Pacte de sang, Le Dernier Drae #1, Kelly St-Clare & Raye Wagner.

Plus que tout, c’est d’aventure dont j’ai besoin. Mais à Verald, un pays dévasté par la maladie, la vie est déjà toute tracée, comme les cercles hiérarchiques immuables de notre royaume.
Au cœur même de ces cercles règne notre cruel roi, avec un invincible dompteur de dragons, Lord Irrik, à ses côtés. Leur pouvoir empoisonne le pays et le peuple, et attise la rage d’ennemis toujours plus nombreux.
Mais tout va changer.
Quand la rébellion s’embrase, le roi riposte durement. Capturée par Lord Irrik, je suis soudain entraînée dans un jeu fatal. Un jeu dont je voudrais désespérément comprendre les règles.
Car je ne me bats pas seulement pour rester en vie… mais pour protéger un amour qui pourrait bien être la clef de ma liberté.

Deuxième lecture dans la liste Fantasy du Prix Livraddict !
Et bon.. on va faire comme avec les pansements, on va pas lambiner avant d’arracher !

Je ne peux pas franchement dire que j’ai apprécié cette lecture, même s’il y avait des idées intéressantes à l’intérieur.
L’histoire se déroule dans un royaume circulaire, dont les quartiers sont organisés en cercles concentriques : les quartiers riches au centre, les quartiers pauvres en périphérie. Dans ma tête, j’étais donc à mi-chemin entre Chromatopia et Hunger Games !
On découvre l’héroïne, Ryn, une jeune fille qui officie comme serveuse, puisqu’elle a la désagréable manie de faire mourir les plantes et ne peut donc plus travailler avec sa mère dont la main verte est réputée. Or, ce royaume connaît un vrai problème d’approvisionnement puisque le roi en place a fait tuer tous les druides, les phaetyns, tout simplement car leur sang pouvait lui assurer l’immortalité. Or, sans phaetyns, les récoltes sont difficiles, la famine menace (surtout dans les quartiers pauvres) et la rébellion gronde. Ryn se fourre bêtement dans les ennuis, se fait arrêter et torturer dans les cachots du roi.

Première chose qui m’a ennuyée dans ce roman : les nombreuses incohérences dans la narration ! Qu’il s’agisse de paniers de livraison qui se multiplient, de faux raccords, ou d’un chemin qui, parcouru à la même allure, prend soit une heure, soit dix minutes, on est servis.
De plus, le début est truffé de longueurs : Ryn s’ennuie, et il faut dire qu’on le ressent bien. Heureusement, la situation évolue quelque peu lorsqu’elle est capturée.

A partir de là, la jeune fille subit séances de tortures (dont une à base d’insectes foutrement bien décrite) sur séances d’interrogatoires. Mais hormis cette première scène pleine de détails, les autres sont rapidement résumées. D’une part, cela permet de lire sans rendre son petit déjeuner, et c’est parfait, mais tout va aussi un peu vite, ce qui rend le tout pas follement passionnant. D’autant que ces scènes sont amenées à se répéter longuement… ce qui nous ramène assez vite aux longueurs initiales.
Mais Ryn est dotée d’un solide sens de l’humour et même si ses vannes sont très potaches (et pas toujours hilarantes), elles viennent quelque peu alléger l’atmosphère et casser le rythme.

Mais … je dois reconnaître que Ryn fait aussi partie de ce qui m’a agacée. Pour une raison qui m’échappe, je pensais avoir affaire à une adulte au début du roman. De fait, non : elle a dix-sept ans. Âge parfait pour faire des bêtises ou se montrer immature. Ce qu’elle fait à profusion. Mais elle se présente aussi comme une personne très mature (les autres personnages font comme si également) alors que non, clairement, elle ne l’est pas. Attention, je spoile dans le paragraphe suivant.

Ainsi, elle est surprise par une révélation à propos de deux personnages qui se révèlent être la même personne. Ty, son compagnon de cellule, et Tyr, le type qui surgit miraculeusement et en silence après chaque séance de torture et la soigne. Vraiment ? Tu es surprise ? Je veux dire, les deux types ont le même nom à une lettre près et l’un des deux ne parle jamais. Je ne sais pas, ça ne te met pas la puce à l’oreille ? Bah non !

On peut toutefois porter au crédit du roman le fait que la romance n’est pas omniprésente – même s’il y en a. Toutefois, la romance naissante entre deux personnages les conduit à avoir de nombreux échanges particulièrement ridicules, ce qui fait que j’ai passé plus de temps à pouffer qu’à lire sérieusement.

Le Dernier Drae n’est donc clairement pas ma lecture de l’année. L’idée de départ, comme l’univers, sont vraiment intéressants, mais l’évolution hyper classique de l’intrigue, le style pas transcendant et les nombreuses incohérences dans le récit ont eu raison de ma patience !

Le Dernier Drae #1 : Pacte de sang, Kelly St Clare et Raye Wagner. Traduit de l’anglais par Julie Demoulin.
MxM Bookmark ( Infinity ; Onirique), juillet 2019, 363 p.


Le dernier dragon sur Terre, Eoin Colfer.


Autrefois, il était connu sous le nom de Wyvern, Seigneur du Haut Feu, et son ombre terrifiait les masses. Aujourd’hui, il n’est que Vern, vautré dans le bayou où il se cache, matant Netflix non-stop en tee-shirt Flashdance et sifflant de la vodka à longueur de journée. Mais, contrairement aux autres membres de son espèce, il a survécu. Malheureusement, aucune quantité d’alcool ne peut combler son immense solitude.
C’est alors que le hasard lui propose une alliance inattendue… Aboutira-t-elle à l’extinction de sa race ou au retour de ses jours de gloire ?

Lorsque j’ai vu qu’Eoin Colfer, dont j’ai adoré les romans jeunesse, publiait un titre en fantasy adulte, j’étais aux anges ! Et cet état d’esprit n’a pas bougé au cours de ma lecture, que je suis ravie d’avoir faite.

