Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco.

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Paris, 1840. Louis Pasteur a 19 ans et il entre comme boursier à l’institution royale Saint-Louis pour suivre des études scientifiques. L’année scolaire sera loin d’être de tout repos. Certaines nuits, une mystérieuse menace rode dans les couloirs du pensionnat, mettant en danger étudiants et professeurs. Décidé à mener l’enquête, Louis fait équipe avec une lycéenne de l’école d’en face. Sous ses airs de jeune fille modèle, Constance se révèle une alliée intrépide et courageuse.
Entre loups-garous et complots, ils useront de vaccins autant que de coups d’épée pour sauver les élèves et même… le roi Louis-Philippe !

Louis Pasteur, fraîchement débarqué de sa campagne jurassienne, découvre les joies de la vie parisienne à l’Institution Saint-Louis, en tant qu’élève – boursier ! – de première année en sciences. De l’autre côté de la cour, l’établissement accueille quelques lycéennes qui font des études « longues » – jusqu’au baccalauréat – où on leur dispense cours de danse, de maintien, de broderie… on en passe et des meilleures.
Louis, donc, découvre avec curiosité et stupéfaction le snobisme parisien, un sexisme revendiqué, des professeurs plus en recherche de gloire personnelle que soucieux d’instruire les élèves, mais aussi… la gent féminine !

Flore Vesco ouvre chaque chapitre par sa composition chimique, laquelle reprend une partie des éléments chimiques qu’utilisera Louis au cours du récit ainsi que des éléments d’intrigue (disparition, duel d’escrime ou encore élevage de poules dans les combles). Cela crée un effet d’attente fort efficace car on se demande dans quelle mesure et comment vont apparaître les éléments cités. D’ailleurs, la façon dont tout cela s’articule est souvent assez drôle et inattendue !

Dès le départ, on plonge dans un récit d’aventures qui mêle agréablement histoire (notamment des sciences) et fantasy. Car Louis débarque plein d’idées et d’intuitions dans sa nouvelle école et va se dépêcher des les mettre en œuvre : de ce côté-là, on est servis, car Flore Vesco retrace le brillant et juvénile parcours scientifique du jeune homme. D’autre part, le mystère se pare des atours de la fantasy dès le chapitre 2, lorsqu’on commence à soupçonner la nature de la bête qui rôde dans les couloirs, laquelle a tout à voir avec celle du Gévaudan !
Au fil des pages, on revisite donc l’Histoire, sauce fantasy, dans un univers que l’on met peu de temps à apprivoiser : de sombres créatures rôdent, souvent dues aux humains et des sociétés secrètes s’affrontent pour les cantonner aux ténèbres ou tout simplement pour les éradiquer. D’ailleurs, et on ne peut que s’en réjouir, la suite des aventures de ces secrets sociétaires est déjà annoncée !

L’histoire est diablement prenante car le style de Flore Vesco est vif, enlevé et enjoué : usant d’un vocabulaire recherché et varié, elle nous entraîne à la suite de ses héros pour des aventures échevelées et pleines de suspens. Car si l’on soupçonne assez vite ce dont il est question, il faut toute la durée du roman aux personnages pour révéler l’ampleur du complot et toutes ses subtilités. Et c’est loin d’être simple, ce qui participe aussi du charme de l’histoire. D’ailleurs, dès que j’arrêtais de lire, je passais mon temps à espérer pouvoir reprendre ma lecture, tellement j’étais dedans !

Mais cela tient aussi et surtout aux personnages mis en scène, notamment à notre duo phare. Louis et Constance sont deux jeunes justiciers que l’on suit sans aucune difficulté tant ils sont attachants. Tous deux font montre d’une intelligence et d’une logique redoutables, leur permettant d’éliminer, l’un après les autres, les obstacles qui parsèment leurs routes. Et ce qui est bien, c’est que l’histoire mêle à la fantasy des histoires typiquement adolescentes. Un jeune homme poursuit donc de ses assiduités Constance – qui s’en passerait bien – et Louis, de son côté, découvre que la gent féminine peut ne pas être seulement purement décorative. En se mettant en duo, ils se découvrent également des compétences complémentaires : si notre jeune scientifique combat le mal à coup de formules chimiques et tubes à essai soigneusement mitonnés, Constance, elle, défend leurs intérêts à grands coups de fleuret, une arme pour laquelle elle s’est découvert une soudaine et brillante prédilection : une répartition des rôles vraiment intéressante et pas si courante – le plus bourrin des deux n’étant pas nécessairement celui auquel on pense spontanément !

Un duo de jeunes enquêteurs audacieux et attachants, une intrigue palpitante qui revisite Histoire, histoire des sciences et légendes du Gévaudan, un style enlevé et riche, une dose d’humour bienvenue, voilà les excellents ingrédients du roman de Flore Vesco – dont j’attends, il va sans dire très impatiemment, la suite annoncée !

Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco.
Didier jeunesse, septembre 2016, 212 p. 

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Alouettes, Testament #2, Jeanne-A. Debats.

