Code Ezkutu : longue portée, John Etxebeltz.

2017. Le Pays basque, devenu indépendant, est le pays le plus riche du monde grâce au sensum, trouvé dans les vieilles mines jadis exploitées par les Romains. Ce métal doté de propriétés extraordinaires permet à l’humanité de régler la plupart de ses problèmes.
Quand Kemen Otsoa est retrouvé par les services secrets de la nouvelle Euskadi, cet ancien tireur d’élite passé à la clandestinité, pense qu’il va finir en prison pour le restant de sa vie… Contre toute attente, on lui propose d’intégrer la gade rapprochée de la Lehendakari, la présidente de la Confédération des Sept Provinces Basques Unies, une femme de tête qui compte faire de son petit pays le plus influent et le plus bienveillant du monde nouveau. Kemen accepte et découvre ses nouveaux compagnons d’armes, tous dévoués et rompus à la protection de leur chef vertueuse.
Cependant, les choses dérapent très vite. Car le sensum attire les convoitises, et notamment celles de Strydom, le corrupteur le plus riche du monde qui a uni toutes les mafias pour acheter les hommes politiques, piller la planète, et exploiter ses habitants. Il ne compte pas s’arrêter aux frontières des Sept Provinces Basques Unies…

Et hop, encore un livre piqué dans la bibliothèque paternelle ! Je crois bien que je le lui avais offert, en plus. J’avoue que j’étais hyper intriguée par le mélange anticipation/espionnage/roman du terroir. Et s’il y a de bonnes idées, j’avoue que je ressors un peu mitigée de cette lecture.

Mais commençons par les bons points !
J’ai vraiment adoré le point de départ de l’histoire : il faut avouer que l’idée est géniale pour un roman mêlant uchronie et anticipation.
D’ailleurs, le roman surfe sur plusieurs genres : uchronie et anticipation sont à l’honneur, bien sûr, mais se mêlent aussi à des brins de thriller et d’espionnage qui ne déparent en rien dans le récit. Les scènes d’action sont trépidantes, et l’enchaînement des révélations et/ou retournement de situation assure un confortable rythme de lecture.

Ce qui rend le récit intrigant, c’est qu’il s’appuie fortement sur le contexte mythologique et historique local. L’auteur récupère quelques faits historiques bien connus, comme la bataille de Roncevaux, ou l’Occupation nazie. Il brode un peu sur ces réalités, inventant ici une confrérie de Protecteurs, là une cache aussi séculaire que secrète bien cachée dans les montagnes. Ajoutez à cela une pincée de légendes locales bien ancrées, et voilà une intrigue palpitante qui ressemblerait presque à celle d’un thriller ésotérique. D’ailleurs… le roman propose une fin très ouverte, avec plein de questions ou développements en suspens, exactement comme dans un thriller ésotérique !

Bref, tout cela partait bien. Malheureusement, je dois dire que j’ai à de trop nombreuses reprises levé les yeux au ciel et soufflé en tournant les pages.
Alors que le récit partait bien avec une Présidente des Provinces Unies et quelques femmes dans la société secrète, j’ai dû me rendre à l’évidence : elles sont toutes hyper stéréotypées – évidemment canon et douces, et évidemment à protéger. Même les soldates ! Heureusement, il y a (malgré tout) une certaine égalité de traitement. Car les hommes ne sont pas mieux écrits, et sont cliché en tous points. Particulièrement le personnage principal, un soldat au passé évidemment douloureux et tortueux, forcément hyper-vertueux parce que c’est un mec bien, et plus musclé et badass qu’un bodybuilder allaité aux anabolisants – ce qui lui permet donc d’aller sauver de la gonzesse en boucle. Pfff !

Alors que le récit propose un intéressant mélange de genres et donc de possibilités de retournements, ceux-ci sont soit hyper convenus (et donc peu surprenants), soit arrivent comme un cheveu sur la soupe. Ainsi en est-il de l’identité réelle du protagoniste qui nous est révélée un peu gratuitement : non seulement elle n’apporte rien de palpitant à l’intrigue, mais en plus elle fait très « Gary Stu ». À ce stade, j’avoue que j’ai laissé échapper un petit rire nerveux devant autant de lieux communs !

Ceci étant dit, ce n’est pas le seul épisode à souffrir de ce traitement un peu artificiel. En effet, si l’intrigue est tenue par ce fil rouge de la protection du pays, elle est surtout constituée d’épisodes brefs qui semblent déconnectés les uns des autres et tombent d’un coup, donnant l’impression que c’est un peu gratuit. D’un côté, j’ai apprécié le suspense qui en découlait, mais j’en ai vraiment regretté l’aspect hyper artificiel. En fait, l’auteur ne nous raconte QUE les épisodes vitaux au déroulement de l’intrigue. Vous me direz que c’est un peu la base et c’est ce qui rend le récit efficace, mais celui-ci manque de fait clairement de corps, de profondeur politique, ou même de contexte. Le style n’étant en plus pas toujours folichon, c’était un peu dommage.

En somme, John Etxebeltz signe un roman qui regorge de bonnes idées (sur l’intrigue, le contexte socio-politique), mais dont le récit s’avère à la fois convenu et quelque peu superficiel. Néanmoins, les bonnes idées le sont suffisamment pour faire accrocher à l’intrigue et permettre une lecture assez prenante, pour peu que l’on mette de côté le style pas toujours extraordinaire, et l’absence générale de surprise.

Code Ezkutu : longue portée, John Etxebeltz. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Franck Sallaberry.
Aïtamatxi, mars 2009, 342 p.

Foi et Beauté, Jane Thynne.


