Moitiés d’âme, Chroniques des cinq trônes #1, Anthelme Hauchecorne.

La mägerie n’obéit qu’à un seul principe : elle ne peut s’exercer qu’à deux. Liutgarde le sait. Elle a pourtant fui Ortaire, l’époux qui lui avait été imposé, renonçant ainsi à son pouvoir. Exilée au nord des terres, elle serait morte sans l’aide des caravaniers et de Rollon, un mäge à l’esprit torturé. Épris l’un de l’autre, Liutgarde et Rollon se déplacent en roulottes avec leur communauté dans l’hostile forêt de la Sylverëe, ancien royaume des Faëes de l’Hiver. Mais l’équilibre de cette vie en cavale va complètement basculer, les obligeant à régler les dettes de leurs vies antérieurs. Car dans ce monde tout se sait et tout se paie un jour. Leur pouvoir et leur amour suffiront-ils à les protéger ?

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman d’Anthelme Hauchecorne, mais je dois d’ores et déjà vous dire que cette reprise a été un énooooorme coup de cœur !

L’auteur nous embarque dans un univers aux connotations médiévales, hanté par la guerre qui a naguère opposé les Faëes aux humains. Au nord, justement, l’ancien royaume des Faëes, la Sylverëe, un territoire sylvestre hostile, glacial, peuplé d’arbres et de créatures de cauchemars. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur une scène de course-poursuite à vous faire dresser les cheveux sur la tête ! De fait, j’ai trouvé que le roman était dans l’ensemble assez sombre. L’univers est assez brutal, et ce n’est pas l’ambiance glaciale induite par l’Hiver et la Sylverëe qui va démentir cette impression.
Dans ce roman, il est donc question de Faëes et d’humains. Ceux-ci, bien qu’ils aient vaincu, n’ont jamais réellement percé le secret de la mägerie Faëe, et se retrouvent forcés de pratiquer leur propre magie à deux. Ce qui entraîne la formation de couples mal assortis, car mariés de force – comme Liutgarde et son affreux mari. Pour être certains ne de rater aucun mäge, le Mägistère incite très fortement les parents dont les enfants manifestent un quelconque pouvoir à les signaler le plus vite possible afin de les formater éduquer correctement. Ensuite de quoi, le Mägistère exerce un contrôle tout au long de la vie de ses mäges, qui sont priés de ne pas dévier du droit chemin. Bref, la situation n’est pas rose et je dois dire que le Mägistère avait même un petit côté Inquisition savamment suggéré que j’ai bien apprécié.
Dans ces conditions, on pourrait croire que le Mägistère va être l’opposant attitré de l’intrigue. Eh bien non ! Les opposants (officiels), ce sont évidemment les vilaines Faëes qui, bien qu’envoyées ad patres, continuent d’empêcher les innocents humains de tourner en rond. Seulement voilà. L’histoire est un brin plus subtile que cela et, au fil du récit, on s’aperçoit que chaque personnage peut recéler une part un peu sombre à laquelle on ne s’attendait pas. Bref, plus les chapitres avancent et moins l’on sait sur qui on peut vraiment compter tant les petites trahisons s’enchaînent. Il faut ajouter à cela une certaine propension de l’auteur à faire subir à ses protagonistes les pires avanies, ce qui ne tarde pas à placer le lecteur dans un état d’instabilité émotionnelle assez puissant qui pousse à enchaîner les pages : quelle meilleure raison, en effet, que de vouloir savoir si son personnage préféré va s’en sortir ?

Dans ce roman, Anthelme Hauchecorne a déployé une science du récit assez géniale. A posteriori, on se dit que tout était quelque peu prévisible car, d’une façon ou d’une autre, il introduit les éléments nécessaires au cours de son récit au fur et à mesure, et suffisamment en amont. Chaque détail compte. Si une description précise de la forêt est faite, c’est que plus tard, au cours du récit, cela sera utile. Si tel ou tel trait de caractère d’un personnage est mentionné, c’est qu’il va resservir par la suite. Peu à peu, il avance donc ses pièces et, au fil des chapitres, elles s’emboîtent les unes avec les autres pour terminer le puzzle. Mais là où cette façon de faire devient géniale, c’est qu’elle est imperceptible ! Même à partir du moment où l’on a compris comment fonctionne le récit, on n’a jamais l’impression que l’intrigue est téléphonée. On ne se dit pas « Tiens, il est question de ce personnage retors, donc il va trahir ». Du tout ! Les détails arrivent à point nommé et on ne discerne pas les ficelles qui tiennent l’intrigue. Ce n’est qu’une fois tournée la dernière page que j’ai pleinement embrassé cet épatant système narratif. D’autant qu’il faut bien le dire, on peut être surpris par la tournure de certains événements ou l’utilisation de certains détails.

Par ailleurs, c’est avec un immense plaisir que j’ai retrouvé la plume de l’auteur. J’ai trouvé qu’elle s’était encore affinée (même si ma dernière lecture remonte un peu, pour être honnête !) et a gagné en maturité. Le vocabulaire est riche, les tournures élégantes, et invitent à la lecture à haute voix pour en profiter au mieux – tout en se payant le luxe de ne pas être pédant. C’est comme pour les descriptions et les détails. Tout est là où il faut, comme il faut, et il n’y a rien à retirer. Rien que pour cela, ce roman mérite amplement le coup de cœur !
En réalité, celui-ci est également dû à la teneur de l’intrigue. Je dois dire qu’après ma lecture de Sidh, dans lequel (si ma mémoire est bonne) on croise également quelques Faëes de mauvaise composition, je m’attendais à retrouver des créatures féeriques loin d’être sympathiques. Et j’ai été servie ! Le personnage de Dame Hölle m’a parfois fait dresser les cheveux sur la tête, et invitée à revoir les clichés. On n’a clairement pas affaire à Marraine la bonne fée ici. Mais comme je le disais plus tôt, ce qui est intéressant, c’est qu’elle n’est pas la seule opposante de l’histoire, ni la seule dont on pense qu’elle mériterait des claques. C’est aussi ce qui fait la richesse du récit !

