Witch Born, Witch Song #2, Amber Argyle.

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Voilà deux mois que Senna se trouve au Refuge, entourée de ses consœurs, qu’elle est parvenue à délivrer de l’emprise de la Sorcière Noire. Mais la victoire leur aura coûté un prix terrifiant : les Gardiennes ont été contraintes de maudire le territoire de Tartennie et, à présent, Brusenna ressent nuit et jours la souffrance de la terre et de ses habitants.
C’est alors qu’une nuit, la jeune fille échappe de peur à une tentative d’enlèvement… Le Refuge, que tous croyaient impénétrable, n’est plus sûr ! Sans compter que, depuis sa rencontre avec les Créatrices, la jeune Apprentie manifeste d’étranges pouvoirs. Elle sent qu’une menace pèse sur ses pairs. Malgré les dangers qui l’attendent, Senna quitte l’île en quête de réponses, soudes aux avertissements de Joshen, son Protecteur. La jeune fille est bien déterminée à lever le voile sur le sombre passé des sorcières.

 

Retour aux aventures pour Brusenna dans ce second volume, qui fait la part belle aux personnages. Si le premier tome était exclusivement centré sur notre jeune sorcière un peu godiche et son protecteur, ici on découvre d’autres figures, et les portraits sont nuancés.
Senna, tout d’abord, est nettement plus mûre et sûre d’elle… et ça ne fait pas de mal ! Joshen, en revanche, reste ce garçon un peu nouille qu’on apprécie ou qu’on déteste suivant les moments – et dans ce volume, croyez bien qu’on adore le déteste aisément. Et le portrait est diablement réussi, car d’un réalisme saisissant, ce qui rend le personnage vraiment touchant, quels que soient les sentiments qu’il nous inspire !
Le clan des Protecteurs s’étoffe avec le très charismatique Reden (qui, à mon avis, est un bien meilleur parti que Joshen. Senna, si tu m’entends…) et le très mystérieux Cord, qui est sans hésitation un des personnages les plus intéressants que l’on croise ; c’est même dommage qu’il ne soit pas plus fouillé, car sa complexité laissait présager du meilleur. Au trio de garde s’ajoute pléthore de protecteurs : si tous ne sont pas aussi fouillés que les trois vedettes, les personnages sont néanmoins suffisamment caractérisés pour ne pas sembler en carton-pâte, ce qui n’est pas désagréable.
Côté sorcières, on apprécie les portraits plus nuancés des maîtresses, qui se révèlent peu à peu : surprises au programme ! Parmi les collègues de Senna, celle qui mérite la palme est probablement Mistin, qui permet de mettre en lumière toutes les contradictions des croyances sorcières… et qui vient nettement d’atténuer le propos et les credo de la caste.

Ces portraits plus nuancés vont de pair avec un univers nettement plus fouillé que dans le premier volume. Cela commence avec la découverte d’un autre clan opposé à celui de Senna, dont l’organisation est particulièrement intéressante et bien pensée, et cela continue avec des secrets bien enfouis qui refont surface. Ces nouveautés viennent remettre en cause l’équilibre présenté jusque-là et, pire, brouiller les frontières entre Bien et Mal. Au fil des découvertes, on ne sait plus trop bien si les Sorcières sont aussi bienveillantes qu’on a voulu nous le faire croire… et c’est ce qui rend la lecture de Witch Born si intéressante. Le premier tome pouvait sembler un peu manichéen, celui-ci est nettement plus complexe, mieux équilibré. En un mot, nettement meilleur !

La magie est également affinée : si le premier volume faisait la part belle aux sorts de végétation, cette fois il y a plus de variété, et on perçoit l’étendue des possibilités des sorcières. Le tir est donc habilement corrigé ! Les scènes d’incantation ont, à nouveau, la part belle, et on ressent nettement l’aspect proprement hypnotique des mélodies entonnées. Le premier tome s’appuyait sur une mythologie originale ; on découvre ici de nouveaux aspects de l’histoire de l’univers : le contexte est riche, fouillé, étayé et sert parfaitement l’intrigue.

Witch Born est aussi plus sombre : les épreuves ne manquent pas, et l’auteur n’épargne ni les personnages, ni le lecteur. On quitte vraiment l’histoire un peu acidulée qui se profilait dans le premier volume, au profit d’un scénario qui gagne en complexité et en mystères. La première partie est assez longue et l’action ne démarre réellement qu’après le premier tiers : pourtant, on ne s’ennuie pas un instant. Le début du roman se déroule au Refuge, qui est également l’école des sorcières, et on découvre Senna dans son environnement naturel… dans lequel elle n’est, finalement, qu’une apprentie comme les autres – avec toutefois quelques facultés particulières.

Malgré cela, il reste encore quelques facilités de scénario, dont une m’a laissée quelque peu dubitative, et certaines péripéties sont malheureusement un peu expédiées, alors qu’elles offraient des ressorts dramatiques époustouflants. C’est dommage ! On aurait aimé s’angoisser encore un peu plus, et ne pas être libérés si vite de l’extrême tension des derniers chapitres. De même, l’intrigue étant absolument centrée sur les personnages, l’aspect politique général des péripéties est un peu survolé : finalement, il manque presque quelques chapitres au roman pour le faire passer de bonne à excellente découverte.

En revanche, ce qui est fort bien mis en valeur, c’est le message écologique sous-jacent, et qui passe fort bien, comme dans le volume précédent. À ce titre, il n’est pas inintéressant de noter que, si le point de départ de l’histoire est similaire à celle du premier tome, le contenu est radicalement différent : pas de redites, et un scénario bien ficelé par-dessus le marché, voilà une suite réussie !

Malgré les quelques facilités relevées, Witch Born se lit d’une traite. Le style est vif, l’intrigue rondement menée, et le mystère bien dosé. Même dans les 200 premières pages, qui ne sont pas marquées par une action trépidante, on n’a pas le temps de s’ennuyer tant il y a à découvrir. L’auteur réussit particulièrement bien les descriptions de nature déchaînée : on a quasiment l’impression de sentir les embruns sur son visage, ou les tempêtes de feuilles déchiquetées produites par les batailles.

En somme, c’est un très bon second volume que voilà. Certes, il y a des facilités et quelques points survolés que l’on déplore, mais le reste est tellement plus étoffé qu’avant que c’est ce qu’on retient en définitive. L’histoire est nettement plus sombre, et le scénario plus maîtrisé. Il s’appuie essentiellement sur des personnages forts, dont les portraits sont développés tout en nuances. L’univers est également approfondi, et on découvre toutes les nouveautés avec plaisir. L’intrigue est particulièrement prenante, et l’histoire s’achève sur une conclusion très satisfaisante. À vrai dire, on aurait volontiers pris quelques chapitres de plus !

◊ Dans la même série : Witch Song (1) ; Witch Fall (préquelle).

Witch Song #2, Witch Born. Amber Argyle. Traduit de l’anglais par Aldéric Gianoly. Lumen, 2015, 535 p.

 

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Exil, Gardiens des Cités perdues #2, Shannon Messenger.

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Depuis son arrivée à Foxfire, Sophie n’a pas manqué d’attirer tous les regards sur elle… et son enlèvement n’a rien arrangé ! Le monde elfique, pour qui le mot « crime » était jusque-là quasi inconnu, est en émoi et la révolte gronde…
Heureusement, une fabuleuse découverte pourrait ramener le calme au sein des Cités perdues ; au gré d’une randonnée, Sophie et Grady découvrent une alicorne, une créature fabuleuse que les elfes croyaient disparue, symbole pour eux d’un nouvel espoir. Sophie est enchantée, sa nouvelle vie lui sourit enfin ! Le plus stressant, c’est la rentrée prochaine à Foxfire. Sauf que… le Cygne noir revient sur le devant de la scène avec ses messages énigmatiques qui inquiètent Sophie, puis l’agacent prodigieusement. Son entêtement à résoudre le mystère va la mettre en danger… et menacer la vie d’un de ses proches. La rentrée ne s’annonce vraiment pas de tout repos… 

Second tome des aventures de Sophie au sein du monde des elfes et, malgré quelques points qui grincent, c’est encore un excellent volume !
Commençons donc par les points qui grincent. Comme dans le premier tome, on pourra reprocher à Shannon Messenger de laisser Sophie un peu trop fréquemment dans la panade : c’est un peu trop souvent à elle de régler les problèmes de la communauté elfe qui, de son côté, la laisse un peu trop souvent mettre la main à la pâte. Certes, tout cela est justifié, mais on apprécierait que, de temps en temps, les adultes de cet univers soient un peu plus présents : depuis le premier tome, ces elfes me semblent affreusement distants et ne font pas grand-chose pour aider Sophie !
Côté personnages, ce sont Edaline et Bronte qui font grincer des dents : la première semble avoir la larme à œil en permanence… et c’est assez agaçant, d’autant que c’est souvent injustifié. Quant au second, il manque un peu de nuances durant la majeure partie du roman ; heureusement, la fin vient, justement, amener quelques nuances à ce personnage fortement antipathique.
Ceci ayant été évoqué, passons à ce qui a rendu la lecture d’Exil si agréable !