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Je m’appelle Agnès, et je suis orpheline. Ah ! Et sorcière, aussi. Mon oncle m’a engagée dans son étude notariale. Ne croyez pas que le job soit ennuyeux, en fait, ce serait plutôt le contraire. En ce moment, tout l’AlterMonde est en émoi à cause d’une épidémie de Roméo et Juliette.
Imaginez : des zombies tombant amoureux de licornes, des vampires roucoulant avec des kitsune, des sirènes jurant un amour éternel à des garous. Et tout ce beau monde défile dans notre étude pour se passer la bague au doigt. Mais la situation commence à sérieusement agacer les hautes autorités. Et comme l’AlterMonde n’est pas Vérone, à nous de faire en sorte que cette fois l’histoire ne se termine pas dans un bain de sang…

Alouettes débute trois ans après la fin des événements narrés dans L’Héritière –  et, bonne nouvelle, on peut les lire indépendamment, les informations vitales étant rappelées dans ce deuxième tome. Et le récit débute en fanfare, Agnès étant en plein questionnement (sur sa vie sentimentale et sa sexualité) !
« Bit-lit » oblige, le roman offre son lot de galipettes et autres discussions sur la question mais, comme dans L’Héritière, le tout est fait avec autant de subtilité que d’intelligence et toujours pour servir l’intrigue, et non de façon gratuite ; les péripéties, de plus, servent une intéressante réflexion sur le féminisme et le statut des femmes dans la société – ce qui, ne nous le cachons pas, fait partie des gros points forts de ce texte. En effet, l’évolution d’Agnès est, ici, à l’honneur : de sorcière cloîtrée, elle devient une femme en possession de – presque – tous ses moyens. En un sens, elle est terriblement humaine (malgré sa nature sorcière), et c’est bien ce qui la rend si fabuleusement attachante.

 Mais il n’y a pas que ça ! Il y a avant tout l’intrigue. Car après avoir réglé la douteuse succession d’un Cénacle vampire, voilà qu’Agnès fait face à une épidémie de couples calamiteux, véritables Roméo et Juliette surnaturels. Imaginez un peu : un vampire et une kitsune, des loup-garous et des ondines, des dragons et des walkyries… on en passe et des meilleurs. Tout cela mettant, évidemment, les différents cercles surnaturels en émoi : l’affrontement général n’est guère loin. Charge à nos comparses de régler, en douceur et au mieux, le conflit larvé qui s’annonce.
L’intrigue est donc, naturellement, truffée d’allusions à la célèbre pièce de Shakespeare, ainsi qu’à d’autres grands titres de la littérature (classique ou imaginaire !) que l’on retrouve avec beaucoup de plaisir. La mythologie, de son côté, est particulièrement creusée et fait intervenir des mythologies de divers continents et traditions : le mélange est à la fois détonnant, original, et littéralement passionnant.

Comme dans le premier tome, l’intrigue est riche en péripéties et scènes d’actions décoiffantes – tel ce combat dantesque au centre Pompidou ! La tension monte de plus en plus au fil des chapitres jusqu’au paroxysme : impossible de s’ennuyer. De plus, la balade parisienne, abondamment décrite, permet de visiter un grand nombre de quartiers et d’apprendre une foule de choses sur la capitale.

Le premier tome avait été une excellente découverte et celui-ci est un véritable coup de cœur ! Jeanne-A. Debats propose un univers extrêmement riche, faisant appel à diverses mythologies qui se mêlent avec bonheur. L’intrigue est riche en péripéties, mais aussi en réflexions intelligentes. Et le tout est mené sur un ton caustique particulièrement réjouissant ! J’ai hâte de découvrir la suite des aventures d’Agnès !

◊ Dans la même série : L’Héritière (1) ;

Testament #2, Alouettes, Jeanne-A. Debats. ActuSF, mars 2016, 440 p. 

L’Héritière, Testament #1, Jeanne-A. Debats.

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« Je m’appelle Agnès Cleyre et je suis orpheline. De ma mère sorcière, j’ai hérité du don de voir les fantômes. Plutôt une malédiction qui m’a obligée à vivre recluse, à l’abri de la violence des sentiments des morts. Mais depuis le jour où mon oncle notaire m’a prise sous son aile, ma vie a changé. Contrairement aux apparences, le quotidien de l’étude qu’il dirige n’est pas de tout repos : vampires, loups-garous, sirènes… À croire que tout l’AlterMonde a une succession à gérer ! Moi qui voulais de l’action, je ne suis pas déçue. Et le beau Navarre n’y est peut-être pas étranger. »

La fantasy urbaine, couramment renommée – à tort ! –  bit-lit, a depuis quelques années le vent en poupe. Les auteurs anglo-saxons dominent d’ailleurs le marché et les romans se déroulant dans les immensités urbaines américaines sont légion.
En France, et par un auteur français, c’est tout de même plus rare. Autant dire que L’Héritière, de Jeanne-A. Debats, premier tome de la série Testament se fait donc immédiatement remarquer par sa seule origine. Et lorsque que le contenu est apte à aller se faire rhabiller les grands noms du genre, une seule chose à dire : foncez !

L’Héritière, c’est l’histoire d’Agnès Cleyre, sorcière et orpheline de son état. Pour elle, la peine est double : non seulement elle vient de perdre toute sa famille mais, en plus, son talent de sorcière ressemble plus à une malédiction qu’autre chose. En effet, elle a le maudit talent de percevoir les fantômes, mais s’avère incapable de s’en débarrasser, d’autant moins lorsque ceux-ci se montrent agressifs. Or, Agnès aimerait bien aller fleurir la tombe de ses parents, au Père-Lachaise. Qu’à cela ne tienne. Le roman s’ouvre donc sur une scène quasi ubuesque d’une Agnès en jupe droite et talons de 10 cm, bourrée comme un coing pour repousser les fantômes, en train d’escalader les grilles du fameux cimetière. Inutile de dire qu’il faut moins de deux pages pour plonger dans l’ambiance.

Et cela continue dans la même veine ! Agnès est rapidement recruté par Géraud – dont la nature magique est indéniable – son oncle, avocat spécialiste de l’Altermonde. Évidemment, le cabinet ne traite que des affaires ayant trait aux vampires, loups-garous et autres sorciers. D’ailleurs, l’associé de Géraud est une sirène, leur collaboratrice une roussalka. Quant à leur homme de main, il s’agit de Navarre, un vampire qui a déjà officié pour le Vatican – et dont les aventures sont narrées dans l’excellent Métaphysique du vampire, de la même auteure.