En trois mots comme en cent, j’ai adoré ce roman qui a, en plus, le bon goût d’être magnifique : couverture brochée, gaufrée et dorée, tranche décorée, signet en tissu couleur or, inutile d’être un bibliophile assermenté pour profiter de la beauté de l’objet-livre. Au-delà de son apparence, le coup de foudre est allé à l’histoire, l’univers et le style. C’est assez rare que j’ai je craque pour tous ces éléments à la fois, et je trouve que ça méritait d’être signalé. En guise de conclusion, si vous avez un/e amateur/trice de fantasy dans vos pratiques et pas d’idée à mettre sous le sapin, je ne saurais que trop vous conseiller de vous jeter sur ce titre !

Chroniques des Cinq Trônes, #1, Moitiés d’âme, Anthelme Hauchecorne.
Gulf Stream, octobre 2019, 524 p.

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La Morsure du givre, Mercy Thompson #7, Patricia Briggs.

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Pour Mercy Thompson, mariée depuis peu à Adam Hauptman, charismatique Alpha de la meute locale, Thanksgiving aurait dû être une fête paisible en famille. Elle était loin d’imaginer que faire du shopping avec sa belle-fille Jesse risquait de virer au cauchemar. Et pourtant, lorsqu’elle ne parvient pas à joindre Adam par téléphone, ni aucun membre de la meute, la jeune femme sait que quelque chose ne tourne franchement pas rond. Une fois de plus, il va falloir mettre les mains dans le cambouis… 

Septième aventure de Mercy et, cette fois, on plonge dans les ennuis dès les premières pages. Après la petite pause indienne du volume précédent, on découvre un roman bourré d’actions, du début à la fin.
Pour ne pas se faire bêtement spoiler sur la série Alpha et Oméga, il vaut mieux lire ce volume après avoir lu les trois premiers volumes de la série sus-nommée ! D’autant qu’Asil, un des personnages phares des aventures de Charles et Anna s’invite dans le quotidien de Mercy.

Paradoxalement, si l’histoire est bourrée d’action, elle progresse aussi plutôt lentement. Ça se castagne dans tous les sens, les personnages courent à droite à gauche, il y a du mystère à revendre mais… on a parfois l’impression de piétiner dans l’intrigue ; c’est assez surprenant comme effet. Mais l’histoire est loin d’être creuse !
En effet, l’intrigue va faire intervenir la meute, le statut des loups-garous, les vampires (le grand retour de Stefan et Marsilia !), mais aussi les faes et tout ce qui tient à la décision des Seigneurs Gris prise à la fin de Jeu de piste. Côté politique et statut social, c’est donc une intrigue plutôt costaud et bien ficelée que nous propose Patricia Briggs. Comme le volume reprend tous les fils précédemment tissés, on retrouve des personnages secondaires comme Tad et Zee, Marsilia donc, ou Gabriel et l’ensemble de sa famille (multiples petites sœurs incluses).

Et la mythologie ? Eh bien on est servis ! Puisqu’il est à la fois question de vampires, faes et loups-garous, on découvre de nouvelles choses sur les trois types de créatures. On découvre notamment de nouvelles choses sur l’architecture de la meute et sur les liens qui unissent Adam et Mercy. D’ailleurs, petit bonus dans ce roman : il n’est plus seulement écrit du point de vue de Mercy ; quelques scènes sont narrées du point de vue d’Adam, une petite nouveauté pas désagréable.
Côté style, on ne change pas une équipe qui gagne : il n’y a pas de temps mort, c’est vif et les dialogues sont toujours aussi savoureux ! En revanche, la traduction n’est pas aussi bonne que celle des tomes précédents, ce qui est un peu dommage…

Avant-dernière aventure de Mercy au programme et retrouver la meute et leurs fantastiques histoire a été très plaisant, malgré un rythme pas toujours équilibré : si l’intrigue est toujours aussi fournie et bien ficelée, on a parfois l’impression de piétiner un peu dans l’histoire. Malgré tout, Patricia Briggs explore un peu plus la mythologie de son univers et tisse une intrigue reprenant des éléments déjà amorcés dans les volumes précédents de la série. En refermant ce volume, on n’espère qu’une seule chose : que le prochain reprenne tous les très bons ingrédients de la série !

◊ Dans la même série : L’Appel de la lune (1) ; La Marque du fleuve (6) ;

Mercy Thompson #7, La Morsure du givre, Patricia Briggs. Traduit de l’anglais par Lorène Lenoir. 
Milady, mars 2014, 408 p.

 

ABC Imaginaire 2015

Le Libérateur, Les Outrepasseurs #3, Cindy van Wilder.

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Un terrible hiver s’abat sur la Grande-Bretagne. Peter, qui a été sauvé par Arnaut, se retrouve seul, car le Chasseur et le lion d’Arnaut sont affectés par la disparition de la magie. Arnaut tombe dans un coma profond, auquel il semble n’y avoir aucune solution. Jusqu’à ce que Peter comprenne que le sous-sol de Lion House regorge de ressources cachées…

La fin du second volume laissait nos Héritiers favoris dans des situations pour le moins difficiles. C’est donc avec autant de plaisir que d’appréhension qu’on les retrouve dans cette conclusion. Et quelle conclusion ! Malgré un départ un peu difficile, en raison des multiples points de vue qui s’enchaînent, ça fuse dans tous les sens, on ne sait plus où donner de la tête et c’est pantelant que l’on referme ce volume.