En premier lieu, il y a l’intrigue. Le premier volume se déroulait essentiellement dans l’univers scolaire ; ici, c’est l’inverse. La rentrée n’intervient, finalement, qu’assez tard dans l’histoire : l’intrigue est donc moins linéaire que celle du premier tome (car elle n’est pas rythmée par les journées d’étude) et la quête identitaire de Sophie va s’entremêler à l’enquête quasiment policière qu’elle va mener pour débusquer le Cygne noir. Le mystère est au rendez-vous  ! Si on progresse nettement sur ce point, l’auteur nous laisse avec une foule de questions à l’issue du volume – et donc l’envie impérieuse d’en savoir plus !
Comme l’histoire ne se déroule plus spécifiquement à l’université, c’est l’occasion de développer l’univers, le monde des elfes. Un monde perturbé par l’enlèvement de Sophie, et où la révolte gronde ; le Conseil est vilipendé, les elfes ont peur, les rebelles commencent à désavouer publiquement le gouvernement… le récit est constamment sous tension, et on ressent parfaitement l’ambiance glaciale et sombre, déjà annoncée par le titre.
À propos d’Exil, on découvre un aspect insoupçonné de l’univers elfique ; le premier volume laissait l’impression que la société elfique était parfaite (ou presque) et que la violence n’y avait pas sa place. Grossière erreur : finalement, la société elfique a les mêmes travers que les autres. La justice y est parfois expéditive, et les peines… fatales. On en vient même à se demander si cette société est aussi utopique qu’elle le laisse croire ; les failles s’accumulent, et on est très loin du cliché bienheureux qui semblait, jusque-là, se profiler.

Une impression confirmée avec la présence de l’alicorne (pour ceux qui se demanderaient ce que vient faire ce a- en préfixe, sachez qu’une licorne ne peut avoir d’ailes, et qu’un pégase ne peut avoir de corne ; l’alicorne de Shannon Messenger présente ces deux attributs, d’où le préfixe) ; dès l’instant où l’équidé pailleté apparaît, des fantasmes d’arc-en-ciel et de vols planés vers le soleil couchant jaillissent dans la tête du lecteur. Et des arc-en-ciel pailletés et des vols planés (vers le sol), il y en a ! Mais, à nouveau, Shannon Messenger va jouer sur les représentations induites initialement pour les balayer et proposer une lecture bien plus originale, comme pour l’apparente perfection des elfes.

L’autre point fort du roman, ce sont ses personnages. Si Edaline est rapidement assez agaçante, Grady s’avère nettement plus complexe. De ses coups de sang incompréhensibles à son instinct protecteur, tout est fait pour faire fondre le lecteur (alors qu’il paraissait si froid et distant jusque-là !). Tout ce second volume vient nuancer les portraits tirés jusque-là. Les trois garçons qui évoluent autour de Sophie en font également les frais : Dex, dans sa jalousie, devient un poil pénible, Fitz se comporte comme un détestable crétin de première … il n’y a guère que Keefe qui garde sa sympathie – quoique sa bonhomie habituelle soit, elle aussi, modérée. Sophie, de son côté, est touchante dans ses efforts d’intégration, et de protection de ses proches. Ce qu’on apprécie, finalement, c’est que les personnages aient grandi et mûri depuis le premier volume ; l’univers et l’intrigue sont plus sombres, et cela se ressent sur les étudiants de Foxfire, qui quittent doucement l’enfance pour l’adolescence – avec tous les petits tracas que cela peut occasionner.

Exil confirme le coup de cœur pour les aventures de Sophie ! Malgré quelques points à améliorer (la psychologie de certains personnages, par exemple), c’est encore un excellent volume mariant les rebondissements inattendus, les scènes drôles, touchantes, et les passages nettement plus angoissants avec brio. On apprécie de voir que les personnages mûrissent, progressent, et prennent de l’ampleur pour certains : Team Keefe, sortez vos drapeaux ! 
L’univers si chatoyant esquissé jusque-là gagne en noirceur et en profondeur ; au vu de la façon dont Shannon Messenger détourne les clichés qu’elle semblait avoir mis en place, on a hâte de voir ce que va donner le tome 3. C’est aussi surprenant qu’agréable à découvrir.
Une fois n’est pas coutume, voilà un tome 2 qui surpasse le premier. Et il va sans dire qu’on attend le suivant de pied ferme !

◊ Dans la même série : Gardiens des cités perdues (1) ;

Gardiens des Cités perdues #2, Exil, Shannon Messenger. Traduit de l’anglais par Mathilde Bouhon.
Lumen, 2015, 566p.

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Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, J. K. Rowling

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Troisième rentrée sous haute tension : un dangereux criminel s’est échappé d’Azkaban, la prison des sorciers. Parents et professeurs sont rassurés de savoir leurs élèves en sécurité à Poudlard. Au programme de cette nouvelle année : divination, dressage d’hippogriffes, création de potions en tous genres… l’année s’annonce passionnante !
Mais Harry et les autres élèves sont-ils vraiment à l’abri du danger dans l’école ?

Troisième rentrée à Poudlard. Et ce tome démarre sur les chapeaux de roues.
Le début est très dynamique ; bien que chez les Dursley, Harry ose enfin se rebeller contre sa famille adoptive, et taper du poing sur la table. On voit qu’il grandit, qu’il devient plus habile, plus rusé ; du fait de son statut reconnu dans la communauté sorcière, il parvient à tenir tête à sa famille et sort du rôle du petit orphelin chétif et brimé. Poudlard est devenu un vrai foyer, qu’il entend rejoindre au plus tôt, en se débarrassant des Dursley, ce qui amène à cette scène de négociation intense avec l’oncle Vernon (à propos de l’autorisation de sortie à Pré-au-Lard), ou à la confrontation avec la tante Marge – scène d’anthologie, probablement parmi les plus hilarantes de la saga. Sa décision de quitter inopinément la maison des Dursley nous montre un Harry à la fois plus mature (il se prend en main) mais toujours un peu enfantin (car il n’a pas pu se contrôler) : c’est le passage à l’adolescence, en quelque sorte.
Dès son arrivée à Poudlard, on note d’ailleurs qu’il est très rapide à envisager de faire des bêtises, ou de bafouer le règlement, ce qui confirme qu’il a grandi. Auparavant, il mettait plus de temps à enfreindre le règlement établi.

Parallèlement, c’est dans ce tome que les ennuis du monde sorcier commencent à devenir perceptibles chez les Moldus, et c’est la première fois. Sans prévenir qu’il s’agit d’un sorcier, les Moldus savent qu’il y a un criminel en fuite. D’ailleurs, il est cité rapidement au passage, dès le début du roman, et ce n’est que plus tard qu’Harry, et le lecteur, apprennent qu’il s’agit en fait d’un sorcier. Notez, au passage, que l’on connaît ce personnage… depuis le premier chapitre du tome 1. Eh oui, souvenez-vous, c’est lui qui a donné à Hagrid sa moto volante, lorsqu’ils se sont vus devant les ruines de la maison des Potter… Preuve, s’il en fallait, que l’auteur savait où elle allait dès le début de la saga !

La début de ce tome 3 comporte d’autres scènes d’anthologie : le Magicobus, par exemple, invention originale s’il en est ; le Monstrueux livre des monstres, qui colle de l’urticaire à tous les élèves ; le miroir caustique à l’auberge, un de mes préférés. Avant même que la rentrée n’ait lieu, on est plongé dans le mystère : Harry est surveillé, le ministre diablement laxiste, les Weasley très inquiets… on sent très vite que quelque chose ne tourne pas rond.
Le voyage en train est du même acabit : l’ambiance est pesante et le passage avec le Détraqueur, quoique court, plein d’angoisse et de stress. On sent que cette rentrée n’est, décidément, pas comme les deux précédentes. La peur s’installe chez Harry : perturbé par l’épisode du Détraqueur, sa crainte est renforcée par les prédictions funestes de Mme Trelawney, les cours de Défense contre les Forces du Mal (abrégé DCFM à partir de maintenant dans ce billet), ou les fameuses apparitions du Sinistros.
Si l’on est loin du climat de terreur instauré dans le second volume, le troisième offre tout de même de beaux frissons !

