L’île aux trente cercueils, Maurice Leblanc.

Autour de l’île de Sarek en Bretagne, cette île mystérieuse qui terrifie la population du continent, se trouvent trente cercueils. La légende dit que trente personnes doivent mourir sur l’île, dont quatre femmes en croix.
C’est dans cette ambiance que Véronique d’Hergemont, venue chercher son fils après quatorze ans d’absence, a la désagréable surprise de voir ses initiales sur les bornes, sur les portes des chapelles et son visage sur un dessin de femme crucifiée !… et quel rapport avec la légende de la « Pierre-Dieu qui donne mort ou vie » ?

J’ai lu ce roman quand j’étais à la fac (ou à la fin du lycée, je ne sais plus) et j’en ai gardé l’impression d’un roman assez angoissant !
L’heure fatidique des tâches administratives fastidieuses ayant sonné, j’ai décidé de le relire, sous forme de livre audio. Et ce format était un excellent choix !

La version audio est lue par Philippe Colin, qui accompagne merveilleusement ce texte : la narration est excellente et les voix très bien interprétées (mêmes les femmes). La piste audio est, en plus, truffée d’effets sonores du plus bel effet : bruits de rames ou de cordages aux moments adéquats, ou effets musicaux qui viennent souligner la tension du récit (voire me faire sursauter alors que je fermais seule la bibliothèque un soir !).

L’intrigue est hyper mystérieuse. Je crois que c’est le tome le plus mystérieux et étrange d’Arsène Lupin que j’aie lu. Le récit joue vraiment sur l’ambiance sombre, un peu glauque, voire légèrement fantastique. En effet, la mort des habitants de l’île, les 30 cercueils, les quatre femmes en croix… Tout est surplombé par une très ancienne prophétie à laquelle croit toute la région. A tout cela s’ajoute la sombre histoire de Véronique d’Hergemont, la protagoniste du roman : enlevée alors qu’elle était jeune, elle finit par épouser son ravisseur, avec qui elle a un enfant (Leblanc n’est pas très clair là-dessus, mais ça n’a pas l’air particulièrement consenti…). Or le bébé est enlevé à son tour par le grand-père et tous deux périssent en mer. Et la même Véronique voit son monogramme et sa signature de jeune fille absolument partout depuis son arrivée en Bretagne, qui forment un macabre jeu de piste (elle trouve quand même un cadavre en suivant la piste, même si celui disparaît par la suite).

L’arrivée sur l’île m’a vraiment fait penser à Ils étaient dix d’Agatha Christie, surtout dans la partie où on a vraiment le décompte des survivants, alors que les personnages sont abattus les uns après les autres sans qu’on s’explique vraiment comment.
Je dois quand même avouer qu’à un moment, je suis allée repêcher la jaquette du CD en me disant « Mais c’est vraiment un Arsène Lupin, celui-là ? ». De fait, oui. Mais Arsène apparaît hyper tard dans l’intrigue – dans les cinq derniers chapitres, peut-être ! Plus le récit avançait, plus j’attendais et, comme je ne me souvenais pas trop bien de l’intrigue, j’ai tiré (un peu vite) des plans sur la comète. En effet, à peine arrivée en vue de l’île, Véronique croise une vieille dame appelée Honorine. Or, si ma mémoire est bonne, c’est le nom de la vieille nourrice d’Arsène Lupin. (Rien à voir, puisque vérification faite, la vieille nourrice s’appelle en fait Victoire.) Ce qui fait que j’ai essayé de le reconnaître sous les traits de chaque personnage rencontré, alors qu’il intervient fort tard.

Mais quelle intervention ! Maurice Leblanc s’est surpassé côté déguisements, cette fois ! Comme toujours, Arsène Lupin use de stratagèmes savants – qui nous sont dévoilés à la fin, façon Hercule Poirot. Mais face à lui, la machination est proprement machiavélique. J’ai beaucoup aimé que le grand plan des opposants, précisément monté, fasse appel aux légendes locales – les druides des celtes ont une grande importance dans l’histoire. C’est aussi ce qui donne au récit cette aura légèrement fantastique pas désagréable !

Bref, une très bonne redécouverte et je suis ravie d’avoir testé l’audio pour Arsène Lupin (je vais donc continuer). Cet épisode présente à la fois les caractéristiques d’un bon roman de la série (grands stratagèmes, humour, aventures échevelées), et une ambiance oppressante teintée de surnaturel très originale et qui renouvelle agréablement la saga.

L’Île aux trente cercueils, Maurice Leblanc. Première édition : 1919.
Version audio lue par Philippe Colin.
La compagnie du savoir, 2014, 658 min.