Je ne sais pas si c’est un genre qu’il affectionne particulièrement, mais nous voici de nouveau dans de la fantasy urbaine, comme dans Artemis Fowl. À ceci près qu’il n’y a ici ni univers parallèle, ni magie dans le monde – sauf évidemment des dragons. Un, du moins : Wyvern, Seigneur du Haut-Feu, qui se fait plus modestement appeler Vern.
Mais Vern est loin de l’image habituelle que l’on a des dragons. Vern coule des jours tranquilles et heureux sur sa petite île cachée au milieu du bayou, boit comme un trou, et végète devant Netflix en révérant sa sacrosainte tranquillité. Une tranquillité brutalement chamboulée par Everett Moreau – dit Squib – jeune branleur local rendu là pour faire du trafic et pris dans les explosions provoquées par un petit règlement de compte mafieux impliquant un flic ripoux. Lequel se trouve être follement amoureux – à sens unique – de la mère de Squib, qu’il harcèle sexuellement avec une grande constance.
Partant de là, Squib et Vern se retrouvent, bon an mal an, à devoir faire équipe, le premier dans l’idée de survivre aux ennuis qui lui tombent sur le coin de la figure, le second dans l’objectif de retourner à sa petite vie tranquille, impliquant le moins d’humains (et de caméras de smartphones) possible.

« Squib plissa les paupières en les fermant presque. Il pensait que le blanc de ses yeux pouvait trahir sa présence. Hooke lui racontait-il des conneries ? Avait-il seulement attaché son bateau ?
Sans doute pas.
Il n’avait pas véritablement prévu la dernière partie de cette mission. Aussi se retrouvait-il bloqué sur cette putain d’île en compagnie des sangliers et des couguars et peut-être même d’une bande de fourmis rouges, alignées dans une file bien ordonnée, qui viendraient lui dévorer la bite. Et s’il essayait de s’enfuir en courant, Hooke lui enverrait une grenade au cul, comme un cornet de glace à réaction.
Quelle nuit délicieuse !
Everett Connard Moreau : organisateur de génie.
Comme ce petit Français qui aimait bien les grandes femmes pour se prouver quelque chose. Napoléon.
Mais pas du tout comme lui, en fait, sauf que tous les deux avaient fini coincés sur une île, s’il se souvenait bien de ses leçons d’histoire. Ou peut-être était-ce Huckleberry Finn qui s’était retrouvé en rade sur son île.
En tout cas, en cette belle soirée, c’était lui, l’imbécile bloqué sur une étendue de terre entourée d’eau
. »

Ça vous semble mal barré ? En effet, ça l’est. Car à partir de ce moment-là, c’est dans les ennuis jusqu’au cou que se retrouve Squib et, par extension, Vern.
À la fantasy urbaine se mêle donc le thriller, puisque l’on est rapidement environnés de tout ce que compte comme malfrats la pègre locale, avec en premier chef le flic ripou sus-nommé. J’étais d’ailleurs assez surprise de lire autant de scènes glauques – de torture, notamment – sans doute parce que je m’attendais à de la fantasy urbaine plus légère. Mais c’est ce qui fait le sel du roman !

Ça, et le cynisme des personnages. Vern, notamment, n’a pas sa langue dans sa poche et n’en rate pas une. Ses réparties saillantes m’ont souvent fait rire, comme son usage acharné du langage de charretier – oreilles sensibles s’abstenir, donc.
Les personnages tiennent d’ailleurs plus des antihéros que des héros. Entre leur langage résolument ordurier et leur conception assez floue du bien, du mal, et de la morale, il y a de quoi faire. Vern n’est pas contre un petit barbeuk d’humains de temps en temps. Squib ne voit aucun mal à traficoter par-ci par-là. Quant à Hooke, les concepts de consentement, harcèlement sexuel et bienséance lui sont de toute évidence tout à fait étrangers.

Le roman présente donc un parfait mélange entre ambiance hyper glauque et humour noir, au travers d’une intrigue qui sait de temps en temps s’alléger. Celle-ci n’est pas menée tambour battant, mais semble coller au rythme lent du fleuve qui irrigue le bayou. De fait, l’ambiance un peu poisseuse colle aussi parfaitement à la géographie des lieux.

Bonne découverte, donc, que ce nouveau roman d’Eoin Colfer avec lequel j’ai beaucoup ri. Il nous embarque dans une histoire un peu foutraque, un peu glauque, menée avec beaucoup de légèreté.

Le Dernier dragon sur Terre, Eoin Colfer. Traduit de l’anglais (Irlande) par Jean-François Ménard.
Pygmalion, août 2020, 416 p.

Cuits à point, Elodie Serrano.

Gauthier Guillet et Anna Cargali parcourent la France pour résoudre des mystères qui relèvent plus souvent d’arnaques que de véritables phénomènes surnaturels. Mais leur nouvelle affaire est d’un tout autre calibre : pourquoi la ville de Londres subit-elle une véritable canicule alors qu’on est en plein hiver et que le reste de l’Angleterre ploie sous la neige ? Se pourrait-il que cette fois des forces inexpliquées soient vraiment en jeu ?

Cuits à point est un très court roman de fantasy urbaine et un seul tome, s’il vous plaît !
L’intrigue va suivre deux paires d’enquêteurs en affaires magiques, des démystificateurs, séparées par un fossé de convictions : le duo français est persuadé que magie = arnaque, tandis que le duo britannique, lui, est convaincu de l’existence du merveilleux. Vous l’aurez compris : le débat va faire rage entre les personnages.

L’autrice joue donc sur cet antagonisme pour créer une dynamique entre eux, qui se ressent particulièrement dans les dialogues, aucun n’étant avare de réparties cinglantes. Elodie Serrano s’approprie également les clichés inhérents à chaque nation. Fatalement, le français est donc ronchon, l’italienne a le sang chaud et les deux britanniques font preuve d’un flegme à toute épreuve… Loin d’être pénibles, ces exagérations servent souvent le ressort comique l’intrigue !
Celle-ci est donc assez légère et va droit au but. Le quatuor enquête (plus souvent à la bibliothèque que sur le terrain), fait rapidement des déductions (justes) et tente de résoudre le problème qui se présente à lui. Les péripéties et rebondissements s’enchaînent à bon train, ce qui assure un roman un rythme de lecture très prenant.