Il y a également du changement au niveau des professeurs ; d’une part, Hagrid intègre le corps professoral, ce qui était largement mérité (et qui aura son importance par la suite), même s’il est rabaissé par certains élèves (au hasard, les Serpentard, parmi lesquels Malefoy, s’il ne fallait en citer qu’un). Grâce au cours de Soins aux créatures magiques, dispensé par Hagrid, et au cours de DCFM, dispensé par Remus Lupin, on en apprend plus sur le bestiaire de l’univers de Rowling, qui s’étoffe de plus en plus – à noter qu’une grande partie des créatures citées existent déjà dans le folklore anglosaxon, comme les hippogriffes, ou les boggarts, qui semblent avoir inspiré les épouvantards. Et c’est également l’occasion d’en apprendre plus sur la jeunesse de Lupin, James Potter et… Severus Rogue – dont la figure s’humanise, au passage (mais peut-être ai-je déjà dit qu’il s’agit de mon personnage préféré ?), même s’il semble assez puéril, dans cet opus, d’en vouloir au père d’Harry encore 20 ans plus tard, pour une stupide blague. Il faut bien sûr attendre la suite de la série pour savoir ce qu’il se cache sous cette terrible rancœur. Il est également très amusant de faire des liens entre la jeunesse de ce quatuor, et la vie présente d’Harry et ses amis. Difficile de ne pas noter les similitudes, surtout lorsque Lupin dit : « On était jeunes, et notre intelligence nous a emportés malgré nous ». Voilà qui a un délicieux petit air de déjà-vu. On comprend, là, combien le passé peut impacter le présent, et combien l’auteur a minutieusement pensé tous ces épisodes.
Les relations entre personnages, dans ce volume, semblent plus fouillées qu’à l’ordinaire. C’est bien sûr là que surgit la rivalité entre Lupin et Rogue, vestige d’une rivalité scolaire, liée au secret de Remus Lupin (dont le seul nom, ainsi que les nombreux indices glissés dans le texte, suffisent à faire deviner la nature…). Dans cet opus, la curiosité de Ron envers Hermione semble aller croissant et cela se lit, notamment, dans les multiples questions qu’il pose sur son emploi du temps (Harry n’y prêtant aucune attention). Dès l’instant où ils entrent en rivalité, Hermione disparaît complètement de l’espace textuel et il faut attendre qu’Hagrid intercède en sa faveur pour qu’on sache – enfin ! – ce qu’il lui arrive. Même si elle a poussé les deux garçons dans des voies peu recommandables dans l’épisode précédent (en leur proposant de fabriquer du Polynectar, par exemple), Hermione semble bien plus mature que les deux têtes brûlées dans ce tome : un peu comme si elle avait vieilli et mûri plus vite. Ce volume voit également apparaître un nouveau personnage : Cho. Peut-être un de ceux que j’apprécie le moins mais, dès la première apparition, il devient évident que le personnage ne va pas tarder à devenir central !

Ce tome semble centré sur la vie scolaire : l’intrigue autour du meurtrier est là, en toile de fond, et resurgit de temps en temps. Une fois n’est pas coutume, Harry se concentre sur sa scolarité, et les ennuis viennent (presque) tous seuls le trouver. Un autre point qui m’a marquée dans Le Prisonnier d’Azkaban, c’est la place accordée au Quidditch. Les descriptions des matchs sont courtes, denses, survoltées, excitantes : on s’y croirait ! Il y a des passages très drôles, comme ce match où McGonagall s’en prend aux commentaires déplacés de Lee Jordan, mais laisse passer l’insulte envers Malefoy, tant elle est occupée à vilipender le même Malefoy ! Au temps pour l’impartialité professorale !

La fin est proprement magistrale : les pièces du puzzle se mettent enfin en place… et on s’aperçoit que l’auteur nous balade depuis déjà trois tomes sur certains points ! Incroyable ! Ce qu’il y a de bien, avec cette fin, c’est qu’au chapitre 19, tout semble
joué. Et en fait non. Car il reste encore quelques chapitres complètement dingues, avec un retournement de situation totalement inattendu (mais qui explique bien des choses !), et qui nous offre une fin de toute beauté. C’est un concentré d’actions, mais aussi d’émotions : pour preuve, la scène durant laquelle Hermione tente d’expliquer – gentiment – à Harry qui est l’auteur du Patronus… et que ce n’est certainement pas son défunt père. Au passage, voilà une magnifique illustration des bienfaits de la confiance en soi… puisque c’est en pensant voir son père qu’il réussit son Patronus.
L’entrée de Rogue, dans l’infirmerie fait partie des scènes d’anthologie et on perçoit toute sa frustration : il est persuadé (à raison !!) qu’Harry est un infâme petit rebelle à qui l’on doit les derniers événements mais ne peut pas le prouver. On sent toute l’hystérie et la violence contenues (ou non), et toute la maîtrise qu’il faut pour ne pas écharper sur place cet insupportable garnement. Voilà une des scènes les plus drôles du volume (avec celle de la tante Marge, évidemment).
Dans cette fin, Fudge montre pour la première fois la bêtise crasse qui semble le caractériser : l’auteur a-t-elle voulu, via ce personnage, proposer une critique de l’homme politique qui pense plus en termes d’image que d’efficacité ? Mystère. Toujours est-il que la mollesse et l’incompétence de ce personnage (très réussi au demeurant), sont à hurler !

Le troisième tome d’Harry Potter marque un net tournant dans la saga. D’une part, c’est le premier qui a une fin en demi-teinte. Si, pour notre trio, tout est bien qui finit bien, ce n’est pas le cas en général : Sirius et Buck sont en fuite, et Pettigrew a disparu… Alors que les deux premiers tomes avaient une fin nette et positive, cette fin pleine d’amertume du tome 3 préfigure très certainement les événements qu’il faudra déplorer dans la suite. D’autre part, c’est un tome où Harry a vieilli : il n’est pas tout à fait adulte (pour preuve son comportement encore un peu puéril, notamment envers Hermione…), mais ce n’est plus non plus un enfant (il se prend en main, et commence à s’affirmer). 
Par la richesse du contenu, le rythme trépidant, l’incroyable dynamisme de cet opus, et les nombreuses révélations, ce troisième volume est, sans aucun doute, mon tome préféré de la saga. C’est celui que j’ai le plus relu, et le relire est toujours un immense plaisir, même si l’effet de surprise est un peu passé ! 

Et l’adaptation ? Ah, misère, quelle catastrophe ! Ce n’est pas la pire, entendons-nous bien, mais franchement, c’est quoi ce loup-garou ? J’aimerais aussi beaucoup savoir QUI a eu l’idée de faire passer Hagrid pour un imbécile heureux (dans quasiment tous les films), alors que c’est un personnage d’une profondeur et d’une complexité remarquables. Dans le film, il a l’air totalement analphabète, alors que dans le livre, il écrit tout de même la défense de Buck. En gros, c’est raté. Sans parler de Ron qui, lui aussi, passe pour un neuneu léger, alors qu’il fait, dans ce volume, quantité de remarques pleines de bon sens, dont une partie passe à la trappe, ou est carrément attribuée… à Hermione. Très utile.
Évidemment, la richesse de l’opus ne transparaît pas du tout dans le film… et c’est bien dommage. Il reste dans le divertissement, sans tenir compte de la complexité de la trame globale. Bref, je n’ai pas aimé. Du tout.

◊ Dans la même série : Harry Potter à l’école des sorciers.
Harry Potter et la chambre des secrets.

 Harry Potter #3, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, J.K. Rowling.
Gallimard, 2002 (1ère édition 1999), 461 p.
10/10

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Gardiens des cités perdues #1, Shannon Messenger.

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Sophie se sent à part à l’école : elle n’a pas besoin d’écouter les cours pour comprendre, et a plusieurs années d’avance. Le tout grâce à une mémoire photographique qui ne laisse passer aucun détail. Mais ce qu’elle n’a révélé à personne, c’est qu’elle entend penser les autres, exactement comme s’ils lui parlaient à voix haute. Seul moyen pour y échapper : écouter de la musique à plein volume, ce à quoi Sophie s’occupe ce matin où sa classe visite le musée d’Histoire naturelle. Perdue dans ses pensées, elle ne remarque pas de prime abord ce jeune homme qui la suit. Lorsqu’il l’aborde, c’est toute sa vie qui bascule : elle n’est pas ce qu’elle croyait être et doit abandonner école, famille, maison, pour rejoindre un autre univers qu’elle a quitté 12 ans plus tôt. L’y attendent une pléiade de nouveaux condisciples, amis, et ennemis, et surtout une question obsédante : qui est-elle ? Pourquoi a-t-elle été cachée parmi les humains ? Pourquoi n’a-t-elle que des souvenirs très partiels de son passé ?

