Morsure magique, Kate Daniels #1, Ilona Andrews.

À Atlanta deux réalités s’opposent : celle de la technologie et celle de la magie.
Pendant une vague magique, les mages sauvages lancent leurs sorts et des monstres apparaissent, les armes à feu refusent de fonctionner et les voitures ne démarrent plus. Puis la vague se retire aussi vite qu’elle est venue en laissant derrière elle toutes sortes de problèmes paranormaux. Nous vivons une époque dangereuse. Mais dans le cas contraire, je serais au chômage. Quand les gens ont des ennuis qui relèvent de l’occulte et que la police ne veut ou ne peut pas régler, on fait appel aux mercenaires de la magie comme moi.
Mais quand un nécromancien anéantit la seule famille qui me reste, je n’attends plus les ordres et je dégaine mon sabre.

On m’a plusieurs fois recommandé la série Kate Daniels et cet été, je m’y suis enfin mise. Et si je suis contente de la découverte que j’ai faite, j’ai tout de même un peu moins accroché que ce à quoi je m’attendais.

Ce premier tome présente un univers de fantasy urbaine comme je les aime : tout d’abord, la partie magique y est vraiment bien intégrée. D’ailleurs, ici, les vagues magiques et technologiques sont alternées : lorsque l’une est à son paroxysme, l’autre est au plus bas et inutilisable. Un courant alternatif qui peut donner du fil à retordre mais produit un univers original, dans lequel on peut aussi bien se déplacer en 4×4 qu’à cheval et qui a un petit côté post-apo fort sympathique.
La magie n’est donc pas cachée et les humains cohabitent (comme ils peuvent) avec des loups-garous, des vampires, des mages et un tas d’autres créatures tout aussi peu recommandables, qui constituent un univers complexe et vraiment bien fichu.
L’autre point que j’ai apprécié, c’est que bien que l’intrigue tourne autour d’une femme – la fameuse Kate Daniels – ses histoires de cœur ne sont pas au centre de l’histoire : celle-ci est vraiment centrée sur l’enquête que mène la mercenaire – et vu les standards de la fantasy urbaine avec une femme comme personnage central, ça change bien agréablement. Je ne vais pas dire qu’il n’y a aucune histoire de cœurs (il y en a), mais celles-ci ne sont pas prétexte à des scènes épicées n’apportant rien à l’intrigue.

Celle-ci présente plutôt une histoire de vengeance : on a touché à la famille de Kate et elle n’est pas prête à passer l’éponge. Assez vite, on comprend que Kate cache quelques secrets – dont certains sont dévoilés, sans trop en dire toutefois. Comme elle est mercenaire, Kate peut faire cavalier seule, tout en étant plus ou moins soutenue par sa troupe (financièrement, par exemple, ce qui la met à l’abri des problèmes d’argent). C’est une femme qui a du caractère, mais ce n’est pas seulement une bourrine armée d’une longue épée : les auteurs l’ont bien nuancée et proposent un personnage équilibré (qui a, en sus, le sens de l’humour, détail non négligeable).

Personnage et univers m’ont charmée ; mes réticences viennent, finalement, de l’intrigue. Si celle-ci se tient de bout en bout et propose moult péripéties endiablées, j’ai parfois eu du mal à suivre. Le texte connaît, en effet, des ellipses qui ne sont pas franchement matérialisées dans la narration (pas de saut de ligne ou de paragraphe). Du coup, c’est parfois un peu ardu à suivre, car on passe du coq-à-l’âne, et qu’il faut un peu de temps pour se remettre vraiment dans le bain. D’autre part, les phrases sont parfois hachées ; j’ai du mal à savoir si cela vient du texte ou de la traduction – mais celle-ci étant assurée par Sara Doke, j’ai quelques doutes, car ses traductions sont habituellement soignées. Bref, tout cela pour dire que c’est LE point qui m’a un peu chagrinée dans ce roman. Ceci étant dit, j’avais un peu le même genre de réserves avec Dresden, et au final, je me suis accrochée et c’est une de mes séries favorites, désormais. Raison pour laquelle je continuerai la lecture de Kate Daniels !

Si le style m’a parfois fait grimacer à la lecture de Morsure magique, j’ai tout de même apprécié l’univers et les personnages mis en place par Ilona Andrews. L’intrigue est fournie et bien menée et l’univers de fantasy urbaine tient parfaitement la route. Voilà donc une série que je suivrai sans aucun doute. 

Kate Daniels #1, Morsure magique, Ilona Andrews. Traduit de l’anglais par Sara Doke. Milady, 2009, 341 p.

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Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco.

