De Cape et de Mots, Flore Vesco.

Serine, en dépit de la volonté de sa mère, refuse de se marier. Mais pour sortir ses frères de la pauvreté, elle doit agir. Sa décision est prise : elle sera demoiselle de compagnie ! La tâche s’annonce difficile : la reine est capricieuse, antipathique, et renvoie ses demoiselles aussi souvent qu’elle change de perruque. Mais Serine ne manque pas d’audace et, tour à tour, par maladresse ou génie, se fait une place. Elle découvre alors la face cachée de la cour : les manigances, l’hypocrisie et les intrigues… et tente de déjouer un complot.

L’an dernier, j’avais eu un coup de coup pour Louis Pasteur contre les loups-garous, le deuxième roman de Flore Vesco. Poussée par Camille, toujours d’excellent conseil, j’ai donc enfin jeté un œil à De Cape et de mots… et bien m’en a pris !

Point de fantasy, cette fois, mais un roman historique en bonne et due forme — quoiqu’on ne sache jamais dans quel pays se déroule l’intrigue, ni vraiment à quel moment. Au vu des mœurs, on parie sur un XVIIe fantasmé — on s’imagine parfaitement à Versailles. Car Serine découvre en effet une Cour extrêmement hiérarchisée avec ses clans, ses castes, ses lois muettes et les petits complots qui vont avec. Dur dur, pour la jeune fille, de sereinement tirer son épingle du jeu dans ce marasme, d’autant qu’elle n’a clairement pas bénéficié ni des mêmes chances de départ, ni de la même éducation. Heureusement, elle n’a pas la langue dans sa poche !

Et la langue, c’est peut-être bien ce qui fait tout le sel de ce roman, qui mériterait d’être entièrement lu à voix haute pour rendre hommage au phrasé si riche qu’y déploie Flore Vesco. C’est tout simplement génial, à la fois hyper recherché et accessible, parfaitement lisible, tout en étant truffé d’inventions et de petites bizarreries. C’est assez rare de croiser en littérature jeunesse (surtout pour des lecteurs de cette tranche d’âge-là, à partir de 10 ans), mais c’est d’autant plus agréable quand c’est aussi bon !
L’intrigue, de son côté, mêle découverte du petit monde (de magouilles) du château, enquête en bonne et due forme, et préparation de vengeance. C’est extrêmement prenant ! Surtout lorsque certaines péripéties, que l’on ne voit pas venir, s’invitent et bousculent l’ordre des choses. J’ai frémi à plusieurs reprises et senti mon petit cœur s’emballer !

Comme on suit essentiellement Serine, elle est le personnage le plus développé et c’est d’ailleurs là mon seul petit point de déception : j’aurais aimé en savoir plus sur Léon, l’apprenti bourreau dont elle croise la route, tant le côté atypique du personnage m’a plu. Dans l’ensemble, les personnages secondaires, sans être particulièrement fouillés, sont juste assez caractérisés pour qu’on ne les mélange pas tous. Et c’est parfait, car les péripéties hautement rocambolesques retiennent bien vite toute l’attention des lecteurs, si concentrés soient-ils.

J’ai donc fort bien fait de suivre le conseil de Camille, car j’ai à nouveau eu un coup de cœur avec la plume de Flore Vesco. Elle nous embarque dans une histoire pétrie d’intrigues de cours, de facéties, d’enquête survoltée et de rebondissements tous plus rocambolesques les uns que les autres. Le tout narré dans une langue riche, recherchée, truffée de jeux de mots et autres calembours très réussis, toutes choses qui font que l’on savoure chaque miette de ce merveilleux texte, en plus de rire beaucoup. Bref : je recommande plus que vivement !

De Cape et de mots, Flore Vesco. Didier jeunesse, 2015, 182 p.
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L’Assassin qui rêvait d’une place au paradis, Jonas Jonasson.