Berlin à la veille de la guerre… Alors que des soldats se pressent dans les rues et que des espions s’agitent dans l’ombre, Lotti Franke, une adolescente appartenant à l’organisation Foi et Beauté, l’école d’élite pour les jeunes femmes nazies, est retrouvée enterrée dans une fosse peu profonde. Clara Vine se voit proposer pour le cinéma le rôle le plus ambitieux qu’elle ait jamais joué. Et dans sa vie plus secrète, les services de renseignement britanniques la convoquent à Londres pour enquêter sur des rumeurs selon lesquelles les nazis et les Soviétiques envisageraient de conclure un pacte. Lorsqu’elle apprend la mort de Lotti, Clara décide de découvrir ce qui lui est arrivé. Mais ce qu’elle met au jour est a une valeur inestimable pour le régime nazi. L’objet qui a conduit au meurtre de Lotti… peut aussi la mener à sa perte.

Foi et Beauté est la quatrième aventure de Clara Vine dans le Berlin de l’avant-guerre. Cette fois, elle est plus proche que jamais, l’intrigue se déroulant durant le premier semestre de l’année 1939. Sans surprise, l’histoire est donc de plus en plus sombre et on est très loin des débuts exaltants de Clara à Berlin.
Si l’ambiance est aussi sombre, c’est que Clara est surveillée tel le lait sur le feu, non seulement par Goebbels, le ministre de la propagande, mais aussi par la Gestapo. En plus de cela, elle angoisse en raison de la religion juive de sa grand-mère – ce qui fait d’elle, aux yeux des nazis, une femme juive, bien qu’elle ne pratique pas ni n’ait été élevée selon cette foi. Conséquence immédiate :  Clara espionne nettement moins que précédemment et se contente plutôt de noter les petits faits qui sortent de l’ordinaire, sans trop se lancer dans de grandes opérations.

L’histoire n’en est pas moins prenante, loin de là ! Comme dans les tomes précédents, Clara se retrouve à devoir chercher des informations sur une macabre affaire, en l’occurrence la mort de son apprentie, Lotti. Mais, comme dans les volumes précédents, ce n’est pas tellement le cœur de l’histoire, et cela passe même durant un certain temps au second plan. C’est le tout, mis bout à bout, qui contribue à créer la tension qui sous-tend toute l’intrigue. Ça et, bien sûr, le climat de l’époque : car on sait très bien comment s’est terminé l’été 1939 et cette issue inéluctable ne fait que rendre l’intrigue en cours plus pesante.

Jane Thynne retranscrit d’ailleurs à merveille l’ambiance de l’époque, ses descriptions ne taisant rien des privations que subissent les Berlinois : pénuries de nourriture, de café, mais aussi de savon et autres produits de première nécessité. Elles ne taisent pas non plus les crimes odieux des nazis contre les populations ne trouvant pas grâce à leurs yeux. Et ce ne sont pas seulement des éléments lointains, en toile de fond : l’Arianechweis (le permis de circuler, en quelque sorte) de Clara est remis en question, transformant la moindre sortie en périlleuse expédition. On touche donc du doigt l’angoisse des Berlinois en cette fin d’été.
Mais à côté de la terrible machine à broyer nazie, le roman met aussi en valeur les réseaux de résistance installés en plein Berlin, de quelque obédience qu’ils soient. Évidemment, tout ce petit monde est soumis à haute surveillance ce qui fait que, plus l’histoire avance, plus l’on a conscience de l’importance de la mission de Clara… mais aussi du danger permanent qu’elle risque.

Côté cœur (car c’est aussi une composante importante de la série, on ne va pas le nier), on ne peut pas dire que Clara soit vraiment à la fête : après sa brève réapparition dans le tome précédent, Leo Quinn est de nouveau aux abonnés absents – et vu le climat général, l’ambiance n’est pas vraiment propice à la sensualité. Quoi qu’il en soit, le roman accorde une importance assez marquée à leur relation, en apportant de nouvelles perspectives – dont je ne dirai rien de plus, de peur de divulgâcher des éléments essentiels de l’intrigue.

En somme, la quatrième aventure de Clara nous amène au plus proche de la guerre : au terme des quelques 400 pages du roman, on est arrivés à quelques jours de l’entrée en guerre. Le roman dépeint de façon assez factuelle, mais néanmoins terrifiante, l’inexorable montée en puissance du nazisme. La conclusion, assez ouverte, laisse tout imaginer quant à l’avenir de Clara : le tome 5 étant paru en version anglaise, on peut imaginer qu’on l’aura assez vite en français. J’ai hâte de le lire !

◊ Dans la même série : Les Roses noires (1) ; Le Jardin d’hiver (2) ; La Guerre des fleurs (3).

Clara Vine #4, Foi et Beauté, Jane Thynne. Traduit de l’anglais par Philippe Bonnet.
JC Lattès, 7 février 2018, 474 p.

La Couleur du mensonge #1, Erin Beaty.

Sage Fowler, seize ans, est une bâtarde recueillie par un oncle riche et respecté. Sa seule chance de s’en sortir ? Épouser un beau parti. Elle se présente donc chez une entremetteuse – l’une de ces femmes chargées d’évaluer le potentiel des candidats au mariage, et dont les décisions font et défont les fortunes d’une famille, voire d’un pays tout entier. Mais avec sa légendaire indiscipline et sa langue trop acérée, la jeune fille échoue lamentablement. Amusée par son cynisme et son sens aigu de l’observation, la marieuse lui propose toutefois de devenir apprentie.Sage s’embarque donc dans un périple vers la capitale pour assister au Concordium – là où, tous les cinq ans, se décident les unions les plus importantes – avec un groupe de jeunes filles triées sur le volet. Cette précieuse cargaison est escortée, pour cette fois, par un bataillon de soldats d’élite : se pourrait-il que le voyage soit plus périlleux qu’il n’en a l’air ?