Avec L’Héritière, Jeanne-A. Debats quitte donc son genre de prédilection – la SF – pour la fantasy urbaine et la transition est parfaitement maîtrisée. Elle déploie, dans ce premier tome, une intrigue savamment menée et aux nombreuses ramifications. On s’en doute, les successions et autres querelles chez les surnaturels sont encore plus compliquées que chez les commun des simples mortels, les premiers ayant eu plus que des lustres pour ruminer leurs griefs. Jeanne-A. Debats réinvestit le folklore mythologique européen et dresse une galerie de personnages aussi complexes qu’attachants. À travers eux, on (re)découvre les spécificités propres à chaque créature et une Histoire séculaire pour le moins mouvementée. Inquisition, successions royales, mouvements populaires et sociaux, scandales financiers, il semblerait que vampires, garous et éternels soient de toutes les parties. Mine de rien, le roman apporte son lot de précisions et anecdotes historiques : le travail de recherche est fourni et vient alimenter  l’intrigue générale.
Là-dessus se greffe donc une intrigue complexe, qui va occasionner son lot de complots, trahisons, recherches alambiquées et autres batailles rangées. Impossible de s’ennuyer tant l’intrigue se marie à merveille avec ce folklore réinvesti. De plus, le suspense est au rendez-vous, qu’il s’agisse de l’affaire en cours, des affaires du cabinet, ou de celles de cœur d’Agnès.

À ce propos, si vous suivez ce blog, vous savez que la fameuse bit-lit n’est vraiment pas ma tasse de thé. Non, les héroïnes faussement badass qui se pâment dès qu’apparaît à un coin de pages des pecs assaisonnés à la testostérone, ce n’est franchement pas ma tasse de thé. Mais j’aime la fantasy urbaine, qui fait intervenir toutes ces créatures surnaturelles, dans un environnement urbain – et qui peut ne pas dédaigner une sous-intrigue plus sensuelle. Heureusement, donc, L’Héritière tient plus de la seconde que de la première : ce qui se passe dans le lit d’Agnès a certes de l’importance, mais a le bon goût de ne pas prendre le pas sur le reste de l’histoire. De plus, la-dite Agnès ne jette pas aux orties sa personnalité pour les beaux yeux du premier mec qui passe. Et ça, c’est quand même assez rare dans le genre pour être signalé !

Avec L’Héritière, Jeanne-A. Debats parvient à coller aux meilleurs topoï du genre tout en proposant une intrigue, des personnages et un univers originaux : chapeau ! Tout ça d’une plume fluide, alliant paragraphes acérés et gouaille plus légère, dans un style qui se marie à toutes les émotions. En d’autres termes : j’ai adoré !

Testament #1, L’Héritière, Jeanne-A. Debats. ActuSF, octobre 2014, 392 p.

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Corsets & Complots, Le Pensionnat de Mlle Géraldine, Gail Carriger.

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A-t-on vraiment besoin de quatre digitales pour décorer une table pour six personnes ? Ou bien est-ce six digitales pour tuer quatre invités ? La première année d’école de Sophronia a certainement été enthousiasmante. D’abord, son pensionnat pour jeunes dames de qualité l’entraîne à devenir espionne (Maman sera si surprise !). Ensuite, elle est mêlée à une intrigue à propos d’un appareil volé et on lui jette une tourte au fromage dessus. Aujourd’hui, Sophronia connaît chaque recoin de l’école, laisse traîner son oreille dans les quartiers des enseignants et monte clandestinement à la chaufferie du dirigeable où elle apprend qu’un simple voyage scolaire à Londres peut cacher davantage que ce qu’elle croit… Vampires, loups-garous et humains sont tous après le prototype récupéré par Sophronia au début de l’année, qui a le potentiel d’améliorer le transport aérien surnaturel. Sophronia doit découvrir qui est derrière un dangereux complot pour contrôler le prototype… et survivre à la saison de Londres munie d’un carnet de bal complet.

Étiquette & espionnage avait été une jolie découverte, même si le roman n’atteint pas la complexité des aventures d’Alexia ; Corsets & Complots, s’il reste dans la même veine, est une aussi jolie découverte !

Si Sophronia espérait se remettre de ses émotions, c’est raté ! D’ailleurs on reprend l’histoire très vite, avec les péripéties scolaires : Sophronia passe l’examen des six mois. Et si les résultats sont au-delà de ses espérances, les conséquences fâcheuses qu’ils entraînent ne sont pas pour lui plaire.
C’est donc une Sophronia assez déprimée mais toujours aussi inventive que l’on retrouve. Ses camarades habituelles étant pour le moins absente (hormis l’insupportable Monique toujours plus omniprésente), Sophronia traîne de plus en plus avec Vieve et les soutiers développant ses relations, ses talents et, bien sûr, son réseau d’espionne.

Qui lui sera fort utile au vu des choses excessivement louches qui semblent se tramer à l’école. Louches et bien mystérieuses. De fait, il faut attendre de longs chapitres avant d’espérer saisir de quoi il est question. L’intrigue mêle conflits d’intérêts (vampires, loups-garous et autres paranormaux), conflits politiques et recherche scientifique. Heureusement, en attendant que cette intrigue-ci veuille bien se mettre en place, on a tout l’écheveau des petites querelles estudiantines à se mettre sous la dent – et il faut dire qu’il s’en passe, des choses, dans cette école. Malgré l’impression de lenteur générale qui plane sur une bonne partie du roman, l’histoire est nettement plus complexe que dans le premier volume : sans toutefois atteindre le niveau de complexité des aventures d’Alexia, Corsets & Complots s’avère agréablement alambiqué.