Le style, avec ça, est très fluide. L’équilibre entre scènes d’actions, de réflexion, et descriptions est vraiment bien trouvé. L’ambiance steampunk, présente en toile de fond, est très accessible (nettement plus accessibles pour des néophytes que Le Protectorat de l’ombrelle, par exemple). D’ailleurs il en va de même pour l’intrigue plus liée à la magie : pas besoin d’être de vieux routards de la fantasy urbaine pour apprécier ce roman. L’humour, de plus, y est bien présent, ce qui allège indéniablement le récit.

Cuits à point est donc un roman de fantasy urbaine à la fois court et hyper facile à lire. L’intrigue nous plonge directement dans le vif du sujet et ne s’embarrasse pas de mille considérations sur l’univers, gardant l’ambiance steampunk en toile de fond. Les péripéties s’enchaînent sans coup férir et le récit ménage quelques touches d’humour. Ce n’est pas forcément le style de roman de fantasy urbaine que je préfère, mais je retiens ce titre pour une entrée en matière dans le genre !

Cuits à point, Elodie Serrano. Actusf (Bad Wolf), février 2020, 283 p.

Mage de bataille #1, Peter A. Flannery

Falco Danté est un gringalet souffreteux, dans un monde médiéval en guerre, peu à peu conquis par l’infernale armée des Possédés. En plus de son état maladif, Falco est méprisé : son père, qui fut un immense mage de bataille, a sombré dans une folie meurtrière et tué beaucoup d’innocents. Depuis, Falco est assailli de cauchemars et assez mal vu par ses concitoyens, qui rejettent sur le fils la faute du père.
Mais l’heure n’est pas aux ruminations : Caer Dour, où vit Falco, est en liesse car un enfant du pays, fraîchement intronisé mage de bataille, revient. Objectifs : invoquer son dragon et stopper net l’avancée de l’armée démoniaque qui menace la cité. Or, Falco fait rater l’invocation… et met en péril toute la population. Ce qui n’arrange pas du tout sa réputation…

Mage de bataille fait partie du trio de lancements de la jeune collection Albin Michel Imaginaire, aux côtés d’un roman fantastique et d’un autre de science-fiction. Sans surprise, Mage de bataille fait donc partie du troisième genre gagnant : la fantasy.
J’ai volontairement raccourci le résumé officiel, que je trouvais un tantinet trop bavard et gâchant quelque peu le plaisir. Celui-ci ne fait donc qu’évoquer l’amorce du récit et ne reflète pas tout à fait ce que contient l’intrigue !
Celle-ci offre clairement deux parties. La première, très sombre, nous plonge dans un pur roman de fantasy héroïque : l’armée des démons est aux portes de la cité, la guerre est là et il ne reste pas vraiment d’autre solution que la lutte armée. Scènes de batailles épiques, fuites éperdues, solutions de dernières minutes et autres petites trahisons se succèdent donc à bon train et offrent au récit un rythme assez haletant. La seconde partie, quant à elle, joue plus sur les codes du récit initiatique, Falco étant obligé de se former, tout comme ses camarades – dont on imagine qu’ils tiendront tous la vedette dans le second tome. Là encore, on suit les grandes lignes du récit de fantasy avec mentor, formation, héros esseulé, forts opposants, découvertes de soi, surpassement, etc.

Ainsi, on ne peut pas vraiment dire que l’intrigue fasse preuve d’une folle originalité, ni dans sa structure, ni dans l’univers qui, pour plaisant qu’il soit, rappelle fortement l’Europe médiévale (déjà fort sollicitée en fantasy). Néanmoins, c’est un cadre que j’aime bien retrouver de temps en temps en fantasy et comme cela faisait un moment que je n’en avais plus lu puisant dans cette inspiration, cet aspect familier m’a bien plu. On le retrouve dans les mœurs, dans les noms et surtout dans les langues vernaculaires pratiquées par certains personnages – rien d’insurmontable, rassurez-vous, ces quelques lignes de dialogues sont assez transparentes.
L’autre point qui m’a plu, c’est la présence des dragons, ici utilisées comme montures de guerre. J’ai aimé toute la mythologie qui tourne autour et le mystère qui subsiste autour des dragons noirs – ceux qui deviennent fous. J’espère en apprendre plus dans la suite !

Du côté du style, il est indéniable que Peter A. Flannery maîtrise les codes du récit fantasy : tout est là où il faut, comme il faut et, si l’ensemble manque un peu de suspense, le récit est suffisamment fluide pour être entraînant.

En somme, un roman que je n’ai trouvé ni mauvais, ni génial, mais je pense que je n’étais pas tout à fait le cœur de cible ! Si j’ai un peu traîné sur ma lecture par manque de surprises, c’est un roman que je conseillerai volontiers aux lecteurs débutants ou peu aguerris dans le genre. L’univers est en effet clairement situé, les personnages nettement caractérisés (et parfois un peu clichés), le but bien établi et l’intrigue menée à rythme confortable. De plus, le mélange des récits héroïque et initiatique fonctionne fort bien, d’autant plus avec les dragons dans l’équation. Ce n’était pas la révélation de l’année, mais j’ai tout de même passé un bon moment avec ce titre !

Mage de bataille, tome 1, Peter A. Flannery. Traduit de l’anglais par Patrice Louinet. Albin Michel (Imaginaire), septembre 2018, 537 p.

La Fille qui avait bu la Lune, Kelly Barnhill.