Voilà un roman ado qui m’a agréablement surprise, car il mêle plusieurs aspects qui ont tout pour me plaire (et que je n’avais pas clairement identifiés dès le départ). Tout d’abord, c’est de la fantasy : on y évolue dans le royaume fictif de Demora qui, comme tout univers d’inspiration médiévale qui se respecte, aligne ses castes de nobles/serviteurs/autres malandrins, fortement clivées. Et si les nobles et les puissants y tirent les ficelles, sans surprise, il faut aussi compter avec une autre puissance, plus originale : les marieuses.
Ces entremetteuses professionnelles font la pluie et le beau temps sur les relations matrimoniales et donc, par ricochet, sur les alliances politiques à l’intérieur et à l’extérieur du royaume. Corollaire immédiat : ces histoires de mariage vont entraîner des sous-intrigues romantiques entres les personnages – ce qui, vous le savez si vous me connaissez bien, a tendance à m’agacer très fort. Une fois n’est pas coutume, j’ai trouvé que cette partie était non seulement bien menée mais, en plus, parfaitement justifiée dans l’économie générale de l’intrigue. Bref : un vrai bon point.
Troisième aspect, auquel je m’attendais nettement moins : l’espionnage. En effet, Sage Fowler est chargée d’escorter le convoi de futures mariées et, étant donné qu’elle est apprentie marieuse, de récolter des informations utiles, aussi bien sur ses protégées que sur les soldats de l’escorte et sur leurs hôtes – chacun•e étant susceptible d’être la future moitié d’un des deux partis.
Mais, bien vite, le talent d’observatrice de Sage ne passe pas inaperçu : de fait, la jeune femme est une fouineuse née et ne peut s’empêcher  d’essayer de comprendre les ramifications des informations insolites qu’elle découvre. Un complot avec quelques traîtres traînant dans le coin, autant dire que l’on est servis de ce point de vue-là !

Comme la narration alterne les chapitres consacrés à Sage, ceux nous plongeant dans la vie des soldats et ceux faisant la part belle aux comploteurs, on se fait assez vite une idée de la situation. Autre avantage : cette alternance permet de maintenir un agréable suspense. À ce titre, certains développements ont réussi à me surprendre  – mais pas le retournement de situation majeur, que j’avais vu venir, bien qu’il soit bien amené et suffisamment tardif pour ne pas faire retomber l’intrigue comme un soufflé. L’histoire tient bien la route, sans doute en raison des sous-intrigues bien menées et qui ne sont absolument pas gratuites (un tort que je reproche à beaucoup de romans adolescents) : cela fait du bien d’avoir des interactions entre personnages qui ne sont pas juste là pour cocher les cases de ce qui est attendu dans un roman du genre. Ainsi les dialogues ne sont-ils pas uniquement au service de la romance, mais servent surtout les développements stratégiques de l’intrigue.

Ceci étant dit, j’ai tout de même trouvé quelques limites au roman – que je lui passe bien volontiers tant l’ensemble m’a emballée. Tout d’abord, si en règle générale les personnages sont plutôt creusés, j’ai trouvé que ce soin ne s’appliquait pas à tous. C’est notamment le cas de maîtresse Rodelle, dont le portrait m’a semblé peu stable. Tantôt c’est une manipulatrice retorse et fine stratège, tantôt elle se transforme quasiment en mamie gâteau envers Sage : deux facettes aux antipodes l’une de l’autre et qui m’ont semblé difficilement conciliables, un peu comme si j’étais face à deux personnages totalement différents. Dans l’ensemble, les personnages secondaires étaient à l’avenant : trop peu creusés pour réellement les différencier entre eux et s’attacher.
D’autre part, la part d’espionnage que j’ai mentionnée plus tôt arrive plutôt dans une seconde moitié, la première étant vraiment dévolue à la découverte de l’univers et du cadre de l’intrigue, ce qui fait que le rythme est assez inégal : le départ est un peu lent, la suite plus rythmée – mais, à vrai dire, ça ne m’a pas tellement gênée.
Ce qui m’a le plus perturbée, c’est l’embrouillamini de comploteurs auquel on fait face : sans en dire de trop, il y a quelques stratagèmes qui m’ont laissée au mieux, de marbre, au pire, profondément perplexe. À trop vouloir jouer dans les subtilités, l’auteure a fini par me perdre sur quelques péripéties dont je me suis contentée d’attendre le dénouement. Heureusement que les explications n’ont pas trop tardé, sans quoi j’aurais peut-être été nettement moins enchantée de ma lecture.

Je suis contente d’avoir donné sa chance à ce roman dont la partie romance – je l’avoue tout net ! – me faisait frémir d’avance. Finalement, et bien qu’il y ait effectivement de la romance dans les chapitres, c’est bien plus un roman d’espionnage dans un univers fantasy que propose Erin Beaty. Les révélations sont bien amenées et leur enchaînement maintient à merveille le suspens, même après le retournement de situation majeur, ce qui n’est pas si mal ! Vu comment j’ai accroché à ce premier tome, j’ai hâte de lire le suivant !

La Couleur des mensonges #1, Erin Beaty. Traduit de l’anglais par Jean-Baptiste Bernet.
Lumen, 22 février 2018, 506 p.

Quand tu descendras du ciel, Gabriel Katz.


Et voilà, c’est encore Noël. Comme tous les ans, faute de voir décoller sa carrière de comédien raté, Benjamin Varenne enchaîne les petits boulots. Père Noël, démonstrateur, agitateur de clochette pour l’Armée du Salut… Cette fois-ci, il contrôle les sacs à l’entrée de l’Opéra de Paris, un job en apparence tranquille. En apparence.
Sauf quand on a le chic pour tomber amoureux d’une danseuse persécutée par un fan dangereusement obsessionnel, et qu’on se fait passer pour un garde du corps expérimenté pour la séduire – plus proche de Mr Bean que de Mr Bond. Benjamin va prendre ce rôle très (trop) au sérieux, et se retrouver aspiré dans un cercle infernal, des coulisses de l’Opéra jusqu’aux flamboyants palais de Venise.
Pour la tranquillité, on repassera.