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Après trente ans de prison, Johan Andersson, alias Dédé le Meurtrier, est enfin libre. Mais ses vieux démons le rattrapent vite : il s’associe à Per Persson, réceptionniste sans le sou, et à Johanna Kjellander, pasteur défroqué, pour monter une agence de châtiments corporels. Des criminels ont besoin d’un homme de main ? Dédé accourt ! Per et Johanna, eux, amassent les billets. Alors, le jour où Dédé découvre la Bible et renonce à la violence, ses deux acolytes décident de prendre les choses en main et de le détourner du droit chemin…

Il semblerait que l’adage selon lequel les plaisanteries les plus courtes soient les meilleures prenne ici tout son sens. Autant j’avais adoré Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire et se fit la malle, autant cet opus-ci m’a laissée de marbre.
Ceci étant dit, il faut reconnaître à l’auteur son aisance marquée dans le style du polar burlesque. Ce qui blesse, c’est finalement la désagréable impression de ne lire que du réchauffé.
De fait, l’histoire est loin d’être originale vu que le même schéma se répète sans arrêt (mise en place d’une arnaque, découverte du pot-aux-roses, échappée-belle et reprise à zéro ailleurs et sous une forme sensiblement différente). Une fois, passe encore, deux, cela commence déjà à faire trop…

À cette intrigue assez peu consistante vient s’ajouter un style pauvre et des répliques manquant vraiment de mordant : le roman n’est donc ni cocasse, ni prenant.
On pourrait espérer se consoler avec les personnages mais, là encore, on fait chou blanc. Le trio n’est pourtant pas inintéressant : l’auteur y oppose le dégoût blasé pour le monde entier que ressentent Per et Johanna (et qui préside à leurs multiples arnaques) à la bêtise crasse et souvent comique d’un Dédé plus que naïf. Hormis cela… rien. Les personnages sont réduits à leurs seules fonctions, ce qui n’est guère passionnant. Du côté des personnages secondaires, pas mieux, car les opposants sont rapidement interchangeables.

Bref, on peut donc dire que la sauce n’a pas pris avec ce nouveau roman de Jonas Jonasson, qui s’avère assez décevant.  

L’Assassin qui rêvait d’une place au paradis, Jonas Jonasson. Traduit du suédois par Laurence Mennerich.  Presses de la Cité, 2016, 381 p.

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, Nathalie Stragier.

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Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous…
… parce que pour elle, votre monde ressemble au Moyen Âge.
… parce qu’elle sera envahissante, agaçante, imprévisible.
… mais surtout, parce qu’elle détient un secret terrible. Et c’est à vous qu’elle va le confier.

Lorsqu’elle aide, puis recueille, Pénélope, une inconnue à l’accoutrement hautement improbable, Andréa est loin d’imaginer qu’elle a quasiment signé un pacte avec le diable. Parce que Pénélope, elle va le découvrir très vite, n’est pas une fille de 2019 ordinaire. Et pour cause ! Elle vient de 2187 et a été oubliée par sa classe durant son épreuve pratique du BAC d’histoire-géographie. Problème : elle ne peut pas révéler comment rentrer et ne peut, surtout, pas rentrer par ses propres moyens. Deuxième problème : si elle visite l’année 2019, comme tant d’autres élèves de sa génération, c’est qu’il s’agit d’une année-charnière pour l’humanité, marquant la fin du Moyen-Âge tardif et le début de la Renaissance – les grandes périodes historiques ont donc subi un petit lifting dans le futur en raison d’un bouleversement majeur. Ce qu’elle ne peut évidemment pas révéler tout de go à Andrea, au vu de l’énormité du secret en question.

Dès les premières pages, on plonge dans un mélange assez réussi de roman d’initiation et de comédie décapante : Pénélope vient du futur et n’est certainement pas adaptée à notre époque. Si elle semble être assez sereine face aux véhicules à essence, l’odeur du steak, la liste des ingrédients chimiques au dos des aliments conditionnés et la présence envahissante des garçons (souvent bas-du-front) la font frémir d’horreur. De plus, elle a un sens de la mode assez limité (qui d’autre pourrait porter des sandales de piscine volontairement… avec des chaussettes léopard ?) et des bonnes manières pas toujours au top. Bon an mal an, Andréa tente de l’initier à la vie en 2019, ce qui s’avère extrêmement divertissant, tout en résolvant le problème majeur de Pénélope. Jusqu’au jour où… Andréa finit par découvrir ce secret si bien gardé sur le futur. De là, elle se retrouve dans la position de la seule personne – ou presque – à savoir ce qu’il va advenir mais surtout la seule à vouloir éviter le déroulement funeste des événements ! Car Pénélope, elle, aime beaucoup le futur dont elle vient et n’a pas du tout l’intention de modifier le passé pour éviter la catastrophe.