Gardiens des Cités perdues, qui paraît aujourd’hui, est le premier roman de Shannon Messenger traduit en français ; au vu de la qualité, on espère que la suite ne tardera pas et, qui sait, que son autre série, Let the sky fall aura également droit à une traduction !
Gardiens des Cités perdues, c’est donc l’histoire de Sophie Foster, 12 ans, surdouée et télépathe, qui découvre inopinément que ses facultés n’ont, pour ainsi dire, rien d’anormal : elle n’est tout simplement pas humaine. Malheureusement, cela signifie également qu’elle doit quitter sa famille, afin de rejoindre un autre univers, celui des immenses cités perdues (Shangri-La, l’Atlantide, Eternalia…), afin d’y rejoindre son peuple naturel, et intégrer la prestigieuse université de Foxfire dans laquelle elle suivra une formation adéquate. Mais si Sophie est surdouée dans l’univers humain, c’est loin d’être le cas dans l’univers de ses origines : la petite première de la classe a des années de retard, ne comprend rien à rien, et enchaîne les bourdes. Tout en essayant de se faire à sa famille d’adoption, et en enquêtant sur son passé : pourquoi, au juste, a-t-elle été exilée dans son enfance, et pourquoi les catastrophes semblent-elles fleurir sous ses pas ? Mystère. Mais c’est bien le centre de la question.

Shannon Messenger va donc évoquer des thèmes chers à l’enfance avec, en premier lieu, le déracinement. S’ensuivront les difficiles problématiques des amitiés et inimitiés que l’on se crée à l’école. Sophie étant un «transfuge» dans son nouvel univers, elle crève d’envie de bien faire et surtout d’y arriver seule : évidemment, on voit rapidement la limite de son comportement. Non contente de perpétrer bourde sur bourde (elle détruit l’uniforme d’un professeur par accident en cours d’alchimie, par exemple), elle va également se mettre en danger par souci de bien faire et de prouver son intégration à la communauté. Son désir de bien faire est vraiment touchant et, loin de la condamner, le lecteur ne peut que compatir à son besoin d’affection.

Autour de Sophie gravite une belle palette de personnages, tant du côté des adolescents que des adultes. Chacun a sa petite histoire personnelle, ses aspirations, ses qualités et ses défauts. En un mot, ils sont consistants. Et c’est donc agréable de passer de l’un à l’autre, de tenter de deviner quelles vont être leurs interactions, ou de saisir les liens qui existent entre chaque : Sophie le découvre pas à pas, et le lecteur avec. Le tout en enquêtant, évidemment, sur le mystère qui sous-tend ce premier tome, mystère qui passionne et perturbe Sophie, et dont on sent que certains adultes connaissent des bouts qu’ils refusent de révéler… ce qui contribue largement à alimenter un suspens savamment entretenu.

L’intrigue est menée de main de maître : on passe de la révélation fracassante sur la nature de Sophie à l’acclimatation à son nouvel univers, et à la rentrée à Foxfire. Là, on retrouve une organisation assez scolaire, l’université étant organisée en niveaux d’études et en semestres, et les étudiants suivis par des Mentors. On pense de suite, évidemment, à Harry Potter, pour ce point-là ; à ceci près que, dans l’univers de Sophie, on n’apprend pas réellement de sortilèges : les étudiants sont invités à travailler différentes matières en relation avec la magie, certes, mais il n’y aura ni duel magiques, ni cours de métamorphoses. L’univers des cités perdues est plutôt basé sur une vision idéalisée d’une nature sauvegardée, nourricière, et qu’il faut à tout prix protéger – des actions humaines, par exemple.
Par ailleurs, l’auteur ne se contente pas de faire évoluer ses personnages dans le système scolaire : il y a également des péripéties plus personnelles (entre Sophie et ses amis, ou liées à sa famille d’adoption, par exemple) et d’autres rebondissements dignes des meilleurs récits d’aventure.
À cela il faut ajouter que le récit est vraiment bien écrit, et qu’on le lit avec un grand plaisir ; l’auteur varie les tonalités, joue à la perfection des émotions, et sait glisser quelques notes d’humour lorsque c’est nécessaire. C’est un vrai bonheur à lire, et on enfile les pages sans sourciller.

La fin laisse le lecteur avec une infinité de questions car, si une bonne partie de l’intrigue a été résolue, il reste toujours le fil rouge qui semble conduire la série. Si la conclusion du tome est très satisfaisante, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la suite… et donc d’être impatient de la lire !

Ce premier volume de la série Gardiens des Cités perdues a donc le mérite de poser les bases d’un univers riche, et d’une intrigue qui s’annonce haletante. Sophie est un personnage aussi touchant que bien pensé, et c’est avec plaisir qu’on la suit dans ses pérégrinations. Malgré quelques passages que l’on ressentira comme un peu clichés, l’intrigue est menée tambour battant, dans un style fluide et très agréable à la lecture. On se passionne pour l’aventure, les personnages, cet univers que l’on rêve de découvrir plus avant et qui devrait plaire aussi bien aux jeunes qu’aux moins jeunes lecteurs ! Pour résumer, Gardiens des Cités perdues est un gros coup de cœur, et c’est avec impatience que j’attends la suite !

Le petit plus ? Interview de Shannon Messenger !

 

◊ Dans la même série : Exil (2) ; Le Grand Brasier (3) ;

Gardiens des Cités perdues #1, Shannon Messenger.
Lumen, 2014, 510 p.
9/10. 

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Harry Potter et la chambre des secrets, J. K. Rowling.

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Une rentrée fracassante en voiture volante, une étrange malédiction qui s’abat sur les élèves, cette deuxième année à l’école des sorciers ne s’annonce pas de tout repos ! Entre les cours de potion magique, les matches de Quidditch et les combats de mauvais sorts, Harry trouvera-t-il le temps de percer le mystère de la Chambre des Secrets ? Un livre magique pour sorciers confirmés.

Deuxième année à l’école de magie et de sorcellerie pour Harry et ses petits camarades. Si la première année a été quelque peu mouvementée, ce n’est rien comparée à celle-ci. Dès le départ, J. K. Rowling a prévu des péripéties fracassantes, dont la première n’est autre que le voyage vers Poudlard d’Harry et Ron, dans la Ford Anglia volante du père ce dernier, dérobée devant la gare de King’s Cross. Atterrissage dangereux garanti au milieu du parc. Voilà qui fait, évidemment, remonter la cote de popularité des deux jeunes hommes auprès de leurs camarades – mais pas auprès du professeur Rogue, en revanche… – le contraire eût été étonnant, ce cher Rogue conservant son aversion prononcée pour Harry et tout ce qui s’y rapporte.

C’est avec grand plaisir que l’on retrouve les personnages du premier tome, d’autant qu’ils évoluent un peu. Plus courageux, plus matures, leurs portraits s’affinent. Certes, Drago Malefoy reste l’insupportable petite fouine du tome 1, mais notre trio change légèrement d’axe. Hermione, jusque-là présentée comme la voix de la sagesse, entraîne ses camarades sur la pente des bêtises… puisque c’est elle qui lance l’idée de préparer en secret du Polynectar dans les toilettes, afin de s’introduire frauduleusement dans la salle commune des Serpentard. Ron et Harry, de leur côté, font honneur au nom de leur maison, en faisant preuve de courage et de loyauté – plus que dans le tome 1 s’entend, et la loyauté s’applique surtout à Harry. Dans le premier tome, Harry ne savait pas encore où il mettait les pieds alors qu’ici, il montre une conscience plus aiguë de son univers particulier, goupillée à une idée plus précise de ses devoirs en tant que jeune représentant de la communauté sorcière. Mais les deux jeunes hommes continuent aussi de développer leur petit côté rebelle, qui leur fait dédaigner allègrement les règlements et tenter des actions assez peu orthodoxes. Pourtant, malgré toute l’intelligence qu’ils déploient pour bafouer le règlement, on reste face à deux jeunes garçons de 12 ans, ce que l’auteur n’oublie pas. Ils en ont souvent les réactions, et les comportements, ce qui les rend d’autant plus réalistes.
Ce tome voit également l’apparition de nouveaux personnages, comme le professeur Gilderoy Lockhart : jeune homme charmeur, auteur de best-sellers, cinq fois vainqueur du plus beau sourire de Sorcière Hebdo… inutile d’aller plus loin. Gilderoy est un bellâtre imbu de sa personne et il en joue. C’est un personnage central, difficilement supportable, et absolument caricatural. Il est drôle de constater que ce sont les garçons qui percent le professeur à jour le plus vite, alors que les jeunes filles sont occupées à se pâmer devant lui. Ici, J. K. Rowling replace tout à fait ce que l’on peut retrouver dans un établissement scolaire normal : le professeur bien fait de sa personne, dont toutes les jeunes filles sont amoureuses, et que tous les jeunes garçons détestent cordialement (car il est, forcément, plus beau et plus mature qu’eux, et qu’il piétine leurs plates-bandes). Ce mimétisme entre notre univers et l’univers sorcier créé par l’auteur se retrouve tout au long de la saga : J. K. Rowling transpose un certain nombre de choses dans son propre univers, et c’est très probablement ce qui fait que l’on s’identifie si bien à ses personnages, bien qu’il soient dotés de pouvoirs proprement surnaturels.
Au nombre des nouveaux personnages, il y a également Dobby, elfe de maison de son état. Fasciné par Harry Potter, il n’aura de cesse de lui venir en aide. Dobby est un personnage difficile à situer : particulièrement attachant, il sait aussi se montrer particulièrement agaçant.