Surtout qu’à cela, il faut ajouter les hormones en ébullition de la totalité de l’école. En effet, elle accueille soudainement… des garçons. Peut-être pas l’idée la plus raisonnable qu’ait eu Mlle Géraldine, au vu des conséquences que cela a sur le comportement des unes et des autres ! L’éducation victorienne n’étant guère portée sur les cours de badinage, c’est drôle à souhait !

Chouette suite, donc, proposant une intrigue bien menée – quoiqu’un peu longue à se mettre en place -, des personnages toujours aussi hauts en couleur, des gadgets à vapeur à qui mieux-mieux et un côté hautement divertissant. Vivement la suite !

Le Pensionnat de Mlle Géraldine #2, Corsets & Complots, Gail Carriger. Traduit de l’anglais par Sylvie Denis.
Le Livre de Poche, 2015, 377 p.

 

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La Morsure du givre, Mercy Thompson #7, Patricia Briggs.

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Pour Mercy Thompson, mariée depuis peu à Adam Hauptman, charismatique Alpha de la meute locale, Thanksgiving aurait dû être une fête paisible en famille. Elle était loin d’imaginer que faire du shopping avec sa belle-fille Jesse risquait de virer au cauchemar. Et pourtant, lorsqu’elle ne parvient pas à joindre Adam par téléphone, ni aucun membre de la meute, la jeune femme sait que quelque chose ne tourne franchement pas rond. Une fois de plus, il va falloir mettre les mains dans le cambouis… 

Septième aventure de Mercy et, cette fois, on plonge dans les ennuis dès les premières pages. Après la petite pause indienne du volume précédent, on découvre un roman bourré d’actions, du début à la fin.
Pour ne pas se faire bêtement spoiler sur la série Alpha et Oméga, il vaut mieux lire ce volume après avoir lu les trois premiers volumes de la série sus-nommée ! D’autant qu’Asil, un des personnages phares des aventures de Charles et Anna s’invite dans le quotidien de Mercy.

Paradoxalement, si l’histoire est bourrée d’action, elle progresse aussi plutôt lentement. Ça se castagne dans tous les sens, les personnages courent à droite à gauche, il y a du mystère à revendre mais… on a parfois l’impression de piétiner dans l’intrigue ; c’est assez surprenant comme effet. Mais l’histoire est loin d’être creuse !
En effet, l’intrigue va faire intervenir la meute, le statut des loups-garous, les vampires (le grand retour de Stefan et Marsilia !), mais aussi les faes et tout ce qui tient à la décision des Seigneurs Gris prise à la fin de Jeu de piste. Côté politique et statut social, c’est donc une intrigue plutôt costaud et bien ficelée que nous propose Patricia Briggs. Comme le volume reprend tous les fils précédemment tissés, on retrouve des personnages secondaires comme Tad et Zee, Marsilia donc, ou Gabriel et l’ensemble de sa famille (multiples petites sœurs incluses).

Et la mythologie ? Eh bien on est servis ! Puisqu’il est à la fois question de vampires, faes et loups-garous, on découvre de nouvelles choses sur les trois types de créatures. On découvre notamment de nouvelles choses sur l’architecture de la meute et sur les liens qui unissent Adam et Mercy. D’ailleurs, petit bonus dans ce roman : il n’est plus seulement écrit du point de vue de Mercy ; quelques scènes sont narrées du point de vue d’Adam, une petite nouveauté pas désagréable.
Côté style, on ne change pas une équipe qui gagne : il n’y a pas de temps mort, c’est vif et les dialogues sont toujours aussi savoureux ! En revanche, la traduction n’est pas aussi bonne que celle des tomes précédents, ce qui est un peu dommage…

Avant-dernière aventure de Mercy au programme et retrouver la meute et leurs fantastiques histoire a été très plaisant, malgré un rythme pas toujours équilibré : si l’intrigue est toujours aussi fournie et bien ficelée, on a parfois l’impression de piétiner un peu dans l’histoire. Malgré tout, Patricia Briggs explore un peu plus la mythologie de son univers et tisse une intrigue reprenant des éléments déjà amorcés dans les volumes précédents de la série. En refermant ce volume, on n’espère qu’une seule chose : que le prochain reprenne tous les très bons ingrédients de la série !

◊ Dans la même série : L’Appel de la lune (1) ; La Marque du fleuve (6) ;

Mercy Thompson #7, La Morsure du givre, Patricia Briggs. Traduit de l’anglais par Lorène Lenoir. 
Milady, mars 2014, 408 p.

 

ABC Imaginaire 2015

Le Premier, Nadia Coste.

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Vaïn est un jeune homme frêle. Tout l’inverse de son frère, Urr, un vrai colosse, le préféré de ses parents. Le jour où Urr doit devenir un homme, le petit Vaïn ne peut s’empêcher de le suivre et voit son frère boire à la source du loup, réputée pour être maudite. Fou de rage, Urr violente son frère… et le tue. Pourtant… Vaïn se relève. A-t-il ressuscité ? C’est probablement le signe que lui aussi vaut autant que son frère, et la tribu s’en rendra compte. Mais le soleil brûle Vaïn. Et la nourriture a le goût du sable, seul le sang parvient à le sustenter. 
Forcé de se rendre à l’évidence, Vaïn se convainc que la Nature l’a sauvé de la mort pour éliminer son frère et la descendance maudite de ce dernier. La terrible et périlleuse traque commence. Elle lui prendra des siècles. 