Chaque année, les habitants du Protectorat abandonnent un bébé en sacrifice à la redoutée sorcière des bois. Ils espèrent ainsi détourner sa colère de leur ville prospère.
Chaque année, Xan, la sorcière des bois, se voit contrainte de sauver un bébé que ces fous du Protectorat abandonnent sans qu’elle ait jamais compris pourquoi. Elle s’emploie à faire adopter ces enfants par des familles accueillantes dans les royaumes voisins.
Mais cette année, le bébé en question est différent des autres : la petite a un lien étrange avec la lune et un potentiel magique sans précédent. Contre son gré, Xan se voit obligée de la ramener chez elle et de persuader ses amis réticents d’élever cette enfant pas comme les autres. Ils la baptiseront Luna et ne tarderont pas à en devenir gâteux. Xan a trouvé comment contenir la magie qui grandit à l’intérieur de la petite, mais bientôt approche son treizième anniversaire, et ses pouvoirs vont se révéler…

Voilà un roman que j’ai vu passer de loin en loin chez les copinautes et dont le titre m’intriguait au plus haut point. Et j’ai bien fait de céder à la tentation car, mes aïeux, quelle découverte !

Dès les premières pages, on plonge dans un univers très onirique, qui semble tout droit sorti d’un conte traditionnel. En même temps, l’univers répond aux critères d’un univers de fantasy assez classique, avec deux royaumes aux gouvernements bien différents (dictature autoritaire pour le Protectorat, royauté plus bienveillante pour les cités d’à-côté). Ça pourrait être manichéen mais, heureusement, l’auteure évite assez habilement cet écueil, puisque l’essentiel de l’histoire se déroule au fond des bois, là où la sorcière élève Luna. D’ailleurs, cet aspect contribue à renforcer l’impression que l’on lit un conte : imaginez les personnages coupés du monde ou presque, vivant dans une nature généreuse, encadrées de créatures surnaturelles mais néanmoins bienveillantes, avec lesquelles elles sont en harmonie. Là, Luna grandit peu à peu, comme sa magie qui, malheureusement, pourrait s’avérer dévastatrice.

La magie est, dans un premier temps, assez peu présente, Xan ayant bridé (par mesure de sécurité) tout ce qu’elle pouvait chez Luna. Il n’en demeure pas moins que l’univers en est totalement baigné, ce qui renforce vraiment le côté très onirique du récit initiatique (puisque, malgré tout, Luna grandit).
En nous narrant en parallèle ce qu’il se passe au fond des bois et ce qui se déroule sous le carcan du Protectorat, Kelly Barnhill maintient habilement le suspense. Évidemment, on se doute bien que les deux situations ne vont pas tarder à se télescoper et on voit même comment ; mais cela ne rend pas le récit moins palpitant, tant tout est mené avec brio. Parallèlement, on voit Luna grandir, Xan s’affaiblir, Glerk fondre mais aussi Antain s’interroger sur les pratiques du Protectorat et la mère de Luna sombrer de plus en plus. Aux côté de l’enfance enchanteresse de Luna se jouent donc des choses nettement plus dures : on n’ignore rien de ce que subissent les sujets du Protectorat et on voit progresser l’autoritarisme religieux à très grands pas. Ainsi, alors que l’histoire s’adresse vraiment à un public de jeunes lecteurs (9-12 ans), elle traite tout de même de sujets pas si faciles que cela à intégrer et nettement moins riants que ne le laisse présager la couverture – ce qui fait évidemment tout le charme du roman.

Autre gros point fort : le style. Tout jeunesse soit-il, le roman est éminemment poétique. Qu’il s’agisse des descriptions, des tournures de phrase ou des philosophies des personnages, la poésie est omniprésente dans le roman, ce qui sied à merveille à l’ambiance onirique dans laquelle on baigne. Glerk étant lui-même un fin poète, le texte est entrecoupé de brèves poésies toujours bien tournées – saluons d’ailleurs la traduction de Marie de Prémonville ! Alors certes, c’est sans doute un poil plus ardu qu’un texte plus classique, mais quel plaisir de lecture ! En plus, pour ne rien gâcher, le texte est vraiment plein d’humour, quelles que soient les circonstances, et sans jamais que ce soit trop lourd !

La Fille qui avait bu la Lune a donc été un découverte incroyable et un énorme coup de cœur – comme cela faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé dans la littérature adressée à cette tranche d’âge. J’ai adoré chaque instant passé en compagnie des personnages, dans cet univers onirique et enchanteur, qui déploie des trésors d’originalité. Le roman a tout d’un récit initiatique et, sous des dehors de conte empreint de fantastique, touche à des sujets plus profonds et merveilleusement traités comme le passage de l’enfance à l’âge adulte, le deuil, l’adoption, l’amour, l’amitié ou la quête des origines. Tout est passé subtilement, dans un texte d’une grande poésie qui, malgré tout, reste accessible à un public jeunesse. Bref : énorme coup de cœur !

La Fille qui avait bu la Lune, Kelly Barnhill. Traduit de l’anglais par Marie de Prémonville. Anne Carrière, 2017, 368 p.

Les Sœurs du feu, Le Sang et l’Or #2, Kim Wilkins.

On dit de Bluebell, princesse guerrière aux multiples cicatrices et héritière du trône de son père, que personne ne peut la tuer. Lorsqu’elle entend parler d’une épée spécialement forgée pour l’assassiner par le redoutable roi Corbeau Hakon, elle décide de partir à sa recherche plutôt que d’attendre que l’arme vienne à elle. L’épée serait en possession d’une de ses quatre sœurs cadettes, mais laquelle ? Celles-ci étant dispersées dans tout le royaume, Bluebell se met en route. 
Depuis les côtes sauvages et escarpées jusqu’aux montagnes de granit du royaume, de ses ports grouillant d’activité à ses cités fantômes, de ses opulents châteaux à ses forêts primitives… cette histoire est celle de cinq sœurs dont les choix causeront l’essor ou la chute d’empires entiers. 