Dobby va introduire un thème qui sera légèrement filé sur le reste de la saga (s’il est important, il ne s’agit pas du thème central) : celui de l’esclavage. Car les elfes de maison ne sont ni plus ni moins que les esclaves des sorciers. Ces derniers les emploient, ne les paient évidemment pas, et gardent leurs elfes de maison de générations en générations. C’est un motif qui est ici légèrement esquissé et peu traité car Dobby agit de son propre chef, et selon un code de moralité bien particulier ; c’est dans le quatrième tome que l’auteur redéveloppera cet aspect de son univers, aussi y reviendra-t-on plus tard.
Le second thème important abordé ici est, cette fois, un des thèmes centraux de la saga : celui de la pureté du sang. Pour la première fois, on entend parler des « Sang-de-bourbe », puisque c’est l’insulte que Malefoy adresse à Hermione. Les sorciers sont donc divisés en 3 castes : les sangs-pur, issus de deux parents sorciers (les Weasley, Neville Londubat, Drago Malefoy…) ; les sang-mêlés, issus d’un parent sorcier et d’un parent d’origine moldue, initié ou non (Harry) ; les  « sang-de-bourbe », ou enfants issus de parents moldus (comme Hermione, donc). Selon certains sorciers radicaux (pour ne pas dire : Voldemort et ses partisans), les seuls sorciers devraient être les sang-purs, et il convient d’éradiquer les autres – ce qui ne va pas tarder à se produire à petite échelle au sein de Poudlard.
Il est intéressant de constater que J.K. Rowling choisit un trio de personnages représentant les trois factions et dont les forces et compétences sont absolument complémentaires. Oui, ne vous y trompez pas : ce sont les aventures d’Harry Potter selon le titre, mais sans Ron Weasley et Hermione Granger, Harry Potter n’irait pas bien loin, il faut être honnête. Ainsi, alors qu’il avait toujours semblé que le véritable fil rouge de la saga (à savoir la lutte contre Voldemort) n’arrivait que dans le tome quatre, il est déjà clairement présenté ici.

Pourtant, il ne faudrait pas imaginer que ces thèmes importants prennent le pas sur le reste de la saga. Non, ils sont simplement filés, comme en toile de fond. La belle part est laissée aux apprentissages, l’année en cours, et l’évolution des élèves. L’auteur étoffe de plus en plus son univers : on découvre de nouveaux objets, créatures ou sortilèges. Parmi les objets, ma préférence va très certainement à la Beuglante : enveloppe d’une délicieuse couleur rouge, elle délivre en hurlant le message incendiaire qu’elle contient. J’ai souvent regretté que le procédé n’existe pas dans la réalité, à vrai dire.
Côté bestiaire, l’auteur continue de réinvestir le bestiaire mythologique européen avec un grand sens de l’à-propos.

Ce qui est appréciable dans ce tome, c’est que l’intrigue s’enracine dans le passé. On n’a pas un univers qui existe uniquement dans le présent : ce qui s’est passé autrefois tient toujours une grande place dans la saga, et notamment dans ce tome, puisqu’il se répète quelque chose s’étant déjà produit cinquante ans plus tôt. On en apprend donc plus sur le passé de certains personnages, ce qui vient étoffer ce que l’on connaissait déjà, et inscrire l’intrigue du tome – et, par extension, celle de la saga – dans un tout plus complexe.
De plus, il y a un léger changement de ton par rapport au tome précédent : on se trouvait alors dans un récit initiatique mêlé d’aventures ; ici, on garde le récit initiatique et l’aventure, auxquels s’ajoute un petit parfum d’enquête de type policier
, puisqu’il s’agit de trouver l’identité d’un coupable. L’auteur ne nous enferme donc pas dans une routine cours / aventures, et cela renouvelle l’intérêt du lecteur qui n’a pas le temps de s’endormir. Par ailleurs, le premier tome était assez bon enfant, alors que ce tome 2 a de quoi terrifier un jeune lecteur impressionnable. L’atmosphère est pleine de couloirs obscurs, de voix susurrantes effrayantes, et de complots dangereux. Le tome 2 de la série est probablement celui qui fait le plus frissonner, d’autant qu’on se demande à de nombreuses reprises si Harry ne nous entraîne pas dans un délire paranoïaque, et s’il ne serait pas mieux à Sainte-Mangouste. Cet aspect-là est vraiment très bien géré, et fait que l’atmosphère fonctionne aussi bien.
Pourtant, le tout n’est pas dénué d’humour, et il y a de nombreuses scènes assez drôles qui, sans faire rire aux éclats, nous prouvent que tout n’est pas tragique ou dramatique dans le petit monde sorcier. Pour preuve la scène initiale de la sortie d’Harry du 4 Privet Drive, qui vaut son pesant de cacahuètes ou les fréquentes interventions des frères Weasley. Tout est question d’équilibre, et J.K. Rowling maîtrise très bien ce dernier.

Si, habituellement, ce sont les Gryffondor qui ont la part-belle, dans ce tome-ci ce sont les Serpentard qui tiennent le devant de la scène (si c’est votre maison préférée, vous aimerez certainement ce tome). Non seulement parce que leur héritier se balade dans les couloirs, mais aussi parce qu’ils gagnent en importance, notamment grâce à la montée en grade de Malefoy, qui devient de plus en plus populaire au sein de sa propre maison – et de plus en plus suivi, accessoirement.

Enfin, si je n’avais qu’un conseil à vous donner avant d’entamer la lecture de Harry Potter... ce serait « faites attention aux détails ». J. K. Rowling a l’art et la manière de glisser les réponses aux questions que l’on se pose bien en amont de la question, de façon très anodine, tant et si bien que lorsque que la solution apparaît, on se rend subitement compte qu’on le savait déjà !

Ce tome 2, donc, est à la hauteur du premier, plus effrayant, et plus déstabilisant. À l’initiation s’ajoutent l’aventure et l’enquête et on oscille entre les trois registres en permanence. Il se dégage de cet opus une ambiance beaucoup plus froide, et oppressante que dans le premier tome et la lecture est motivée par un fort sentiment d’urgence. Malgré tout, on reste dans une ambiance très bon enfant, et on peut même tiquer quelque peu sur la résolution, et se demander pourquoi aucun adulte n’avait trouvé la solution, qui semble assez évidente. Tout cela est calculé, certes, mais cela n’en reste pas moins un peu facile. Quoi qu’il en soit, retrouver Harry Potter et la Chambre des secrets plus de dix ans après la première lecture a été un vrai plaisir, ce qui prouve – si besoin était – que le roman peut être lu par tous les âges !

 

Dans la même série : Harry Potter à l’école des sorciers (1) ; Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban (3).

 

Harry Potter et la chambre des secrets, Harry Potter #2, J.K. Rowling. Trad. de Jean-François Ménard. Folio Junior, 2001 (1ère édition 1998), 360 p.
7,5 / 10.

 

Et l’adaptation, ça donne quoi ?

Comme celle du premier volume : on déplorera que certaines répliques soient réattribuées (pas mal de répliques de Ron échoient à Hermione, par exemple… le rôle de Ron est très largement revu à la baisse dans les films, et c’est bien dommage). C’est rapide, trop rapide, et il manque des scènes cruciales, ainsi que des développements importants alors qu’il y a des ajouts sans grand intérêt. Cela reste un bon divertissement, mais il faut reconnaître que, niveau adaptation, c’est très imparfait.

 

Harry Potter and the Philosopher’s Stone / Harry Potter à l’école des sorciers, J. K. Rowling.

