The Memory Book, Lara Avery.

On me dit que ma mémoire ne sera plus jamais la même, que je vais commencer à oublier des choses. Au début juste quelques-unes, mais ensuite beaucoup plus. Alors je t’écris, cher futur moi, pour que tu te souviennes !

Sam a toujours eu un plan : sortir première du lycée et filer vivre à New York. Rien ne l’en empêchera – pas même une anomalie génétique rare qui, lentement, va commencer à lui voler ses souvenirs, puis sa santé. Désormais, ce qu’il lui faut, c’est un nouveau plan.
C’est ainsi que naît son journal : ce sont les notes qu’elle s’envoie à elle-même dans le futur, la trace des heures, petites et grandes, qu’elle vit. C’est là qu’elle consignera chaque détail proche de la perfection de son premier rendez-vous avec son amour de toujours, Stuart. Le but ? Contre toute ttente, contre vents et marées : ne rien oublier.

Il était grand temps que je vous parle de ce roman, pour lequel j’ai eu un énorme coup de cœur lorsque je l’ai lu. L’été dernier.
Mieux vaut tard que jamais, non ?
Depuis Nos Étoiles contraires, la sick-litt (ou littérature de malades) a le vent en poupe. Là-dedans, il y a des textes de qualité différente et j’avoue avoir été très agréablement surprise par celui de Lara Avery – mais j’imagine que vous l’aviez deviné.

Le texte emprunte l’apparence du journal intime : celui que Sam adresse à son futur elle amnésique, dont la mémoire aura été rongée par le syndrome de Niemann Pick. Alors, oui, c’est un peu triste – et il est possible que vous soyez obligés de sortir un mouchoir de temps à autres – mais Sam a suffisamment d’humour pour que l’on ne passe pas tout son temps à sangloter.
Au fil des pages, c’est un portrait assez touchant de la jeune fille qui se dessine. Car, malgré tout, Sam est une adolescente tout à fait lambda : elle participe au club de débat de son lycée, a quelques problèmes de sociabilité et des vues sur un jeune homme de son âge. À ce titre, j’ai eu un peu peur en voyant se profiler un triangle amoureux mais finalement, c’était plus fin que prévu et vraiment réaliste. Comme je l’ai dit, Sam est une adolescente tout ce qu’il y a de plus normal (hormis sa maladie, s’entend), qui vit de grands émois adolescents… et fait aussi quelques erreurs, dont quelques-unes cuisantes, qu’elle ne minimise pas.
Sam a une analyse assez fine de son entourage et, même si elle essaie parfois de se cacher derrière sa maladie, elle reste assez lucide sur ce qui peut heurter ses proches. De fait, le roman est loin d’être guimauve : on est loin de l’intrigue pleine de bons sentiments sur la maladie. Sam est une battante, mais elle n’a pas la science infuse – elle tente néanmoins d’emprunter la voie de la sagesse, ce qui la rend éminemment attachante.

J’ai aimé que le journal laisse aussi la place aux sentiments des autres personnages : plus l’on galope vers la fin, moins la parole de Sam est fiable (à cause des attaques), aussi certains de ses proches prennent-ils la plume. Au vu du sujet, j’imagine que c’était inévitable, mais cela nous donne un bon aperçu. De plus, cela permet de nuancer parfois la personnalité de Sam. Au premier abord, celle-ci n’est pas des plus sympathiques mais, plus cela va, plus l’on découvre ses petites failles (que ce soit par sa voix ou celle des autres), ainsi que les trésors que recèlent sa personnalité volontaire.

Il faudrait encore que je vous dise que j’ai lu ce roman en moins de 24h – en semaine, donc j’ai dézingué le roman en un tour de bus – ce qui ne m’arrive plus si fréquemment que ça maintenant. Il faudrait encore que je vous parle du style ô combien fluide de Lara Avery, qui donne voix à Sam, même lorsque celle-ci éprouve les pires difficultés à écrire et à former des pensées cohérentes. 
Il faudrait surtout que je vous dise que ce roman, loin de n’évoquer que la douleur qu’entraîne la maladie, avec son collège de pertes et de deuil, est en fait un roman plein d’énergie, qui donne furieusement envie de croquer la vie à pleines dents. 