J’avais eu un gros coup de cœur pour le premier tome, Les Filles de l’orage et celui-ci est passé à un cheveu d’être, lui aussi, un coup de cœur ! A l’issue du premier tome, Ælmesse et Ælthric étaient sauvés mais les soeurs dispersées : Ash cherchait, en compagnie d’Unweder, comment échapper à son destin ; Ivy était mariée à un vieux barbon ; Rose était séparée d’Heath et de Rowan ; Willow se consumait de haine dans un coin reculé du royaume ; Bluebell, de son côté, pouvait espérer se reposer sur ses lauriers. Et c’est à peu près ainsi qu’on les retrouve, quatre ans plus tard, alors que Bluebell tente de savoir laquelle des quatre possède l’épée qui va la tuer – et tente d’arrêter la guerre qui couve, au passage.

L’intrigue semble partir d’un tout petit rien : Bluebell enquête et Rose, de son côté, reçoit un message la prévenant que Heath vit ses derniers instants. Dit comme cela, ça n’a l’air de rien, mais c’est ce qui va précipiter les jeunes femmes sur les routes et dans la panade. Mais c’est l’enchaînement des péripéties qui rend l’histoire si palpitante et prenante. Au gré de l’action des cinq jeunes femmes, l’intrigue va se complexifiant – les actes des unes influençant les vies des autres. D’ailleurs, l’intrigue a un petit côté tragique : on sent une sorte de force inéluctable qui s’abat sur les personnages, que l’on sent englués dans la toile du destin. Et rien que cela suffit à donner à l’intrigue cet aspect si prenant, car on ne peut s’empêcher d’espérer que les personnages vont réussir à dépasser cette fatalité.
Dans l’adversité, les caractères des princesses s’affinent, se nuancent : celles qui étaient effacées dans le premier tome prennent ici plus de place, s’imposent dans le récit et tirent enfin les ficelles. Et ce qui est intéressant, c’est qu’elles sont toutes très différentes les unes des autres, ce qui amène une belle variété dans les personnages.

Dans le premier tome, le différend qui oppose les païens aux trimartyrs était déjà assez violent mais là, il s’est cristallisé et entraîne des conséquences dramatiques – certains royaumes allant jusqu’à refuser leur aide à la coalition, au prétexte que tous n’ont pas embrassé la foi trimartyre. Il en est de la fantasy comme du monde réel : la religion est un merveilleux levier de guerre et, ici, les personnages l’ont bien compris (et ne vont pas hésiter à s’en servir pour se pourrir consciencieusement la vie). On pourrait penser que deux camps se tapant dessus pour d’obscurs motifs religieux suffisent. Mais non ! Car Kim Wilkins explore dans cet opus l’histoire des Ærfolcs, qui n’ont été que brièvement cités dans le précédent roman (pour nous parler des lointains ascendants de Heath et de sa fameuse chevelure rousse). Toutefois, les Ærfolcs sont le point commun des païens et des trimartyrs : tous les rejettent. Avec les Ærfolcs, il y a un petit air d’Irlande, de druides et de rites magiques qui se glisse dans le roman : proches de la nature,ils utilisent les dolmens, cromlechs et autres sentiers cachés des forêts séculaires pour voyager vers les lieux secrets qu’elle recèle… et ils ont eux aussi des ambitions sur le Thyrsland. Tout cela pour dire que l’intrigue se densifie à souhait et laisse assez peu de répit au lecteur. Car si la plupart des protagonistes sont empêtrés dans ce conflit religieux à l’issue plus qu’incertaine, il en est une qui, elle, est sur la trace du dragon de son apocalyptique vision.
Le récit saute d’une jeune femme à l’autre, ce qui nous offre une vision assez générale du conflit en cours et des personnes impliquées, tout en entretenant merveilleusement le suspense.

En somme, je n’ai pas été déçue par ce deuxième tome, loin de là ! Kim Wilkins parvient à rendre son intrigue plus dense, plus palpitante, en introduisant de nouvelles factions, de nouvelles alliances et en affinant les caractères de ses personnages. Si l’intrigue semble partir de rien, c’est bien l’enchaînement implacable des péripéties qui la rend si prenante et si riche en questions. J’attends donc de pied ferme le troisième tome, qui me paraît d’ores et déjà plein de promesses, d’autant plus après la conclusion hautement inattendue qui clôt cet opus !

Le Sang et l’Or #2, Les Sœurs du feu, Kim Wilkins. Traduit de l’anglais par Nenad Savic. Bragelonne, juin 2017, 449 p.

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Le Sang du Dragon, Dragon Blood #1, Anthony Ryan.

À travers les vastes territoires contrôlés par le Syndicat du Négoce d’Archefer, rien n’est plus prisé que le sang des dracs. Ponctionné à même leurs veines, il est distillé en élixirs capables d’accorder d’incommensurables pouvoirs aux rares hommes et femmes connus sous le nom de Sang-bénis. Mais une menace croissante pèse sur le Syndicat : les lignées de dracs s’affaiblissent peu à peu. S’ils viennent à s’éteindre, la guerre qui couve avec l’Empire corvantin voisin ne manquera pas d’éclater. Le dernier espoir du Syndicat réside dans la découverte d’une rare variété de drac, bien plus puissante que toutes les autres. Claydon Torcreek, voleur de bas étage et Sang-béni clandestin, est enrôlé de force par le Protectorat et envoyé dans les entrailles du continent primitif d’Arradsie, sur la piste de cette créature légendaire. Lizanne Lethridge, vénéneuse espionne, doit quant à elle braver tous les dangers afin de mener à bien sa mission en territoire ennemi. Enfin, Corrick Hilemore, sous-lieutenant à bord d’un croiseur d’Archefer, se lance à la poursuite de dangereux pirates, sans se douter du péril qui le guette aux confins du monde. Emportés par la valse des destins et des empires, du connu et de l’inconnu, tous trois devront lutter de toutes leurs forces pour inverser le cours de la guerre qui se profile… ou bien périr dans son sillage.