Quand tu descendras du ciel nous entraîne sur les pas de notre comédien raté préféré, vrai faux garde du corps, des marches de l’Opéra à celles des palais vénitiens, à la recherche d’un miracle de Noël – qui se fait bien désirer.
Retrouver Benjamin Varenne après le fiasco général de N’oublie pas mon petit soulier a été un grand plaisir, d’autant qu’il semble plus en verve et en forme que jamais.
Comme dans sa première aventure, le malheur arrive par une jeune femme : oubliée la brune Victoire, place à la bonde et diaphane Ophélie, danseuse à l’Opéra de son état – et donc moins susceptible de frayer avec la Mafia. Il suffit d’exagérer un brin l’insécurité de la belle, de gonfler un poil le CV (de contrôleur des sacs il devient garde du corps) et l’affaire est dans le sac. Non ?

Eh bien, pour notre plus grand plaisir, non. Et si on s’aperçoit dès le départ que l’affaire est assez mal embouchée (Ophélie n’ayant pas DU TOUT l’air disposée à se laisser courtiser), c’est jusqu’aux derniers chapitres que l’on découvrira à quel point Ben s’est mis dans la panade. Encore une fois, dès que l’on a passé le premier élément perturbateur, c’est une aventure menée tambour battant que nous  offre Gabriel Katz. Et en même temps, elle est pleine d’attentes. Car il faut longtemps à Benjamin pour bien cerner les tenants et aboutissants de sa situation. Et longtemps avant d’ouvrir les yeux. Oui, c’est la cata et il est bien plongé dedans jusqu’au cou.
Du coup, on oscille assez longuement dans un climat de tension extrême : on ne sait pas encore bien s’il se passe quelque chose, mais on perçoit clairement que tout n’est pas net dans ce que traversent les personnages et cet entre-deux est délicieux. Et puis, subitement, la machine s’emballe et on plonge dans un rythme infernal. De péripéties échevelées en retournements de situations survoltés, on n’a guère le temps de souffler !

En revanche, on a bien le temps de rire. Si Ben m’avait fait souvent sourire dans N’oublie pas mon petit soulier, son récit m’a, cette fois, fait rire quasiment du début à la fin. Son récit est, comme il se doit, quelque peu désabusé et ses poses, alternant entre le désarroi le plus total et des tentatives pas toujours réussies d’auto-motivation, sont comiques à souhait.

En somme, retrouver Benjamin Varenne a été un grand plaisir de lecture – notez bien que ses aventures peuvent se lire indépendamment. Le roman mêle avec brio polar, espionnage et humour, pour proposer une aventure aussi haletante que désopilante. Fidèle à sa réputation, l’auteur achève le roman sur une petite pointe, qui ne rend la conclusion que plus savoureuse. Voilà un titre que je glisserai bien volontiers sous le sapin !

◊ Dans le même univers : N’oublie pas mon petit soulier ;

Quand tu descendras du ciel, Gabriel Katz. JC Lattès, 15 novembre 2017, 252 p.

La Guerre des Fleurs, Jane Thynne

Août 1938. Dans le cadre d’un tournage, Clara Vine est en tournage à Paris, ville qui ressent plus que jamais les tensions liées à la guerre imminente. Clara, elle aussi, est sous tension. Elle sait qu’elle est dans le collimateur de Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande, de plus en plus soupçonneux à son égard. Inquiétude doublée par la purge qui semble être en cours parmi les actrices proches du ministre et de sa famille, celui-ci n’étant plus vraiment en odeur de sainteté.
Là-dessus, Clara est approchée par Guy Hamilton, un agent anglais infiltré, qui lui confie une mission de la plus haute importance : se lier d’amitié avec Eva Braün, en apprendre plus sur les plans du Führer et transmettre aux services secrets britanniques tout ce qu’elle pourra apprendre sur elle. Une expérience qui ne sera pas sans danger mais dont Clara sait qu’elle est absolument vitale…

Depuis le premier tome, cinq ans ont passé et Clara a cessé de regarder Berlin avec de grands yeux énamourés, ce qui se ressent dans l’intrigue de ce tome, plus sombre que la précédente. À tel point qu’on ressent son stress et son malaise à la simple lecture. Clara est manifestement sous la surveillance constante de la Gestapo, ce qui suffirait à n’importe qui pour avoir peur de son ombre. Si l’on ajoute à cela qu’elle s’inquiète beaucoup pour Erich, son filleul, cela donne un premier panorama de la situation. Celui-ci, justement, demande à Clara d’enquêter sur une jeune femme décédée durant la croisière qu’il a faite avec le KdF et qu’il soupçonne d’avoir été assassinée. Soucieuse de ne pas se mettre à dos l’ombrageux adolescent, Clara tâche de se renseigner, le plus discrètement possible : en effet, poser des questions gênantes, sous le IIIe Reich, n’est pas exactement l’activité la plus saine qui soit – surtout quand on se rapproche d’Eva Braün et donc, par extension, d’Hitler.

Par cette entremise, Jane Thynne nous fait entrer dans l’intimité de la jeune maîtresse du Führer – à ce moment de l’Histoire, Eva est un des secrets d’états les mieux gardés. Confinée dans ses appartements, raillée pour ses passions jugées frivoles (le cinéma, la création de parfums, la mode…), interdite d’écrire un journal intime, la jeune femme a une vie bien grise (elle fera d’ailleurs deux tentatives de suicide). Et Clara ne peut s’empêcher de compatir à la situation de la jeune femme, tout en percevant l’importance qu’elle prend dans le contexte national.
Car, parallèlement aux petits déboires domestiques d’Eva Braün, Jane Thynne nous dresse un panorama assez complet (et complexe) de la situation internationale : collusion de certains grands noms, plus particulièrement dans les milieux artistiques que fréquente Clara (on croise notamment Coco Chanel et son amant nazi), hésitation grandissante des chefs d’état-major adverses allant jusqu’à la fascination totale, aveuglement inhérent des ministres divers et variés. Clara étant britannique, la visite de Chamberlain au Berghof et la signature des accords de Munich résonnent assez fortement sur sa vie et l’inquiètent grandement – à raison.  Même si l’on maîtrise son Histoire sur le bout des doigts, la situation semble particulièrement complexe.