The Memory Book, Lara Avery. Traduit de l’anglais par Julie Lafon. Lumen, mai 2016, 442 p. 

Soléane, Muriel Zürcher.

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2540. Voilà 400 ans que le Coracle, une île artificielle portant les survivants d’une épidémie planétaire, erre sur les Océans. Soléane, 16 ans, y vit avec sa mère et son petit frère nouveau-né, Saméo. Herbières toutes les deux, elles sont fréquemment appelées au chevet des malades de l’île qu’elles soignent à grands renforts de plantes. Mais Soléane rêve de liberté : elle se dépêche donc de se faire émanciper. Or, le jour où elle est déclarée saine et donc apte à fonder une famille et à vivre sa propre vie, sa mère, accusée d’avoir fomenté plusieurs années plus tôt, un coup d’Etat, arrêtée par les traqueurs, lui confie une mystérieuse pierre. Un cristal, une pierre de Terre, l’élément qui pourrait sauver le Coracle et qu’elle lui ordonne de remettre non pas aux autorités de l’Arche – l’Eglise officielle du Coracle – mais aux insoumis, cette communauté rebelle qui contredit le discours officiel et prétend pouvoir sauver réellement l’île à la dérive. Désormais fugitive, Soléane doit trouver des alliés, laver l’honneur de sa mère et sauver sa peau. Ses croyances et convictions vont être rudement mises à l’épreuve…

Soléane est une jeune fille un peu naïve, pressée de grandir, pressée d’être adulte, raison pour laquelle elle demande l’émancipation, qui va faire voler en éclats sont petit monde tranquille.
Rapidement, on découvre un univers gangrené par la religion – mais ce n’est pas immédiatement perceptible pour la population. En effet, l’Empera, la plus haute autorité, étant quelque peu défaillante, c’est l’Arche, l’autorité religieuse, qui a pris le contrôle du Coracle. A partir de là, on comprend très vite qu’il ne peut en ressortir rien de bon. Et, de fait, l’Arche profite allègrement de l’absence de l’Empera pour faire régner sa loi et la terreur.

Après quelques errements (car elle a du mal à croire aux turpitudes des autorités), Soléane découvre les rebelles, avec lesquels elle devrait pouvoir faire front commun. Car l’auteur ne fait pas de son personnage l’égérie de la rébellion, non, elle est plutôt là en parallèle. D’ailleurs, il lui faut un long moment avant de trouver de l’aide, ce qui fait qu’on peut parfois avoir l’impression que le récit traîne en longueur.

Heureusement, l’histoire est suffisamment riche pour faire oublier ce bémol. En effet, le récit mêle aventures (avec moult courses-poursuites et fuites, en compagnie ou seule), mystères (qu’est-il réellement arrivé à l’Empera ?), réflexions sur la politique, la religion, la famille ou encore l’écologie. Il y a également pas mal de questions qui alimentent le suspens, notamment quant à l’identité réelle de Soléane – sur laquelle on peut douter dès la scène d’introduction, mais sur laquelle toute la lumière n’est faite qu’à la toute fin du livre. Et, de plus, il y a plusieurs personnages qui se cherchent sans se connaître, n’arrêtent pas de se croiser, et c’est avec un intérêt grandissant que l’on assiste à cet étrange ballet.
Le contexte post-apocalyptique (le Coracle dérive depuis 400 ans, suite à une catastrophe humanitaire et perd peu à peu son intégrité, mettant à nouveau sa population en péril), apporte au récit une dimension toute dramatique : on sent bien l’urgence qui sous-tend les actions de l’Arche, comme celles des rebelles et toute la pression que cela induit.

Soléane est un roman post-apocalyptique qui se lit vraiment bien, malgré quelques longueurs. La réflexion autour du mélange détonnant qu’offrent politique et religion, ainsi que sur la rébellion face à un pouvoir totalitaire, sont aussi intéressantes que prenantes. Soléane, dans son extrême et persistante naïveté, montre à quel point il est important de toujours affûter son esprit critique et de s’informer !