Voilà un sujet au roman très original !
D’une part, le contexte surprend. Vaïn, Urr et Milana vivent en effet… au Néolithique. Et à cette époque-là, il vaut mieux être un gros costaud plutôt qu’une allumette comme Vaïn. Heureusement, celui-ci va faire l’expérience de la non-vie, qui va lui permettre de prendre sa revanche contre son butor de frère. D’autant qu’il découvre que ce dernier est, lui aussi, un maudit, dont la race se met à proliférer. Vaïn se donne  alors comme mission de l’éradiquer, lui et sa descendance, ce qui l’amène à entamer un très long périple.

Le roman est prenant dès le départ : on découvre Urr, le jeune premier (le fils prodigue !) et son frère Vaïn, le gringalet que personne n’apprécie. Spontanément, on s’intéresse à Urr, celui qui est présenté comme le plus méritant des deux. Mais… Urr est tellement antipathique qu’il mériterait des claques. Alors on s’intéresse à Vaïn. Le début est rudement habile : le protagoniste n’est pas immédiatement en pleine lumière, mais on en vient à adhérer à son projet. Mais pas vraiment à l’apprécier, et ce sera vrai jusqu’à la fin du roman. Vaïn est un personnage assez étrange, antipathique, aux raisonnements parfois tordus, et qui laissent le lecteur dubitatif. Pourtant… pourtant on ne peut que se passionner pour l’histoire !

La traque est, en effet, très prenante. En suivant Vaïn, on n’ignore rien de ses doutes, angoisses, et de la solitude qui l’étreint. Tout immortel soit-il, Vaïn n’est ni omniscient, ni omnipotent. Il tâtonne, tire des plans sur la comète, se débrouille comme il peut et fait pas mal d’erreurs – et pas seulement au début.
A travers l’opposition atavique des deux frères, Nadia Coste revisite habilement l’opposition vampires et loups-garous, tous pourvus d’une longévité exceptionnelle. Au fil des affrontements et découvertes, ce sont peu à peu tous les codes de ces créatures qui apparaissent : le soleil, le feu ou les pointes de bois sont mortels, Vaïn se nourrit de sang – qui le revigore – et un collier d’ail suffit à le rendre nauséeux. De l’autre côté, la lune a une influence importante, et l’aconit est extrêmement toxique. Dans un cas comme dans l’autre, les effets de chacun de ces éléments sont découverts par expérimentation : Le Premier est vraiment un roman initiatique !

Au-delà de cette mythologie passionnante, il y a aussi la richesse de l’univers qui est particulièrement séduisante. Le roman débute au Néolithique, à l’époque où les populations commencent à se sédentariser. Chasseurs-cueilleurs, éleveurs, agriculteurs, chamans… les classes sociales sont détaillées et les rites sociaux de l’époque – notamment mortuaires – bien intégrés au récit. C’est un vrai plaisir à découvrir. De plus, les maudits étant dotés d’une longévité exceptionnelle, on les suit jusqu’aux prémisses de l’Antiquité. Comme pour les codes liés aux vampires et loups-garous, Nadia Coste replace suffisamment de petits détails pour que, sans précision de date ou d’époque précise, on sache où on en est. Les descriptions de bâtiments, d’armes, de costumes ou de coutumes sont si détaillées qu’on pourrait penser parcourir les rues à la suite des personnages. Côté période historique, la fin permet de faire le lien avec la légende fondatrice de Rome : toutes ces petites références ne font que renforcer l’originalité du roman !

Faire du neuf avec du vieux – dans tous les sens du terme ! – est donc possible. Nadia Coste innove sur les sujets des vampires et loups-garous, tout en plaçant son roman dans un contexte historique extrêmement riche allant de la Préhistoire aux débuts de l’Antiquité. Malgré l’antipathie qu’inspire le personnage, ou grâce à elle, on se passionne pour cette longue traque, pleine de surprises – tant pour les protagonistes que pour le lecteur. Par bien des aspects, Le Premier est un roman jeunesse très surprenant, mais c’est surtout un roman extrêmement original, mêlant histoire et fantastique avec talent.

Le Premier, Nadia Coste. Scrinéo, 2015, 312 p.

 

Merci à Scrinéo et Livraddict pour la lecture de ce roman !

Le Cri du loup, Alpha et Oméga #1, Patricia Briggs.

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Anna a toujours ignoré l’existence des loups-garous, jusqu’à la nuit où elle a survécu à une violente agression… et en est devenue un elle aussi. Dans sa meute, elle a appris à faire profil bas et à se méfier des mâles dominants jusqu’à ce que Charles Cornick, Alpha et fils du chef des loups-garous d’Amérique du Nord entre dans sa vie.
Il affirme qu’Anna est non seulement sa compagne, mais qu’elle est aussi une Omega d’une puissance rare… ce qui se révèlera très utile pour traquer un loup-garou doté d’une magie si sombre qu’il pourrait menacer l’ensemble de la meute.

 

Parmi toutes les histoires qui fleurissent sur les loups-garous, celles de Patricia Briggs font parti de mes préférées. J’ai découvert l’auteur avec les aventures de Mercy Thompson. Quand j’ai su qu’un spin-off paraissait, je n’ai pas hésité longtemps. Petite note au passage : si vous vous lancez dans cette série, pensez à bien lire la préquelle, L’Origine, avant toute chose, c’est important.