J’ai évoqué, au début de cet article, l’ambiance très sombre qui se dégage des pages. Jane Thynne nous donne à voir la situation internationale, certes, mais s’attache aussi à dresser un panorama aussi précis que possible de l’Allemagne en 1938. Les Juifs sont spoliés dans l’indifférence générale, traqués, expulsés, au mieux. Mais ils ne sont pas les seules cibles du régime nazi. Les personnes handicapées, dont les goûts ou les opinions ne plaisent pas le sont également. On suit notamment le parcours d’une famille dont le fils, peut-être un peu plus rêveur que ses camarades, va justement se retrouver sur la sellette. C’est un des aspects que j’aime dans cette série : Jane Thynne glisse une histoire d’espionnage tout à fait convaincante dans les interstices de l’Histoire, mais elle s’attache aussi à ceux qui ont traversé ces périodes sans forcément les marquer ou avoir maille à partir avec les autorités. Et c’est diablement efficace.

J’ai donc beaucoup aimé ce troisième tome. En raison de la situation de plus en plus dangereuse, l’espionnage auquel se livre Clara peut sembler plus ténu que dans les deux tomes précédents, mais l’on étouffe littéralement sous la pression. Du coup, j’ai eu du mal à m’arrêter entre deux chapitres – bien que je connaisse l’orientation tragique de l’Histoire : je pense que cela prouve toute la maîtrise de Jane Thynne ! De plus, elle conclut ce tome sur un rebondissement assez inattendu et qui me laisse penser que la suite (s’il devait y en avoir une), serait tout aussi prenante ! 

◊ Dans la même série Les Roses noires (1) ; Le Jardin d’hiver (2) ;

Clara Vine #3, La Guerre des Fleurs, Jane Thynne. Traduit de l’anglais par Sophie Bastide-Foltz.
JC Lattès, février 2017. 

N’oublie pas, Expérience Noa Torson #3, Michelle Gagnon.

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Fuir, c’est vivre. S’arrêter, c’est mourir.
Quatre. Ils ne sont plus que quatre : l’Armée de Persefone a été décimée. Noa, Peter et les autres sont traqués, dévastés, épuisés… Mais où qu’ils aillent, quoi qu’ils fassent, leurs ennemis parviennent toujours à les retrouver, et l’étau se resserre. Pourtant, ils n’abandonnent pas. Ils veulent affronter l’homme qui a créé le monstrueux Projet Perséphone.
Quitte à se jeter dans la gueule du loup. Après tout, ils n’ont plus rien à perdre.

Fin des aventures pour Noa et l’Armée de Perséphone ! Et, il faut le dire, si Michelle Gagnon a de nouveau signé un page-turner, c’est au détriment de la consistance de l’intrigue – paradoxe, s’il en est.

De l’Armée de Perséphone, il ne reste que 4 personnes : Noa, Peter, Téo et Daisy. Les autres sont, au mieux, portés disparus, au pire, morts. Autant dire que le mouvement ne va pas très bien. Noa non plus, d’ailleurs. Alors qu’elle semblait être une véritable machine n’ayant besoin ni de sommeil ni de nourriture, voilà qu’elle a des absences la clouant au lit, que la nourriture la dégoûte et qu’elle ne cicatrise plus. Autant de points fort inquiétants. À cela s’ajoute le fait que les sbires de Pike semblent débusquer nos quatre adolescents quoi qu’ils fassent en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Ainsi, la majeure partie du roman est constituée d’une course-poursuite dont les causes et conséquences se répètent inlassablement. Même lorsque de nouveaux personnages sont introduits, on ne change guère de direction. Pourtant, malgré l’effet répétitif, il faut reconnaître que le tout est hautement efficace. Les péripéties s’enchaînent, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Le point qui fâche, c’est que cela semble vraiment très mécanique, ni très vivant ni très passionnant.

Côté personnages, ce n’est pas mieux : dans le deuxième volume, l’auteur s’embourbait dans les relations amoureuses des uns et des autres. Sujet qui, une nouvelle fois, va prendre une place folle dans l’intrigue. Peter est toujours nostalgique d’Amanda – désormais clouée sur un lit d’hôpital depuis qu’elle a contracté la PEMA – mais en pince aussi et sans aucun doute pour Noa, celle-ci n’a pas fait le deuil de Zeke et Téo et Daisy n’ont d’œil que l’un pour l’autre. Bon sang que c’est long et superficiel ! Car, en effet, les interrogations ne sont pas bien profondes et on reste sans cesse en surface des choses.

Heureusement que les interrogations éthiques autour des actions de Charles Pike suscitent un peu plus d’intérêt ! Au fil des découvertes, les personnages s’interrogent en effet sur la nécessité de mettre tout en oeuvre pour faire avancer la science : où s’arrête la recherche et où commencent les délits ? Si les questions de fonds soulevées ne sont pas traitées avec autant de sérieux et de profondeur que dans La Fabrique de doute de Paolo Bacigalupi, le roman permet tout de même de s’interroger.

Le blurb d’Harlan Coben en couverture (« Un thriller palpitant ») n’est donc pas tout à fait exact : si Michelle Gagnon signe un page-turner très efficace et suscitant une saine interrogation sur les limites entre science et crimes, le côté trop mécanique et superficiel de l’ensemble pêche quelque peu. On reste donc sur notre faim avec la fin de la trilogie. 

◊ Dans la même série : Ne t’arrête pas (1) ;  Ne regarde pas (2).

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Bastards, Ayerdhal.