Soléane, Muriel Zürcher. Didier jeunesse, juin 2016, 424 p.

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N’oublie pas, Expérience Noa Torson #3, Michelle Gagnon.

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Fuir, c’est vivre. S’arrêter, c’est mourir.
Quatre. Ils ne sont plus que quatre : l’Armée de Persefone a été décimée. Noa, Peter et les autres sont traqués, dévastés, épuisés… Mais où qu’ils aillent, quoi qu’ils fassent, leurs ennemis parviennent toujours à les retrouver, et l’étau se resserre. Pourtant, ils n’abandonnent pas. Ils veulent affronter l’homme qui a créé le monstrueux Projet Perséphone.
Quitte à se jeter dans la gueule du loup. Après tout, ils n’ont plus rien à perdre.

Fin des aventures pour Noa et l’Armée de Perséphone ! Et, il faut le dire, si Michelle Gagnon a de nouveau signé un page-turner, c’est au détriment de la consistance de l’intrigue – paradoxe, s’il en est.

De l’Armée de Perséphone, il ne reste que 4 personnes : Noa, Peter, Téo et Daisy. Les autres sont, au mieux, portés disparus, au pire, morts. Autant dire que le mouvement ne va pas très bien. Noa non plus, d’ailleurs. Alors qu’elle semblait être une véritable machine n’ayant besoin ni de sommeil ni de nourriture, voilà qu’elle a des absences la clouant au lit, que la nourriture la dégoûte et qu’elle ne cicatrise plus. Autant de points fort inquiétants. À cela s’ajoute le fait que les sbires de Pike semblent débusquer nos quatre adolescents quoi qu’ils fassent en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Ainsi, la majeure partie du roman est constituée d’une course-poursuite dont les causes et conséquences se répètent inlassablement. Même lorsque de nouveaux personnages sont introduits, on ne change guère de direction. Pourtant, malgré l’effet répétitif, il faut reconnaître que le tout est hautement efficace. Les péripéties s’enchaînent, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Le point qui fâche, c’est que cela semble vraiment très mécanique, ni très vivant ni très passionnant.

Côté personnages, ce n’est pas mieux : dans le deuxième volume, l’auteur s’embourbait dans les relations amoureuses des uns et des autres. Sujet qui, une nouvelle fois, va prendre une place folle dans l’intrigue. Peter est toujours nostalgique d’Amanda – désormais clouée sur un lit d’hôpital depuis qu’elle a contracté la PEMA – mais en pince aussi et sans aucun doute pour Noa, celle-ci n’a pas fait le deuil de Zeke et Téo et Daisy n’ont d’œil que l’un pour l’autre. Bon sang que c’est long et superficiel ! Car, en effet, les interrogations ne sont pas bien profondes et on reste sans cesse en surface des choses.

Heureusement que les interrogations éthiques autour des actions de Charles Pike suscitent un peu plus d’intérêt ! Au fil des découvertes, les personnages s’interrogent en effet sur la nécessité de mettre tout en oeuvre pour faire avancer la science : où s’arrête la recherche et où commencent les délits ? Si les questions de fonds soulevées ne sont pas traitées avec autant de sérieux et de profondeur que dans La Fabrique de doute de Paolo Bacigalupi, le roman permet tout de même de s’interroger.

Le blurb d’Harlan Coben en couverture (« Un thriller palpitant ») n’est donc pas tout à fait exact : si Michelle Gagnon signe un page-turner très efficace et suscitant une saine interrogation sur les limites entre science et crimes, le côté trop mécanique et superficiel de l’ensemble pêche quelque peu. On reste donc sur notre faim avec la fin de la trilogie. 

◊ Dans la même série : Ne t’arrête pas (1) ;  Ne regarde pas (2).

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Ne regarde pas, Expérience Noa Torson #2, Michelle Gagnon.