Histoire de ne pas changer une équipe qui gagne, Cindy van Wilder continue de nous entraîner dans des développements insoupçonnés. Alors, évidemment, c’est le troisième (et dernier) volume, donc l’effet de surprise est un peu moins présent qu’auparavant. Néanmoins, il reste quelques surprises de taille à découvrir.
À nouveau, les personnages prennent des décisions inattendues et ne se contentent pas de coller à ce qu’on attendait d’eux. Et cela ne concerne pas seulement nos protagonistes favoris ! Les opposants, eux aussi, recèlent des trésors d’humanité que l’on découvre avec grand plaisir (Hersent, par exemple, ou Noble !). Et c’est, finalement, bien plus intéressant de s’attacher aux personnages restés, jusque-là, dans l’ombre, que de reprendre à n’en plus finir les héros de l’histoire.
Mais tout cela s’éclipse presque devant la place accordée au Chasseur dans cette conclusion. Enfin, il se dévoile ! Par petites analepses, comme autant de souvenirs qui refont surface, l’auteur nous retrace la vie de l’énigmatique – et ô combien charismatique – personnage dans les incipit de chapitres. C’est tout bonnement passionnant – et souvent poignant ! Le Chasseur est, sans aucun doute, un des personnages les plus réussis de la trilogie, qui illustre parfaitement le jeu sur les nuances entrepris depuis le départ : tous les personnages sont à multiples facettes, pourvus de qualités et de gros défauts, pétris de failles et de doutes. D’ailleurs, ce troisième volume est à l’image des précédents : si l’intrigue est si surprenante, c’est aussi parce que Cindy van Wilder met en avant les failles des personnages autant que leurs points forts.

Le rythme de l’histoire s’intensifie grandement : le terrible hiver de la Reine des neiges s’abat sur le pays, Peter et Arnaut sont traqués mais, surtout, la magie se meurt. Comme les personnages, on se sent pressé par un terrible sentiment d’urgence, redoublé par le rythme quasiment infernal auquel s’enchaînent révélations, rebondissements et retournements de situation. Ce troisième tome est tout simplement impossible à lâcher !
Via l’histoire du Chasseur, le jeu sur les contes, folklore et références aux mythologies européennes se poursuit, convoquant un intertexte puissant que l’on se plaît à recherche entre les lignes. Le tout servi avec le style ô combien élégant et envoûtant de l’auteur : que demande le peuple ?

En bref, si ce troisième tome ne m’a pas autant séduite que le second (la faute à moins de surprises, sûrement), la conclusion est largement à la hauteur du reste de la trilogie. L’intrigue, toujours aussi dense, est menée tambour battant : on a à peine le temps de se faire aux derniers rebondissements qu’un retournement de situation surgit. La part belle est faite aux personnages moins présents jusque-là : on découvre avec plaisir des caractères insoupçonnés, tandis que d’autres personnalités sont mises en avant. La conclusion, si poignante soit-elle, achève la trilogie sur un formidable point d’orgue. Série à découvrir de toute urgence !

Les Outrepasseurs #3, Le Libérateur, Cindy van Wilder. Gulf Stream, 2015, 344 p.

 

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La Reine des neiges, Les Outrepasseurs #2, Cindy van Wilder

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La dernière fée libre, Snezhkaïa, la Reine des Neiges, vient d’être capturée par les Outrepasseurs. C’est la fin de la suprématie de Féérie.
Mais celle-ci ne se rendra pas sans combattre ; les Outrepasseurs sont loin d’imaginer ce qui les attend. Quant à Peter, il est entièrement concentré sur un unique objectif qui vire à l’obsession : retrouver le Chasseur… 

 

La forme assez inhabituelle du premier volume m’avait quelque peu déstabilisée… mais j’avais vraiment apprécié l’histoire. Cette fois, ce n’est plus une simple histoire d’atomes crochus, c’est un coup de cœur !

Le premier tome avait un parti-pris vraiment original et assez inhabituel en littérature young-adult ; d’une certaine manière, ce second tome se rapproche beaucoup plus des codes attendus. En effet, on y retrouve en filigrane le double motif de l’initiation (via les stages organisés par les Outrepasseurs et tout un tas de rituels allant d’agréable à extrêmement déplaisant) et de la quête, dont les différents aspects opposent des bandes de tous poils.

Mais, d’une certaine façon, La Reine des neiges sort complètement des sentiers battus de la littérature young-adult. Le Peter que l’on retrouve ici est bien plus mûr que dans le volume précédent ; un an s’est écoulé depuis la fin du premier tome, et le jeune homme a eu le temps de s’assagir… et de bien réfléchir. À nouveau, l’auteur nous prend à contre-pied avec son personnage, qui ne fait absolument rien de ce que l’on pouvait (raisonnablement) attendre de sa part. Chaque nouvelle décision nous prend par surprise, et on se demande jusqu’où tout cela va bien pouvoir aller. Peter est un personnage fabuleusement réaliste : il n’est pas particulièrement courageux (du moins pas au-delà de la limite du raisonnable), il prend parfois de mauvaises décisions, et il peut se montrer tout à fait borné. Bref, il est naturel. Surtout, il ne transige pas, ce qui fait toute sa force : il ne se satisfait pas de ce qu’on attend de lui, à savoir exercer « un mal pour un bien », et c’est bien là toute l’originalité de la chose. Dans un roman plus classique, le personnage aurait râlé pour la forme, puis endossé ses responsabilités. Peter, lui, préfère claquer la porte, et rester droit dans ses bottes.
Cindy van Wilder s’amuse avec les codes et tord habilement son univers ; là où on s’attend à suivre les héros, on se rend compte rapidement qu’ils ressemblent plus à des opposants qu’autre chose. Mais alors… qui sont vraiment les opposants présentés comme tels depuis le départ ? La frontière entre bien et mal est extrêmement floue, ce qui fait qu’au départ, on ne sait pas trop de quel côté on se trouve. D’autant que les personnages ne nous y aident pas du tout. Peter, on l’a vu, prend à contre-pied tout ce qu’on attend de lui ; Noble, le Maître, tout despotique soit-il, se pose aussi en vieil homme usé et au cœur brisé dont l’univers se délite, alors que l’on meurt d’envie de le détester. Les autres sont à l’avenant. Et lorsque l’on pense avoir enfin réussi à cerner plus ou moins les protagonistes, un nouveau changement intervient. L’issue étant particulièrement incertaine, l’intrigue devient encore plus palpitante !