Le Cri du loup, donc, débute juste après la fin de la nouvelle qui sert de préquelle, et s’ouvre sur le déménagement d’Anna, qui quitte Chicago pour le Montana, et passe dans la meute du Marrok. A peine arrivée, elle doit faire face à divers événements : un enterrement, des intimidations, et plusieurs tentatives de drague. Sans compter qu’elle doit aussi apprendre à connaître Charles, son conjoint à peine rencontré. Pas évident.
Pourtant, les affaires continuent, et celles de Bran, le chef de meute, sont loin d’être au beau fixe : alors que des agressions se multiplient dans les montagnes, la présence des loups-garous risque de se révéler de façon très fâcheuse. Charles, sorte de tueur à gage spécialisé en affaires lupines, est immédiatement mis sur le coup, et embarque Anna avec lui pour une randonnée d’investigations.

Cette virée en « solitaires » permet de faire découvrir ce duo de personnages atypiques. Entre la jeune femme traumatisée et l’indien taciturne, l’auteur a choisi deux caractères bien différents, parfois complémentaires, et toujours bien assortis. Ce qui est intéressant ici, c’est que les personnages se découvrent en même temps que le lecteur les découvre. Il n’y a donc aucune incertitude, et on ne se sent jamais perdu – d’autant que Charles est assez peu présent dans l’autre série de Patricia Briggs. Charles devant faire découvrir la meute à Anna, il lui parle de l’histoire de sa famille. C’est donc le moment de compléter les informations dont on disposait sur Samuel et Bran, et que Mercy ne nous donne pas. Là encore, le duo est le prétexte à la découverte des subtilités de l’univers de Patricia Briggs, et c’est bien agréable.

L’intrigue, de son côté, distille tant des informations sur la meute que sur la nature des loups-garous. Sans en révéler de trop, c’est le moment d’apprendre comment les relations entre loups-garous et sorcières fonctionnent. Surtout, Patricia Briggs explore plus avant la mythologie de univers, en exploitant la figure de la louve-garou Omega, parfait pendant du mâle Alpha – et, soit dit en passant, ce qu’est Anna. Il est intéressant de constater que les deux personnages de l’auteur, Mercy et Anna sont, à leur façon, inclassables dans la hiérarchie de la meute. Évidemment, c’est certainement plus difficile d’avoir une héroïne forte si elle doit constamment se montrer soumise – ce qui est rarement le cas des héroïnes d’urban fantasy. Collant aux principes du genre, Anna, tout comme Mercy, est une jeune femme qui prend sa vie en main, malgré tous les sévices qu’elle a subis et c’est sûrement ce pour quoi ce genre de personnages fait rêver.
Ici, dans la mesure où il est essentiellement question de sa relation de couple avec Charles, on n’échappe pas à quelques passages tirant vers la romance un peu mièvre. Assez peu, heureusement, l’accent étant mis sur la meute, le fonctionnement de la magie, et la question du loup-garou, le tout servi par la plume efficace et directe de Patricia Briggs. L’auteur se perd rarement en digressions inutiles, et va généralement  droit au but – comme dans son autre saga.

Le tome n’est, bien sûr, pas dénué de défauts. En plus d’introduire de nouveaux personnages, il présente une nouvelle intrigue de fond et souffre donc de ces effets de présentation. Pourtant, l’aventure reste sobre, efficace, et très agréable à lire. Avec Charles et Anna, l’auteur en profite pour étoffer son univers, tout en explorant une relation délicate, et en exploitant les subtilités de l’univers mis en place. Les longueurs sont assez rares, et le tout bien écrit, suffisamment pour donner envie de découvrir la suite de la saga. Voilà donc une bonne découverte.

 

◊ Dans la même série : L’Origine (préquelle), Terrain de Chasse (2), Jeu de piste (3).

 

 Le Cri du loup, Alpha & Oméga #1, Patricia Briggs. Trad. de Eleonore Kempler. Milady, 378 p., 2010 (1ère édition 2008).
8/10.

 

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Nightshade #1, Lune de Sang, Andrea Cremer.

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Calla appartient à la meute des Nightshade. Comme tous les siens, elle a le pouvoir de se transformer en louve. Le soir de la Lune de Sang, elle sera unie au séduisant Ren, loup-garou de la meute rivale. Mais lorsqu’elle viole les lois de ses maîtres pour sauver la vie de Shay, jeune lycée, Calla remet en question son destin. En suivant son coeur, risque-t-elle de tout perdre – y compris sa propre vie?

Après l’engouement suscité par Twilight, nombreuses ont été les productions s’attachant aux créatures surnaturelles. Nightshade fait partie des bonnes surprises de cette cohorte de romans mettant en scène des adolescents en proie à leur nature. Certes, il y a de grandes similitudes avec Twilight : une belle jeune fille qui s’ignore, convoitée par deux jeunes hommes shootés à la testostérone et appartenant à deux mondes différents, une menace supérieure… on retrouve même une rencontre en cours de science qui semble être le passage obligatoire de la littérature pour ados actuelle. Mais Nightshade est aussi bien plus que cela ; tout d’abord, l’auteur s’attache à décrire une mythologie qui est propre à son univers. Les loups-garous n’en sont pas vraiment – et sont d’ailleurs appelés Protecteurs – et ils servent une caste de sorciers, les Gardiens, dont les intentions ne sont pas toujours limpides. À ces deux groupes s’oppose un troisième, les Chercheurs. Et tout ce petit monde évolue dans une communauté presque fermée (le village, le lycée, les maisons des meutes), sans toutefois se cacher plus que cela, ce qui permet de développer une ambiance très prenante et assez travaillée – beaucoup plus que si les personnages avaient dû ronger leur frein en attendant sans cesse d’être hors de vue. Quoique l’auteur sacrifie à quelques clichés du genre, la fiction est bien pensée, et s’oriente peu à peu vers le final qu’elle présente. Il est vrai que certains passages se voient venir de loin (ou disons qu’on les soupçonne très fortement) et qu’on en vient presque à regretter que les personnages ne comprennent pas aussi vite que le lecteur ; quoiqu’il en soit, les scènes d’action qui en résultent sont bien dosées, et l’adrénaline est au rendez-vous.

