Aincrad, Sword art online #1, Reki Kawahara

sword-art-online-1-aincrad-reki-kawahara

 

Kirito est un gamer, un bêta-tester de l’univers d’Aincrad, immense forteresse volante dans le jeu en ligne en réalité virtuelle Sword Art Online, qui est subitement devenu un redoutable piège. Le programmeur de SAO a détourné les fonctions de divertissement de SAO pour le rendre mortel : toute mort dans le jeu tue également le joueur. La solution ? Vaincre les 100 étages de SAO et le boss final, ce qui rendra tous les joueurs à leur vie civile. 
Bien décidé à s’en sortir, Kirito se lance, seul, à l’assaut du jeu, se tenant loin des guildes organisées. 

Seconde expérience de light novel japonais, et il est question d’une intrigue liée à un jeu massivement multijoueur : ça ne pouvait que m’intéresser ! Et, à nouveau, j’en sors un peu mitigée.

L’histoire met donc en scène Kirito, un joueur plutôt doué qui évolue dans Sword Art Online dans le seul but de vaincre le jeu, bien décidé à se libérer du piège et à libérer ses camarades, ce qui induit un suspens vraiment prenant – surtout lorsqu’on garde en tête que le game-over est définitif. À ses côtés, Asuna, second en chef de la guilde KoB, et redoutable épéiste (et jolie fille. Et célibataire.). On suit essentiellement ces deux figures, autour desquelles gravitent quelques personnages secondaires. Hormis Asuna, Kirito, et le meilleur ami de ce dernier, il y a donc assez peu de personnages vraiment développés ce qui, finalement, n’est pas particulièrement gênant : ce sont bien ces trois-là qui comptent dans l’histoire et les autres sont là pour animer la toile de fond. On regrettera seulement que la psychologie de l’opposant principal ne soit pas plus dense.

L’univers est vraiment intéressant, car il mélange science-fiction  – avec cette histoire de jeu en réalité virtuelle dans lequel on reste bloqué – et fantasy – les joueurs se battent à l’arme blanche, sont organisés en guildes et castes, comme dans un univers médiéval – à ceci près qu’il n’y a pas de magie. Si vous avez déjà joué à des MMORPG, l’environnement, les pratiques et le vocabulaire vous sembleront familiers – pour les autres, il y a un glossaire en fin de roman dans lequel sont expliqués les mots essentiels, donc il n’est pas absolument nécessaire d’être un gamer convaincu pour apprécier le roman. Les descriptions sont soignées, et on sent que chaque étage de la forteresse a son identité graphique propre ; finalement, on a quasiment l’impression de déambuler aux côtés de Kirito dans l’univers semi-virtuel.
De ce côté-là, il n’y a rien à redire.

C’est, en fait, la narration qui pêche. D’une part parce que l’évolution de la relation entre les personnages est parsemée d’ellipses. C’est très rapide et les développements semblent, du même coup, un peu simplistes (mais il y a une bonne raison à cela, que j’évoque plus loin). On n’évite pas, de fait, les clichés inhérents à ce genre d’histoire, et c’est bien dommage : le beau guerrier (célibataire) et la belle épéiste (célibataire tout pareil)… il n’est pas difficile de voir comment cela tourner. Si le suspens lié à la quête est omniprésent, de ce côté-là l’histoire est sans grande surprise. De plus, la partie enquête de l’histoire est extrêmement rapide (et le mot de la fin très facile à deviner) et manque de détails, alors que les phases de combats et les explications qui vont avec sont, elles, particulièrement détaillées. À la longue, on a presque l’impression de lire un manuel de jeu en ligne qu’une véritable aventure. Sans compter le sexisme primaire qui transparaît de temps en temps et qui ne manquera pas de faire grogner : Asuna est une fille donc… elle fait la cuisine et la couture. Fantastique. (Si vous vous posez la question, Kirito étant un homme, c’est un barbare mal dégrossi – mais pas trop, parce que c’est quand même le héros. Normal). Enfin, comme pour Spice & Wolf, le récit souffre de quelques répétitions, dues au fait qu’il a été initialement publié en épisodes (c’est malheureusement la loi du genre).

C’est là qu’arrive la fin du premier tome (il s’agit, là aussi, d’un tome double), lequel dispose d’une véritable fin, avec une conclusion ouverte hallucinante ! Même si l’on peut s’arrêter là, la fin laisse suffisamment de curiosité pour savoir ce qu’il va se passer ensuite (dans les volumes qui seront publiés ultérieurement).

