaucoup plus de mal à communiquer avec les autres que son amie ! Comme quoi, la parole n’est pas tout.

Autre thème central dans ce volume, et qui revient après avoir été mis en sourdine : le harcèlement. La sortie réunit Shoko et Naoka, qui a fait partie de ses tortionnaires à l’école. Or, on l’a vu, Naoka aimerait que Shoya revienne sur ses bons sentiments et pense que Shoko ne mérite guère mieux que d’être continuellement maltraitée. Les paroles de la jeune fille sont violentes et son opinion est assez dérangeante. Mais là où cela devient encore pire, c’est lorsque se fait un lien entre le présent et l’histoire de Shoko. Au cours d’une brève analepse, on assiste aux accusations auxquelles la mère de Shoko a dû faire face lorsqu’il s’est avéré que sa fille était sourde et qui ont conduit le géniteur des deux fillettes, pleinement soutenu par sa propre famille, à abandonner ce qu’il considérait comme une honte pour son nom. Ce qui en dit long sur les mentalités sur le handicap…

À l’issue de ces deux tomes, on a l’impression de ne plus rien ignorer des mentalités des différents personnages. Le volume 4 finit sur une note légèrement plus joyeuse que le précédent, mais pas avec moins de suspens !

A Silent voice #4, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, 2015, 208 p. 

 

◊ Dans la même série : A Silent voice (1 & 2) ;

Your lie in april #1 et #2, Naoshi Arakawa

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À 11 ans, Kôsei Arima est déjà un virtuose du piano. Formé avec la plus grande sévérité par une mère qui lui inflige d’interminables séances de répétition, il écume inlassablement tous les concours nationaux, où son talent éblouit les juges. Mais le jour où sa mère meurt d’une longue maladie, il perd complètement la faculté de jouer de son instrument.
Quelques années plus tard, son chemin croise celui de Kaori, une violoniste dont l’approche de la musique diffère totalement de la sienne. Alors que Kôsei est une véritable machine qui sait restituer les partitions à la perfection, Kaori, elle, préfère s’approprier les œuvres et les réinterpréter à sa manière… La rencontre avec cette jeune fille au caractère explosif va bouleverser les certitudes de Kôsei et redonner un sens à sa vie !

Voilà un manga qui, franchement, ne paye pas de mine : vous, je ne sais pas, mais les couvertures super girly m’ont fait tiquer. Mais la curiosité l’a emporté et… je ne regrette pas le moins du monde !

Ce premier volume pose vraiment l’univers ; on y découvre les personnages, notamment Kôsei, le protagoniste et Tsubaki, sa meilleure amie. Ils vivent leur petite vie de lycéens, voient des amis, étudient, s’amusent. Tsubaki doit présenter une jeune fille à un de leurs amis communs ; elle convainc Kôsei de l’accompagner, afin qu’elle ne tienne pas seule la chandelle. Et c’est là que Kôsei fait la rencontre de Kaori, une jeune violoniste.
Coup de foudre ! Vous y avez cru, non ? Mais non, pas de coup de foudre. Mais un début d’amitié sur la musique. Les contraires s’attirent, et il serait difficile de trouver plus différent que Kôsei, le perfectionniste et Kaori, l’instinctive !

Le manga est très rafraîchissant : le dessin est doux, l’histoire est réaliste et mignonne et le quotidien se mêle vraiment bien à l’intrigue générale. Le gros point fort, c’est donc l’attention portée à la musique !
Le découpage est relativement classique, mais change du tout au tout pour les scènes musicales : plus serré, plus dynamique, il rend les scènes quasiment épiques ! De plus, la musique est vraiment bien représentée : les émotions, les jeux dans l’interprétation, tout y est. Ne manque que le son !

On n’apprend seulement dans les dernières pages le secret de Kôsei… et ça rend le manga d’autant plus prenant car, une fois que l’on sait, on ne peut que se demander ce qu’il va advenir !

À partir de là, je spoile le secret de Kôsei (mais a priori, la plupart des présentations le spoilent également !). 

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Kaori semble bien décidée à faire de Kôsei son accompagnateur officiel pour la suite du concours Towa !
Malgré le refus du jeune garçon, Kaori ne se démonte pas et finit par le convaincre de remonter sur scène. Seul problème, et de taille : Kôsei ne s’entend toujours pas jouer… Dans ces conditions, ont-ils vraiment une chance de passer les éliminatoires ?

La majeure partie de cet opus montre le fameux concours Towa durant lequel Kôsei et Kaori se produisent sur scène. A nouveau, on y trouve une représentation presque épique de la musique, alternant entre le plaisir manifeste de Kaori et le stress intense de Kôsei. Celui-ci se pose également une foultitude de questions, se demandant s’il est réellement à la hauteur du talent incandescent de Kaori.
En contrepartie, la seconde partie semble un peu moins dynamique et hyper-vitaminée. Ce temps plus calme sert à développer les personnages et leur vie d’ado presque normaux.

Ainsi, on s’intéresse à Kaori et Kôsei en-dehors de leurs talents de musiciens car, comme dit Tsubaki, la meilleure amie, Kôsei a des talents autres que la musique. La relation que celui-ci entretient avec la musique est vraiment passionnante : d’un côté, on sent qu’il ne peut vivre sans ; de l’autre, il refuse de s’y remettre réellement. Ce tiraillement l’empêche de savoir où il en est… et c’est bien sûr le point fort du manga !  Et inutile de préciser que ce n’est pas à la fin du tome 2 que Kôsei a résolu son problème, même si Kaori fait de gros efforts pour le sortir de sa torpeur – de préférence en soignant le mal par le mal !

En conclusion, Your lie in april est un manga qui parle vraiment bien de musique, en la représentant avec une incroyable énergie ! C’est relativement drôle et c’est aussi plutôt fin sur l’aspect psychologique. Après ces deux tomes de mise en bouche, je suis assez curieuse de voir comment la relation semi-professionnelle de Kaori et Kôsei va évoluer et surtout comment Kôsei va se remettre sérieusement au piano !

Your lie in april #1 & 2, Naoshi Arakawa. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, avril 2015.

