Par bonheur, le lait, Neil Gaiman.

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Ce matin-là, c’est le drame. Un frère et sa sœur s’aperçoivent qu’il n’y a plus de lait à mettre dans leurs céréales. Maman étant partie en voyage d’affaires, c’est Papa qui est chargé de courir à la supérette – ce qui ne serait jamais arrivé, soit dit en passant, s’il avait fait correctement les courses. Seulement voilà. A peine sorti de la maison, il se fait enlever par des extraterrestres. Et son aventure ne s’arrête pas là ! Dans un désordre indescriptible, il croise des pirates sanguinaires, des poneys d’une intelligence suprême, des vampires spéciaux et… un scientifique stégosaure en montgolfière. 
Jamais course de dernière urgence à la supérette n’a été plus mouvementée et imaginative. 

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Alors, j’avoue. Quand je vois écrit « Neil Gaiman » sur la couverture, il s’opère une sorte de court-circuit. Que voulez-vous, on est fan ou on ne l’est pas. J’étais toutefois un peu dubitative quant aux illustrations. Si j’aime beaucoup ce que fait Boulet par ailleurs, un léger a-priori me tenaillait : son style allait-il vraiment s’adapter au texte de Gaiman (que je pressentais onirique et poétique comme il sait le faire) ?

Eh bien force est de constater que, oui, ça colle tout à fait. Non seulement ça colle bien mais, en plus, le style de Boulet semble le plus adapté qui soit pour souligner cette drôle d’histoire ! Texte et images (en noir et blanc) se répondent et l’illustrateur a vraiment soigné tous les détails.
Il ne faut guère plus de quelques pages pour que l’histoire se mette à dégénérer en beauté, façon Neil Gaiman. À vrai dire, le père a à peine franchi le seuil de sa maison qu’il tombe sur des extraterrestres en maraude. Et alors là, on glisse dans un joyeux bazar. Des extraterrestres, on passe à des vampires un peu spéciaux, on croise des poneys suprêmement intelligents et, cerise sur le gâteau, un stégosaure scientifique embarqué sur un ballon.

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Par bonheur, le lait est – presque – toujours à l’abri des vicissitudes du voyage. Rendez-vous compte : kidnapping, vol sauvage, voyages dans le temps, rien n’est épargné à cette pauvre bouteille. De fait, rythme et suspens sont au rendez-vous. On n’a guère le temps de s’ennuyer !

L’histoire est loufoque, déjanté, drôle, complètement folle. Et elle s’adresse aussi bien aux petits qu’aux grands ! Au-delà de l’histoire truffée d’imaginations, Neil Gaiman dresse un bel hommage aux papas, aux enfants, aux histoires et à l’imagination… mais aussi à cet instant sacré qu’est le petit-déjeuner. Comme souvent avec Neil Gaiman, on oscille sur le fil entre imaginaire et réalité, en se demandant de quel côté l’on se trouve. Et, alors que la fin semble laisser sur une délicieuse ambiguïté (les plus rationnels pouvant se rassurer d’un « Ah, ouf, ce n’était qu’une histoire inventée ! »), la dernière vignette retourne totalement la situation, offrant une merveilleuse chute au conte !

Par bonheur, le lait, est donc un conte intergénérationnel extrêmement réussi. Si les enfants y apprécieront l’imagination débordante qui tisse une aventure trépidante, les lecteurs plus âgés apprécieront le très bel hommage aux parents, aux enfants et à la puissance de l’imaginaire que l’on devine entre les lignes. 

 

Par bonheur, le lait, Neil Gaiman et Boulet (illustrations). Traduit de l’anglais par Patrick Marcel. 
Au Diable Vauvert, 2015, 126 p.