Bergère des fées, Le jardin des fées #1, Audrey Alwett & Nora Moretti.

Lucie est expédiée par sa mère (qu’elle ne voit jamais), auprès d’obscurs cousins vivant dans un immense manoir à la campagne. Sa mission : rendre compte à sa génitrice de tout ce qu’elle remarque de bizarre. Et du bizarre, il y en a, à commencer par les signes étranges qui fleurissent partout dans le manoir, ou encore ce jardin que personne ne semble voir à part elle… Ce que Lucie ignore, c’est que le jardin du manoir abrite une ruche de fées. Celles-ci sont au désespoir : leur reine se meurt et depuis la mort du grand-oncle, elles n’ont plus de protecteur. Pire : la famille de Lucie est en fait une lignée de chasseurs de fées…

On ne présente plus le duo Audrey Alwett/Nora Moretti ! (Ou si ? Allez, un seul titre : Princesse Sara). Et cette nouvelle série démarre sur les chapeaux de roue !

Ce premier tome réussit à mener de front l’exposition et une intrigue quasi complète. En effet, Lucie débarque chez ses cousins sans les connaître, avec d’obscures consignes de sa mère absente. Elle ne sait pas dans quoi elle met les pieds, le lecteur non plus, et c’est parfait : nous faisons les découvertes au même rythme.
Celui-ci sait d’ailleurs maintenir le suspense ! Si la présence des fées est rapidement révélée, le rôle du grand-oncle comme berger des fées, ou la machination du chasseur de fées (l’oncle) pour s’immiscer dans la famille (en épousant la tante) sont révélées pas-à-pas. En même temps, on touche à la vie quotidienne de Lucie, reléguée auprès d’une obscure gouvernante qui la bat par une mère autoritaire et absente, mais qui la fait rêver. Les portraits sont creusés, et cela donne une dimension très complète à l’histoire.
De fait, l’intrigue progresse avec constance, sans précipitation, mais sans longueurs non plus, avec une excellente alternance de scènes trépidantes, et d’autres scènes plus calmes, centrées sur la réflexion.

L’alternance de passages du point de vue de Lucie et d’autres chez les fées concourt également à maintenir ce rythme, tout en permettant de découvrir l’univers dans lequel se déroule le récit. Les « chapitres » sont entrecoupés d’extraits du journal de Cottingley, le grand-oncle protecteur, qui apportent de nombreux éclairages tant sur l’écosystème berger-fées, que sur l’histoire de la famille (avec, au passage, une petite référence sympa à l’affaire éponyme !).

Côté graphismes, on profite de décors très fouillés, où le jardin et les fleurs sont mis à l’honneur (puisque c’est l’habitat principal des fées). Les extraits de journaux sont sublimes, les personnages expressifs et l’ensemble magnifique à regarder.

« Vous rentrez de plus en plus tard, jeune fétille.
– Bonsoir, reine Flore. J’ai dû aller loin pour ramoissonner du pollen pas malpourri. Ça touche maintenant grandpart du jardin.
– Et qu’avez-vous rapporté ? Encore du pollen de rose ?
– C’est tout ce qui restait ! Faudrait se carapafuir d’ici si on veut trouver autre chose !
– … J’y travaille, jeune fétille. Comme ceux que j’ai envoyés trouver un nouveau jardin. »

Mais je crois que mon plus gros coup de cœur dans cet album va au langage des fées. Truffé de mots-valises formés sur des synonymes, il crée une langue aussi poétique que symbolique, que j’ai eu envie de lire à voix haute pour pleinement profiter des sonorités !

Très bon début de saga donc, que ce Bergère des fées : j’ai adoré les graphismes, l’intrigue rondement menée et les inventions langagières si poétiques des fées ! Je suis donc très curieuse de lire la suite et fin de ce diptyque quand il paraîtra !

Le Jardin des fées #1, Bergère des fées, Audrey Alwett (scénario) et Nora Moretti (illustrations).
Drakoo (Fantasy), 1er juin 2022, 72 p.

Un héros improbable, Les Gardiennes d’Aether #1, Olivier Gay & Jonathan Aucomte.

Entre magie et technologie, l’Empire de Valania prospérait, jusqu’à ce qu’il soit envahi par des monstres quasi-invulnérables. Seule une étrange épée peut les blesser mais elle s’est liée à la première personne qui l’a touchée : un jeune serviteur du palais. Le destin du monde dépend désormais de lui.
Il a pour l’aider une princesse caractérielle aux puissants pouvoirs magiques ; son amie d’enfance, épéiste de renom ; et une dangereuse pirate aux motivations mystérieuses.
Lui, en revanche ? Non, il ne sert vraiment à rien…

Je connaissais Olivier Gay comme romancier, je le découvre ici comme scénariste. Et j’ai adoré ma découverte !

Dès le début, la bande-dessinée annonce la couleur : ce sera marrant. En effet, la narration nous indique que l’intrigue se déroule dans une contrée prospère… mais que la paix ne durera que le temps de deux pages. Dont acte. Car à l’issue des deux pages, le royaume est attaqué par d’horribles scarabées géants indestructibles. De là débute pour nos personnages une fuite éperdue, à la recherche de soutiens et d’un moyen d’en réchapper.