Le second tome est, quant à lui, composé de plusieurs novellas mettant en scène Kirito et quelques joueuses (point qui a son importance), qui vont venir étoffer les différents portraits de personnages déjà croisés. Toutes les novellas ne sont pas aussi importantes ni aussi bonnes (celle du boss de Noël ayant été, à mes yeux, la moins passionnante, et celle de Silica la plus charmante et la plus essentielle pour comprendre Kirito), mais elles ont le mérite de venir combler les creux précédemment cités. Ainsi, les zones d’ombres quant au passé de Kirito sont expliquées, et on comprend bien mieux certaines de ses réactions, ou les idéaux qu’il met en pratique. De plus, on découvre des moments clés de sa relations avec Asuna qui, auparavant, étaient passés sous silence. La psychologie des personnages est, ici, vraiment construite et offre des caractères nettement plus intéressants que les figures lisses et parfois un peu clichés que l’on avait auparavant. Si je comprends bien la volonté de publier ces textes séparément, il est dommage que ces interludes n’aient pas été présentés plus tôt ; ils rendent l’histoire nettement mieux construite, et les personnages bien plus attachants.

Expérience plutôt mitigée donc, en raison d’un déséquilibre entre les deux parties du roman ; si l’univers est bien construit, complexe et intéressant, les aventures narrées dans la première partie manquent de détails, et les personnages sont bien trop lisses. L’équilibre n’est rétabli que dans la seconde partie, qui présente des novellas dont l’action s’intercale avec le fil narrateur principal, et permet de creuser la psychologie des personnages, les rendant nettement plus attrayants qu’au départ. Néanmoins, le roman dispose d’une véritable conclusion (et d’une fin très ouverte !), ce qui est bien agréable, et on ne s’ennuie pas trop dans cette aventure originale illustrée. 

Sword art online #1, Aincrad, Reki Kawahara, illustré par Abec. Ofelbe, 2015, 502 p. 

Spice & Wolf, Isuna Hasekura

spice-&-wolf-isuna-hasekura

Déesse de la moisson, Holo est une louve pouvant prendre l’apparence d’une jeune fille. Les paysans de son village, persuadés que les légendes ne sont bonnes que pour les enfants, délaissent son culte. Holo décide alors que de rejoindre son village lointain village natal, dans le Nord, et embarque dans la charrette de Lawrence Kraft, un jeune marchand itinérant. De ville en ville, le marchand et la déesse concluent accords commerciaux et traités marchands, essayant de déjouer les arnaques et impasses commerciales.

 

Spice & Wolf est l’adaptation en roman du manga éponyme publiée au Japon sous forme de feuilleton. Les protagonistes en sont Lawrence, marchand itinérant de son état, et Holo, déesse louve de la moisson pouvant prendre l’apparence d’une délicate jeune fille – toutefois dotée d’oreilles et d’une queue.
La cohabitation entre le jeune homme taciturne, plus habitué à la présence de son cheval qu’à celle d’une jeune fille, et cette dernière, qui peut se montrer égoïste, étonnamment futée, ou immature à souhait, n’est pas de tout repos. Les deux protagonistes se chamaillent à qui mieux mieux, avant d’évoluer vers une complicité plus feutrée, forgée dans les quelques épreuves qui émaillent leur parcours.

Comme il s’agit de low fantasy, inutile d’attendre des combats trépidants et marqués en hémoglobine, affrontements soignés et suspense léché : hormis quelques rares passages de fortes tensions, on pourrait comparer le voyage de Lawrence et Holo à un long fleuve tranquille.
L’intrigue est vraiment centrée sur l’activité de Lawrence, à savoir le commerce, et ne se constitue quasiment que de marchandages, accords de ventes, et autres traités commerciaux, basés sur le cours de la monnaie en vigueur dans les endroits qu’ils traversent. Ce dernier point prend d’ailleurs une grande importance puisque le nœud de l’intrigue se situe dans une transaction monétaire… dont les détails sont parfois assommants – surtout si l’on n’est pas passionné d’économie au départ. Les explications des stratagèmes pour contourner l’arnaque ou la reprendre à son compte (parfois redondantes) sont longues, et cassent le rythme du récit, lequel n’était déjà pas particulièrement trépidant. Là-dedans, la nature divine d’Holo – sans parler de ses dons de métamorphose ! – intervient assez peu, hormis lorsqu’elle détecte un mensonge ; c’est un peu frustrant, surtout lorsqu’on pense aux multiples possibilités que cela laissait.