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Depuis qu’il a été récompensé par le prix Pulitzer, Alexander Byrd est à court d’inspiration. En désespoir de cause, il envisage de s’inscrire au cours d’écriture créative de Colum McCann, qui attire son attention sur un curieux fait divers, une très vieille dame qui se serait débarrassée de trois agresseurs avec un outil de jardin et la seule aide d’un chat, Cat-Oldie. Entre l’écrivain et la vieille dame naît une relation étrange. Des femmes aussi félines que fatales, sensuelles, protectrices et violentes, font leur apparition dans sa vie, se révélant impliquées dans une étrange guerre dont les racines plongent profondément dans l’histoire… La quête d’Alexander se transforme en une dangereuse investigation qui ravive une guerre entre services spéciaux impliquant cette mystérieuse matriarche, et le conduit à requérir l’assistance de ses amis Norman Spinrad et Jerome Charyn…

Aaaaaah, voilà une lecture qui m’aura hautement enthousiasmée ! À tel point que je regrette de n’avoir pas lu de roman d’Ayerdhal plus tôt !

Déjà, cela commence fort bien, avec un personnage principal auteur, accablé par le syndrome de la page blanche depuis son prix Pulitzer. En recherche d’inspiration, il croise donc un tas d’autres auteurs, parmi lesquels Colum McCann, Jérôme Charyn, Paul Auster ou Norman Spinrad, dont certains tiennent même des rôles absolument capitaux !
Voilà pour les hommes. Non parce qu’en fait, ce sont plutôt les femmes qui tiennent la dragée haute dans ce roman ! Et quelles femmes ! Alex, en effet, a le don de faire tourner les têtes : s’il pense toujours à son épouse (décédée dans les attentats du 11 septembre) et passe volontiers du bon temps avec Maria, sa meilleure amie, il ne tarde pas à rencontrer quelques perles rares parmi les recrues de Cat-Oldie.
Celle-ci semble régner sur une véritable organisation matriarcale, qui regroupe des femmes aussi rusées que puissantes ! Bien vite, on se retrouve à revisiter les mythes liés au chat, à l’Égypte ancienne et, bien sûr, à la féminité. Et je vais m’arrêter là afin de ne pas divulgâcher bêtement l’intrigue, car au vu de la qualité, ce serait franchement dommage.

Ayerdhal tisse les intrigues, entrecroise les destinées des personnages et les niveaux. Résultat, l’histoire flirte avec le thriller, le roman d’espionnage et le récit à tendance mythologique. L’auteur joue des codes des trois genres en virtuose, à un rythme qui ne laisse au lecteur aucune répit. Le roman, d’ailleurs, est découpé en grands actes, à la façon d’une pièce de théâtre, avec prologues annonciateurs et pleins de mystères, entractes et épilogues réussis. Difficile de s’arrêter entre les scènes et les actes tant l’histoire est prenante !
Avec ça, l’auteur joue sur mythes de l’Egypte antique et sur ceux liés aux guerres inter-services spéciaux. Le mélange entre antiquités et hyper-modernité est parfaitement réussi ! Hormis une ou deux résolutions un peu faciles, l’intrigue est excellente de bout en bout.
Et la plume ! Volontiers poétique, riche, travaillée, elle souligne à merveille l’histoire.

Excellente découverte donc, que ce roman d’espionnage signé Ayerdhal ! C’est vif, prenant, complexe, parfois un peu baroque et génial de bout-en-bout. Au passage, l’auteur en profite pour évoquer avec une grande justesse la façon dont certains milieux très fermés organisent le contrôle du monde. Et c’est un volume unique ! Vous n’avez donc plus aucune raison de passer à côté !

Bastards, Ayerdhal. Le Livre de Poche, février 2016, 648 p. 

Le Jardin d’hiver, Jane Thynne.

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Berlin, 1937. La ville respire la séduction et l’ambition. Mais partout, le danger rôde…
Anna Hansen, future mariée, est pensionnaire d’une de ces fameuses écoles créées par Hitler pour former les jeunes femmes dans l’art de devenir la parfaite épouse d’un officier SS. Mais, une nuit, elle est sauvagement assassinée dans les jardins de l’école. On fait vite disparaître le corps. La nouvelle de sa mort est étouffée, son existence oubliée.
Clara Vine est actrice dans les fameux studios de la Ufa à Berlin. Mais cette activité en masque une autre, clandestine celle-là : elle est agent au service du Renseignement britannique. Or elle connaissait Anna et la nouvelle de sa mort l’inquiète. Elle n’arrive pas à comprendre pourquoi on l’occulte ainsi. Elle enquête donc, et découvre peu à peu que le meurtre d’Anna est lié à un lourd secret, compromettant les plus hauts dignitaires du troisième Reich.
Avec la prochaine visite à Berlin d’Édouard VIII – qui a récemment abdiqué – accompagné de sa femme Wallis – et la présence des célèbres sœurs Mitford qui rivalisent pour occuper le devant de la scène mondaine, Clara se doit d’œuvrer dans l’ombre pour découvrir la vérité et en informer Londres. C’est une voie périlleuse, d’autant qu’elle bénéficie de l’aide d’un de ces artistes juifs taxés de « dégénérés » par Goebbels. La survie de Clara ne tient qu’à un fil…

Deuxième enquête sous tension pour l’actrice et agente Clara Vine, en sous-marin dans l’Allemagne nazie ! Premier bon point : ce deuxième volet est aussi bon que le premier – et il y en a au moins quatre parus en VO !