 

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Harry Potter a toujours pensé qu’il était un garçon extraordinairement normal – jusqu’à, du moins, qu’il se mette à recevoir d’étranges lettres de convocation pour une non moins étrange école, et qu’il soit emmené par un monstrueux géant, pour entrer à Poudlard, l’école où on apprend aux enfants à faire de la magie. Tout ça pourquoi? Parce qu’Harry Potter est un sorcier, qu’il le veuille ou non.

Inutile, probablement, de revenir sur l’incroyable genèse de ce livre, parvenu en peu de temps au sommet des sommets, adapté en film, et qui a lancé des milliers d’enfants dans la lecture. Comme beaucoup d’autres, je l’ai probablement reçu à Noël, l’année de sa sortie, et l’ai lu l’année suivante, alors que j’étais en sixième. Était-ce le fait d’avoir le même âge que le personnage principal ou d’avoir déjà eu, à l’époque, un net penchant pour les histoires sortant de l’ordinaire? Difficile à dire. En tout cas, je me suis rapidement passionnée pour les aventures des jeunes sorciers à Poudlard (et j’ai même désespérément attendu ma lettre, rêvant à une école similaire en France. Qui ne l’a pas fait ?). Quoi qu’il en soit, je suis toujours aussi mordue de l’univers ; alors, lorsqu’Asuna a proposé une lecture marathon de l’ensemble de la saga, je n’ai pas hésité un seul instant ! Mais, histoire de joindre l’utile à l’agréable, j’ai tenté cette relecture en version originale.
Ce fut le moment de constater que mon édition française était probablement un collector : non seulement quelques passages ont été bizarrement éludés (mais sont présents dans l’édition plus tardive que j’ai rachetée, ce n’est l’affaire que de quelques chapitres), mais en plus, il y a eu des changements de traduction dans la version ultérieure. Ainsi chez moi, le ministre de la magie ne s’appelle pas Cornelius Fudge mais, à la française, Cornélius Lafadaise (alors que, par la suite, il s’appellera Cornelius Fudge dans les deux langues). De l’anglais au français, beaucoup de noms ont été modifié pour garder les clins d’œil (mais Fudge est, à ma connaissance, le seul qui ait eu deux noms distincts dans la traduction). J’aimerais donc saluer la traduction de Jean-François Ménard, que je trouve absolument admirable, car il a réussi à traduire tous les petits jeux de mots et autres allusions que J. K. Rowling a glissées dans son texte. Ce n’était pas facile, mais il y est parvenu – même si, par la suite, le nom du dirigeant a été modifié ; vous avouerez que « Lafadaise », ça ne fait pas hyper sérieux pour un ministre, même pour un ministre de la magie.

Dans ce premier tome, on découvre donc l’univers dans lequel Harry Potter et ses camarades évolueront au fil des sept tomes de la saga. Un univers fait de rêves et de magie, bien évidemment. Mais un univers scolaire, tout de même : les cours se succèdent, sans que ce soit toutefois trop pesant. J. K. Rowling distille de-ci de-là quelques éléments de cours, petites formules glissées rapidement, ou éléments de la mythologie magique – pas nécessairement inventés d’ailleurs, car J.K. Rowling a su ménager mythologie existante et univers personnel, le tout formant une parfaite adéquation.

Les personnages sont parfois quelque peu stéréotypés : entre le jeune orphelin détesté par sa famille d’accueil mais adulé dans son vrai monde car héritier de deux parents aimés et puissants, le jeune sorcier « pur » cadet d’une famille nombreuse et donc très peu sûr de lui, et la jeune élève prodige, externe à l’univers et rat de bibliothèque, on a un trio de compétition. Il est d’ailleurs très drôle de constater que ce schéma de personnages a été réutilisé dans d’autes œuvres littéraires pour la jeunesse (dans la saga Idhún, de Laura Gallego García, publiée en France chez Bayard Jeunesse, par exemple). Preuve que, malgré le stéréotye, c’est un trio qui fonctionne bien. D’autant mieux qu’ici, les personnages vont rapidement se nuancer. Quoi qu’il en soit, les portraits sont plutôt réussis (je dois dire que j’ai un gros faible pour les Dursley et, plus globalement, pour les méchants dans ces romans !).
Évidemment, les opposants seront à la hauteur : le premier, un enfant du même âge, est nécessairement l’héritier d’une vieille famille, puissant, et promis à un brillant avenir (mais du côté obscur de la Force, cette fois). En parlant de côté obscur, il est tout aussi intéressant de constater que ce tome 1 s’ouvre, si l’on peut dire, après la bataille. Le grand méchant a déjà été vaincu, et les aventures s’ouvrent dans un monde magique, certes, mais qui se remet doucement des années d’oppression qu’il vient de subir (tout cela donne une ambiance très « post-guerre »). Ainsi, les élèves peuvent attaquer sereinement leur année scolaire ; point de combat glorieux à mener à son terme ici, on se situe vraiment dans le roman d’initiation classique. Sauf que, on s’en doute, pour tenir la distance sur sept tomes, il va falloir que les opposants se remuent un peu. Ce qui est bien dans ce premier opus, c’est que l’auteur ne nous balance pas directement dans l’opposition bien/mal : c’est un tome très introductif, qui met en place les bases de l’univers. Oui, il y a une opposition, mais elle n’a pas encore atteint son ampleur maximale. Je m’avance un peu, mais il en ira de même pour les tomes 2 et 3 : on retrouvera le même genre d’opposition entre les personnages, mais le véritable fil rouge de la saga ne prendra sa place qu’au tome 4 – illustrant ainsi un certain gain de maturité des personnages.

Le premier tome est donc l’occasion de parfaire les bases des relations du trio principal qui, avouons-le, partait assez mal, ainsi que d’esquisser les portraits des autres personnages. Le style (en anglais ou en traduction) est fluide, et la lecture très accessible (ce qui fait qu’un enfant en primaire peut tout à fait le lire), le vocabulaire étant varié, et bien choisi. De ce côté-là, la lecture ne pose aucun souci particulier. Côté intrigue, on sent que l’on est dans un livre destiné à la jeunesse : sans être trop simpliste, sa complexité n’est pas non plus extrême. Arrivés à un certain point, on voit assez bien où l’on va en venir. Quoi qu’il en soit, c’est très agréable à suivre – d’autant plus lorsqu’on a lu l’ensemble de la saga, car on repère alors les bases de ce que l’auteur met en place par la suite. Hasard ? Construction précise ? Force est de reconnaître que J. K. Rowling maîtrise parfaitement les divers fils de son intrigue, même si tous ne sont pas déroulés dès le premier tome.
Sans parler encore du fil rouge, de forts antagonismes se dessinent déjà ici, entre certains personnages (Harry et ses amis contre d’autres élèves, mais aussi contre certain professeur, absolument et irrémédiablement désagréable – mais c’est comme ça qu’on l’aime), et qui seront développés au fil des tomes. Harry est, bien sûr, chapeauté par un mentor, comme tout orphelin qui se respecte (c’est, semble-t-il, la loi du genre, d’autant plus après le succès de la saga du jeune sorcier). Mais surtout, et c’est là ce qui change de la littérature jeunesse de l’époque, Harry est l’archétype de l’anti-héros. Si on résume, il n’est pas spécialement beau (ou du moins ce n’est jamais clairement dit), il est balafré, il porte des lunettes (rappel
ez-vous, dans les années 90, c’était loin d’être sexy) et, s’il est populaire, il se lie immédiatement d’amitié avec les élèves les moins populaires de l’école (ils sont, du moins, présentés comme tels par les élèves qui s’annoncent comme les futurs caïds de l’établissement). Pire, Harry n’est pas très bon à l’école, et a une nette tendance à ne pas suivre les règlements. Si cette figure de l’anti-héros vous semble familière (voire normale) en littérature jeunesse, dites-vous qu’à l’époque de la sortie, elle restait assez marginale (on sortait à peine de la suprématie du Club des Cinq, pour resituer un peu). Bref, même si la littérature jeunesse était en pleine mutation, la parution (et surtout le succès) de Harry Potter ont rendu cet renouveau d’autant plus rapide et percutant (à l’instar de l’adaptation du Seigneur des Anneaux sur la production fantasy).
Et c’est vrai qu’à la lecture, on voit bien ce qui a immédiatement séduit les jeunes lecteurs de l’époque (et d’aujourd’hui, même si ça semble bien plus classique de nos jours) : Harry offre une identification tellement facile qu’il aurait été dommage de passer à côté. Si on résume, il est orphelin (chaque enfant peut donc se projeter dans le jeune sorcier), sa vie est misérable, mais il est issu d’un autre monde, caché, dans lequel il est très célèbre (amélioration subite de sa qualité de vie, ça ferait rêver n’importe qui) et, ô joie, il apprend la magie (et ça aussi, ça fait vraiment rêver!). Lui qui a toujours eu une vie solitaire, se retrouve enfin à sa vraie place, et se fait (enfin) de bons amis. Sa vie change radicalement, et c’est ce dont on rêve généralement à cette époque.