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Noa continue son entreprise : lutter contre la corporation à l’origine du projet Perséphone qui continue de kidnapper des adolescents esseulés – orphelins, vivant dans la rue ou en marge du système. Avec l’aide d’autres adolescents, parmi lesquels Zeke, elle sillonne les Etats-Unis pour contrecarrer l’organisation. 
Peter, lui, resté à Boston, met à profit ses talents de hacker pour s’introduire dans le système informatique de l’organisation, afin de donner à Noa le maximum d’informations possibles. Coupé de l’action, il s’ennuie quelque peu. Il a pourtant fort à faire car Amanda, son ex-petite amie, semble avoir un comportement de plus en plus étrange… 

Second volet des aventures de Noa à la poursuite du projet Perséphone ! Et, malheureusement, on ne peut pas dire que ce volume corrige les défaillances du premier.

En premier chef, la facilité du récit. Déjà, dans le premier tome, Noa et ses petits camarades avaient tendance à s’en sortir un peu trop bien, grâce à leurs redoutables talents de hackers et à une chance digne d’un grand cornu. Cette fois-ci, même topo. Qu’ils soient en difficulté dans une usine piégée, en train de s’introduire frauduleusement dans des systèmes sophistiqués ou tout simplement en train de cavaler avec une balle dans le buffet, nos protagonistes s’en sortent presque à chaque fois sans sourciller – et avec un brushing parfait, si j’ose dire. Or, si dans le premier volume cette facilité s’effaçait devant l’efficacité du scénario, ici il n’en est rien. L’histoire est volontiers poussive et on déplore des facilités à tous les coins de chapitre.

Tout cela car on s’enlise dans des considérations sentimentales sans grand intérêt. À partir de là, prenez de quoi noter. Amanda s’est séparée de Peter, qu’elle aime toujours. Peter, lui, en pince secrètement pour Noa. Celle-ci s’est entichée de Zeke, mais refuse de se l’avouer (et de le lui avouer, par la même occasion). Ce dernier semble partager les sentiments de son amie mais l’arrivée de Taylor, une adolescente sauvée des griffes de Perséphone, semble remettre tout cela en question. Que de complications ! Il faut donc composer avec les hormones et hésitations de tout ce petit monde… et force est de reconnaître que ça ne fait pas franchement avancer l’histoire.

Celle-ci, cependant, ne manque pas d’intérêt et se lit tout de même avec un certain entrain. On en découvre un peu plus sur la PEMA, cette redoutable maladie qui touche les adolescents en contact avec Perséphone. De plus, l’enquête sur le vaste complot qui soutient l’organisation progresse elle aussi. Si le scénario est d’une grande simplicité (trop grande !), l’action est au rendez-vous. De fait, si ce n’est pas bien passionnant, le récit est tout de même relativement prenant. On déplorera cependant que les opposants ne soient guère plus creusés que dans le premier volume.

Ne regarde pas est donc un second volet paradoxal : malgré les facilités et quelques longueurs, il se lit avec un certain entrain, car l’enchaînement est efficace. Pourtant, on regrettera une trop grande importance apportée aux différentes romances qui font piétiner l’intrigue et, justement, un scénario un peu trop balisé pour être honnête. Espérons que le troisième volume nous réserve une bonne surprise et vienne clore la trilogie en beauté !

 

◊ Dans la même série : Ne t’arrête pas (1) ;

 

Expérience Noa Torson #2, Ne regarde pas, Michelle Gagnon. Traduit de l’anglais par Julien Chèvre. 
Nathan, août 2015, 417 p. 

 

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Sans prévenir, Matthew Crow.

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Francis Wootton a quinze ans, et se passionne pour les vieux films, la musique rock compilée par son frère, et les poètes maudits. Sa plus grande préoccupation est de savoir s’il va réussir haut la main son année de seconde. Mais Francis ne se prend pas au sérieux, et ne prend pas non plus au sérieux les petites excentricités de sa mère, ou la désinvolture étudiée de son frère aîné, qui vit à deux pâtés de maison.
Lorsqu’on lui diagnostique une leucémie, ses priorités changent. Francis est catastrophé à l’idée d’être retardé d’une année au lycée, s’angoisse d’une calvitie imminente, ou de la perte de tous ses poils. Subitement, trouver sa plus belle chemise au cas où une pop star visiterait l’hôpital pour faire des photos devient vital. Finalement, la seule chose que Francis n’avait pas envisagée, c’est de rencontrer Ambre, son caractère de chien fou, son humour féroce, sa vulnérabilité désarmante et irrésistible… 

 

Depuis la parution de Nos étoiles contraires (et plus encore depuis la sortie du film), parler de maladie à l’adolescence est un exercice périlleux. Mais Matthew Crow s’en sort plutôt bien !