A Silent voice #1-2, Yoshitoki Oima

 

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Shoko Nishimiya est sourde depuis sa naissance. Même équipée d’un appareil auditif, elle peine à saisir les conversations, à comprendre ce qui se passe autour d’elle. Effrayé par ce handicap, son père a fini par l’abandonner, laissant sa mère l’élever seule. Quand Shoko est transférée dans une nouvelle école, elle s’emploie à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, rien n’y fait : les persécutions se multiplient, menées par Shoya Ishida, le leader de la classe.
Tour à tour intrigué, fasciné, puis finalement exaspéré par cette jeune fille qui ne sait pas communiquer avec sa voix, Shoya décide de consacrer toute son énergie à lui rendre la vie impossible. Psychologiques puis physiques, les agressions du jeune garçon se font de plus en plus violentes… jusqu’au jour où la brimade de trop provoque une plainte de la famille de Shoko, ainsi que l’intervention du directeur de l’école.
À cet instant, tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui jusque-là ne manquaient pas eux non plus une occasion de tourmenter la jeune fille, vont se retourner contre lui et le désigner comme seul responsable…

Le premier volume de A Silent voice prend la forme d’une longue analepse. Au début de l’histoire, Shoya rencontre Shoko, alors qu’ils sont désormais au lycée. Cette rencontre va pousser Shoya à se remémorer la façon dont Shoko et lui se sont rencontrés, puis côtoyés, et la façon dont il lui a rendu la vie absolument impossible.
Ne vous fiez pas à l’aspect tout doux de la jaquette… l’histoire est beaucoup plus dure qu’il n’y paraît.

Car Shoya n’a aucune limite. Et ce qui est terrifiant, c’est que personne (camarades, professeurs, responsables de l’école…) ne lui en donne. Shoya commence par titiller Shoko, avant de devenir plus pressant – pour tenter de déterminer son degré de handicap. Au fil des jours, et de son incompréhension qui monte, il devient de plus en plus inventif dans les brimades à faire subir à sa camarade. Tout ça avec, semble-t-il, l’approbation tacite de son entourage. Dit comme cela, le sujet peut sembler franchement glauque. Mais le manga ne présente pas seulement un vaste catalogue des brimades et autres violences à appliquer à ses camarades.
En fait, c’est l’angle choisi qui rend le manga passionnant : il ne faut pas oublier que l’histoire nous est racontée par le Shoya de 18 ans, qui a donc un certain recul critique. De plus, même enfant, il finit par se heurter à sa conscience (aidé en cela par la classe qui se retourne subitement contre lui), et remâchera ses errements toute sa jeunesse. Et cet angle de vue rend l’histoire nettement plus prenante que s’il était seulement question de Shoko, victime de ce harcèlement scolaire, qui nous contait son histoire ou s’il était seulement question de mettre en scène le harcèlement scolaire.

J’ai aimé le trait qui rend vraiment bien les émotions – notamment celles de Shoko, que l’on lit directement sur son visage.  En plus, le découpage est assez dynamique, donc malgré l’absence d’action proprement palpitante, les pages défilent sans problème.

Le premier volume est vraiment un tome d’exposition. Mais, malgré cela, l’histoire est très prenante, et le thème extrêmement bien traité. Là où l’auteur frappe très fort, c’est que l’on finit par comprendre Shoya… et à s’attacher à lui, aussi odieux a-t-il été enfant. La fin revient à la rencontre du début : on a la sensation d’en savoir beaucoup plus, tout en ayant conscience que le vif de l’histoire n’a pas encore démarré.
Quoi qu’il en soit, ce premier volume est très réussi !

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Shoya a compris ce qu’il a fait, et a fait pénitence. Son objectif est clair : il doit retrouver Shoko, s’excuser… et mettre fin à ses jours. 

À nouveau, ne pas se fier à la couverture. Je craignais que ça ne tourne bêtement à la romance mais, ouf ! Ce n’est pas le cas.

On retrouve donc Shoya au moment où il rencontre Shoko, dans son établissement, et lui présente ses excuses. La façon dont il les présente montre le travail qu’il a effectué sur lui, qui ne manque pas de surprendre (Shoko, comme le lecteur, d’ailleurs).
L’histoire va permettre de développer d’autres personnages, comme le camarade de classe de Shoya, ou le petit ami surprotecteur de Shoko. Ce volume est également plus riche en sentiments : Shoya se heurte à la fureur (compréhensible) de la mère et du petit ami de Shoko, à celle de sa propre sœur, mais aussi à la sollicitude de son camarade de classe et, curieusement, celle de Shoko. Les relations entre personnages sont vraiment plus fouillées que dans le premier volume : celles de Shoya a son entourage, bien sûr, a son importance, mais la plus touchante est probablement celle qui unit Shoko à sa sœur.

Difficile de définir ce qu’il y a entre Shoya et Shoko mais il est évident que la relation s’étoffe. Le volume est assez introspectif, et pousse à s’interroger sur ce que sont les relations fraternelles et l’amitié, ou sur l’importance de la communication (Shoko étant sourde, ce thème a donc toute son importance). Les personnages se posent beaucoup de questions pertinentes, qui font avancer l’histoire. Malgré cet aspect très psychologique, le volume est très prenant, car il y a plein de petites péripéties (dramatiques ou comiques), et le découpage très dynamique permet de ne pas s’ennuyer.
Le volume finit à nouveau en plein suspens… ça va être long d’attendre le tome suivant !

A silent voice démarre donc très bien ! Le trait tout en douceur et rondeurs contraste avec la violence de l’histoire, qui est mise en scène avec intelligence et sans pathos. Les questions que se posent Shoya et les autres, sur leur comportement, l’amitié, ou la communication, sont finement traitées. Le découpage est dynamique et, même si ce n’est pas bourré d’action, on ne s’ennuie pas un instant. La série est terminée au Japon, en 7 volumes… et on attend impatiemment la suite, annoncée pour le mois de mai !

A Silent voice, tomes 1 et 2, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin. Ki-oon, 2015, 192 p.