Outre cette intrigue un peu indolente, le roman est légèrement desservi par sa forme. Comme beaucoup de textes publiés sous forme de feuilletons, il souffre de l’effet des épisodes : les chapitres sont tantôt bourrés de péripéties, tantôt très calmes avec une chute marquante. De plus, les répétitions (nécessaires pour le lecteur qui lit les épisodes à intervalles), sont fréquentes et alourdissent le texte.

Néanmoins, la seconde partie (puisqu’il s’agit d’un volume double) est meilleure. L’action y est plus présente et mieux dosée, et les explications moins redondantes. De plus, la mythologie est plus exploitée que dans le début du livre (où elle ne faisait figure que de toile de fond). L’univers s’étoffe, et laisse entrevoir des clivages intéressants, notamment entre Église et religions païennes, populations nomades et sédentaires, dont on espère qu’ils seront creusés par la suite.
Les personnages, de leur côté, évoluent : si Holo était une vraie tête à claques insupportable au départ, elle s’assagit. Lawrence qui, de son côté, ne jurait que par le profit, se montre un peu plus sociable, et même soucieux de son prochain.

On ne pourrait clore cette chronique sans parler des illustrations qui accompagnent les chapitres ; comme des ponctuations, elles viennent souligner les passages importants, qu’ils soient palpitants ou plus émouvants. Les illustrations couleur, en début et en fin d’ouvrage, sont très réussies – gare, cependant, aux spoilers qu’elles contiennent… à ne consulter qu’en fin de lecture !

Bilan plutôt mitigé donc, pour ce titre, dont l’indolence et l’intrigue très économique auront parfois eu raison de ma patience. Néanmoins, l’univers de low fantasy, bien que légèrement sous-exploité, tient la route, et les personnages évoluent suffisamment pour pallier les faiblesses du scénario.

Spice & Wolf #1, Isuna Hasekura. Ofelbe, 2015, 470 p. 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

widdershins-le-pacte-de-la-voleuse-ari-marmell

King’s game #1, Nobuaki Kanazawa.

king-s-game-nobuaki-kanazawa
Nobuaki, élève de seconde, est réveillé en pleine nuit par un étrange message mettant au défi deux de ses camarades de lycée de s’embrasser. La classe, selon l’expéditeur, participe à un « King’s Game », un jeu du Roi (très populaire en soirée) auquel elle ne peut se soustraire. Nuit après nuit, à minuit pile, un nouveau défi s’affiche sur les téléphones portables des lycéens. Et avec les défis, de plus en plus absurdes, commence le carnage : les lycéens ont 24 heures pour exécuter les ordres du roi, et la sanction en cas de désobéissance est la mort. 
Et celle-ci s’invite dans la classe, décimant peu à peu les rangs. Les lycéens parviendront-ils à démasquer le Roi avant qu’il ne soit trop tard ?

King’s Game : Jeu du Roi. Jeu apprécié en soirée, consistant à désigner un « capitaine », qui donne des gages à ses petits camarades, de préférence du genre embarrassants, de façon à égayer l’ambiance. Sauf qu’ici, le jeu tourne au cauchemar, sur fond d’ambiance légèrement fantastique. Tous les ingrédients pour plaire en somme… mais qui ne m’ont malheureusement pas convaincue.

Ce premier tome de King’s Game s’ouvre sur un large panorama : la canicule, en ce mois d’octobre, frappe l’ensemble de la province, et chacun tente d’y échapper. Nobuaki, élève de seconde au lycée de Tamaoka, en fait les frais et c’est fourbu qu’il rejoint sa chambre, puis son lit. Lorsqu’il reçoit le message d’un petit plaisantin, à minuit pile, l’informant que toute sa classe participe à un jeu du roi, il est évidemment furieux : on n’a pas idée de déranger les gens à des heures aussi indues pour des motifs aussi terre-à-terre ! D’autant que le message est hautement fantaisiste : les lycéens désignés ont 24 heures pour exécuter les ordres du roi sous peine de mort violente. Improbable. Le lendemain matin, Nobuaki trouve ses deux camarades de classe nommés par le message prêts à s’embrasser : toute la classe joue les pom-pom girls et les élèves se réjouissent de ce nouveau passe-temps original.