De ce côté-là, le premier tome nous avait préparés à quelque chose de globalement assez sombre ; sans surprise, la tendance ne se modifie pas ici. À vrai dire, je l’ai même trouvé encore plus glauque que le premier, l’environnement résolument urbain et les motivations des personnages renforçant le côté parfaitement sordide de leurs actes – qu’ils ne peuvent plus dissimuler derrière des peurs ancestrales et superstitions, comme les habitants de Maupertuis.
Mais ce n’est pas parce que l’histoire est tortueuse qu’elle est terrifiante. Pas du tout ! C’est sombre, c’est parfois sinistre, mais Cindy van Wilder nous fait la grâce de ne pas édulcorer les faits ou les traits de ses personnages. En fait, cet aspect résolument sombre fait même tout le sel de l’histoire ; sans cela, il y a fort à parier qu’elle aurait été nettement moins prenante.

L’intrigue s’appuie sur un intertexte absolument fabuleux : dans le premier volume, on repérait des références au Roman de Renart et au conte du joueur de flûtes de Hameln. Ici, ce sont les contes classiques qui sont à l’honneur : La Reine des neiges (mais j’imagine que vous vous en doutiez…), Blanche-Neige, sont les premiers que l’on croise, mais on note des clins d’œil aux contes d’Andersern, Grimm et consorts. Évidemment, vous pouvez oublier les versions Disney, car ici on renoue avec les fées des origines : celles, éminemment cruelles, que l’on croisait déjà dans Les Héritiers. À cela s’ajoute une mythologie extrêmement riche, piochée dans des mythologies du monde entier, qui vient appuyer l’univers déjà très riche dans lequel évoluent les Outrepasseurs.

Tout cela, c’est bien beau, mais quid du rythme ? Eh bien le lecteur n’a quasiment pas une seconde de repos. Les chapitres sont nettement plus courts que dans le tome 1 ; c’est rythmé et, comme l’intrigue est dense, et les questions nombreuses, le roman est difficile à lâcher. J’ai été ferrée dès les premiers chapitres, et eu beaucoup de mal à me dépêtrer de cette histoire ! Sans compter que la chute… nous lâche en plein cliffhanger. Tudieu, vivement la suite !

En bref, le premier volume m’avait beaucoup plu, mais celui-ci le surpasse : c’est un vrai coup de cœur. Le rythme qui manquait peut-être au premier volume (pourtant pas désagréable à lire) est bien présent. L’histoire gagne en complexité et c’est même un peu plus sinistre. Le brouillage des frontières, les personnages de plus en plus complexes et le suspense omniprésent rendent l’ensemble particulièrement prenant ! Une seule chose à dire : vivement la suite !

◊ Dans la même série : Les Héritiers (1) ;

Les Outrepasseurs #2, La Reine des neiges, Cindy van Wilder. Gulf Stream, 2014, 368 p. 

 

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Les Héritiers, Les Outrepasseurs #1, Cindy van Wilder

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Peter, un adolescent sans histoire, échappe de justesse à un attentat et découvre avec stupeur qu’il était personnellement visé. Emmené illico à Lion House, la résidence d’un mystérieux et antipathique Noble, il fait connaissance avec une société secrète qui lutte depuis des siècle contre les fés : les Outrepasseurs. Une société qui existe depuis le Moyen-âge… et dont l’histoire va bouleverser la vie de Peter. 

Jusqu’à ce soir d’hiver, Peter était un adolescent plutôt normal. C’était avant de découvrir que sa mère ne travaille pas exactement dans une boîte de cosmétiques. C’était avant de découvrir qu’elle fait partie d’une société secrète, les Outrepasseurs, et a voué sa vie à combattre les fés, en raison d’un pacte passé par quelques familles, au Moyen-âge. Et c’était avant de découvrir, bien sûr, qu’il en est aussi, et va devenir une sorte de super-agent anti-fé.

Mais n’allez pas imaginer qu’on va trouver une aventure pleine de démons dans les sombres coins de rues atomisés par des adolescents surpuissants, façon urban fantasy avec personnages badass, ou de mignonnes petites fées persécutées par les mêmes adolescents. Non, non, c’est bien plus subtil que cela. D’une part parce que Les Héritiers est un volume essentiellement introductif, qui nous initie au passé des Outrepasseurs, ce qui peut s’avérer quelque peu déroutant au départ, surtout au vu du résumé présent au dos du livre.

Le récit se déroule donc sur deux plans : celui, au présent, des découvertes d’un Peter un peu perdu ainsi que celui, dans le passé, de la fondation de la fameuse société des Outrepasseurs, ce dernier occupant un volume plus important. Le récit est lent, mais dépourvu de longueurs : il prend son temps pour s’installer, et met en place une ambiance particulièrement prenante. On s’imagine sans peine dans les ruelles du hameau de Maupertuis, alors que la neige commence à paralyser le pays, que les fés rôdent aux alentours, et que l’angoisse commence à prendre à la gorge. À ce titre, il faut noter que Les Héritiers n’est pas un roman franchement jeunesse. L’histoire est plutôt sombre : les fés sont des êtres cruels qui ont déclaré la guerre aux humains, et ne reculent devant aucune bassesse ou coup tordu. Ajoutez à cela la période du Moyen-âge de la France profonde, avec son cortège de croyances superstitieuses, en plein hiver rigoureux, et voilà comment vous obtenez un roman médiéval haletant et qui fait quand même un peu trembler dans les chaumières.