L’aventure, le suspens, et l’humour sont de partie dans ce premier opus, qui n’oublie pas d’être un peu effrayant de temps en temps. Ainsi, tout lecteur peut y trouver son compte ! 
Bien que le style, et le contenu soient clairement orientés jeunesse, on passe un très bon moment de lecture avec cette première aventure, qui dispose d’une fin propre (on peut donc s’arrêter là sans être dévorés par une insatiable curiosité). J’ai à nouveau passé un très bon moment, même en V. O. et je recommanderai à nouveau cette lecture à tout un chacun, petit ou grand !

 

Et l’adaptation, alors ?

Je l’ai revue il y a peu et je dois dire qu’avec le recul, je suis beaucoup plus clémente. Certes, c’est édulcoré, certes c’est très rapide mais c’est pas trop mal. Ce qui m’a vraiment déçue, en revanche, c’est que des répliques soient réattribuées, au détriment de certains personnages, et que certains changent quasiment de personnalité. De bonnes idées d’adaptation, mais ce n’est vraiment pas mon préféré.

 

Harry Potter and the Philosopher’s Stone / Harry Potter à l’école des sorciers, J. K. Rowling. Trad. de Jean-François Ménard. Bloomsbury, 2000 (1ère édition 1997), 332 p. Gallimard, 1999, 232 p. pour l’édition française.
8/10.

 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être…

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Le Livre des Etoiles, une autre série magique !

 

La Peur du sage, première partie, Patrick Rothfuss.

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 J’ai dormi des milliers de nuits et parcouru des milliers de kilomètres.
Je m’imaginais que tout serait très facile, une fois que je serais à l’Université. J’y apprendrais la magie et trouverais les réponses à toutes les questions que je me posais. Je croyais que tout se passerait aussi simplement que dans les livres de contes.
Et il aurait pu en être ainsi, si je n’avais pas eu le don de me faire des ennemis et de m’attirer les ennuis.
Cette histoire n’a rien d’une romance enlevée. Ce n’est pas une fable, où l’on revient d’entre les morts. Ce n’est pas un récit épique destiné à galvaniser les esprits.
Non. Nous savons tous de quel genre d’histoire il s’agit.
Quand quelqu’un vous raconte une partie de sa vie, c’est un cadeau qu’il vous fait.

Ce tome, je l’attendais avec impatience ; quand je l’ai eu, j’ai passé quelques semaines à le regarder sous toutes ses coutures, à penser à le lire, à envisager de l’ouvrir. J’ai repoussé, encore et encore, parce qu’après la claque du premier tome, j’avais très peur d’être déçue.

Aussi, lorsque je l’ai entamé et que je me suis rendue compte que, effectivement, j’étais déçue, imaginez l’ampleur du désappointement. Car si j’ai adoré retrouver le style de Rothfuss et reprendre les aventures de Kvothe, j’ai trouvé le début de ce tome bien long.
Le Nom du vent nous narrait les aventures de Kvothe de son enfance à ses quinze ans, grosso modo. Ici, le temps passe bien plus lentement ; on progresse d’à peine une année. L’auteur précise, expose, et retrace la vie de Kvothe avec une profusion de détails admirable. Seulement, on retrouve des thèmes déjà très largement évoqués dans le premier tome : les questions liées à l’Université, l’admission, les cours, les difficultés financières de Kvothe, qui rythment l’histoire, un peu à la manière d’un leitmotiv, ou encore la petite guerre puérile entre Kvothe et Ambrose.
Du coup, comme cela fait un peu redite, tout cela semble terriblement long.
Quoi qu’il en soit, retrouver l’univers de Rothfuss, l’ambiance de l’université, et tout ce qu’il a mis en place est très agréable ; on progresse quelque peu sur l’intrigue sous-jacente. Même si l’auteur distille les éléments au compte-gouttes, la progression se fait doucement – mais c’est parfois un peu frustrant.

Tout cela décolle finalement suite à une péripétie intéressante. L’intrigue évolue, les personnages aussi, et on retrouve un peu de la verve et de l’allant qui me plaisaient tant dans le premier tome. Pourtant, là encore, un point coince quelque peu : s’il est très agréable de changer d’air, certains développements sont un peu cousus de fil blanc, et c’est dommage, car cela manque un peu d’originalité, du moins pour qui est familier de la fantasy et/ou des récits d’aventure.
Cela étant, on rentre très facilement dans l’intrigue, qu’il s’agisse du récit de Kvothe, ou du présent. Il y a une sorte de décalage entre le Kvothe adolescent que l’on suit dans ses pérégrinations, désinvolte, pétulant, et Kote l’aubergiste, qui semble bien plus froid et détaché des choses ; ce simple petit accroc donne, forcément, envie de savoir comment on en est arrivé là. De plus, Rothfuss mène de front les deux intrigues, sans toutefois nous perdre ; le tout est d’une complexité bien agréable et, malgré quelques facilités scénaristiques, on ne peut qu’admirer la minutie dont il fait preuve.

En somme, pour apprécier pleinement ce tome, il faut accepter de se laisser porter par le rythme lent du récit de Kvothe ; loin des aventures trépidantes du tome 1, cet épisode est bien plus posé et contemplatif. Retrouver l’univers et le style de Patrick Rothfuss a été un vrai plaisir, que les quelques facilités scénaristiques ne réussiront pas, finalement, à entamer. Malgré la petite déception, j’ai apprécié la façon dont Patrick Rothfuss a étoffé peu à peu ses personnages, et fait progresser ses intrigues, bien qu’il soit avare en révélations. Si la fin présage d’une intéressante suite, j’espère qu’elle sera un peu plus dynamique et riche en découvertes. 

 

◊ Dans la même série : Le Nom du vent (1) ; La Peur du sage, deuxième partie (2).

 

La Peur du sage, première partie ; Chronique du tueur de roi, deuxième journée #2, Patrick Rothfuss. Trad. de Colette Carrière. Bragelonne, 2012, 574 p.
7,5 /10.

 

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L’Étudiant de magie, Caroline Stevermer

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Glasscastle. L’université des tours rêveuses et des cloches distantes, des professeurs pompeux et des étudiants agités… Sous les apparences tranquilles d’une université anglaise se cache une magie aussi ancienne que redoutable. Samuel Lambert, tireur d’élite et aventurier, a été invité à Glasscastle pour participer à un mystérieux projet. Les seuls dangers auxquels il s’attendait étaient le snobisme et le thé à toutes les heures de la journée. Mais les choses ne tardent pas à devenir bien plus excitantes que Lambert ne l’avait prévu…

 

Si vous avez aimé Le Collège de magie, foncez sur L’Étudiant de magie ! Si vous ne l’avez pas lu, vous pouvez vous lancer quand même, car il n’est pas nécessaire d’avoir lu le premier tome pour lire celui-ci.

Dans ce tome-ci, on retrouve Jane Brailsford, enseignante de Verteloi, en visite à Glasscastle, autre prestigieuse université européenne. Elle vient y voir son frère, Robert, lui-même éminent membre du collège de Glasscastle. Chez lui, elle croise Lambert, sorte de cowboy policé, échappé de son Far West natal et de sa tournée mondiale, pour mettre ses talents de tireur d’élite au service de la recherche universitaire. Mais, comme toujours avec Jane, les apparences ne sont pas ce qu’elles sont et l’université ne tarde pas à dévoiler des recherches d’ordre plus mystique que philosophique.
Il faut longtemps avant que Faris ne soit évoquée et, si j’ai apprécié les aventures de Lambert, j’ai regretté de ne pas retrouver la turbulente héritière du Galazon. Les retrouvailles avec Jane, en revanche, ont été parfaitement réussies ! C’est avec un immense plaisir que l’on retrouve son humour pince-sans-rire, ses petits stratagèmes, et ses réparties aussi dignes qu’hilarantes.

L’intrigue, de son côté, est aussi alambiquée que dans le tome précédent et demandera au lecteur de faire preuve d’un peu de patience et d’indulgence, pour laisser l’ambiance s’installer. Et, tout à coup, les actions s’enchaînent (parfois sans logique apparente), pour nous mener vers un surprenant final. Les diverses pièces s’assemblent et on voit subitement où voulait en venir l’auteur. On retrouve là les thématiques et la mythologies mises en places dans le tome consacré à Faris. Ainsi, les deux intrigues se rejoignent, s’assemblent et se complètent.
La fin, néanmoins, reste ouverte, et permet au lecteur de continuer à imaginer la vie à Glasscastle.