J’avais très envie de lire les romans d’Anthony Ryan, car Blood Song m’a été plusieurs fois recommandé par des lecteurs de confiance. Du coup, lorsque j’ai vu l’annonce de parution de celui-ci et que j’ai su qu’en plus il y aurait des dragons… je n’ai pas su résister.

Et bien m’en a pris ! Je ne sais pas si j’ai accroché dès le premier chapitre mais, une chose est sûre, au bout de quatre ou cinq, j’étais complètement ferrée par l’univers richissime qui s’y déploie.
La carte au départ n’est pas bien détaillée mais, au fil des chapitres, on va arpenter des villes, des océans avec leur lot de criques et autres baies pirates, mais aussi la jungle la plus profonde et la plus dangereuse. Et ça ne fait pas du tout fourre-tout ! On passe d’un endroit à l’autre avec la plus grande simplicité.
C’est peut-être dû à ce qui se dégage des trois récits enchâssés. Les aventures de Braddon et Clay, dans la jungle, ont un indéniable petit côté Indiana Jones (remplacez l’Arche Perdue par le Dragon perdu, et on est pas mal) ; avec Hilemore, on retrouve l’ambiance des histoires de corsaires et de pirates qui se poursuivent sans fin sur des océans pas toujours d’huile ; enfin, Lizanne, elle, convoque à la fois James Bond et Miss Marple, dans un mélange aussi détonnant que réussi. Alors tout ça peut sembler un peu disparate mais, bizarrement, cela s’articule extrêmement bien. Peut-être parce que l’ensemble est cimenté par une ambiance steampunk extraordinaire. Imaginez qu’Archefer a son propre Mr Q. qui lui concocte des gadgets à grands renforts de rouages, et autres boulons de cuivre. Si le sang de drac reste la munition privilégiée, on utilise aussi moult canons, fusils et autres pétoires améliorées. On ne peut pas dire que ce soit fondamentalement steampunk, mais l’esthétique particulière du genre est bien présente ; dans l’oreillette, on me souffle que ce genre de romans participe de la gaslamp fantasy, une variante du steampunk, qui permet de faire cohabiter magie (ici celle des Sang-Bénis) et technologie.

À propos de magie, il faut parler des Sang-Bénis, dont les capacités ont un indéniable petit côté super-héros et X-Men, notamment lorsqu’ils se mettent des peignées. Ce qui rend les combats d’autant plus palpitants et esthétiques (rien que pour ça, je verrais bien un film ou une série). Au départ, j’ai eu un peu de mal à comprendre ces histoires de sang de drac mais comme l’auteur les égrène au compte-goutte, c’est plutôt simple à suivre (et puis les bénéfices de chaque sorte de sang sont rappelés assez régulièrement). Ce qu’il faut savoir, c’est que le sang confère des capacités incroyables aux Sang-Bénis mais qu’il brûle à mort les autres. Mais ça n’est pas une arme infaillible : déjà parce que la façon de le récolter est assez peu ragoûtante, mais surtout parce qu’Archefer a récolté à tort et à travers, sans jamais respecter l’écosystème. Le thème vous rappelle quelque chose ? Eh bien c’est tout à fait normal, car le roman est truffé de thèmes qui sont d’actualités.

Ainsi, il est question d’écologie, comme je viens de le dire, notamment avec la question de la gestion raisonnée des ressources qu’offre la terre. Mais il est également question de respecter son environnement et de ne pas tenter de le sucer jusqu’à la moelle – des idées que nos concitoyens feraient bien de se fourrer une bonne fois pour toute dans le crâne. Au vu de la façon dont se comportent les colons, il est aussi (évidemment ?) question de colonialisme.
D’ailleurs, fait intéressant, les natifs et les Îliens sont plutôt blonds à la peau pâle, les colons plutôt mats de peau : dans une production plutôt occidentalocentrée, ça fait du bien à lire. Bon, de fait, le racisme occupe aussi une place importante dans l’oeuvre, avec quelques remarques désobligeantes des uns envers les origines des autres. Avec le colonialisme, l’impérialisme et le capitalisme, notamment les dérives de ce dernier, entrent dans le récit. Car si Archefer et les Corvantins se font des misères, aucun des deux n’a franchement de vision positive ou bienveillante pour sa société, ou que ce soit dans la façon de le gérer. Ce qui va les amener assez vite à payer la facture écologique de leurs actes – et ça va leur coûter plutôt cher.
Autre sujet qui est au centre de l’histoire : la place des femmes dans la société. Les personnages féminins ont la part belle, et avec des rôles où elles ne sont pas cantonnées à faire la cuisine et le ménage. Et ça aussi, c’est bien agréable.
Alors, évidemment, tous les sujets ne sont pas traités avec la même profondeur et certains ne sont qu’effleurés – car ce n’est pas le sujet central du récit. Mais ce qui est absolument fantastique, c’est que chacun d’eux correspond bien aux problématiques de l’intrigue : on n’a donc pas l’impression que l’auteur a voulu à toutes forces faire passer des idées, celles-ci étant vraiment au service de l’histoire narrée.

Tout cela, ainsi que le fait que le récit alterne entre les points de vue des trois personnages centraux, fait que l’histoire est particulièrement prenante. Le suspens est présent quasiment à toutes les pages et, même si j’ai mis des lustres à lire ce roman, j’ai passé un excellent moment de lecture – celle-ci étant souvent difficile à arrêter, d’ailleurs. Et point bonus : le roman propose une vraie fin, certes ouverte, mais qui apporte une vraie conclusion à une partie de l’intrigue : donc j’avais super envie de lire la suite, sans toutefois éprouver de frustration extrême, ce qui était plutôt agréable.

Excellente découverte, donc, avec ce premier tome de la trilogie Dragon Blood. L’ambiance steampunk qui couronne ce roman d’aventures est particulièrement efficace. Le suspens est présent de bout en bout mais, ce qui m’a le plus emballé, ce sont les sujets qui surgissent au détour de l’intrigue. ça et les personnages, évidemment : tous ne m’ont pas touchés de la même manière, mais j’ai accroché à cette brochette d’aventuriers-explorateurs d’un autre temps. Sans surprise, j’ai donc hâte de poursuivre la lecture de cette trilogie, surtout au vu de la conclusion qu’y apporte Anthony Ryan.