L’histoire de la fondation des Outrepasseurs repose sur une mythologie très riche que l’on découvre pas à pas. Les créatures évoquées n’ont rien à voir avec l’image des fées consacrées par les dessins animés, mais tout à voir avec les premiers contes de fées… ceux qui servaient à mettre les enfants en garde contre tout ce qui pouvait rôder à l’extérieur. On retrouve donc l’atmosphère des contes les plus sombres que vous avez probablement perçus, chuchotés à demi-mots, par-ci par-là. Et cette impression est renforcée par les références littéraires qui émaillent le récit : la première à laquelle on pense est, bien sûr, le Roman de Renart (Noble, le Lion, étant un bon indice), mais on croise également un joueur de flûte qui n’est pas sans évoquer celui de Hameln !
Le style étant fluide, et l’histoire particulièrement envoûtante, on arrive à la fin du roman quasiment sans s’en rendre compte.

Les Héritiers est donc un très bon volume introductif, qui repose sur un pari un peu risqué : on ne suit pas le personnage central, ni les fameux héritiers, mais leurs ancêtres, quelques longs siècles auparavant. Et cela fonctionne parfaitement ! L’histoire est entraînante, l’univers très riche (et pas totalement exploré) et on a désormais hâte de savoir comment Peter et ses camarades vont assumer leur héritage. Ce premier volume est donc une excellente surprise, qui donne de plus rudement envie de lire la suite. Un titre à noter si vous aimez la fantasy bien menée, les univers riches, les idées originales, et les histoires un peu sombres !

◊ Dans la même série : La Reine des neiges (2) ;

Les Outrepasseurs #1, Les Héritiers, Cindy van Wilder. Gulf Stream, 2014, 347 p.


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L’Élixir d’oubli, Pierre Pevel.

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Quelques mois après avoir résolu l’épineuse affaire de trafics d’objets enchantés et de meurtres dans lesquels il a été impliqué, Griffont se retrouve de nouveau confronté à d’incompréhensibles événements. Tout d’abord, son ami Edmond Falissière est en mauvaise santé et doit partir en cure en Auvergne. Ensuite, il y la découverte de cette colonie non répertoriée de mininets en plein Paris. Enfin, il y a ce mage noir, Giacomo Nero, que tout le monde semble craindre…
Sans compter la baronne de Saint-Gil, qui semble toujours arriver là, où, et quand on ne l’attend pas !

 

Quel bonheur de retrouver ce Paris des Merveilles, déjà découvert dans Les Enchantements d’Ambremer ! Le Paris de la Belle Époque, ici, côtoie un univers féerique, l’Outremonde, royaume des fées et créatures magiques. Il n’est donc pas rare de croiser des dragons sous forme humaine, ou des mages de différentes obédiences. Griffont, pour sa part, continue son chemin au sein du Cercle Cyan.
Si vous aviez apprécié le duo Griffont/ Isabel de Saint-Gil dans le premier opus, vous devriez apprécier de les retrouver ici ! Si vous n’avez pas lu le premier volume, pas de problème, celui-ci peut se lire indépendamment.

Le duo fonctionne aussi bien que dans le premier tome : de plus, grâce à un interlude narrant ce qu’il s’est très secrètement passé dans la France de 1720, on assiste à la rencontre entre Griffont et la baronne ! Les relations entre ces deux personnages sont vraiment intéressantes : les non-dits sont très nombreux, les faux-semblants aussi, et c’est ce qui met du piquant dans cette histoire.

L’intrigue permet de découvrir un peu mieux la façon dont fonctionne l’univers très particulier : entremêlant le présent (la Belle Époque) et le passé (les années 1720), on comprend mieux pourquoi et comment on en est arrivé à cette incroyable coexistence. Les rebondissements, révélations, et retournements de situations inattendus sont nombreux : le récit est vif, enlevé, et on n’a ni le temps de souffler, ni celui de s’ennuyer. L’intrigue est à la fois plus dynamique, plus sombre, et plus complexe que celle du premier volume, ce qui rend la lecture d’autant plus prenante. À bien des égards, la série cristallise les meilleurs aspects de la littérature de l’époque ; on a la ferme impression de lire un roman de Maurice Leblanc, et c’est bien agréable.
D’ailleurs, l’auteur multiplie les clins d’œil à la littérature et aux personnages de l’époque, ou aux auteurs classiques fantastiques : au fil des chapitres, on croise donc Lord Dunsany (déjà vu dans le premier volume), Cartouche, les fameuses Brigades du Tigre ou bien… Arsène Lupin ! Cela donne à la fiction un petit côté réaliste très agréable, tout en accentuant le côté fantasy urbaine. Bref : c’est très réussi.
Si le style reste fluide et enlevé, on déplorera un trop grand nombre d’annonces au lecteur qui, d’une part, cassent complètement le rythme narratif et, d’autre part, s’avèrent assez agaçantes à la longue. Difficile de profiter sereinement de l’intrigue lorsque l’auteur pointe du doigt les passages qu’il ne faut pas manquer !

Malgré cet aspect stylistique à déplorer, L’Élixir d’oubli est à la hauteur de ce que promettait le premier volume : l’intrigue à tiroirs est passionnante et bien menée, les péripéties et rebondissements étant agencés de façon à privilégier surprises et découvertes. On découvre un peu plus l’univers, l’histoire des personnages, et les nombreux clins d’œil à la littérature policière et aux romans de cape et d’épées inscrivent le volume dans une tradition des plus agréables. L’humour, déjà très présent dans le premier volume, est à nouveau au rendez-vous : l’aventure est rocambolesque à souhait, mais tout se déroule dans la dignité et l’élégance de l’époque ! La fin est satisfaisante à tous points de vue, même s’il est dommage de se dire que les aventures du duo s’achèvent là : on signerait volontiers pour un ou deux tomes supplémentaires. Si vous êtes à la recherche d’une série de fantasy urbaine originale, dynamique, pleine d’humour et très bien menée, notez Les Enchantements d’Ambremer, cela devrait vous plaire !

◊ Dans la même série : Les Enchantements d’Ambremer.