De fait, le roman est haletant puisque les personnages sont confrontés à plusieurs problèmes d’égale urgence : on saute de péripéties en rebondissements sans jamais se lasser – sauf vers la fin où l’accumulation est un peu trop abondante pour rester efficace et devient même un tantinet lassante.
Au chapitre des points forts du roman, il y a cependant l’excellent mélange des genres entre science-fiction, comédie et thriller – l’opposante à Andréa et Pénélope ne reculant devant rien pour parvenir à ses fins. Ce qui est intéressant, c’est que les deux adolescentes, outre leur quête en cours pour sauver le monde, ont aussi des préoccupations de leur âge : Andréa est en opposition avec son père, lequel refuse de la laisser partir, sac au dos, sur les routes d’Europe seule avec Mathias, son meilleur ami (d’un an son aîné). Pénélope, elle, apprend la vie en société, notamment avec la gent masculine, et se découvre des hormones en ébullition. Rien que de très normal, donc.
Mais au-delà de la quête effrénée mâtinée de comédie décapante, le roman poste de très intéressantes questions sur notre société. En établissant un parallèle entre la vie d’Andréa et celle de Pénélope, on compare forcément les deux sociétés… et on en vient très vite à débusquer les travers de la nôtre. Et c’est très intelligemment fait car, bien souvent, c’est par sa candeur et son ignorance que Pénélope – à l’instar d’Usbek et Rica – met au jour les points qui fâchent et amène le lecteur à s’interroger à son tour sur ces mêmes sujets.

Le roman est servi par une galerie de personnages assez variés. Pénélope, bien sûr, assure le spectacle, tandis qu’Andréa et sa famille amènent un ancrage plus touchant. Seule fille au sein d’une famille de mecs, la lycéenne se révèle très protectrice envers son noyau familial. Cependant, en dehors de ce petit cercle intimiste, les autres personnages sont assez peu développés. Ainsi, on déplore la disparition de Mathias, éternel meilleur ami… bien fantoche, finalement, et qu’on ne voit qu’au tout début du roman. Quant à George, l’opposante, elle est peut-être un tantinet trop exagérée pour être parfaitement crédible et c’est un peu dommage. Mais ces petites réserves n’enlèvent rien au côté hautement divertissant du reste du roman.

Avec Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, Nathalie Stragier propose donc un roman mêlant parfaitement suspense, science-fiction, réflexion et divertissement. On rit autant qu’on s’angoisse et le mélange des deux amènera sans aucun doute de saines questions dans l’esprit du lecteur. Bonne pioche, donc ! 

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, Nathalie Stragier. Syros, janvier 2016, 426 p.

Par bonheur, le lait, Neil Gaiman.

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Ce matin-là, c’est le drame. Un frère et sa sœur s’aperçoivent qu’il n’y a plus de lait à mettre dans leurs céréales. Maman étant partie en voyage d’affaires, c’est Papa qui est chargé de courir à la supérette – ce qui ne serait jamais arrivé, soit dit en passant, s’il avait fait correctement les courses. Seulement voilà. A peine sorti de la maison, il se fait enlever par des extraterrestres. Et son aventure ne s’arrête pas là ! Dans un désordre indescriptible, il croise des pirates sanguinaires, des poneys d’une intelligence suprême, des vampires spéciaux et… un scientifique stégosaure en montgolfière. 
Jamais course de dernière urgence à la supérette n’a été plus mouvementée et imaginative. 

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Alors, j’avoue. Quand je vois écrit « Neil Gaiman » sur la couverture, il s’opère une sorte de court-circuit. Que voulez-vous, on est fan ou on ne l’est pas. J’étais toutefois un peu dubitative quant aux illustrations. Si j’aime beaucoup ce que fait Boulet par ailleurs, un léger a-priori me tenaillait : son style allait-il vraiment s’adapter au texte de Gaiman (que je pressentais onirique et poétique comme il sait le faire) ?

Eh bien force est de constater que, oui, ça colle tout à fait. Non seulement ça colle bien mais, en plus, le style de Boulet semble le plus adapté qui soit pour souligner cette drôle d’histoire ! Texte et images (en noir et blanc) se répondent et l’illustrateur a vraiment soigné tous les détails.
Il ne faut guère plus de quelques pages pour que l’histoire se mette à dégénérer en beauté, façon Neil Gaiman. À vrai dire, le père a à peine franchi le seuil de sa maison qu’il tombe sur des extraterrestres en maraude. Et alors là, on glisse dans un joyeux bazar. Des extraterrestres, on passe à des vampires un peu spéciaux, on croise des poneys suprêmement intelligents et, cerise sur le gâteau, un stégosaure scientifique embarqué sur un ballon.