 

◊ Dans la même série : A Silent voice (3-4) ;

Erased #1-3, Kei Sanbe

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2006. Aspirant mangaka dont la carrière peine à décoller, Satoru Fujinuma travaille comme livreur de pizzas pour joindre les deux bouts. Effacé et peu enclin à s’ouvrir aux autres, il observe le monde qui l’entoure sans vraiment y prendre part. Pourtant, Satoru possède un don exceptionnel : à chaque fois qu’un incident ou une tragédie se déroule près de lui, il est projeté quelques minutes dans le passé pour trouver ce qui cloche et empêcher l’inévitable avant qu’il se produise…

Cette anomalie de l’espace-temps lui vaut un séjour à l’hôpital le jour où, pour rattraper le conducteur d’un camion fou, il est percuté par un autre véhicule de plein fouet. Après l’accident, petit à petit, les souvenirs effacés de l’enfance traumatisante de Satoru resurgissent…

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 Le premier volume est essentiellement un tome introductif. On y découvre Satoru, son petit job de livreur de pizzas et… son don. Les premières pages sont un peu confuses, car les scènes se répètent (après tout, c’est la base du don de Satoru), avec quelques détails présentés sous un angle différent, ce qui fait que la chronologie n’est pas toujours instinctive.
Et cette impression va se poursuivre : l’accident de Satoru, la répétition d’épisodes de retour en arrière, et l’arrivée de sa mère vont faire resurgir des souvenirs d’enfance que Satoru avait préféré enfouir. Cette fois, l’impression de confusion ne vient plus du fait qu’il y a des répétitions que l’on a du mal à bien comprendre, mais plutôt de l’histoire morcelée qui commence à prendre forme. Et, si le départ pouvait sembler quelque peu ardu, la suite met carrément l’eau à la bouche. Il y a sans aucun doute une histoire assez sombre dans le passé de Satoru, et on a hâte de savoir comment son passé va s’articuler avec son présent, et son don particulier.

Le premier volume tourne autour de 3 personnages : Satoru âgé de 28 ans, sa mère – qui, elle, sait ce qu’il y a dans le passé de son fils – et Airi, une lycéenne qui travaille avec Satoru. Si, bien sûr, c’est Satoru qui a le rôle titre, il est intéressant de voir que les deux figures féminines ne sont pas délaissées ; Satoru n’est pas particulièrement sympathique mais, curieusement, c’est bien pour cela qu’on s’intéresse à ses aventures. Car malgré un côté asocial très prononcé, ses réflexions ne manquent pas d’intérêt, et ses préoccupations non plus !
Côté graphismes, les tons plutôt sombres et les décors urbains fouillés viennent souligner l’ambiance assez prenante du thriller, mais on regrettera que les visages ne soient pas toujours très soignés (notamment celui de la mère de Satoru).

Impossible d’évoquer ce premier tome d’Erased sans parler de la fin… le suspens prend doucement mais, une fois qu’il s’installe, il ne quitte plus le lecteur. Le volume s’achève en apothéose, sur un retournement de situation aussi brutal qu’inattendu ! Au vu de la fin, on ne peut qu’avoir envie d’en savoir plus !

Erased #1, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 200 p.

Attention, ce qui suit contient des spoilers sur la fin du premier volume.


Intriguée par ce qui semble être une tentative de kidnapping, la mère de Satoru commence àerased-2-kei-sanbe se poser des questions sur la série de meurtres qui a secoué Hokkaidô 18 ans plus tôt. Et si la justice ne tenait pas le vrai coupable ? Mais celui-ci l’a reconnue : avant qu’elle ait pu mener l’enquête, elle est assassinée. Satoru, arrivé sur les lieux juste après le drame, se retrouve alors propulsé à l’époque de son enfance, quelques jours avant la disparition tragique d’une de ses camarades de classe ! Désormais convaincu que les meurtres sont liés, il va tout faire pour changer le cours des choses…

 

Ce second volume exploite un peu plus le pouvoir de Satoru, puisque celui-ci est projeté 18 ans auparavant, dans son corps d’enfant, avec la certitude qu’il doit empêcher la disparition de sa petite camarade de classe, Kayo.
Le grand intérêt du volume, c’est de voir comment Satoru va tenter, par tous les moyens à sa disposition, d’infléchir le destin de Kayo, parfois en changeant carrément les événements… et parfois, en arrivant exactement aux mêmes résultats (à son grand désespoir).

L’histoire va permettre de questionner les souvenirs d’enfance : Satoru a complètement oublié certains événements de sa jeunesse, alors que d’autres points sont beaucoup plus marquants. C’était déjà amorcé dans le premier tome, évidemment, puisque Satoru redécouvrait totalement cette affaire occultée. Mais là, en étant confronté de nouveau à sa vie d’enfant, Satoru va pouvoir comparer les souvenirs qu’il a, avec ceux qui remontent à sa mémoire.
Ce retour permet également de nuancer les personnages : présentée comme une sorte de mégère dans le premier volume, la mère s’humanise nettement ici. Satoru, de son côté, est nettement plus sympathique ! Le décalage entre son personnage d’enfant et ses réactions d’adulte ne manque pas de piquant, et occasionne quelques passages assez drôles – dans une ambiance plutôt tendue.

Par rapport au premier tome, celui-ci est nettement plus calme et posé, on est toujours dans la lignée du volume introductif. Mais ce n’est pas long pour autant ! L’intrigue est fournie, on cherche comment Satoru va débloquer la situation, et on s’attache aux personnages. De plus, les graphismes semblent plus soignés que dans le premier tome.
Le volume s’achève, encore une fois, en apothéose. L’auteur termine ce tome sur un sentiment de plénitude bien agréable. Avant de replonger le lecteur dans l’angoisse, et ce seulement en deux pages. La conclusion est magistrale et… on veut savoir la suite ! La bonne découverte du tome 1 se confirme donc !

Erased #2, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 192 p.

 

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Aidé par ses camarades de classe, Satoru réussit à se rapprocher de Kayo. Et la fillette survit au 1er mars !

Mais Satoru crie victoire trop vite. Kayo disparaît le 3 mars… et celui-ci est à nouveau projeté dans le présent, en 2006, alors qu’il est en cavale. Pourquoi la rediffusion l’a-t-elle projeté 18 ans plus tôt ? Pourquoi a-t-elle échoué ?

 

Retour au présent et, cette-fois, on nage en plein thriller, Satoru étant recherché pour le meurtre qui clôt le premier volume. Une seule certitude, le meurtrier est à Chiba, et Satoru l’a probablement déjà croisé.
Avec la complicité d’Airi, il tente de le débusquer, et s’enferre peu à peu dans la clandestinité.

La tension est palpable de bout en bout ; autant, dans le tome précédent, on était tenus par l’envie de savoir ce qui allait se passer pour Kayo, autant là c’est du suspens pur. L’ambiance est même un tantinet angoissante : les scènes de fuite, de course-poursuite ou d’esquive sont nombreuses et bien menées, et le découpage des pages souligne ce suspens très prenant.