Francis, à quinze ans, a une petite vie bien réglée et plutôt banale : si son père a déserté le foyer familial, le reste de la famille est plutôt soudé. Julie, la mère, est un véritable pilier, et on lui pardonne bien volontiers ses petites excentricités. Francis adore également sa grand-mère, et son frère Chris, adulte-mais-pas-trop, qui arrive toujours à point nommé lorsque sa mère a fini les courses pour razzier instantanément le contenu des placards. Malgré les petits différends, le portrait est saisissant : la famille se soutient, fait front dans les bons, comme dans les mauvais moments. Francis est un adolescent plutôt banal : il est bon en cours sans se forcer (et ne se force pas), plutôt introverti, il a peu d’amis, est féru de connaissances quasiment encyclopédiques (qu’il aime dispenser à tout va), un peu égoïste : il a quinze ans, l’université en ligne de mire, et la nette impression que le monde n’attendait que lui.
Évidemment, lorsque la leucémie s’invite dans ce petit schéma, tout est déréglé. Surtout le regard des autres, d’ailleurs, mais Francis tente de faire comme avant, malgré tout.
Son séjour à l’hôpital va lui faire rencontrer d’autres adolescents malades, comme lui, avec lesquels il sera difficile de se lier : Paul est l’archétype du beau footballeur populaire ; Kelly est l’incarnation de la bimbo décérébrée ; Ambre est bien trop mordante et adepte de persiflages. Mais comme, de toute évidence, Kelly et Paul forment une paire, Francis et Ambre doivent former l’autre.

Sans prévenir se concentre vraiment sur les personnages (et particulièrement Francis, le narrateur). Certes, il est malade, mais la leucémie est traitée comme cet invité un peu collant dont vous avez du mal à vous débarrasser, mais que vous tolérez tout de même. Du coup, l’auteur ne se perd pas dans de longues descriptions de la maladie, ou de l’état d’esprit de Francis. C’est là, ça arrive, mais ce n’est pas le plus important, même si la maladie parvient à prendre le dessus dans certaines scènes.
Le centre de l’histoire sont donc les personnages : la relation entre Francis et Ambre démarre un peu subitement, et prend rapidement toute la place. D’entente cordiale, elle devient fusionnelle, et les adolescents se font inséparables. C’est tour à tour émouvant, drôle (l’escapade dans le tramway, notamment), ou prenant. Si les deux adolescents sont parfois insupportables (mais criants de réalisme), on s’attache vite à eux.
Mais le gros point fort, c’est le soin accordé aux personnages secondaires : loin de se concentrer sur les deux malades (comme on pourrait s’y attendre), Matthew Crow s’attache à développer tous ceux qui gravitent autour. Les deux mères, par exemple, sont des personnages extrêmement forts et touchants que ce soit dans leurs forces, ou dans leurs faiblesses (notamment le passage où la mère de Francis s’enferme dans les toilettes pour pouvoir téléphoner tranquillement). On sent qu’elles sont là pour porter à bout de bras leurs enfants, la maladie, les soucis du quotidien, tout en continuant à vivre et… c’est ce qui rend le roman aussi touchant et percutant. De même, Chris, le frère adulte-mais-pas-trop sait se montrer sérieux, grave, et attentif, et il est vraiment très agréable de constater que le portrait est nuancé.

L’autre point fort, c’est de parler de la maladie sous ses aspects moins attendus : ce n’est pas mélodramatique, c’est souvent plutôt décalé, et assez drôle. Francis et Ambre jouent de leur état, savent se montrer assez agaçants… et sont parfois remis à leur place. L’approche est très décomplexée, le roman est dépourvu de pathos ou de scènes volontairement larmoyantes (même si on ne vous cachera pas qu’on peut avoir la gorge plus que serrée) et c’est surtout (malgré tout !) un roman plein d’optimisme.

