Je suis Adele Wolfe #2, Ryan Graudin.

Le monde est sur le point de se noyer dans un bain de sang…
Le Führer vient d’être assassiné. La Résistance, y voyant l’opportunité d’une rébellion longuement attendue, se met en branle.
Mais Yael, survivante des camps et à l’origine de ce coup d’éclat, sait qu’il n’en est rien. Le Führer vit toujours et elle seule a conscience que ses camarades d’armes, mis à nu, courent un grand danger. Yael doit les rejoindre coûte que coûte pour les prévenir. Elle devra toutefois faire avec Luka et Felix, eux aussi soupçonnés de trahison par sa faute.
S’engage alors une folle course-poursuite semée d’embûches. Le passé et le présent de Yael s’entrechoquent, de lourds secrets éclatent et, dans un contexte où l’on ne parvient pas toujours à distinguer le mensonge de la vérité, une seule question s’impose: Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour protéger ceux que l’on aime ?

Le premier tome de ce diptyque avait été une excellente découverte et le second opus est de la même eau !
L’intrigue reprend presque pile poil au moment où s’arrêtait le précédent : un poil avant, d’ailleurs, car on assiste à la scène finale du premier tome vue par les yeux de Luka. Autant dire que cela démarre sur les chapeaux de roue : Yael sait qu’elle n’a pas réellement assassiné le Führer, elle tâche donc d’échapper à la police nazie, avec le désormais très curieux Luka à ses trousses.

Si le premier volume était centré sur la course de moto, ici les bécanes sont (à mon grand désespoir) assez loin du centre de l’histoire. De même qu’Adele Wolfe, dont Yael usurpait l’identité dans le premier tome et dont elle ne se sert désormais plus — à ce titre, il est dommage que le titre français ait repris le titre du premier tome car, cette fois, cela ne fonctionne pas vraiment.
Mais hormis ces deux petits détails, Ryan Graudin propose une nouvelle fois un roman palpitant.

Car la Résistance pense que le Führer a bel et bien disparu et lance son coup d’État : d’un côté, les Résistants œuvrent pour libérer le peuple, de l’autre, les nazis en sont déjà à la contre-offensive. Autant dire que le suspens est à son comble, d’un bout à l’autre du roman. Celui-ci, de plus, est particulièrement immersif : que l’on soit dans le camion défoncé qui emmène Yael et ses camarades au combat, aux abords du camp, au sous-sol de la brasserie qui tient lieu de QG ou au fin-fond de la Moscovie, tout ce que vivent les personnages est incroyablement réaliste. Et qui fait la part belle à la stratégie militaire, l’action étant concentrée sur quelques scènes particulièrement riches en montées d’adrénaline.

Ryan Graudin nous plonge au plus près de ce que vivent les personnages : angoisses, espoirs, désillusions ou petites victoires émaillent le texte. Si certains développements font grincer des dents, tout est (à nouveau) parfaitement réaliste – ce qui n’en rend que meilleure l’uchronie.
Dans le premier tome, on suivait Yael sur quelques 20 000 kilomètres, donc on la connaît désormais plutôt bien. Ce qu’il y a de bien, c’est que cette fois on suit également Luka et Félix – et on a même quelques scènes consacrées à Adele qui, tout héroïne éponyme soit-elle, n’en passe pas moins l’ensemble de l’histoire enfermée dans une cave. Chacun des trois personnages évolue, grandit, mûrit, en fonction de l’endroit dont il vient, de ce qu’il a vécu, de ses convictions intimes. Chacun reste au plus proche de ses convictions, ce qui rend leurs comportements vraiment justes – et le roman d’autant plus palpitant, donc. Alors, oui, parfois on grince des dents devant les développements que Ryan Graudin choisit mais elle ne verse pas dans les faux-semblants : c’est la guerre, et il se passe pas mal de trucs assez moches.
De ce point de vue-là, elle a parfaitement intégré l’atmosphère de l’époque, de même que les grands chapitres du conflit (que ce soit du point de vue des faits avérés ou des projets nazis). Ainsi, la capitale de l’Allemagne (agrandie) s’appelle Germania (comme le souhaitait Hitler) et, on le sait depuis le premier tome, le roman met en avant l’amour des nazis pour les sciences occultes couplé à la médecine – à ce titre, attendez-vous à quelques passages difficilement soutenables, même si l’auteur ne verse ni dans le gore, ni dans la surenchère. En somme : c’est parfois dur, c’est parfois à coller des claques à qui de droit, mais tout contribue à créer une atmosphère d’enfer, qui rend le roman littéralement palpitant.