L’intrigue est hyper dynamique : autant les scènes d’action et les passages plus calmes sont bien dosés, autant il est difficile de s’ennuyer vu le rythme du récit. L’humour joue énormément sur le comique de situation et de répétition, sur les répliques salées et les annotations incongrues et, si c’est parfois un peu répétitif, je me suis rarement autant bidonnée en lisant une bande-dessinée !

Ce sont vraiment les personnages qui font tout le sel de la BD. J’ai été très surprise, au début de ma lecture, de m’apercevoir qu’Aether était un personnage, et non un lieu, un trésor, ou un pouvoir, comme je l’avais d’abord pensé à la lecture du titre. Et celui-ci, Un héros improbable, est tout justifié : Aether est décoratif, sympa, mais clairement inutile ! Ce sont ses trois compagnes qui portent le récit, et le sauvetage à bout de bras. L’inversion est super bien réalisée, car avec ça, les auteurs n’en font pas des caisses sur le héros inutile versus ses compagnes badass. Les personnages sont faussement archétypiques, et c’est ce qui en fait tout l’intérêt. Évidemment, un triangle (un quadrilatère !) amoureux glisse le bout du nez, mais tourné de telle façon que l’on ne peut qu’en rire – Aether étant de toute évidence imperméable à toute tentative de séduction.
C’est bien mené, et suggéré autant par la narration, que par les graphismes.

Ceux-ci, très colorés, avec un joli trait rond, donnent vie à un décor fabuleux, mi-fantasy, mi-steampunk, qui accorde autant d’importance à la magie qu’à la science, et dans lequel je me suis plongée avec plaisir. Les expressions des personnages sont bien rendues, et la BD était aussi plaisante à lire qu’à regarder !

Très bonne pioche, donc, que ce premier tome des Gardiennes d’Aether : l’intrigue est prenante, l’univers intéressant, les personnages impayables et l’humour, aussi répétitif soit-il, très efficace (du moins dans mon cas). A tel point que j’ai vraiment hâte de lire la suite !

Les Gardiennes d’Aether #1 : Un héros improbable, Olivier Gay (scénario) et Jonathan Aucomte (illustrations).
Drakoo, 1er septembre 2021, 48p.


Et hop ! Catégorie Baba-yaga du Cold Winter Challenge validée !


Le Vol de la Sigillaire, Les Artilleuses #1, Pierre Pevel & Étienne Willem.

Aventurières et hors-la-loi, elles sont trois : Lady Remington, Miss Winchester et Mam’zelle Gatling. N’hésitant jamais à faire parler la poudre, elles sont connues de toutes les polices d’Europe. Ce coup, cependant, pourrait bien être leur dernier. Car le vol d’une mystérieuse relique – la Sigillaire – leur vaut d’être pourchassées non seulement par les Brigades du Tigre, mais également par les redoutables services secrets du Kaiser…

Cette bande-dessinée se déroule dans l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel, mais est lisible tout à fait indépendamment de sa trilogie – donc pas de panique si vous ne l’avez pas lue.

L’histoire se déroule donc à Paris, en 1911. L’Outremonde a révélé son existence (et certains couloirs du métro permettent même d’y accéder) : humains et petit peuple se côtoient au quotidien. D’ailleurs, la reine Méliane prévoit de célébrer son jubilé à Paris ! Devant les façades haussmanniennes, il est donc possible de croiser des fées, des dragons de petites tailles, des trolls, des dirigeables ou encore des drones au look résolument steampunk.
L’intrigue débute avec le braquage des Artilleuses, nos trois héroïnes : Lady Remington, aristocrate anglaise, est également une redoutable magicienne ; Mam’zelle Gatling est en fait une fée artificière, spécialiste en explosions ; Miss Winchester, enfin, est une pilote et tireuse d’élite américaine. Toutes trois ont écumé les bons coups, mais ont vivement besoin d’argent. Le braquage de la Sigillaire se fait donc dès les premières pages et donne le ton : l’action est bien présente.

La récit, truffé de péripéties (et de batailles rangées) est donc mené à un rythme trépidant. Or, bizarrement, on ne sort jamais de l’impression de lire une assez longue introduction à l’univers. Car les véritables enjeux de l’intrigue n’apparaissent finalement que dans les deux dernières pages… Ce qui inscrit bien cet opus comme le premier tome de la trilogie annoncée. Ce n’est pas désagréable, car ainsi l’univers est bien installé, mais c’est un peu frustrant. D’autant que les personnages sont assez rapidement caractérisés (réduits à un ou deux traits de caractères). J’attends donc la suite avec impatience pour savoir comment tout cela va évoluer !

Côté graphismes, Étienne Willem use d’un découpage assez classique et d’un style cartoonesques qui colle vraiment bien à l’univers comme à l’histoire. Et la mise en couleurs de Tanja Wenish est efficace.

Après cette longue introduction à l’univers et aux enjeux, je suis curieuse de savoir de quoi il va être question au juste dans cette trilogie. Ce premier tome fait une très bonne mise en bouche au contexte, mais s’avère un peu frustrant du point de vue de l’intrigue en elle-même, tant on a l’impression de l’effleurer. J’ai donc hâte de lire le tome suivant, car celui-ci a titillé ma curiosité !

Les Artilleuses #1 : Le Vol de la Sigillaire, Pierre Pevel (scénario), Étienne Willem (illustrations), Tanja Wenish (couleurs).
Drakoo, mars 2020, 48 p.

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