Les décors sont, à nouveau, très soignés, et accentuent l’atmosphère angoissante qui se dégage des pages. L’enquête progresse nettement, on sent qu’on touche presque au but… et la fin, encore une fois, offre un rebondissement maîtrisé et qui laisse le lecteur plein de questions !

Erased #3, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 190 p.

Voilà une série vraiment prenante ! Le thème du voyage dans le temps est assez léger, mais donne lieu à une intrigue passionnante : l’enquête est bien menée, le suspens est au rendez-vous dans les trois tomes, et on termine chaque volume avec l’envie de savoir comment tout cela se goupille. Le trait de Kei Sanbe est maîtrisé, mais ses visages d’adultes semblent moins réussis que ses personnages enfants. Les décors, de leurs côtés, sont splendides ! Dans ces trois tomes hautement prenants et efficaces, je note une petite préférence pour le second, à l’atmosphère délicieusement mélancolique, tandis que Satoru revisite son enfance. Le tome 4 sort en février, et il va sans dire que j’attends de pied ferme la suite de cette série uchronique !

◊ Dans la même série : tomes 4 et 5 ;

Emma #1-5, Kaoru Mori.

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Emma est domestique chez Madame Stowner, qui lui a tout appris. Un jour, celle-ci reçoit la visite de William, dont elle a été la gouvernante lorsqu’il était enfant. Rapidement, le jeune homme s’aperçoit qu’il n’est pas tout à fait indifférent au charme de la belle jeune femme. Il oublie alors volontairement ses gants, pour pouvoir la revoir… et scelle leurs destins. Romance interclasse à l’ère victorienne !

Emma est l’autre série de Kaoru Mori, la très talentueuse auteur de Bride Stories. Cette fois, changement de décor : on est en pleine Angleterre victorienne, au 19è siècle, et l’on suit les pérégrinations d’Emma, une jeune bonne travaillant chez une gouvernante à la retraite.
On retrouve également le trait extrêmement travaillé de Kaoru Mori : les décors sont superbes, les cases extrêmement soignées. Seul bémol : les personnages ne sont pas toujours bien différenciés et, à plusieurs reprises, on se prend à se demander qui est qui…

Ce premier tome est une excellente introduction à l’univers, et à l’histoire. On découvre, bien sûr, la vie des domestiques au XIXe, les relations qu’ils entretiennent avec ceux qu’ils servent – il y a réellement deux mondes qui coexistent – et un très beau panorama du Londres d’époque.
Tous les protagonistes sont introduits ici : Emma, bien sûr, dont on apprend comment elle a eu ses premières lunettes et comment ça lui a changé la vie, Mme Stowner, dont on découvre la carrière, William et son amour immodéré pour les affaires et les soirées mondaines (qu’il néglige avec autant de talent), son père et son caractère un peu dur, et Hakim, le prince indien ami de William qui débarque en fanfare avec courtisanes, tapisseries et éléphants.

Le premier tome mêle aventure historique, début d’idylle, panorama complet, et humour. Il y a une foule de scènes extrêmement drôles, notamment lorsque Hakim tente de faire emprunter un livre léger et osé à William à la bibliothèque publique, ou lorsqu’il teste le cabriolet dans les couloirs de la maison.

L’histoire démarre doucement, mais sûrement. C’est un beau portrait, un bon tome introductif donc, une seule chose à dire : je lis la suite !

Emma #1, Kaoru Mori. Kurokawa, 2007, 192 p.

 

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William semble ne pas être perturbé par sa différence de classe avec Emma. Pour leur premier rendez-vous, il l’emmène au Crystal Palace. Leur histoire semble bien partie, mais une tragédie va en perturber le cours… 

Cette fois, on rentre vraiment dans le vif du sujet : l’histoire d’Emma et William. Autant le premier tome était un peu lent, quoique plein de petites choses, autant celui-ci permet de réellement se concentrer sur l’histoire naissante entre les deux jeunes gens.

À nouveau, le trait de Kaoru Mori fait mouche : la finesse d’exécution des décors du Crystal Palace, par exemple, laisse rêveur ! En revanche, sur les personnages, il y a toujours trop peu de différences et, du côté des nobles, il est parfois difficile de les identifier.
La tension dramatique se précipite dans la dernière partie puisqu’une tragédie va bouleverser l’histoire d’Emma et William – sans compter, évidemment, le père de ce dernier. C’est vraiment avec ce tome qu’on commence à prendre fait et cause pour les tourtereaux, et que l’histoire démarre. Les caractères des personnages sont affinés, et on commence à discerner comment s’organisent les forces en puissance.

Emma #2, Kaoru Mori. Kurokawa, 2007, 192 p.

 

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Emma a décidé de trouver un nouvel emploi et quitte Londres pour retrouver son village natal. Dans le train, elle croise Tasha, une jeune domestique travaillant pour une riche famille allemande, qui lui permet d’entrer dans le manoir. Mais son expérience en tant que bonne de Mme Stowner ne l’a pas vraiment préparée à travailler dans un manoir empli de domestiques. 

Emma et William sont séparés, celle-ci ayant décidé de regagner son village natal. On suit donc leurs parcours séparément : William se laisse abrutir par le travail – dans lequel il se lance à corps perdu – et les soirées mondaines, qu’il fréquente désormais avec courage et abnégation.
Le tome permet de mettre en valeur d’un côté la vie des nobles, chatoyantes et colorée, et celle des domestiques, qui vaquent toute la journée à de multiples activités.
Le trait est, à nouveau, très précis et détaillé, et les cases fourmillent de détail. Le manga semble extrêmement bien documenté tant du côté des nobles que du côté des domestiques. C’est également assez précis sur la société de l’époque, ce que l’on voit notamment avec la famille allemande chez qui Emma va travailler, des commerçants aisés, mais non issus de la noblesse.

La fin fait rencontrer à Emma un nouveau personnage – une amie de Dorothea, sa maîtresse – dont on sent qu’il aura par la suite son importance… et le volume se conclut sur un bref aperçu de l’enfance de William, où il est de nouveau question du fameux Crystal Palace !

Emma #3, Kaoru Mori. Kurokawa, 2007, 192 p.