Si la comparaison au roman de John Green est inévitable, Matthew Crow a su faire de Sans prévenir un roman original (même si certaines scènes sont sans surprises), plein d’optimisme. Les personnages (notamment secondaires) sont le vrai point fort du roman : réalistes, authentiques, ils agacent autant qu’ils charment, et c’est ce qui fait tout le sel du récit. 
Sans verser dans le mélodrame et les scènes larmoyantes, Matthew Crow livre un texte juste et sensible sur la maladie adolescente, vraiment différent de Nos étoiles contraires, malgré un sujet similaire (et c’est bien là l’exploit !). À lire !


Sans prévenir
, Matthew Crow. Traduit de l’anglais par Marie Hermet
. Gallimard jeunesse, 2015, 307 p.

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Nos Étoiles contraires, John Green.

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Hazel a 16 ans. Mais elle est aussi atteinte d’un cancer incurable. Si son dernier traitement semble avoir stoppé l’évolution de la maladie, elle se sait condamnée. Bien qu’elle s’y ennuie passablement, elle continue de fréquenter un groupe de soutien aux jeunes malades, essentiellement pour faire plaisir à sa mère. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un jeune homme en rémission, qui partage son sens de l’humour et son goût pour la littérature. L’attirance est immédiate. Mais Hazel refuse de s’engager dans une quelconque relation, sachant son temps compté. Pourtant, les deux adolescents se rapprochent, et se lancent assez vite dans un projet un peu fou, ambitieux, et plein de vie.

Le résumé annonce la couleur ; Nos Étoiles contraires ne sera pas une de ces comédies romantiques fades auxquelles la littérature jeunesse nous a habitués ces dernières années; non, Nos Étoiles contraires s’annonce comme un roman dur et fort. Mais il serait dommage de croire que le dernier roman de John Green est triste comme les pierres. Car Hazel et Augustus, nos deux adolescents atteints du cancer, comptent bien profiter de la vie qu’il leur reste au maximum et ce de la manière la plus enthousiasmante possible.

Des romans sur la maladie, il y en a des tas. Des comédies romantiques mal embranchées aussi. Mais des romans qui lient les deux, et traitent le sujet de façon intelligente, il y en a très peu.
Nos Étoiles contraires est de ceux-là.
Les adolescents que l’on croise ici sont, pour la plupart, des morts en sursis, qui ont perdu jusqu’à l’espoir d’atteindre la majorité. Dans ces circonstances, difficile de se faire des amis, surtout des amis sincères ; toutes leurs forces sont concentrées sur la survie. Lorsqu’ils se rencontrent, et se nouent d’amitié, Hazel et Augustus changent juste leur façon de survivre. Elle se sait condamnée, lui est presque tiré d’affaire. Leur passion commune pour la littérature les rapproche, et leur donne un nouvel objectif. La question n’est plus de vivre seulement un jour de plus, mais de s’offrir quelques petits bonheurs supplémentaires. Hors de question de penser à quoi que ce soit d’autre. Lorsque l’on sait que l’on va bientôt mourir, il est difficile de laisser les gens s’attacher, ou de s’attacher à eux. La peine qui se profile à l’horizon suffit à stopper toute velléité de relation qu’elle soit amicale ou plus intime.

On est très loin du scénario larmoyant qu’on aurait pu craindre ; John Green évite aisément tout pathos, et s’attache à décrire justement ces deux jeunes gens, leurs ambitions, leurs sentiments, et leurs réflexions. De sa plume fluide, on surfe sur les diverses émotions qu’il insuffle à son texte. Souvent drôle, le récit est plutôt optimiste. Hazel, comme Augustus, sont particulièrement cyniques et se laissent rarement abattre. Bien sûr, le roman traite de la mort, de la maladie, et de la décrépitude qu’elle entraîne. Mais force est de constater que Nos Étoiles contraires est surtout un roman sur la vie, aussi enthousiasmant que possible. À la lecture, on passe par différentes émotions d’une puissance rare : John Green mobilise tout son talent pour faire passer dans son texte les diverses émotions qui secouent ses personnages. « On rit, on pleure, on en redemande », a écrit Markus Zusak à propos de ce roman ; c’est exactement ça. Il serait vraiment dommage de croire que ce roman n’est qu’un roman triste de plus sur l’amour, la mort, et la maladie. Car l’intérêt de Nos Étoiles contraires est ailleurs : il réside dans cet indécrottable optimisme qui anime Hazel et Augustus, cet optimisme qui en fait des héros ordinaires d’un quotidien que l’on ignore. Tout la magie du livre réside dans l’émulation qui se dégage de leur relation, et dans leur attitude face à la vie.