 

Les Enchantements d’Ambremer #2, L’Élixir d’oubli, Pierre Pevel. Le Pré aux Clercs, 2004, 381 p.
8,5 / 10.

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Challenge hivernal – Fées d’hiver.

Cet hiver, j’ai le plaisir, avec Asuna, de reprendre les challenges saisonniers de Marmotte.

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Le thème de cette saison sera donc… Fées d’hiver!

Une fois qu’on sera tous tapis au coin du feu (ou du radiateur), ce sera le moment de s’évader un peu du côté de Féerie : histoires de fées, de Merlin à Merry Gentry en passant par Le Cycle des Princes d’Ambre, tous genres et époques confondus sont acceptés, pour peu qu’il y ait une ou plusieurs fées dans le texte !

Aucune contrainte, pas de seuil à passer, le seul mot d’ordre est de se faire plaisir (mais avec des fées). Il n’est pas nécessaire d’avoir un blog pour participer, pensez juste à nous signaler vos lectures !

Quelques dates :
– le challenge commence le 01.12.
– les inscriptions sont ouvertures du 01.12 au 31.12
– le challenge s’achève le 20.03.2014 (le challenge du printemps sera lancé dans ces eaux-là).

Les inscriptions peuvent se faire en commentaire de cet article, en commentaire de celui d’Asuna, ou sur le topic dédié sur Livraddict, et tout ça sera maintenu à jour avec vos participations.

Un logo ? Les quatre logos sont visibles ici.

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Pas d’idées? Voici quelques suggestions de titres, tous genres et sous-genres confondus :

Âmes de verre, Anthelme Hauchecorne.
Enchantement, Orson Scott Card.
La Sève et le Givre, Léa Silhol.
Thomas le rimeur, Ellen Kushner.
Faërie, R. E. Feits.
La Grande Bible des fées, Edouard Brasey.
L’Épouse de bois, Terri Windling.
Le Cycle des Princes d’Ambre, Roger Zelazny.
La Compagnie des fées, Garry Kilworth.
La Guerre des fées, Tad Williams.
Le Parlement des fées, John Crowley.
Les Dossiers Dresden, Jim Butcher (suivant les tomes).
Mercy Thompson, Patricia Briggs (suivant les tomes).
Sidhe, Sandy Williams.
Le Clairvoyage, Anne Fakhouri.
Magies secrètes, Hervé Jubert.
Les Royaumes invisibles, Julie Kagawa.
Rue Farfadet, Raphaël Albert.
Artemis Fowl, Eoin Colfer.
L’Apprentie de Merlin, Fabien Clavel.
Merry Gentry, Laurell K. Hamilton.
La Fille du roi des elfes, Lord Dunsany.
Les Enchantements d’Ambremer, Pierre Pevel.
Les Chroniques de McKayla Lane, K. M. Moning.
Sous la piscine, Justin d’Ath.

À vous de jouer !

Participants et lectures :
¤ Asuna

¤ Mypianocanta
Wieldstadt, Pierre Pevel. Trois tomes.
Sidhe (1) : La Diseuse d’ombres, Sandy Williams.

¤klo
La Trilogie des Trylles (2) : Déchirée, Amanda Hocking.
La Trilogie des Trylles (3) : Elevée, Amanda Hocking.
La Communauté du Sud (13) : La Dernière mort, Charlaine Harris.
Le Royaume des fées, Shirley Barber.
Le Chevalier rouge, Miles Cameron.

¤Nessa

¤ Salsera15
Les Éveilleurs (1) : Salicande, Pauline Alphen.
Fablehaven, Brandon Mull.

¤ Sylly
La Sève et le Givre, Léa Silhol.
Fées à la chaîne, Philippe H. Besancenet. 

¤ Rose
Stardust, Neil Gaiman.

¤ Stelphique

¤Avenael
Merry Gentry (1) : Le Baiser des ombres, Laurell K. Hamilton.
L’Heure des fées, Christelle Verhoest.
Les Chroniques de McKayla Lane (1) : Fièvre noire, Karen Marie Moning.

¤ Cassie_
La Trilogie des Trylles, Amanda Hocking. Trois tomes.
La Chronique des Anciens (2) : Un cœur de pierre, Thea Harrisson.
La Complainte, Maggie Stiefvater.

¤ Tia Bella
Merry Gentry (1) : Le Baiser des ombres, Laurell K. Hamilton.
Une Vie par-delà la lumière, Marion Obry.
La Trilogie des Trylles (1) : Echangée, Amanda Hocking.
Le Songe d’une nuit d’automne (1) : La neuvième nuit, Lesley Levington.

¤ EternallyP31Woman
Les Chroniques de McKayla Lane (1) : Fièvre noire, K. M. Moning.
Merry Gentry (1) : Le Baiser des ombres, Laurell K. Hamilton.

¤ et moi-même :
– Le Sidh (1) : Âmes de verre, Anthelme Hauchecorne.
– Les Dossiers Dresden (4) : Fée d’hiver, Jim Butcher.
Le Cycle des Princes d’Ambre (2) : Les Fusils d’Avalon, Roger Zelazny.
Les Six royaumes (1) : La Geste du sixième royaume, Adrien Tomas.
Une Vie par-delà la lumière, Marion Obry.
Les Enchantements d’Ambremer (2) L’Élixir d’oubli, Pierre Pevel.

La Princesse maudite, Les Royaumes invisibles #1, Julie Kagawa.

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Ethan a disparu… A la veille de son seizième anniversaire, Meghan découvre qu’on a enlevé son petit frère. Dans le même temps, elle apprend qu’elle est une fille fée, la princesse maudite d’un royaume invisible dont il lui faut franchir la porte si elle veut retrouver Ethan. Prête à tout, Meghan accepte de passer de l’autre côté du miroir au risque de sa vie. Et, sitôt transportée dans la forêt magique, elle voit se dresser en travers de sa route le prince Ash, le plus dangereux des êtres dangereux qui peuplent les royaumes invisibles…

 

Il est des livres comme des vêtements : les modes vont et viennent et, en ce moment, la romance teintée de fantastique a le vent en poupe. À ce titre, La Princesse maudite de Julie Kagawa remplit parfaitement le contrat : un univers féerique, des personnages censément hors du commun et une romance sans surprise sont donc au menu.