Dragon Blood #1, Le Sang du Dragon, Anthony Ryan. Traduit de l’anglais par Maxime Le Dain. Bragelonne, mai 2017, 624 p.

Les Écailles d’or, Yin et le Dragon #2, Richard Marazano et Xu Yao.

Yin et son grand-père se sont habitués à la présence du Dragon d’or, qui les aide dans leur pêche quotidienne. Mais la guerre fait rage à Shanghai : derrière les assauts de l’armée japonaise, qui donnent lieu au terrible massacre de Nankin, c’est le Dieu Xi Qong, maître des Dragons, qui s’exprime pour dominer le monde des hommes. Tandis que Yin et ses amis survivent tant bien que mal à l’invasion japonaise, le dragon d’or, qui s’est affranchi de Xi Qong, va tenter d’affronter son ancien maître. Mais sera-t-il assez puissant face à ces forces de l’ombre ?

Le premier tome dégageait une certaine douceur mais, cette fois, on est passés aux choses sérieuses et, dès le début de ce tome 2, on sent que l’ambiance s’est considérablement noircie.
Shanghai vit toujours sous occupation japonaise et on sent que les soldats ne sont pas là pour faire dans la dentelle. D’ailleurs, les auteurs évoquent sans détour le massacre de Nankin perpétré par les troupes japonaises à la même époque. La précision historique fait partie des bons points de cette bande-dessinée ; ceci étant, l’histoire est majoritairement narrée du point de vue de Yin, aussi reste-t-elle tout adaptée à un public jeunesse.

La partie fantastique, quant à elle, fait la part belle aux mythes chinois, notamment liés aux dragons. L’amour de la littérature du capitaine japonais nous apporte de précieux éléments sur ces fameux mythes — lesquels sont mis en scène sous forme de flashbacks. On découvre alors une sombre histoire de rivalités, qui alimente un violent désir de vengeance. Et c’est justement le pire qui guette la population : les Japonais sont certes un réel danger, mais la vengeance amoureusement préparée par Xi Qong va frapper vite et fort, et on se demande si Guang Xinshi saura enrayer la menace.

L’ambiance nettement plus sombre de l’intrigue se lit également dans le graphisme : on retrouve, comme dans le premier tome, les cases opposant des tons gris-bleutés aux ors lumineux du Dragon d’Or mais, maintenant, on trouve aussi des couleurs nettement plus sombres, liées à Xi Qong, le dragon maléfique : noirs, rouges et anthracites dominent les cases. Les contrastes sont clairement lisibles et le tout très réussi !

Malheureusement, je n’ai pu m’empêcher de me sentir un tantinet déçue ; alors que le premier tome installait une ambiance assez douce (mais néanmoins tendue), ici j’ai eu l’impression que tout était nettement survolé. Les événements s’enchaînent, c’est assez peu approfondi et, au final, on n’a pas vraiment l’impression d’avoir tout à fait suivi les événements.

Si Les Écailles d’or est clairement un tome de transition, il sert à installer une ambiance prenante, empreinte d’un réel suspense. Il annonce, au passage, un tome 3 qui mettra en scène la confrontation entre les deux dragons et qui s’annonce terrible ! Voilà une série de bande-dessinée mêlant Histoire et intrigue fantastique, qui plaira aux jeunes lecteurs, et dont j’ai hâte de lire la suite et fin. 

◊ Dans la même série : Créatures célestes (1) ;

Yin et le Dragon #2, Les Écailles d’or, Richard Marazano et Xu Yao.
Rue de Sèvres, avril 2017, 60 p.

Créatures célestes, Yin et le dragon #1, Richard Marazano & Xu Yao.

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Shanghai 1937. L’armée impériale japonaise a fait main basse sur une large partie de la côte chinoise. En ces temps de tristesse, la menace de l’antique prophétie plane, celle de l’invincible dragon noir Gongong qui doit venir anéantir les hommes quand le désespoir et la haine régneront. Yin, petite fille d’une dizaine d’année, est élevée par son grand-père pêcheur, Liu. Un soir, alors que Liu sort en mer, Yin se faufile sur le bateau. Soudain une bête puissante se débat dans ses filets : un dragon d’or, blessé, que Yin convint son grand-père de cacher et de soigner… Une décision qui les emmènera bien plus loin qu’ils ne le pensaient. Heureusement, Yin a plus d’un tour dans son sac.

Voilà un premier tome de série réussi ! Déjà car il est difficile de ne pas craquer pour la bouille irrésistible de Yin !
Richard Marazano met en scène des personnages très attachants : Yin, on l’a vu, est une délicieuse petite fille. Débrouillarde, fine, elle a aussi bon cœur et sait faire preuve de ruse quand il le faut. Son grand-père, quelque peu dépassé par les facéties de sa petite-fille doit à la fois subvenir aux besoins de sa famille et faire avec l’occupation japonaise, qui n’est rien moins que tendre. De ce côté-là, on suit d’ailleurs un capitaine dont les motivations semblent troubles : n’est-il qu’un occupant brutal ou a-t-il des sympathies pour les occupés ? Ses actes laissent, pour l’instant, pencher pour la deuxième option, et viennent nettement nuancer les actes de ses compatriotes.

Ce premier volume sert à mettre en scène personnages, décor et ambiance. De ce côté-là, l’intrigue mêle avec une grande habileté Histoire chinoise et intrigue proprement fantastique liée au dragon et à la prophétie, les deux pans occupant des parts égales. Et difficile de savoir lequel passionne le plus. Au premier rang, on observe la façon dont les Japonais s’approprient le territoire et la façon dont les habitants tentent de cohabiter malgré la peur et les sévices. De l’autre, Marazano met en scène la – très – difficile cohabitation entre Yin, son grand-père et le dragon. Y parviendront-ils ? Question que l’on peut, de fait, appliquer aux Chinois et Japonais.
Autre inquiétude : que manigancent, au juste, ces derniers ?