Nos Étoiles contraires est une petite pépite de littérature jeunesse, un vrai concentré d’émotions à haute teneur vitale et, au final, un livre qui vous fait plus que jamais aimer la vie. Certes, on est parfois obligé de sortir un petit mouchoir. Certes, on en veut beaucoup à John Green pour certains développements. Mais, une fois tout ça assimilé, on peut se dire qu’on a lu un excellent roman qui fait réfléchir et qui vous chamboule complètement. S’il fallait ne retenir que cinq adjectifs pour le qualifier, il faudrait se dire que Nos Étoiles contaires est un roman triste, mais surtout un roman drôle, poétique, intelligent et éminemment subtil. À mettre sans hésiter et de toute urgence entre toutes les mains. Et si vous hésitez encore à vous lancer, allez regarder cette petite vidéo de John Green.
Voilà, je ne mettrai pas de mention « coup de cœur » à ce livre parce que ce n’en est pas un. C’est un coup de poing. Et un coup de poing que je relirai.

 

Nos Étoiles contraires, John Green. Nathan, 2013, 323 p.
9/10.

L’Envol du dragon, Jeanne-A Debats.

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« J’assure mes griffes sur la pierre luisante d’humidité. L’onyx noir est plus glissant qu’une savonnette sous mes écailles. »

Dès qu’il en a l’occasion, Valentin s’immerge dans le jeu vidéo en ligne WorldOfDragons. Il devient alors Val6, un jeune dragon intrépide qui apprend à voler sous l’égide de Mentor7, un dragon beaucoup plus expérimenté. Dans ces moments-là, Valentin, qui est gravement malade, se sent vivant comme jamais…

 

 L’Envol du dragon fait partie de la collection Mini-Syros: une quarantaine de pages, des auteurs confirmés, et des récits pour la jeunesse. Faire tenir un récit complet cohérent en aussi peu d’espace n’est pas chose aisée mais Jeanne-A Debas accomplit l’exercice avec brio, puisque ses personnages sont assez fouillés et le récit travaillé.

L’Envol du dragon retrace donc l’histoire de Valentin, tout jeune garçon atteint d’une maladie incurable dont il ne réchappera pas. Malgré ce constat initial dramatique, Valentin ne baisse pas les bras et essaye plus que tout de réaliser son rêve: voler dans le monde virtuel qu’il arpente sous le pseudonyme de Val6, et dans lequel il devient un dragon. Le jeune garçon, avec ses forces et faiblesses est très attachant; la narration à la première personne permet de mieux appréhender les sentiments complexes qui agitent le jeune garçon, et de percevoir sa souffrance. Prisonnier de son propre corps, sa seule liberté réside dans le jeu vidéo, pour une fois vecteur de conséquences positives. Malgré le peu de page, Jeanne-A. Debats a réussi à ancrer le récit dans un contexte futuriste clair et cohérent. Mêlant les codes, elle nous raconte donc une histoire d’amour flirtant avec la science-fiction. Et c’est un texte éminemment touchant; l’émotion touche le lecteur tout au long du texte, pour menacer de le submerger à la fin. Même s’il est possible de deviner certaines choses avant le tragique dénouement, le texte reste extrêmement agréable à lire et d’une grande force. Le grand courage dont font preuve Valentin et son père sont exemplaires et le récit plaira certainement aux jeunes lecteurs!

A noter qu’au début du mois, L’Envol du Dragon a reçu le Prix de la ville de Cherbourg-Octeville, au niveau 6è !

L’Envol du Dragon, Jeanne-A Debats. Syros (Mini-Syros), 2011, 41 pages.
9/10

 

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