Dès les premières pages, on est plongés dans un univers à l’ambiance faussement étrange, se voulant mystérieux, mais ne dissimulant guère les indices ; l’arrivée inopinée d’un changelin dans le train-train quotidien donne le ton. Il est effectivement question de fées. Malheureusement, les révélations interviennent très (trop) vite : à peine quelques pages, et l’on sait déjà que Meghan va passer dans le royaume invisible, celui des fées, afin d’aller s’y faire tailler en pièces sauver le monde. Tout ça le sourire aux lèvres, l’adolescente n’étant pas plus perturbée que ça par ses découvertes. Sans surprise, celle qui avérera être une princesse elfe est protégée, depuis sa plus tendre enfance, par un autre elfe, qui se fait passer pour un humain et répond au doux nom de Puck.À la lecture de ce nom, je dois avouer que je n’ai pu retenir un fol espoir : les personnages étant tous des caractères bien connus, j’espérais que le tout allait finalement décoller.
Grossière erreur.

Non seulement ça ne décolle pas mais, en plus, le tout s’enlise. Alors que les plus hauts protagonistes de Faërie sont convoqués, tous semblent aussi niais les uns que les autres. Mab et Obéron, comme il se doit, se livrent une guerre sans merci, dont l’objet ne tarde pas à devenir Meghan Chase, notre protagoniste, issue de l’improbable union entre un elfe et une humaine – et dont on se demande bien en quoi elle peut les intéresser, puisqu’elle ne sait rien du monde des fées. De son côté, Meghan fait preuve d’une naïveté incroyable. Passe encore que la première chose qu’elle fasse en passant dans l’autre univers soit de conclure un marché avec rien de moins que le Cat Sith : on peut lui pardonner de ne pas connaître l’univers féérique. Mais qu’elle récidive, avec le sourire, en plus, alors que ses compagnons lui ont bien fait comprendre à quel point c’était déconseillé frise le ridicule. On se retrouve, du coup, avec de faux rebondissements du type : j’ai promis ça, houlala, comment va-t-on se débrouiller, maintenant ? Non seulement ça ne fait pas trembler le lecteur, mais les ennuis qu’elle essuie m’ont semblé être une juste consolation à sa bêtise crasse.
A l’inverse, à plusieurs reprises, l’auteur présume nettement des connaissances de son lecteur. Car si Meghan est une parfaite ignorante en matière féerique, elle bénéficie semble-t-il de cours accélérés auxquels le lecteur n’a, malheureusement, pas accès. Forte de cette nouvelle science (infuse ?) elle déjoue un certain nombre d’écueils, sans que l’on sache d’où lui vient cette subite maîtrise de l’univers féerique. C’est maladroit, grossier, et tout ça manque d’explications.

Le seul personnage avec un minimum de relief est Puck ; Ash était prometteur, mais ressemble finalement à n’importe quel ado beau gosse, torturé et détestable, se parant de grands airs, et je ne vois pas bien l’intérêt de se contenter de transposer le fantasme du petit caïd chez les fées. L’un comme l’autre (Puck et Ash) souffrent d’une propension à s’enticher de la princesse semi-elfe (dont, au passage, on ne sait pas trop pourquoi elle est maudite, malgré le titre) et leur image de seigneurs de Faërie en est quelque peu écornée. Difficile de trembler devant un elfe aussi faillible.
Si seulement le style venait pallier les faiblesses scénaristiques ! Mais non. C’est plat, pas toujours bien écrit, complètement niais et certains passages m’ont plongée dans un ennui mortel. Une chose est sûre, je n’ai pas réussi à me passionner ni pour les aventures, ni pour les petits tracas de Meghan Chase, qui m’est restée parfaitement étrangère.

Dommage donc, car ce titre ne m’aura franchement pas passionnée. Plat, ennuyeux, sans relief, bourré de clichés et doté d’une intrigue aussi banale que mal amenée, aucun détail n’a su attiser ma curiosité ou un quelconque intérêt. J’ai même trouvé dommage que les elfes, fées, et autres créatures du folklore soient utilisés ici, tant c’est prévisible et mal orchestré. Dommage, disais-je.

La Princesse maudite, Les Royaumes invisibles #1, Julie Kagawa. Harlequin (Darkiss), 2011, 548 p.
4/10.

 

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Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être …

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Les Enchantements d’Ambremer, Pierre Pevel.

 

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Paris, 1909. La tour Eiffel est en bois blanc, les sirènes se baignent dans la Seine, des farfadets se promènent dans le bois de Vincennes… et une ligne de métro relie la ville à l’OutreMonde, le pays des fées, et à sa capitale Ambremer. Louis Denizart Hippolyte Griffont est mage du Cercle Cyan, un club de gentlemen-magiciens. Chargé d’enquêter sur un trafic d’objets enchantés, il se retrouve impliqué dans une série de meurtres. L’affaire est épineuse et Griffont doit affronter bien des dangers: un puissant sorcier, d’immortelles gargouilles et, par-dessus tout, l’association forcée avec Isabel de Saint-Gil, une aventurière que le mage ne connaît que trop bien…

J’avais découvert Pierre Pevel avec Les Lames du Cardinal ; j’avais tellement accroché que, pour une fois, je n’ai pas supporté d’attendre et suis allée acheter illico la suite. C’est donc tout naturellement que Les Enchantements d’Ambremer a atterri dans ma liste-des-livres-qu’il-faudra-absolument-lire et, une fois la lecture effectuée, je dois dire que je ne suis pas absolument pas déçue et même totalement conquise!