Les personnages sont décrits avec beaucoup de justesse ; si certains se font détestables dès la première rencontre, d’autres savent rester ambivalents jusqu’au bout. Ainsi, les petites luttes intestines des meutes révèlent les caractères: les personnages ne sont jamais monolithiques, et parviennent à surprendre le lecteur. Le triangle amoureux fonctionne très bien. Cependant, l’indécision de Calla peut parfois agacer; elle semble ne jamais savoir ce qu’elle veut et agir plus sur des impulsions que sur les décisions sages qu’elle est censée prendre en tant que chef de meute. Les scènes concernant les tourtereaux sont heureusement bien moins chastes que dans la romance vampire-humaine-loup-garou suscitée – quoique restant dans le très politiquement correct.

L’intrigue, si elle met du temps à être totalement dévoilée, est bien construite; les éléments sont finement amenés et elle déploie des thèmes d’un grand intérêt. Les personnages s’interrogent sur la philosophie en général, les valeurs du devoir, de l’obéissance, ou du respect de loi en général, offrant au lecteur un double niveau de lecture assez intéressant. L’héroïne représente parfaitement les tiraillements propres à l’adolescence et on frémit avec elle devant les choix déchirants qui s’imposent à elle, en espérant qu’elle fasse le bon.

En définitive, Nightshade est un premier tome qui annonce une saga de qualité; malgré quelques petits défauts imputables à l’effet de mode ou au simple premier tome, c’est une fiction très agréable à lire, et dont les personnages sont assez attachants pour qu’on ait envie de connaître leur futur !

 

Nightshade, tome 1 : Lune de Sang, Andrea Cremer. Trad. de Julie Lopez. Gallimard Jeunesse, 2011, 492 pages.
7,5/10.

 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

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Alpha et Oméga, de Patricia Briggs.

La Louve et la Croix, S. A. Swann.

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Au cœur des sombres forêts des Carpates, frère Semyon von Kassel, chevalier de l’ordre de l’Hôpital Sainte-Marie-des-Allemands de Jérusalem, court comme s’il avait le diable aux trousses. Une bête monstrueuse, mi-homme mi-loup, a décimé ses compagnons. Grâce à lui, l’Église va en faire une arme à son service : les chevaliers Teutoniques recueillent et dressent clandestinement ces terrifiantes créatures pour terroriser les païens. Or l’un de ces loups-garous, une fille nommée Lilly, réussit à s’échapper et trouve refuge auprès d’un jeune paysan qui fera tout pour la protéger des Templiers. mais aussi d’elle-même. Car la sauvagerie du meurtre est la seule vie que Lilly ait jamais connue et si le jeune homme ne parvient pas à percer les ténèbres de son âme, il sera sa prochaine victime…

An de grâce 1239. Le chevalier Manfried, attendri par la voix de la prisonnière enchaînée qu’il est censée surveiller, commet la fatale erreur d’ouvrir la geôle et de s’approcher de la jeune fille. Alors que l’ensemble de la garnison arrive au galop dans les cachots pour sauver leur écervelé camarade, la jeune fille se libère et commet un carnage. Enfin libérée des chaînes d’argent qui la gardaient sous forme humaine, elle arpente le donjon  et élimine les responsables de son emprisonnement. Car les chevaliers de l’Ordre ont trouvé une arme imparable à opposer aux païens. Issue de du panthéon barbare, la portée de loups-garous recueillis et élevés par l’Ordre sert désormais à terrifier la populace prusane et à provoquer des conversions « spontanées » au christianisme.

C’est donc dans un climat de terreur renouvelée que prend racine cette histoire; si les prusans ne savent pas encore que leur pire cauchemar est en liberté, l’Ordre ne tarde pas à réagir et à battre la campagne… tandis qu’Udolf, rare survivant prusan du massacre de Mejdân (renommée Johannisburg par l’envahisseur), recueille en toute simplicité la jeune fille métamorphe blessée, sans se douter un seul instant de la créature qu’elle est réellement.
Bon an mal an, la famille adoptive du jeune homme manchot va soigner la louve-garou et tenter de la ramener à la vie: choquée, elle a perdu l’usage de la parole, erre en plein délire et ne sait plus trop où elle en est. Les protagonistes, une fois n’est pas coutume, sont donc des personnages blessés et mutilés; loin d’accomplir des actes héroïques totalement improbables, chacun d’eux lutte contre lui-même et ses démons intérieurs.
La question de la mémoire est centrale; Udolf, choqué par ce qu’il a vécu dans son enfance, ne se souvient de rien, mais fait des cauchemars effroyables. Lilly, quant à elle, refuse de se souvenir pour ne pas revivre le cauchemar. Mais en même temps, elle voudrait qu’Udolf se souvienne, pour se libérer et utilise ses propres souvenirs lorsqu’elle en a besoin. La dualité souvenir-oubli sous-tend l’intrigue et est judicieusement utilisée par l’auteur afin de faire avancer ou stagner le récit. Dans cette même idée, de nombreuses analepses émaillent le récit. Si l’on comprend rapidement ce qui a pu se passer, on n’en attend pas moins ces passages qui soutiennent et relancent l’intrigue principale, en offrant une sorte de chant en contrepoint parfaitement accordé.