Mais Nobuaki, qui est un petit malin à qui on ne la fait pas, assure qu’il y a anguille sous roche : après tout, ces messages sont franchement bizarres, et les défis aussi. Les autres lycéens mettent ça sur le compte de sa parano. Les menaces de mort ? Pure fanfaronnade ! Mais les faits donnent très (trop ?) vite raison à l’ami Nobuaki lorsque Satomi, une lycéenne qui devait se laisser peloter par un autre lycéen – aux anges, évidemment – ne se présente pas dans le délai de 24 heures… et meurt, ainsi que le lycéen désigné pour la tripoter. Par pendaison. Précisément comme l’annonçait le message du roi. Là, les élèves – hormis Nobuaki, qui carbure plus vite que les autres – commencent à se dire que, vraiment, quelque chose ne va pas. Mais, dans le doute, aucun n’en parle à qui que ce soit : parents, équipe éducative (qui semble totalement inexistante de ce lycée, soit dit en passant), forces de l’ordre… personne ne sera alerté par les élèves.

Et les choses vont de mal en pis, et à un rythme particulièrement élevé : les défis se font de plus en plus difficiles ou violents (les lycéens sont sommés d’avoir des relations entre eux, ou de se trouer directement la peau), mais sans réellement se renouveler. Nobuaki, toujours prêt à rendre service et à défendre la veuve et l’orphelin (pourquoi ? On ne saura pas, le jeune homme semblant totalement dépourvu de la plus infime psychologie) s’interpose, et décide fermement de mener l’enquête. Le voilà donc fouinant de droite et de gauche, tentant de sauver un maximum de ses petits camarades, dans l’indifférence la plus totale : au mieux les lycéens sont pris dans le jeu et s’amusent beaucoup malgré l’hécatombe, au pire les adultes ne s’inquiètent pas plus que cela. Après tout, 10 morts dans la classe en moins d’une semaine, pourquoi s’inquiéter ? Il reste 22 élèves, on est large. Certes, la police finira par faire un déplacement… mais sans faire de réelle percée ou sans prendre en compte les dires des lycéens.

Si climat d’horreur il y a, il manque d’un peu de suspens pour être vraiment efficace : on aurait apprécié que les élèves soient pris entre la menace du roi et celle, mettons, de la police. Oh, bien sûr, on se demande sans cesse qui est le roi, s’il fait partie de la classe, ou si c’est un complot plus ample (une secte ? Le gouvernement ? Des extra-terrestres ? Toutes les hypothèses sont ouvertes). Les gages, de plus, sont très répétitifs : rapidement, on ne s’étonne même plus de voir les consignes et les réprimandes qui s’ensuivent, et on sombre dans une sorte de train-train routinier assez désagréable.

Quant à Nobuaki, du fait qu’on ignore tout de ses motivations profondes (qu’est-ce qui le pousse à agir, au final ? Pourquoi est-il aussi ambigu envers Chiemi, sa petite amie ?), on a du mal à se passionner pour ses déductions, actions, ou maints actes de bravoure. D’autant que le style est assez plat, pour ne pas dire froid, ce qui n’incite guère à la passion.

Il n’y a qu’à la fin que le climat d’horreur prend enfin : on bascule en enfer, c’est incompréhensible, sombre et glauque. Malgré les innombrables questions qu’elles induisent, les dernières pages s’inscrivent vraiment dans le climat d’horreur qui, jusque-là, peinait à s’installer : on apprécie la chute, laquelle relance l’intérêt de l’histoire, et celui du lecteur : tout cela n’était-il que le commencement ?

En somme, King’s Game ne m’a vraiment pas conquise. Malgré un synopsis alléchant, et un concept pour le moins intéressant, j’ai bloqué sur les personnages qui m’ont semblé trop monolithiques, l’intrigue trop rapidement menée, la répétition des gages, et la faiblesse psychologique de l’ensemble. Autant de points qui gâtent le suspens et font de ce thriller horrifique une lecture assez plate, malgré une fin surprenante et bien tournée. 

L’adaptation en manga (dont j’ai brièvement parlé ici) ne m’ayant pas conquise non plus, je conclurai en disant que cet univers n’est définitivement pas pour moi !

 King’s Game #1, Nobuaki Kanazawa.
Lumen, 2014, 374 p.
4/10.

 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

hunger-games-suzanne-collins