Si l’histoire est assez posée et suit un rythme plutôt calme, ces questions en suspens induisent un suspens qui se maintient tout du long. Et ce n’est pas la révélation finale qui le fait retomber !

Xu Yao, au dessin, magnifie l’histoire de son trait plein et rond, souligné par des couleurs sombres, relevées par les ocres du dragon. En un mot : sublime !

Créatures célestes débute en douceur la trilogie. En mêlant aussi habilement mythologie chinoise et guerre sino-japonaise, Richard Marazano et Xu Yao signent un album soigné, dynamique, très prenant et dont on attend – évidemment – impatiemment la suite. 

Yin et le dragon #1, Créatures célestes, Richard Marazano et Xu Yao. Rue de Sèvres, janvier 2016, 54 p.

Martyrs #2, Oliver Peru.

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Où l’on retrouve Irmine, Helbrand et Kassis. Dans un royaume en proie aux plus vives tensions, chacun va devoir jouer serré pour tirer son épingle du jeu. Alors qu’Alerssen a été envahie par les troupes du Reycorax, il faut aussi compter sur les Arserkers d’Allena prêts à en découdre… 

Le premier tome de Martyrs m’avait beaucoup plu ; ce second opus est même un cran au-dessus ! (Je ne résume volontairement pas plus l’intrigue afin de ne pas vous gâcher l’énorme cliffhanger final de Martyrs 1.)

L’intrigue alterne entre passé et présent ; on découvre, pas à pas, l’itinéraire du fameux borgne qui a causé tant d’inquiétudes dans le premier volume et qui est ici au centre de l’histoire. Saërn (notre borgne, donc) est un personnage pour le moins complexe, passionnant à découvrir, surtout quand on pense aux implications de sa présence. Lui dont on pensait avoir fait le tour – un spadassin comme tant d’autres – s’avère profondément touchant.

C’est aussi l’occasion de développer les personnages ; si on pensait, à l’issue du tome 1, les avoir tous plus ou moins cernés, on s’aperçoit ici qu’Oliver Peru nous réservait encore bien des surprises – et on en vient à se demander si on les a d’ailleurs toutes éclusées. En fait, on a quasiment l’impression d’avoir à faire à de nouveaux personnages tant les évolutions ont été surprenantes. En même temps qu’il dévoile les nouveaux caractères, il nous en apprend plus sur certains épisodes de leur passé (pensez au Père Carnage, par exemple), qui ne font que renforcer des personnages déjà très fouillés. Certains se révèlent bien différents de ce qu’on avait dans le premier tome ; on en vient à apprécier ceux que l’on détestait, et à se sentir mitigé par ceux qui nous plaisaient. C’est le monde à l’envers !

Et l’intrigue est à l’avenant. Maintenant que les diverses alliances, traîtrises et autres masques astucieux sont éventés, place au déploiement de l’intrigue. Celle-ci ressemble furieusement à une redoutable partie d’échecs, les coups pouvant se jouer plusieurs années à l’avance. Le roman comporte son lot d’actions et rebondissements inattendus, mais c’est surtout la politique qui est importante dans cet opus. Du coup, l’intrigue semble un poil moins trépidante que dans le premier tome… mais, curieusement, elle est tout aussi prenante. À côté des grandes manœuvres politiques, il y a les petites combines personnelles, et les destins plus insignifiants qui se mêlent à la trame générale. Tout cela s’organise brillamment et constituent une histoire de plus en plus complexe – mais dans laquelle on ne se perd jamais.
Par ailleurs, l’intrigue, en gagnant en complexité, est aussi devenue bien plus sombre : tous les coup bas sont permis et l’auteur n’hésite pas à sacrifier quelques pions de son échiquier, au grand dam du lecteur…
Cet opus est donc un savant mélange entre actions, complots, retournements de situations, et réflexions plus calmes. Comme dans le premier volume, l’histoire est maîtrisée en tous points, et le suspens au rendez-vous. Résultat ? Des chapitres qui s’avalent presque tout seuls, et une extrême difficulté à lâcher le roman…

Mais là où cela devient génial, c’est qu’à plusieurs reprises, l’intrigue bascule dans des directions totalement inattendues. La fin du premier tome annonçait déjà la couleur et faisait prendre à l’histoire un tour des plus originaux ; la source est loin d’être tarie, quand on voit la qualité et l’originalité de ces nouveaux rebondissements – et donc on s’attend à un tome tout aussi explosif par la suite.
La fin, pleine de poésie et de magie, donne à nouveau furieusement envie d’avoir la suite !

Bref, Martyrs II, c’est du grand art. Et à propos d’art, le roman est illustré de portraits des personnages, et de cartes de tarot. Sublimes ! On regrette juste de les avoir en noir et blanc, car ça ne leur rend pas totalement justice…

Martyrs continue donc de me subjuguer et je trépigne évidemment d’impatience en attendant le troisième volume. L’intrigue est tout bonnement géniale, et file vers des horizons tout à fait inattendus, mais parfaitement amenés. C’est passionnant car la situation politique a été soigneusement fignolée ; on se croirait en pleine partie d’échec et on ne s’ennuie pas un seul instant. Voilà de l’excellente fantasy (française, en plus !) à côté de laquelle il serait extrêmement dommage de passer !

Info bonus : le premier volume sort en poche le 13 mai 2015… à temps pour les Imaginales, donc 🙂

◊ Dans la même série : Martyrs (1) ;

Martyrs, livre II, Oliver Peru. J’ai Lu, 2014, 637 p. 

Lecture commune ! Ils l’ont également lu :  Solessor, DarkToy, erine6, Vashta NeradaLa tête dans les livres, yuya46, Altaira, angelebb, Camille7 et Mypianocanta.

ABC Imaginaire 2015

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