Dans le même esprit, la question de l’inné et de l’acquis tient une grande place et est au centre de tous les débats: au sein de l’Ordre, où l’on ne sait plus trop si élever des monstres sanguinaires dans le but de perpétrer des massacres était une idée cautionnée par la divinité, et de façon plus poussée chez Udolf, dont le coeur balance entre passion et raison -puisqu’il sent bien que Lilly est telle qu’elle est suite à l’entraînement qu’elle a reçu. Lilly, parfaite incarnation, est elle-même en proie au doute et oscille sans cesse entre ce qu’elle est, ce qu’on a fait d’elle, ce qu’on voudrait qu’elle soit et ce qu’elle voudrait être (on comprend mieux ses accès de schizophrénie, parfaitement maîtrisés et utilisés par l’auteur). Mais ces constants revirements en font un personnage ambigu dont on ne sait pas toujours s’il oeuvre pour le bien ou non, à cause des ses différentes personnalités. A propos de personnages, il faut noter que les personnages secondaires sont loin de faire office de caractères fantoches; à leur manière, Gedim, Burthe et Hilde sont très attachants. Du côté de l’Ordre, Günter et Erhard sont bien pensés, ce dernier s’enfonçant toujours plus loin dans des choix moralement douteux.

J’ai apprécié la structure multiple de cet ouvrage: tout d’abord, l’auteur reprend les grandes heures de la vie chrétienne médiévale, servant de titre aux sections, chacune composée de cinq chapitres (laudes, prime, tierce, sixte, nones, vêpres, et complies); chaque tête de section est accompagnée des versets d’un psaume, que l’on peut lire comme étant une illustration de la section qui va suivre. Ensuite, l’alternance entre analepses et récit actuel offre un balancement et une mise en perspective assez intéressants, et des voix qui se répondent, accentuant l’impression de chant choral. La musique a d’ailleurs une grande importance ici: outre la berceuse lancinante et répétitive de Lilly, elle sert également de partition au récit, construit comme un grand morceau, dont les sections sont précédées d’un prélude et suivies d’une coda, et entrecoupées d’interludes.

Enfin, il a été agréable de lire cette intrigue dont la romance n’était pas le thème central; le récit s’attache à des thèmes historiquement importants – la conversion des régions dites barbares au christianisme, la superstition et les chasses aux sorcières – tout en développant un thème classique du folklore des Carpates, celui des loups-garou, quoique envisagé plus comme une pathologie que comme un bienfait, contrairement à ce que montrent beaucoup de productions actuelles. En définitive, un roman que l’on sent bien documenté, à la construction très dynamique et dont la lecture fut particulièrement palpitant et agréable!

 

La Louve et la Croix, S. A. Swann. Bragelonne, 2010, 382 pages
9/10.

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Le Loup dans la bergerie, une aventure d’Hawk & Fisher.

 

Les Loups de Mercy Falls #1 : Frisson, Maggie Stiefvater.

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Grace vit dans une petite ville américaine, aux abords d’une forêt. Son enfance a été marquée par l’irruption d’une meute de loups qui l’a attaquée. L’un des animaux l’a sauvée et depuis, un lien étrange s’est établi entre la jeune fille et ce loup. Ombre à la fois protectrice et inquiétante, il rôde autour de la maison isolée.
La mort brutale d’un élève du lycée de Grace déclenche une réaction violente: toute la ville crie au loup, et lance des chasseurs à travers la forêt. Tous les animaux ne parviennent pas à échapper aux balles… le loup de Grace est touché.
Quelques heures plus tard, Grace retrouve sur le pas de sa porte un jeune homme, blessé, au regard étrangement familier…

Voilà une histoire de loups-garous qui change un peu de l’ordinaire; ceux-ci ne sont ni surpuissants, ni heureux de leur facette lupine, qui les dévore peu à peu.
L’idée de la métamorphose liée à la température et la météo est assez originale et change un peu des habituels cycles lunaires. Dans le même esprit, l’affichage des températures sous les têtes de chapitres permet de figurer les hauts et les bas de la situation.

Si vous souhaitez une aventure trépidante et pleine d’adrénaline, inutile de lire Frisson: tout réside plutôt dans la tension qui s’instaure au fil des pages, dans les non-dits et les actions potentiels. Grace et Sam ne sont pas forcément les personnages les mieux travaillés: j’ai trouvé Isabel, Rachel et Olivia bien plus vivantes, fantasques chacunes à leur façon. Sam rappellerait plus la figure du poète maudit, prisonnier des événements. Quant à Grace, elle est tellement pragmatique et peu charismatique que ça en devient assez remarquable. En revanche, le fait que les parents démissionnaires de Grace ne remarquent pas la présence de Sam sous leur toit durant plusieurs semaines m’a semblé assez peu crédible, et surtout très arrangeant pour les affaires de l’auteur. L’ambiance du récit relève heureusement un peu le niveau; l’hiver, le froid et la bise occupent toute la scène, un peu à la manière d’un personnage à part entière (c’est d’ailleurs le thème de la couverture qui est assez réussie, soit dit en passant) et distillent une ambiance bien travaillée. L’aspect un peu léthargique des personnages s’explique en partie par cette omniprésence de l’hiver qui paralyse et engourdit.
La fin m’a semblé assez artificielle; le dernier chapitre sert uniquement à relancer l’intérêt du lecteur pour le tome suivant et il est vrai que le tome 1 pourrait se suffir à lui-même.

En définitive, un roman assez agréable, mais très contemplatif et un peu faible sur certains aspects qui manquent encore de profondeur.

Frisson, Les Loups de Mercy Falls #1, Maggie Stiefvater. Hachette, Black Moon, 2010, 477 p.
6/10.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

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