Aussi bon, mais peut-être un peu plus lent. En effet, dans le premier tome, Clara avait des difficultés à trouver un rôle et se consacrait entièrement à l’espionnage. Là, tout a changé : quatre ans se sont écoulés, Leo Quinn est – malheureusement – reparti en Angleterre sans plus donner de nouvelles, Clara tourne sans arrêt et n’a pas de mission plus définie que glaner des infos au gré des réceptions auxquels les Goebbels et autres camarades la convient. De fait, l’intrigue met un certain temps à se mettre en place car elle concentre plusieurs niveaux. Il y a, tout d’abord, l’histoire du meurtre d’Anna Hansen, qui inquiète Clara et sur lequel elle mandate son amie, la journaliste américaine Mary Harker. Parallèlement, Clara doit se lier d’amitié avec un pilote de la Légion Condor, chargé d’établir des photographies cartographiques extrêmement précises.  Il y, enfin et surtout, la vie privée de Clara qui doit jongler entre ses deux métiers, ses peines de cœur, et son inquiétude grandissante pour Erik, le fils de feue son ami Helga dont elle est devenue la tutrice et qui, l’adolescence aidant, embrasse le nazisme avec enthousiasme par le biais des Jeunesses hitlériennes. De fait, tout cela s’entremêle et crée un roman au suspens très prenant.
En effet, Jane Thynne nous rend les personnages extrêmement proches et sympathiques. Point de femmes de hauts dignitaires nazis, cette fois, mais des soldats qui cachent bien leurs sentiments. Clara côtoie Ernst Udet, son ami Arno – fameux officier balafré chargé des photos – et l’insupportable Ralph, lequel navigue en eaux troubles. L’opus est vraiment placé sous le signe des faux-semblants : difficile de savoir qui espionne qui, pour le compte de qui, au juste… Voilà qui contribue à l’impression de danger permanent qui flotte sur les chapitres. D’autant que l’on sait Clara surveillée par la Gestapo – mais sur ordre de qui ? – et en grand danger !
On retrouve également Mary Harker, la journaliste, donc, qui semble directement inspirée par Martha Gellhorn, la première femme reporter de guerre : en faisant de Mary la première journaliste présente à Guernica, Jane Thynne la fait marcher dans les pas de l’illustre journaliste de guerre !

Autre point positif : Jane Thynne investit les mystères et autres mythes qui entourent la période et le régime nazi. Tout cela contribue à renforcer la toile de fond du fascisme montant de la nouvelle Allemagne. Les enjeux géopolitiques sont bien exploités et expliqués, hormis peut-être les quelques analepses consacrées au bombardement de Guernica qui, si elles ont le mérite de clarifier les relations entre personnages, sont amenées de façon confuse et nébuleuse. Mais l’essentiel est là : on voit comment, au tournant de l’année 1937, avec ce bombardement civil perpétré dans l’indifférence générale, on s’achemine doucement mais sûrement vers l’invasion de la Pologne au 1er septembre, deux ans plus tard.
De plus, si elle utilise des mythes non avérés, elle le fait avec intelligence et de façon à les rendre plausible, laissant, ce faisant, le lecteur douter.

En somme, Jane Thynne offre une deuxième belle aventure à son actrice et agente Clara Vine – lisible indépendamment de la première, en plus. On y retrouve l’ambiance soignée des romans d’espionnage mêlant danger et séduction, le tout avec l’irrémédiable montée du nazisme en toile de fond. On a hâte de découvrir la suite de ses aventures !

◊ Dans la même série : Les Roses noires (1) ;

Clara Vine #2, Le Jardin d’hiver, Jane Thynne. Traduit de l’anglais par Sophie Bastide-Foltz.
JC Lattès,février 2016, 380 p.
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Si vous avez envie d’en savoir plus, vous pouvez lire

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Opération Napoléon, Arnaldur Indridason.

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1945. Un bombardier allemand, pris dans le blizzard en survolant l’Islande, s’écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe. Parmi les survivants, étrangement, des officiers allemands et américains. L’Allemand le plus gradé affirme que leur meilleure chance de survie est de marcher vers la ferme la plus proche. Une mallette menottée au poignet, il disparaît dans l’immensité blanche… Dans les années qui suivent les Américains lancent des expéditions pour retrouver la carcasse de l’appareil et, surtout, pour faire disparaître cette opération militaire mystérieuse et encombrante. En vain. 
1999. Le glacier fond et les satellites repèrent une carcasse d’avion. Les forces spéciales de l’armée américaine envahissent immédiatement le Vatnajökull et tentent en secret de dégager l’avion. Deux jeunes randonneurs surprennent ces manœuvres et sont rapidement réduits au silence. Avant d’être capturé, l’un d’eux contacte sa sœur Kristin, une jeune avocate jusque-là sans histoires. Celle-ci se lance alors sur les traces de son frère dans une course poursuite au cœur d’une nature glaçante.

On ne présente plus Arnaldur Indridason, auteur à succès des fameux «polars nordiques» – découvert, pour ma part, avec ce titre, initialement paru en 1999 en VO. C’est le mélange espionnage et roman historique qui m’a attirée et je dois dire que, de ce côté-là, je n’ai pas été déçue !

Dès les premières pages, l’auteur plante le décor : on suit, parallèlement, Kristin, avocate du ministère de la Justice islandais aux prises avec un dossier délicat et Carr, un militaire américain, qui supervise la découverte de l’avion pris dans la glace. Si la première n’aspire qu’à retrouver son petit chez-elle, le second met en place un grand plan visant à envahir le mouchoir de poche islandais que représente le lieu du crash, enfin d’en extraire les restes de l’appareil, les corps et le gros secret qu’il contient. Tout se complique lorsqu’Elias, jeune frère de Kristin, découvre le lieu secret des opérations (lourdement armées) et en informe sa sœur juste avant d’être capturé, emmené et probablement torturé : Kristin est alors presque immédiatement prise sous le feu de deux redoutables tueurs à gages. On n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer.
D’ailleurs, les péripéties s’enchaînent à bon train et le suspens est présent en permanence : on s’angoisse pour Kristin, Elias et tous ceux qui gravitent autour, bien entendu. Mais on s’interroge aussi grandement sur le mystère que cache cet avion : qui était à bord ? Quel est ce secret que les Américains veulent enterrer ? Pourquoi un bombardier allemand repeint aux couleurs américaines, transportant Allemands et Américains, fonçait-il, dans les derniers jours de la guerre, au-dessus de l’Islande ?