 

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William suit les ordres de son père, mais n’arrive pas à oublier Emma. Sa sœur Grace étant malade il accompagne Eleanor à l’opéra à sa place. Là, la jeune fille profite de l’intimité de la loge pour ne rien cacher de ses sentiments pour William… sera-t-elle celle qui lui fera oublier Emma ?

Le début de l’histoire se concentre sur William, plus que jamais pris par les affaires, et l’arrivée d’Eleanor dans l’histoire. On perce enfin la carapace du jeune homme, et on comprend de mieux en mieux tout le problème que représente sa situation.
Eleanor, de son côté, est de plus en plus affirmée, et il est également intéressant de découvrir cette très jeune fille – dont on imagine sans peine qu’elle doit avoir quinze ou seize ans, à peine… La famille de celle-ci semble très attachée à la petite dernière, en témoigne le scandale que sa sœur fait à William… et qui amène l’histoire à un tournant clé. Le suspense est donc à son comble.

Pendant ce temps-là, au manoir où travaille Emma, le suspense est également à son comble, Emma ne laissant pas les autres domestiques indifférents. Dans le manoir, on a l’impression d’avoir affaire à une véritable armée de domestiques, efficace, bien rodée, et qui ne laisse rien au hasard – Emma en est le parfait exemple. Justement, son efficacité l’a fait remarquer, et elle accompagne donc ses maîtres à Londres, ce qui ne lui fait pas particulièrement plaisir. Voilà que réapparaît l’amie de Dorothea, qui n’est autre que la mère de William… et qui se préparer à célébrer les fiançailles de son fils, qui donne une fête pour l’occasion. Or, l’amie de Dorothea ne peut s’y rendre seule, et Dorothea va donc… lui prêter Emma… qui ignore où et chez qui elle va. Quiproquo en vue.
Le climax est atteint lorsque les deux amoureux sont mis en présence, et lorsque William va tout faire pour empêcher Emma de filer à l’anglaise.

Jusque-là, c’est probablement le meilleur tome : on est servis par le côté historique extrêmement documenté, l’ambiance est parfaitement rendue. C’est drôle de temps en temps, le suspense est au rendez-vous, et il y a même quelques émotions. Bref : c’est excellent !

Emma #4, Kaoru Mori. Kurokawa, 2007, 200 p.

 

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Dans sa jeunesse, le père de William était lui aussi anti-conformiste, ce que prouve bien sa rencontre avec la mère de William. 
Emma sait désormais quels sentiments William lui voue. Le couple tente de se réunir… mais le baron Campbell, le père d’Eleanor est là pour veiller au grain. 

La première partie offre un retour en arrière, et l’on y découvre l’histoire bien singulière des parents de William : une histoire très sensible, émouvante, et vraiment bien menée – et qui laisse quelque espoir pour Emma et William…
La suite, malheureusement, reprend nos amoureux prêts à se séparer, William étant désormais promis à Eleanor, qui souffre de son côté de l’apparente indifférence de son jeune fiancé.

Les émotions des personnages sont vraiment travaillées : on s’attache même à Eleanor alors que, en théorie, on devrait l’apprécier beaucoup moins. Il en va de même avec Hans, un des collègues d’Emma, qui s’attache à effrayer le personnel, mais que l’on sent vraiment proche d’Emma. J’aime beaucoup le duo principal, mais Hans fait également partie de mes personnages favoris. L’auteur soigne vraiment sa galerie !

Les péripéties, dans cet opus, sont plus nombreuses et variées que précédemment : entre l’incendie qui se déclenche au manoir, l’arrivée inopinée de William (qui ravit Dorothea !) ou la rencontre entre les parents de William et ceux d’Eleanor, on est servis. Via cette rencontre, on plonge d’ailleurs dans l’univers de la haute noblesse… qui semble assez glauque et sombre. La fin laisse évidemment sur des chardons ardents, et on a évidemment envie de savoir comment Emma et William vont s’en sortir !

Emma #5, Kaoru Mori. Kurokawa, 2008, 192 p.

 

Avec ces cinq premiers tomes, Kaoru Mori lance l’histoire vraiment touchante d’Emma et William. Le contexte historique est vraiment fouillé, et ce manga est une mine d’informations sur la vie dans l’Angleterre du XIXe siècle, que l’on soit domestique, membre de la haute société, ou noble. La romance est le fil de l’intrigue mais ce n’est absolument pas le centre de l’histoire : le manga est peuplé de petits faits du quotidien, qui alimentent au fur et à mesure l’histoire. C’est vraiment bien fait, ce n’est pas pesant, et on ne tourne pas en boucle autour des histoires de cœur d’Emma et William, ce qui est bien agréable.
Le trait est délicat, travaillé, et les cases fourmillent de détails : c’est un vrai délice. Seul reproche : les personnages ne sont pas toujours suffisamment différenciés et on a parfois du mal à savoir qui est qui, au juste. 
En somme, cette série démarre plutôt bien et si vous appréciez les récits historiques fouillés et bien menés, notez ce titre !

Bride Stories #4-5, Kaoru Mori.

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Obligé de renoncer à la belle Talas, Smith, qui a enfin trouvé un guide, repart pour Ankara en passant par la Perse. Mais sa route est semée d’embûches… Voilà notre chercheur contraint de faire une nouvelle halte non loin de la mer d’Aral ! De son côté, la famille de Pariya s’apprête à recevoir le père du jeune homme rencontré à Kalaza. Un futur époux en perspective ?

Le volume s’ouvre sur la suite des aventures d’Amir et de ses proches. Si le clan Hargal a échoué à récupérer sa benjamine, ils n’en sont pas moins déterminés à la ramener pour la marier à l’époux de sa défunte sœur. Les voilà donc partis nouer de bien sombres alliances…
Au village, les parents de Pariya, la volcanique petite voisine, s’apprêtent à recevoir un fiancé potentiel, ce qui ne manque pas d’inquiéter la (très) jeune fille : voilà qui nous permet de voir comment se déroulait la présentation des potentiels fiancés…

Mais le véritable protagoniste de cet opus, c’est Smith, notre explorateur anglais. On le retrouve avec son guide, sur la route d’Ankara, tout à son chagrin d’avoir dû renoncer à Talas. Smith poursuit son chemin et passe le long de la mer d’Aral, où il rencontre fortuitement deux jeunes sœurs jumelles, Layla et Leyli. Suite à un imbroglio, il se retrouve à jouer les médecins dans leur village, et donc à poursuivre ses travaux de recherche.
Parallèlement aux réflexions et découvertes du jeune britannique, on suit les aventures désopilantes de Layla et Leyli, qui sont bien décidés à se trouver des maris. Beaux, jeunes, riches, et intelligents, tant qu’à faire. Si possible des frères. N’habitant pas trop loin. Autant dire que ce n’est pas facile à faire. Mais qu’à cela ne tienne, les deux jumelles ne manquent pas d’idées farfelues pour mettre la main sur deux beaux mâles. Jusque-là, c’est très probablement le tome le plus drôle de la série. Entre les stratagèmes des deux jumelles, la fausse potion magique de la grand-mère, les petites réflexions sur la vie ou les manières de Smith, les révélations des autres femmes du village sur les manières d’appâter un mari ou bien l’entraînement intensif pour jeune mariée, on ne manque pas d’occasion de rire !