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Par bonheur, le lait est – presque – toujours à l’abri des vicissitudes du voyage. Rendez-vous compte : kidnapping, vol sauvage, voyages dans le temps, rien n’est épargné à cette pauvre bouteille. De fait, rythme et suspens sont au rendez-vous. On n’a guère le temps de s’ennuyer !

L’histoire est loufoque, déjanté, drôle, complètement folle. Et elle s’adresse aussi bien aux petits qu’aux grands ! Au-delà de l’histoire truffée d’imaginations, Neil Gaiman dresse un bel hommage aux papas, aux enfants, aux histoires et à l’imagination… mais aussi à cet instant sacré qu’est le petit-déjeuner. Comme souvent avec Neil Gaiman, on oscille sur le fil entre imaginaire et réalité, en se demandant de quel côté l’on se trouve. Et, alors que la fin semble laisser sur une délicieuse ambiguïté (les plus rationnels pouvant se rassurer d’un « Ah, ouf, ce n’était qu’une histoire inventée ! »), la dernière vignette retourne totalement la situation, offrant une merveilleuse chute au conte !

Par bonheur, le lait, est donc un conte intergénérationnel extrêmement réussi. Si les enfants y apprécieront l’imagination débordante qui tisse une aventure trépidante, les lecteurs plus âgés apprécieront le très bel hommage aux parents, aux enfants et à la puissance de l’imaginaire que l’on devine entre les lignes. 

 

Par bonheur, le lait, Neil Gaiman et Boulet (illustrations). Traduit de l’anglais par Patrick Marcel. 
Au Diable Vauvert, 2015, 126 p. 

Ma famille normale contre les zombies, Vincent Villeminot & Yann Autret.

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Madoloup est une fille plutôt normale, avec une famille plutôt normale, si l’on exclut leurs prénoms. A peine arrivée en vacances avec toute la famille chez les grands-parents en Bretagne, Madoloup se casse inopinément le coude. Ce qui compromet sérieusement son stage de voile, et fait dérailler la belle mécanique des vacances. Mais, à vrai dire, ce n’est pas là que tout a commencé à partir en vrille. 
C’est plutôt quand Mado et ses parents sont rentrés dans l’hôpital, ont trouvé une ville en état de siège, assaillie par des goélands devenus fous qui attaquaient les gens. Pas de chance, Louve, la petite soeur, a été picorée. Et infectée par le virus zombi transmis par les goélands. Et tout a commencé à aller très mal quand il fallu repousser l’attaque des grands-parents, et que les zombis ont commencé à vouloir entrer dans la maison par les toilettes… 

Le nouveau titre de Vincent Villeminot, en collaboration avec Yann Autret, à qui l’on doit les illustrations, s’annonce comme un titre humoristique et décalé, à base de zombies. Et décalé, ce titre l’est.

D’une part car l’histoire tout à fait banale de vacances d’été dégénère sévèrement sans qu’on s’y attende, et qu’on y retrouve tous les clichés du film de zombies : héroïne badass, équipe isolée et surarmée, assaut de montagnes et de montagnes de zombies, chevauchée héroïque… le tout traité sur un mode comique et absurde parfaitement assumé. Et, finalement, c’est là que le bât blesse. L’humour omniprésent est particulièrement potache : si les boutades font mouche au départ, la surenchère ne tarde pas à lasser. Soit il y en a trop, et l’absurdité des répliques devient lourde, soit le titre est trop court pour pousser le concept à fond : on a, du coup, l’impression que l’ensemble est un peu bâclé, et manque d’un petit quelque chose.
Impression renforcée par le texte, qui est très inégal : certains passages sont extrêmement bien écrits (et truffés de mots savants dont l’effet comique est très réussi, mais qui s’avéreront probablement trop recherchés pour un jeune public), tandis que d’autres ne sont que de vagues commentaires des illustrations, donnant l’impression de lire un simple catalogue. C’est vraiment dommage.
Surtout lorsqu’on n’accroche pas spécialement aux-dites illustrations, ce qui a été mon cas. Néanmoins, elles s’inscrivent parfaitement dans la logique du roman, le style collant tout à fait à l’aventure tournée en ridicule.