J’avais adoré le premier tome, qui nous emmenait tout autour de l’Axe, dans les vapeurs de gas-oil et les rafales de poussière. Cette fois, point de course de moto, mais un suspense tout aussi présent. C’est en apothéose que Ryan Graudin conclut les aventures de Yael, sur les routes d’un IIIe Reich vorace, que l’on n’a guère envie de voir revenir et contre lequel elle nous met fermement en garde. Une uchronie très réussie !

 Je suis Adele Wolfe #2, Ryan Graudin. Traduit de l’anglais par Serge Cuilleron.
Éditions du Masque (MsK), juin 2017, 497 p.
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Je suis Adele Wolfe, Ryan Graudin.

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Germania, 1956. L’Axe domine le monde, suite à la victoire du IIIe Reich et du Japon. Depuis, les deux empires se sont partagé le monde. Afin de commémorer la victoire des forces de l’Axe sur les Alliés, Hitler et l’empereur Hirohito organisent chaque année une incroyable course de moto entre leurs deux continents : le Tour de l’Axe. Sur leurs Zündapp, les 20 candidats, japonais et allemands, rallient Berlin à Tokyo, via Le Caire et New Delhi. Le Führer fait une de ses exceptionnelles apparitions lors du bal de la Victoire.
Yael, une jeune survivante des camps, n’a qu’un objectif dans la vie : renverser le règne du Führer. Enfant, elle a été choisie par un médecin nazi pour subir des expériences visant à diminuer la création de mélanine. Résultat : Yael est désormais capable de métamorphose, pouvant prendre l’apparence d’à peu près n’importe quelle femme. Une capacité qui n’a, évidemment, pas échappé à l’œil de la Résistance, qui charge la jeune femme de mettre à bas Adolf Hitler.
Le moyen ? Prendre l’apparence d’Adele Wolfe, la seule femme à avoir jamais participé à la course et gagner à nouveau la course. 

De Ryan Graudin, j’avais beaucoup aimé Fuir la citadelleun roman bourré d’adrénaline, un trait que l’on retrouve dans Je suis Adele Wolfe.
L’intrigue débute très vite : on sait que Yael est une drôle de survivante des camps, capable de se métamorphoser à loisir ou presque, suite aux expériences nazies qu’elle a subies. Dès le début, elle a sa mission en tête et n’en démord pas : prendre l’apparence d’Adele et gagner la course.
Le récit alterne entre ce présent plein de suspens et le passé trouble de la jeune femme, de ses années de captivité et de torture, à sa formation d’agent spécial de la rébellion. On comprend donc bien mieux comment Yael est devenue cette Walkyrie prête à tout pour venger son peuple.

L’intrigue est menée tambour battant, au rythme des étapes harassantes de la course. Harassantes, car il s’agit d’un effort physique incroyable, mais aussi parce que Yael est soumise à une forte pression. Le jour du départ, elle s’aperçoit en effet que le frère jumeau d’Adele, Felix (dont Adele avait usurpé l’identité l’année précédente), a lui aussi pris le départ. Pire, elle doit affronter Luka, un autre concurrent, dont il semblerait qu’un secret qu’elle ignore le lie à Adele. Et c’est sans compter sur les autres candidats, allemands comme japonais, pour qui la championne est l’ennemi à abattre. Et c’est d’autant plus prenant que l’auteur sait nous surprendre au gré des péripéties et retournements de situation. C’est un roman qui fleure bon le cuir, la pluie, le sable, la sueur et le diesel et qui se lit avec autant d’urgence que d’appétit.

Côté genres, Ryan Graudin joue sur ceux de l’uchronie et de la science-fiction (teintée de fantastique). En effet, si les métamorphoses de Yael ont une explication toute scientifique, elles restent surprenantes et inédites. Celles-ci, de plus, sont souvent imparfaites, Yael n’ayant pas toujours le temps d’étudier ses cibles : voilà qui change agréablement des personnages métamorphes tout-puissants !
De son côté, l’uchronie fonctionne à plein et fait littéralement froid dans le dos. La fin est bien amenée et reprend, en le détournant légèrement, un véritable épisode de l’histoire du IIIe Reich.

Excellente découverte uchronique que Je suis Adele Wolfe. L’intrigue est menée sur les chapeaux de roues et ne laisse aucun répit, ni aux personnages, ni au lecteur. La fin, très ouverte, laisse toute latitude à un deuxième volume, que je lirai bien volontiers s’il paraît !

Je suis Adele Wolfe, Ryan Graudin. Traduit de l’anglais par Marie Cambolieu. MsK, septembre 2016, 338 p.

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