Le volume est hilarant, certes, mais ne manque pas de passages plus profonds ou émouvants. Ainsi, la désillusion des jumelles fait peine à voir, mais la découverte de leurs futurs maris (et la réciproque) est mise en scène avec une grande sensibilité. Preuve, s’il en fallait une, que Kaoru Mori sait jouer sur les différents tableaux, et varie les scènes !
De plus, on continue de découvrir les mœurs de l’Asie mineure non seulement en termes de vie quotidienne, mais aussi dans l’opposition entre peuples sédentaires et nomades – particulièrement bien marquée par le comportement d’Amir, et ses réflexes nomades bien ancrés, qui ont tendance à surprendre sa belle-famille !

Le dessin est toujours aussi sublime, et fourmille de détails. On pourrait passer des heures à ne lire qu’un seul tome pour seulement profiter de la qualité du trait.
Le bonus contient une scène de marché aux chevaux, dans laquelle on voit Yussuf, le beau-frère de Karluk et Amir, emmener son fils aîné Torkan se choisir un cheval : l’occasion de voir comment est perçue la monture, qui devient un compagnon fidèle à respecter et à aimer. Les dernières cases, où Yussuf s’adresse à son cheval, sont pleines d’humour, mais parfaitement représentatives !

En bref, un tome aussi bon que les précédents, et qui a le mérite d’être particulièrement drôle !

Bride Stories #4, Kaoru Mori. Ki-oon, 2012, 190 p. Traduit par Yohan Leclerc.

 

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Le mariage de Layla et de Leyli approche à grands pas et les préparatifs vont bon train ! Négociations entre familles, organisation des réjouissances, préparation des mariés… Tout le monde s’affaire, même Smith, qui parvient à convaincre son guide de rester jusqu’aux festivités.

On poursuit directement l’histoire du tome précédent : cette fois, les tractations sont engagées, et le mariage est sur la bonne voie. C’est le moment d’assister à la fameuse cérémonie, qui donne son titre à la série. De la préparation des jeunes mariés à celle du banquet, on ne rate rien : bains, vêtements, maquillage, musique, procession, attente interminable… on s’y croirait !

À côté de ça, c’est encore un tome plein d’aventures, car les deux jumelles ne tiennent décidément pas en place, et ne sont pas en reste pour faire des sottises. À nouveau, c’est drôle – quoique parfois on souffre pour les infortunés maris, même s’ils ont du répondant.
Le tome précédent présentait quelques scènes émouvantes, et on en retrouve ici, notamment lorsque la noce est terminée et qu’il faut… déménager. C’est encore un tome extrêmement riche en découverte des us et coutumes, que l’auteur parvient à faire passer via la galerie de personnages auxquels on s’attache avec une facilité déconcertante. D’ailleurs, c’est avec une certaine tristesse que l’on quitte les jumelles.

Mais on retrouve Karluk et Amir, dans un chapitre de scènes de la vie quotidienne qui offre quelques illustrations en pleine page, et bien agréables à regarder. La suite de l’histoire se concentre sur le couple phare : c’est intéressant, mais c’est moins prenant que le début de la série.

Bride Stories #5, Kaoru Mori. Ki-oon, 2013, 199 p. Traduit par Yohan Leclerc.

Ces deux tomes offrent une parenthèse dans l’histoire d’Amir et Karluk, pour poursuivre celle d’Henry Smith, qui est donc l’occasion de découvrir de nouveaux personnages. La qualité du dessin est toujours au rendez-vous, de même que le contenu historique que l’on découvre avec autant de curiosité que de plaisir. Dans l’ensemble, ces deux tomes sont beaucoup plus drôles que les trois précédents. 
En bref, si ce n’est pas le coup de cœur absolu des trois premiers, ces deux tomes ont encore été une très belle découverte : voilà une de mes séries manga favorites !

 

◊ Dans la même série : tomes 1 à 3 ; tomes 6 et 7.

 

Bride Stories, Kaoru Mori.

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La vie d’Amir, 20 ans, est bouleversée le jour où elle est envoyée dans le clan voisin pour y être mariée. Elle y rencontre Karluk, son futur époux… un garçons de huit ans son cadet ! Autre village, autre mœurs… La jeune femme, chasseuse accomplie, découvre une existence différente, entre l’aïeule acariâtre, la ribambelle de neveux et nièces espiègles, et Smith, l’explorateur anglais venu étudier leurs traditions. 
Mais avant même que le jeune couple ait eu le temps de se faire à sa nouvelle vie, le couperet tombe : pour conclure une alliance plus avantageuse avec un puissant voisin, le clan d’Amir décide de récupérer la jeune mariée coûte que coûte… 

Bride Stories est de ces petites pépites absolument indispensables. Plonger dans le premier tome, c’est s’assurer une addiction totale à ce manga !

Bride Stories #1. 
2011, 186 p.

 

 

 

 

 

 

 

La première chose qui frappe, c’est évidemment le dessin de Kaoru Mori : le trait est précis, le dessin soigné, et le souci du détail poussé à son paroxysme. Le manga se lit deux fois moins vite que les autres tant il y a de petits détails à scruter, et à regarder partout. C’est absolument merveilleux tellement c’est beau !
Dans ce premier tome, on suit donc Amir qui s’habitue à son nouveau clan, et à son très jeune mari. C’est, bien sûr, l’occasion de découvrir une histoire et des mœurs : l’histoire se déroule dans les steppes d’Asie Centrale, au XIXe siècle. Si la famille de Karluk est sédentaire, celle d’Amir était nomade une moitié de l’année et la jeune femme doit se faire à un nouveau mode de vie. Les clans vivent de l’élevage des moutons, du tissage de la laine et on les suit dans les petites histoires du quotidien : visites à la famille, visite chez les artisans (notamment chez l’ébéniste… ces pages sont une pure merveille !), disputes des enfants, principes éducatifs, repas, lessive… C’est extrêmement varié et sert tant à dresser le portrait des personnages qu’à étoffer l’ambiance de la grande maison.