On regrettera vraiment que le livre soit aussi court, ce qui ne permet pas vraiment de développer les personnages, qui ne sont guère que des archétypes, ou le scénario. Ainsi, le début est assez long (les zombies ne commençant à intervenir qu’aux deux-tiers du roman) et ce qui s’annonce comme le meilleur passage (la lutte héroïque puis la fuite épique), est largement résumé et passé sous silence. La construction des barricades dans la maison est pourtant narrée avec force détails : c’est le meilleur passage du livre, car d’une part on y retrouve tous les fameux clichés et, d’autre part, c’est extrêmement drôle. De plus, certaines péripéties arrivent sans qu’on en voit réellement l’intérêt : ainsi, le secret du père sent légèrement le réchauffé pour qui a lu Instinct, et n’aide pas à entrer dans une histoire qui reste vraiment superficielle, alors qu’elle promettait d’être aussi divertissante que désopilante.

En somme, Ma famille normale contre les zombies a un goût de trop-peu. L’aventure est trop courte et la parodie, pour drôle qu’elle soit, n’est pas poussée à son paroxysme, en raison d’un début trop long par rapport à l’aventure en elle-même, ce qui est un peu dommage. Du coup,on ne rit pas autant que l’on pourrait s’y attendre. Situation qui s’inverse une fois que les hostilités sont réellement ouvertes, tant la parodie est cocasse ; mais c’est vraiment trop court, la majeure partie du récit étant grossièrement résumée. Malgré des illustrations qui renforcent l’aspect décalé, le roman est un poil trop court : c’est cocasse, certes, mais un peu sommaire.

Ma famille normale contre les zombies, Vincent Villeminot & Yann Autret. Nathan, 2015, 100 pages.

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ABC Imaginaire 2015

Mais qui cela peut-il être à cette heure ?, Les Fausses bonnes questions #1, Lemony Snicket.

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Avant d’ouvrir ce livre, posez-vous ces quelques questions :
– Êtes-vous curieux de savoir ce qu’il s’est passé dans une ville en bord de mer qui n’est maintenant plus en bord de mer ?
– Voulez-vous en savoir plus à propos d’un objet qui n’a pas été volé du tout ?
– Pensez-vous vraiment que ça vous concerne de quelque façon ?
– Qui est cette personne derrière vous ?

Lemony Snicket, 13 ans, vient d’achever sa formation de détective privé, et part en apprentissage, avec S. Theodora Markson, la pire des profesionnelles du métier. Mais rien ne se passe comme Lemony l’avait envisagé : au lieu de travailler en ville, sa tutrice choisit de l’emmener à Salencres-sur-Mer, une ville engloutie qui ne l’est plus, afin d’enquêter sur le vol d’une affreuse statuette représentant la bête bombinante, une célèbre légende locale, qui n’a peut-être pas été volée, finalement.

Une fois sur place, on constate que la mauvaise réputation de S. Theodora Markson n’est pas usurpée : elle est clairement incompétente. Lemony, de son côté, regorge d’idées originales pour deux, quoiqu’elles ne soient pas toujours excellentes : les personnages sont totalement décalés, Lemony assumant les responsabilités, tandis que S. Thedora baguenaude joyeusement, ce qui donne un côté très loufoque à toute cette aventure.

Le début est quelque peu obscur : on plonge directement dans l’enquête de Lemony, alors qu’on en sait à peine sur l’éducation  qu’il a reçue (mais donnée comme étant très particulière), et encore moins sur la mystérieuse personne qu’il souhaite à tout prix rejoindre. L’enquête, originale et amusante, ne manque ni de rebondissements, ni de suspens, bien que l’on suive uniquement les pensées de Lemony, ce qui biaise forcément une partie des déductions. Mais qui cela peut-il être à cette heure ? sert manifestement à poser les bases de l’univers dans lequel se dérouleront les autres aventures. L’intrigue, très alambiquée, ne sert que de prélude à autre chose : si, à la fin du tome, on sait enfin qui est la mystérieuse correspondante de Lemony, on n’en sait pas beaucoup plus sur ce qu’ils projettent de faire ; des indices sont disséminés tout au long du récit, mais on est loin des révélations.
La sensation qu’il y a une enquête à double-tiroir accentue l’impression d’un roman assez confus : de plus, les personnages sont un peu trop mystérieux pour qu’on puisse s’y attacher, mais l’auteur les développera probablement dans la suite.