Tout ce qui faisait le charme du Collège de magie se retrouve dans cet opus : ambiance victorienne, flegme britannique, situations désopilantes et humour pince-sans-rire sont à nouveau au rendez-vous. Au fil des pages, on se laisse bercer par l’ambiance feutrée mais un tantinet loufoque mise en place par l’auteur, qui fait de la lecture de ce roman une expérience rafraîchissante.

En somme, c’est drôle, enlevé, plein d’humour, et c’est un livre à savourer (évidemment), avec une tasse de thé !

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L’Étudiant de magie (initialement paru sous le titre L’Équilibre des Chants), Les Collèges de magie #2, Caroline Stevermer. Le Livre de Poche, 2010 (1ère édition 1994 VO), 501 p.
7/10

Le Nom du vent, Patrick Rothfuss.

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 J’ai libéré des princesses. J’ai incendié la ville de Trebon. J’ai suivi des pistes au c lair  de lune que personne n’oserait même évoquer. J’ai conversé avec des dieux, aimé des femmes et écrit des chansons qui font pleurer les ménestrels.
J’ai été exclu de l’Université à un âge où l’on est encore trop jeune pour y entrer. J’y étais allé pour apprendre la magie, celle dont on parle dans les histoires. Je voulais apprendre le nom du vent.
Mon nom est Kvothe.

Vous avez dû entendre parler de moi.

 

Voilà. Je l’ai terminé. C’est un de ces livres après la lecture desquels on se met à tourner en rond, persuadés de ne jamais retrouver quoi que ce soit d’aussi bien à lire.

Le Nom du Vent, c’est l’histoire de Kvothe, modeste aubergiste au passé auréolé de gloire. Le postulat du livre est le suivant: les histoire sont ce qu’on souhaite qu’elles deviennent, et n’effleurent qu’à peine la vérité.
C’est pourquoi Chroniqueur, scribe de son état, entreprend de recueillir les mémoires de Kvothe, un héros au passé aussi trouble que glorieux.
Dire que ce roman est l’histoire de Kvothe narrée par lui-même serait dangereusement réducteur. L’auteur jongle avec les temps: celui du présent qui s’écoule dans l’auberge de Kvothe, où il raconte son histoire, tandis que Chroniqueur prend des notes et que Bast -son commis – l’écoute religieusement. Et puis le temps passé, celui de la vie de Kvothe qu’il retrace pour les biens du récit. On assiste pas à pas à ce qui a mené à la construction de la légende du personnage. Un amoureux des mots, tout comme l’auteur, qui joue avec et les manipule pour exacerber ou adoucir les émotions.
L’action s’enchaîne, à peine tempérée par de brefs passages de répits. Il n’y a quasiment pas de temps mort et, surtout, l’auteur parvient à éviter les répétitions lassantes. Kvothe étant très occupé, son séjour à l’université ne se résume pas à l’occupation d’un banc en haut d’un amphi, et heureusement pour le lecteur!

La présentation pourrait laisser songeur et effrayer le futur lecteur : le tome 1, intitulé Première journée s’étale en effet sur une seule journée, celle que nécessite le récit de Kvothe. Journée durant laquelle on retrace sa vie de l’enfance à l’âge adulte quasiment. Des chariots de la troupe de ses parents aux bancs de l’université, en passant par ses première expériences magiques, ses émois, ses joies et ses peines. Kvothe est un personnage diablement attachant, quelle que soit la casquette qu’il revêt: troubadour, comédien, magicien orgueilleux, amoureux transi et chevaleresque ami. Ses trois premiers rôles sont probablement les plus importants.

Troubadour, son rôle est retranscrit dans la structure même du roman. Des chapitres dont les titres évoquent la musique, comme « Doigts et cordes » ou « Cuivres, cordonniers et cohue » aux interchapitres d' »Interlude », tout est fait pour rappeler une symphonie.
Comédien, c’est le rôle de Kvothe au quotidien; faux aubergiste, c’est également un faux étudiant aisé (il est constamment sur la paille) et un bonimenteur hors pair. L’attachement au théâtre est présent partout; dans les scènes avec ses parents, dans la pantomime d’Abenthy, dans les coups de bluff que réalise Kvothe. Et encore une fois, on le retrouve dans la structure du roman, découpé en journées de narration: trois jours, trois actes.
Magicien, enfin:  c’est pour cela qu’il gagne l’université et tente, tant bien que mal, de s’en sortir.

Les personnages, en dehors de Kvothe, sont tous plus attachants les uns que les autres. Même si le récit est très centré autour du jeune apprenti, ses camarades passent de loin en loin. Qu’il s’agisse de l’étrange Denna dont les apparitions sont aussi soudaines qu’inattendues, ou de l’insaisissable Auri, on les retrouve avec plaisir. Les femmes, rares, sont en général des figures douces. Attirées par Kvothe ou après lesquelles il soupire inlassablement et discrètement.
Les hommes, plus nombreux se partagent la vedette. On pourrait presque en venir à apprécier Ambrose, qui n’est pourtant qu’un petit prétentieux malfaisant (mais tellement bien campé que l’auteur parvient à tourner cela à l’avantage de son personnage).

Je n’ose m’étendre plus de peur de révéler des détails capitaux; vous l’aurez certainement compris, ce livre a été un véritable coup de cœur, de ceux que l’on garde indéfiniment sur sa table de chevet. Une magnifique trouvaille et une splendide réussite!

 

ABC Imaginaire 2012 et ABC Critiques Babelio 2011-2012 : lettre R.

 ABC 2012 Litt imaginaire challenge-abc2012

Chronique du Tueur de Roi #1, Le Nom du vent, Patrick Rothfuss. Bragelonne, 2009, 781 pages.
10/10

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Un autre héros quasiment légendaire, lui aussi extrait des bas-fonds !

STEVERMER, Caroline. Le Collège de Magie #1 – L’équilibre des ancres.

Faris Nallanine est l’héritière d’un petit duché d’Europe centrale. Trop jeune pour prétendre à son titre, elle est contrainte de laisser son despotique oncle Brinker régner à sa place.
Jusqu’à ce qu’il exige qu’elle se rende en Normandie, pour étudier au collège du Verteloi. Faris prend alors le fameux Orient-Express et entame sa scolarité dans l’austère collège français. Mais il ne s’agit pas d’une école ordinaire, et Faris va rapidement découvrir qu’elle est censée obtenir un diplôme de magie…

Ça commence comme Harry Potter –une orpheline sous la tutelle d’un méchant oncle, envoyée dans une école de magie –…mais c’est totalement différent!
Tout d’abord, Faris Nallanine ne pense qu’à une chose : rentrer chez elle, pour le bien de son duché, le Galazon. Et puis l’ampleur de l’intrigue se déploie, au fur et à mesure de ses rencontres. Chacune lui permettra de progresser sur la voie qu’on lui a choisie.
Les événements sont parfois déroutants : Faris est, par exemple, assez indisciplinée mais en même temps particulièrement soucieuse de l’étiquette; voilà qui donne lieu à de savoureux échanges (je pense notamment au thé avec son oncle au Clos Galazon, vous m’en direz des nouvelles).

L’auteure dépeint dans son roman une fresque de l’Europe au XIXe, à l’ambiance parfois anglo-saxonne tout en restant décalée à cause des interactions magiques. L’étendue de l’action est dévoilée petit à petit, ce qui laisse au lecteur le temps de se familiariser avec les données de l’équation. Restant dans une atmosphère fascinante, l’ouvrage n’en dissimule pas moins certains éléments essentiels. Assistant au processus de réflexion de l’héroïne, le lecteur se doit de parcourir le même raisonnement s’il veut comprendre certaines choses. Malgré cela, la fin n’est pas convenue (même si certains détails sont prévisibles) et l’écriture continue de surprendre.
L’originalité provient également du décalage entre titre et contenu: le Collège de Magie. En réalité, la partie purement scolaire est assez longue et, curieusement, il est précisé dès le départ que les étudiantes n’étudieront pas la magie. On a là un bon exemple de roman initiatique, dans une ambiance à la limite entre la fantasy et l’uchronie (voir certains événements historiques détournés).

En définitive, ce roman m’a beaucoup plu, malgré quelques lenteurs à démarrer et à se repérer dans le système narratif.

◊ Dans la même série : L’étudiant de magie (2).

Le Collège de magie #1 : L’équilibre des ancres, Caroline Stevermer.
Le Livre de Poche, 2009, 531 p.