Au fil des chapitres, les hypothèses historiques se suivent – et ne se ressemblent pas. Tout y passe et l’auteur utilise à bon escient une grande partie des mythes, bien vivaces, qui entourent ce conflit mondial : l’avion transportait l’or du IIIe Reich volé aux Juifs, l’avion convoyait des scientifiques allemands, l’avion contient un prototype de bombe H, l’avion faisait sortir du pays in extremis quelques huiles nazies. Plus ça va et plus l’auteur nous balade de suppositions et conjectures. Tant est si bien qu’arrive un moment où on ne sait plus trop où on en est… Tout cela est bien obscur, parfois même un peu trop. La conclusion, d’ailleurs est à l’avenant, mais plutôt réussie : on comprend où veut en venir l’auteur sans qu’il n’ait jamais à l’écrire noir sur blanc. C’est très réussi !

Côté personnages, difficile de ne pas s’attacher à Kristin, qui se débat contre plus fort qu’elle. Eternelle rebelle islandaise, elle met en avant le conflit géopolitique dans lequel l’Islande est prise : en effet, l’île est considérée, par les Américains, contre un avant-poste. Malgré la figure de Steve, le presque-ex de Kristin, meilleur ami et soutien indéfectible, on ne peut s’empêcher de relever un certain manichéisme. D’un côté, les Islandais purs et attachés à leur île VS les Américains colonialistes. Avouez que dans un roman avec nazis, c’est quand même cocasse. Car ces derniers, quoique bien présents, n’emportent pas la palme du côté obscur. Original, non ?

Alors d’où vient que cette lecture a été sympathique, mais pas littéralement enthousiasmante ? L’accumulation d’hypothèses, on l’a vu, m’a parfois semblé un peu trop cumulative, justement. Mais ma plus grosse réserve vient en fait de la violence du récit. Âmes sensibles s’abstenir ! Si vous n’êtes guère friands d’hémoglobine, de séances de tortures et de bandits institutionnels sans foi ni loi, ma foi, passez votre chemin. Ma tolérance assez faible à ces sujets aura fait que j’ai trouvé ce roman un tantinet moins passionnant que ce à quoi je m’attendais – réserve purement subjective, vous l’aurez compris.

En somme, Opération Napoléon est un roman d’espionnage à la fois assez classique dans la succession des péripéties et le développement de l’intrigue, mais original par le point de vue et les antagonistes choisis. C’est un roman sans concessions : l’auteur n’est pas avare en difficultés pour ses personnages et leur mène une vie bien dure, tout en explorant de multiples hypothèses liées à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il signe un roman plein de suspens, mais parfois un peu nébuleux. 

Opération Napoléon, Arnaldur Indridason. Métailié, 2015, 356 p. 

Ne regarde pas, Expérience Noa Torson #2, Michelle Gagnon.

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Noa continue son entreprise : lutter contre la corporation à l’origine du projet Perséphone qui continue de kidnapper des adolescents esseulés – orphelins, vivant dans la rue ou en marge du système. Avec l’aide d’autres adolescents, parmi lesquels Zeke, elle sillonne les Etats-Unis pour contrecarrer l’organisation. 
Peter, lui, resté à Boston, met à profit ses talents de hacker pour s’introduire dans le système informatique de l’organisation, afin de donner à Noa le maximum d’informations possibles. Coupé de l’action, il s’ennuie quelque peu. Il a pourtant fort à faire car Amanda, son ex-petite amie, semble avoir un comportement de plus en plus étrange… 

Second volet des aventures de Noa à la poursuite du projet Perséphone ! Et, malheureusement, on ne peut pas dire que ce volume corrige les défaillances du premier.

En premier chef, la facilité du récit. Déjà, dans le premier tome, Noa et ses petits camarades avaient tendance à s’en sortir un peu trop bien, grâce à leurs redoutables talents de hackers et à une chance digne d’un grand cornu. Cette fois-ci, même topo. Qu’ils soient en difficulté dans une usine piégée, en train de s’introduire frauduleusement dans des systèmes sophistiqués ou tout simplement en train de cavaler avec une balle dans le buffet, nos protagonistes s’en sortent presque à chaque fois sans sourciller – et avec un brushing parfait, si j’ose dire. Or, si dans le premier volume cette facilité s’effaçait devant l’efficacité du scénario, ici il n’en est rien. L’histoire est volontiers poussive et on déplore des facilités à tous les coins de chapitre.

Tout cela car on s’enlise dans des considérations sentimentales sans grand intérêt. À partir de là, prenez de quoi noter. Amanda s’est séparée de Peter, qu’elle aime toujours. Peter, lui, en pince secrètement pour Noa. Celle-ci s’est entichée de Zeke, mais refuse de se l’avouer (et de le lui avouer, par la même occasion). Ce dernier semble partager les sentiments de son amie mais l’arrivée de Taylor, une adolescente sauvée des griffes de Perséphone, semble remettre tout cela en question. Que de complications ! Il faut donc composer avec les hormones et hésitations de tout ce petit monde… et force est de reconnaître que ça ne fait pas franchement avancer l’histoire.

Celle-ci, cependant, ne manque pas d’intérêt et se lit tout de même avec un certain entrain. On en découvre un peu plus sur la PEMA, cette redoutable maladie qui touche les adolescents en contact avec Perséphone. De plus, l’enquête sur le vaste complot qui soutient l’organisation progresse elle aussi. Si le scénario est d’une grande simplicité (trop grande !), l’action est au rendez-vous. De fait, si ce n’est pas bien passionnant, le récit est tout de même relativement prenant. On déplorera cependant que les opposants ne soient guère plus creusés que dans le premier volume.

Ne regarde pas est donc un second volet paradoxal : malgré les facilités et quelques longueurs, il se lit avec un certain entrain, car l’enchaînement est efficace. Pourtant, on regrettera une trop grande importance apportée aux différentes romances qui font piétiner l’intrigue et, justement, un scénario un peu trop balisé pour être honnête. Espérons que le troisième volume nous réserve une bonne surprise et vienne clore la trilogie en beauté !

 

◊ Dans la même série : Ne t’arrête pas (1) ;

 

Expérience Noa Torson #2, Ne regarde pas, Michelle Gagnon. Traduit de l’anglais par Julien Chèvre. 
Nathan, août 2015, 417 p. 

 

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