 

On suit avec intérêt l’évolution de la relation entre Amir et Karluk : c’est narré tout en douceur et délicatesse car, en plus de dessiner merveilleusement bien, Kaoru Mori a un véritable talent de conteuse. Elle tisse donc doucement les relations entre personnages, mettant en scène l’acclimatation de la jeune Amir. Et tout va pour le mieux jusqu’au moment où le clan Hargal, celui d’Amir, décide de récupérer la jeune femme afin de la marier à quelqu’un d’autre. Alors qu’on arrive en fin de tome, l’auteur introduit une bonne note de suspens car, évidemment, on se demande si le clan Hargal va parvenir à ses fins, et comment cela va tourner pour Amir.

Bride Stories #2. 
2011,195 p.

 

 

 

 

 

 

 

Le second tome est aussi maîtrisé que le premier. Côté dessin, c’est encore une pure merveille. On appréciera, cette fois, le détail des broderies largement mises en scène pour illustrer le travail des femmes, ou la scène de la préparation du pain. C’est le moment d’apprendre que la constitution d’un trousseau (qui coûte une fortune) commence très tôt, et que les jeunes femmes sont amenées à broder des kilomètres et des kilomètres de tapisseries. Ce second tome est globalement plus violent : le clan d’Amir n’abandonne pas l’affaire, et tente coûte que coûte de la récupérer. Il y a donc un suspens nettement plus soutenu que dans le premier volume, et cela permet d’avoir un aperçu encore plus approfondi sur les mœurs en Asie centrale à cette époque-là.
La relation entre Amir et Karluk évolue, et c’est souvent émouvant ! On commence à discerner les raisons du choix du titre : si le mariage d’Amir et Karluk est menacé par le clan Hargal, il est également question de Pariya, une jeune femme du village célibataire, qui ne trouve aucun homme acceptant de l’épouser, et du futur mariage de Tileke, qui est presque en âge de se marier. Le tome s’achève sur le départ de Smith, l’explorateur anglais en résidence dans le clan Eyhon en tant qu’observateur – un personnage essentiel pour entraîner des explications utiles aux lecteurs !

Avec le départ de Smith, Kaoru Mori inscrit son histoire dans un contexte plus vaste : les dissenssions avec les Russes, la réduction du territoire des clans nomades, ou les bisbilles interclans.


Bride Stories
#3

2011, 200 p.

 

 

 

 

 

 

 

Le troisième tome change de point de vue : jusque-là, on suivait Amir et Karluk ; ce volume-là se concentre sur Smith, qui a quitté le clan pour reprendre son voyage et gagner Ankara (ce qui représente un périple de plusieurs mois). En attendant son guide, Smith rencontre une très jeune veuve, Talas, apprenant de nouvelles choses sur la façon dont on conçoit le mariage à l’époque – et sur la haine de l’étranger, au passage. Ce tome est encore plus émouvant que les précédents : le point de vue de Smith nous glisse dans la peau de l’observateur qui ne comprend pas toujours le bien-fondé des traditions.
Le point de vue entraîne de nouvelles découvertes (culinaires, notamment !). Sur fond de route de la Soie, l’auteur brosse avec talent le tableau d’une civilisation.

Bride Stories, en somme, est une série d’une qualité incroyable : le récit est riche et bien mené, le dessin fouillé, et on s’attache extrêmement vite aux personnages. Heureusement qu’il reste encore quelques tomes à lire car c’est un gros coup de cœur !

◊ Dans la même série : tomes 4 et 5 ; tomes 6 et 7.

 Bride Stories, tomes 1 à 3, Kaoru Mori.
Ki-oon, 2011.
10/10 

 

Pluto #3-4, Naoki Urasawa.

Les robots les plus puissants du monde sont menacés ! Meurtres et destructions se succèdent, et Gesicht est toujours sur l’affaire. Un roi des enfers, un groupuscule anti-robots et le créature d’une armée ultra perfectionnée… Suspects, factions, dangers… le mystère s’épaissit !

Le troisième tome de Pluto est moins centré sur Gesicht, mais laisse la part belle aux figures secondaires bien développées, comme Uran – la petite sœur d’Astro, qui s’avère être une jeune fille généreuse et espiègle, et Epsilon, un robot ultra-perfectionné et d’assez mauvaise humeur. L’étau se resserre, et Pluto, de plus en plus terrifiant, se rapproche un peu plus à chaque page : autant dire que la tension est, encore une fois, à son comble.
On découvre également la montée en puissance d’un groupuscule anti-robots aux idées velléitaires, et ressemblant à s’y méprendre à Ku Klux Klan. L’enquête, du coup, se dote d’un nouveau niveau, la rendant encore plus complexe. D’autant que, là, on voit rapidement comment Gesicht va y être lié, sans toutefois suivre le personnage. Cela augmente considérablement le suspens !
Tout devient de plus en plus complexe, mais ce n’est, heureusement, pas compliqué : au contraire, on suit avec avidité les différentes pistes esquissées par le mangaka, tout en commençant à entrevoir comment le puzzle s’organise. La fin nous laisse sur un suspens quasi insoutenable, et l’envie irrépressible de lire le tome 4 à la suite.

Le tome 4, de son côté, marque un net virage dans l’histoire de la saga, et est empreint d’une grande émotion : si l’intrigue, à nouveau, se complique d’un cran, certains développements sont propres à tirer une larmichette aux lecteurs les moins aguerris.
Ici, on a l’impression que l’intrigue part en tous sens, tellement l’ampleur des conspirations semble énorme. De plus, dès le départ, la tension augmente et l’ambiance devient très sombre, avec l’apparition du détestable Goji. Sans compter que les préoccupations du Professeur Hoffmann (le créateur de Gesicht) font froid dans le dos, et font se demander s’il n’y a pas quelque chose qui cloche chez notre robot-inspecteur.  Rebondissements, suspens, complots, émotions : tout est réuni pour faire de ce quatrième tome une petite bombe. Parvenus à la moitié de la saga, on a autant d’incertitudes qu’au début, tout en ayant l’impression d’avoir mis le doigt sur quelque chose d’aussi énorme qu’épouvantable. Non seulement ça colle des frissons, mais en plus on en redemande !