Le titre, aux alléchantes sonorités, et le résumé, intrigant, avaient déjà de quoi passionner. Mais j’ai été perdue pour la science dès l’introduction : il y est question des contes, du Paris que l’on connaît, du Paris des merveilles et de la féérie de l’imagination… Dès lors, impossible de décrocher. Non pas que cela m’ait gênée, remarquez. La plume allègre et précise de Pierre Pevel nous plonge dans l’aventure de Griffont, mage du cercle Cyan, qui a tout du gentleman idéal. Le décor de la Belle Époque, mâtiné de féérie et d’enchantements, est parfait, et l’univers créé par l’auteur, charmant -dans tous les sens du terme.  On a donc là, en vrac, un métro qui emmène directement à Ambremer, patrie des fées, en partant de la porte Maillot, des mages qui fréquentent des cercles masculins privés comme d’autres leurs clubs, et tout un tas de créatures magiques ou féériques vivant au grand jour, sans que cela ne choque qui que ce soit. Ajoutez à cela une pincée d’actes héroïques ou désespérés, une lichette de personnage oscillant entre Dumas et le redoutable tandem Leroux-Leblanc, et vous comprendrez pourquoi le roman est si entraînant. Les multiples références à la réalité (on croise Méliès et Lord Dunsany), ou à la littérature (mention spéciale au crapulard prénommé Arsène…) confèrent au roman un aspect à la fois fascinant et facétieux. Les élements tournés en dérision et les multiples clins d’oeil parsèment agréablement la lecture, et ne manqueront pas de faire sourire les lecteurs.

Par ailleurs, on a l’impression d’évoluer dans un roman d’enquête mêlant le meilleur des débuts du polar aux fleurons de la littérature fantastique, tant l’auteur a su intégrer et réutiliser à sa façon les codes des deux genres. Malgré quelques longueurs et facilités dans l’enquête, la cohérence est de mise, et l’histoire bien tournée. On la lit avec une certaine frénésie, regrettant parfois que les pages se tournent si vite.

Ce roman est donc un roman à découvrir, si vous aimez les contes, les univers fantastiques, que vous n’êtes pas contre une version revue et corrigée de l’Histoire, et que vous aimez les univers farfelus. Souvent drôle, c’est un roman entraînant ; la gouaille de l’auteur, son écriture soignée et ses personnages attachants y sont pour beaucoup. Un roman que je recommanderai donc chaudement, tant il m’a fait passer un bon moment !

◊ Dans la même série : L’Élixir d’oubli (2).

 

 Les Enchantements d’Ambremer #1, Pierre Pevel. Le Pré aux Clercs, 2003, 347 p.
9/10

 

 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être…

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Stardust, Neil Gaiman.

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D’un côté, il y a Wall, paisible village niché au sein d’une calme forêt anglaise. De l’autre, le Pays des Fées, univers d’enchantements, de sorcières, de licornes et de princes sanguinaires. Entre les deux, il y a le mur, l’infranchissable et épaisse muraille qui ceint le hameau et le sépare de Féerie. Infranchissable ? Pas tout à fait, puisque tous les neuf ans s’ouvre la Foire des Fées qui, durant un jour et une nuit, permet aux deux mondes de se rencontrer. Dans certaines circonstances, cependant, attendre si longtemps pour pénétrer en Féerie est impossible. Car quand on s’appelle Tristran Thorn et que l’on a promis à sa belle l’étoile filante tombée du firmament de l’autre côté du Mur, aucun obstacle ne saurait s’élever contre l’amour…

 

Lorsque cette étoile filante tombe de l’autre côté du Mur, Tristan n’hésite pas une seconde: il ira la chercher et la ramènera à Victoria, l’élue de son cœur, qui ne manquera pas de l’épouser en remerciement. Ni une ni deux, le grand naïf se lance à l’aventure et entre en Faërie. Là, il fera de surprenantes découvertes, pour les beaux yeux de sa belle, qui n’est ni plus ni moins que la pimbêche du village.

Toujours est-il que Tristan tombe dans une situation un tant soit peu compliquée: l’étoile filante est cherchée par de nombreuses personnes, dont un redoutable trio de sorcières. Parallèlement, le roi de Stormhold, qui vient de décéder, a lancé ses fils à la recherche du collier qui leur donnera le pouvoir. Et, bien sûr, Tristan s’arrange pour se mettre au milieu de la mêlée – sinon, ce n’est pas drôle.
Tout l’univers des contes de fées est réuni dans cet opus: on croise au fil des pages un certain nombre de personnages féériques, et les ressorts du contes sont respectés (le roman commence d’ailleurs par le célèbre « Il était une fois… ») ; tous ces stéréotypes nous permettent de nous replonger avec plaisir dans l’univers des contes de notre enfance.

Le style de Neil Gaiman nous embarque sans problèmes dans ce monde merveilleux créé de toute pièces. Le récit initiatique mâtiné de rencontre amoureuse fonctionne bien: c’est tout mignon, et on a envie d’y croire. On regrettera cependant que certains événements arrivent trop vite, ou manquent de développements: Yvaine et Tristan semblent se résoudre à cette histoire d’amour, sans qu’on la voie vraiment se développer et la sorcière abandonne bien vite. Malgré tout, l’ensemble reste cohérent et l’univers assez dense (malgré un roman relativement court).
À noter que le roman a fait l’objet d’une adaptation cinématographique très réussie; l’histoire n’est pas tout à fait la même, mais les répliques savoureuses ne manqueront pas de ravir ceux qui ont apprécié l’univers romanesque.

Voilà donc un roman dont la lecture est très agréable, mais qui laisse un arrière-goût de trop peu une fois la dernière page tournée !

 

Stardust, Neil Gaiman. J’ai Lu, 2001, 222 pages.
8/10

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

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Point de fées, mais une aventure rondement menée dans ce Grand Classique du Conte de Grand Amour et de Grande Aventure !