Mais qui cela peut-il être à cette heure? déroutera certainement par son intrigue loufoque et un peu décousue, mais le style très accessible, les personnages intéressants, le ton plein d’humour et les rebondissements suffisamment nombreux pour rendre l’enquête prenante. L’intrigue peut sembler confuse mais, au final, on s’y retrouve sans trop de mal. La fin, ouverte, donne envie d’en savoir plus sur l’univers et les personnages décalés mis en scène ici. Si le ton des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire vous avait séduit, ce premier tome des Fausses bonnes questions devrait vous plaire également et si vous êtes à la recherche d’une aventure divertissante et bien menée, voilà une nouvelle série qui devrait vous plaire !

Les Fausses bonnes questions #1, Mais qui cela peut-il être à cette heure ?, Lemony Snicket. Nathan, janvier 2014, 250 p.
6 / 10.

 

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Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire et se fit la malle, Jonas Jonasson.

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Le jour de ses cent ans, alors que les notables de la ville et les autres pensionnaires l’attendent pour fêter l’événement, Allan Karlsson s’échappe par la fenêtre de sa chambre à la maison de retraite, quelques minutes avant le début des festivités. Ses plus belles charentaises avachies aux pieds, le vieil homme se rend à la gare routière, dérobe une valise en espérant y trouver des chaussures, et prend le car pour une destination inconnue. L’ennui, c’est que la valise, fermée à clefs, en contient pas de chaussures, mais quelque chose de beaucoup, beaucoup plus précieux. Allan se retrouve rapidement avec la police et tout un tas de malfrats aux trousses. 
Commence alors une incroyable cavale à travers la Suède, mais aussi un voyage – pour le lecteur – pas moins étonnant au cœur du XXe siècle, au fils des événements majeurs auxquels l’ami Karlsson, génie de la dynamite, a été successivement mêlé, bien souvent par le plus grand des hasards !

«Un road-trip déjanté», disait la couverture : voilà un excellent résumé. Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire et se fit la malle, ce sont deux histoires en une, aussi déjantées et aventureuses l’une que l’autre : l’histoire d’Allan, jeune centenaire décidé à sécher sa fête d’anniversaire, parti arpenter les routes suédoises avec plus ou moins de bonheur ; et l’histoire d’Allan jeune, embarqué par toute une suite de péripéties plus rocambolesques les unes que les autres dans un tour du monde incroyable et qui l’amènera à croiser quelques grands noms de l’histoire, et non des moindres. À ses côtés, on revisite la révolution russe, les deux guerres mondiales, la guerre civile espagnole, l’invention de la bombe atomique, la montée du communisme, le goulag, l’apparition des deux Corées, la guerre du Vietnam, les événements de 68, la guerre froide, et bien d’autres encore. Expert en explosifs, roi de la dynamite, Allan Karlsson est de tous les bons coups, et dans les petits papiers de bien des dirigeants, qui voient tout l’intérêt de ses multiples talents. L’ennui, c’est qu’Allan déteste la politique, ce qui l’entraînera dans des malentendus et quiproquos sans nom.

Jonas Jonasson propose là une aventure baroque, loufoque, déjantée, dynamique et pleine d’humour. Aux aventures incroyables vécues par Allan s’ajoutent les non-moins extraordinaires péripéties en cours. C’est bien simple, on dirait que la malchance le poursuit, mais qu’il s’en sort toujours pour le mieux, par d’heureux coups du sort, une ingéniosité formidable, et un sens de l’à-propos remarquable. Le récit est très bien mené : c’est drôle, original, surprenant, et suffisamment loufoque pour nous faire oublier les quelques longueurs. L’humour fait mouche, et on est happés par la curiosité quant au déroulé des pérégrinations d’Allan. Les récits des deux époques se succèdent sans heurts, les transitions sont naturelles, et on navigue sans aucune difficulté entre passé et présent.

La galerie de personnages vaut également le détour : aussi déjantés que le récit, ils collent tout à fait à l’aventure. Les aventures d’Allan lui font rencontrer quelques figures historiques, toutes croquées avec beaucoup d’originalité et d’inventivité.

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire et se fit la malle est un roman trépidant, bien écrit, hilarant et qui a, en plus, le mérite de vous faire revoir votre histoire du XXe siècle. Extrêmement divertissant, il est inventif, drôle à souhait, et se lit avec autant de plaisir que de facilité : en bref, un vrai coup de cœur ! Voilà un roman idéal à glisser sous le sapin !

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire et se fit la malle, Jonas Jonasson. Trad. de Caroline Berg. Pocket, 2012 (VO 2009), 504 p.
9/10. 

Lecture choisie par Camille7.