Ces deux tomes nous font atteindre le milieu de la saga et l’envie de lire la suite le plus vite possible. Non seulement l’intrigue semble se complexifier à chaque page, mais en plus le suspens atteint des sommets. Naoki Urasawa sait comment s’y prendre pour faire mariner le lecteur, et présenter une histoire littéralement haletante. L’intrigue trouve, en plus, un sinistre écho dans l’histoire mondiale, et cela le rend le tout d’autant plus prenant.  Les volumes sont difficiles à lâcher, même si certains développements s’avèrent particulièrement tristes, il faut le reconnaître. Pluto est vraiment une excellente série, mêlant SF et intrigue policière, tout en présentant des pistes de réflexion particulièrement stimulantes. C’est dense, c’est prenant, et on en redemande : c’est une série à côté de laquelle il serait vraiment idiot de passer, même si on n’est pas fan de manga !

 

Pluto #3 et #4, Naoki Urasawa. Kana (Big), 2010, 200 p. et 2010, 202 p.
8,5 / 10

 

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Lettre U. 

Pluto, #1 et #2, Naoki Urasawa.

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Quelque part, en Suisse, le très puissant robot Mont-Blanc a été détruit sans que l’on sache par qui ou par quoi. Au même moment, un des cadres d’un groupe de défense des lois sur les robots est assassiné. Deux affaires sans relation ? Pourtant, sur les lieux des crimes, on retrouve le même ornement macabre en forme de cornes…
Qu’est le meurtrier ? Homme ou robot ? Selon les lois sur les robots, c’est impossible, ils ne peuvent pas s’attaquer aux hommes. L’affaires est bien étrange. On dépêche l’inspecteur-robot Gesicht ; il ne tarde pas à découvrir que les sept robots les plus performants du monde sont menacés… et il en fait partie.

Basé sur un chapitre du manga Astroboy, le robot le plus fort du monde d’Osamu Tezuka, Pluto met en scène un antagonisme classique en science-fiction, les humains contre les robots. Sauf qu’ici, les robots sont de plus en plus performants, et peuvent même avoir une apparence humaine – comme Gesicht, Brando, Hercule ou Astroboy.
Dès le premier chapitre, on est plongé dans l’intrigue : l’enquête démarre illico, et tout le monde ressent une profonde tristesse suite à la disparition de Mont-Blanc, un robot aussi performant qu’apprécié. Gesicht, le robot enquêteur, est assez ambigu : c’est un robot, mais il ressemble à s’y méprendre à un humain, et va même jusqu’à imiter leur comportement. C’est d’ailleurs assez curieux : on suit son enquête opiniâtre, durant laquelle Gesicht se demande sans arrêt s’il peut partir en vacances avec son épouse – ce qui, a priori, peut sembler étrange pour un robot. De même, il fait des cauchemars, s’inquiète à propos du surmenage, aime boire du thé… la frontière floue entre les comportements humains et robotiques est vraiment bien mise en valeur. D’autant que le visage de Gesicht, qui semble naturellement taciturne, est très expressif.

Dans ce premier tome, on découvre également un autre robot, North 2, dont l’histoire est très émouvante même si, à première vue, l’épisode peut sembler déconnecté du reste. Il faut attendre la fin de l’épisode consacré au robot majordome pour comprendre où souhaite en venir l’auteur : l’enquête s’annonce complexe et, les éléments étant distribués au compte-goutte, le suspens est très présent.
Les scènes de crime, avec ces cornes plantées de part et d’autre des cadavres génèrent un certain malaise ; on en vient même à se demander s’il n’y aurait pas un peu de fantastique là-dessous. Il y a également un rapport au passé très important, puisqu’il est sans arrêt question d’un conflit armé auquel ont participé tous nos protagonistes.

Dans le second tome, la question de l’identité du coupable est encore plus présente : humain ou robot ? Ces derniers, d’après les lois sur les robots (celles d’Asimov !) ne peuvent s’en prendre aux humains. Pourtant, on sent bien que les enquêteurs hésitent. L’arrivée du fameux Astroboy dans le récit met en valeur cette hésitation, en plus du rejet de certains humains envers les robots (notamment un des enquêteurs). Astroboy, dans Pluto, a une identité graphique légèrement différente que dans le manga initial : Pluto n’est pas un copier-coller, c’est une appropriation d’un univers.
On découvre dans ce volume Astroboy, Hercule, et on retrouve Brando qu’on avait croisé dans le premier tome. Ici, l’aspect SF est encore plus présent, les enquêteurs se déplaçant dans des véhicules volants. Et c’est d’autant plus curieux de voir, dans les passages au Japon, que l’architecture n’a presque pas changé : les maisons individuelles ressemblent à celles que l’on peut voir aujourd’hui, alors qu’autour, tout est très technologisé, high-tech, à base de verre et de métal.
Ici, l’intrigue se complexifie à nouveau : les enquêteurs ont peu ou pas d’éléments. Par ailleurs, la fin du volume commence à laisser entrapercevoir une autre intrigue, à peine dévoilée, et touchant aux étranges rêves de Gesicht : c’est très mystérieux, cela donne très envie d’en savoir plus, et de comprendre comment les deux intrigues vont se combiner !

Ces deux premiers volumes de Pluto proposent donc une intrigue complexe, jouant sur le côté science-fiction et les enquêtes policières. L’intrigue s’annonce d’ores et déjà dense et bien pensée et l’univers fouillé. Le dessin est extrêmement détaillé, les émotions très bien rendues et, pour une fois, les personnages sont dépourvus de ces expressions grossières et exagérées typiques des mangas. C’est un très bon début de série, rythmé, passionnant, avec suffisamment d’éléments pour donner envie de lire la suite, ce que je ferai sans aucun doute !

Pluto, #1 et #2, Naoki Urasawa & Osamu Tezuka. Kana (Big), 2010 (1ère parution 2004 et 2005), 186 p. et 202 p.
8,5 / 10

 

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