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Paris, 1840. Louis Pasteur a 19 ans et il entre comme boursier à l’institution royale Saint-Louis pour suivre des études scientifiques. L’année scolaire sera loin d’être de tout repos. Certaines nuits, une mystérieuse menace rode dans les couloirs du pensionnat, mettant en danger étudiants et professeurs. Décidé à mener l’enquête, Louis fait équipe avec une lycéenne de l’école d’en face. Sous ses airs de jeune fille modèle, Constance se révèle une alliée intrépide et courageuse.
Entre loups-garous et complots, ils useront de vaccins autant que de coups d’épée pour sauver les élèves et même… le roi Louis-Philippe !

Louis Pasteur, fraîchement débarqué de sa campagne jurassienne, découvre les joies de la vie parisienne à l’Institution Saint-Louis, en tant qu’élève – boursier ! – de première année en sciences. De l’autre côté de la cour, l’établissement accueille quelques lycéennes qui font des études « longues » – jusqu’au baccalauréat – où on leur dispense cours de danse, de maintien, de broderie… on en passe et des meilleures.
Louis, donc, découvre avec curiosité et stupéfaction le snobisme parisien, un sexisme revendiqué, des professeurs plus en recherche de gloire personnelle que soucieux d’instruire les élèves, mais aussi… la gent féminine !

Flore Vesco ouvre chaque chapitre par sa composition chimique, laquelle reprend une partie des éléments chimiques qu’utilisera Louis au cours du récit ainsi que des éléments d’intrigue (disparition, duel d’escrime ou encore élevage de poules dans les combles). Cela crée un effet d’attente fort efficace car on se demande dans quelle mesure et comment vont apparaître les éléments cités. D’ailleurs, la façon dont tout cela s’articule est souvent assez drôle et inattendue !

Dès le départ, on plonge dans un récit d’aventures qui mêle agréablement histoire (notamment des sciences) et fantasy. Car Louis débarque plein d’idées et d’intuitions dans sa nouvelle école et va se dépêcher des les mettre en œuvre : de ce côté-là, on est servis, car Flore Vesco retrace le brillant et juvénile parcours scientifique du jeune homme. D’autre part, le mystère se pare des atours de la fantasy dès le chapitre 2, lorsqu’on commence à soupçonner la nature de la bête qui rôde dans les couloirs, laquelle a tout à voir avec celle du Gévaudan !
Au fil des pages, on revisite donc l’Histoire, sauce fantasy, dans un univers que l’on met peu de temps à apprivoiser : de sombres créatures rôdent, souvent dues aux humains et des sociétés secrètes s’affrontent pour les cantonner aux ténèbres ou tout simplement pour les éradiquer. D’ailleurs, et on ne peut que s’en réjouir, la suite des aventures de ces secrets sociétaires est déjà annoncée !

L’histoire est diablement prenante car le style de Flore Vesco est vif, enlevé et enjoué : usant d’un vocabulaire recherché et varié, elle nous entraîne à la suite de ses héros pour des aventures échevelées et pleines de suspens. Car si l’on soupçonne assez vite ce dont il est question, il faut toute la durée du roman aux personnages pour révéler l’ampleur du complot et toutes ses subtilités. Et c’est loin d’être simple, ce qui participe aussi du charme de l’histoire. D’ailleurs, dès que j’arrêtais de lire, je passais mon temps à espérer pouvoir reprendre ma lecture, tellement j’étais dedans !

Mais cela tient aussi et surtout aux personnages mis en scène, notamment à notre duo phare. Louis et Constance sont deux jeunes justiciers que l’on suit sans aucune difficulté tant ils sont attachants. Tous deux font montre d’une intelligence et d’une logique redoutables, leur permettant d’éliminer, l’un après les autres, les obstacles qui parsèment leurs routes. Et ce qui est bien, c’est que l’histoire mêle à la fantasy des histoires typiquement adolescentes. Un jeune homme poursuit donc de ses assiduités Constance – qui s’en passerait bien – et Louis, de son côté, découvre que la gent féminine peut ne pas être seulement purement décorative. En se mettant en duo, ils se découvrent également des compétences complémentaires : si notre jeune scientifique combat le mal à coup de formules chimiques et tubes à essai soigneusement mitonnés, Constance, elle, défend leurs intérêts à grands coups de fleuret, une arme pour laquelle elle s’est découvert une soudaine et brillante prédilection : une répartition des rôles vraiment intéressante et pas si courante – le plus bourrin des deux n’étant pas nécessairement celui auquel on pense spontanément !

Un duo de jeunes enquêteurs audacieux et attachants, une intrigue palpitante qui revisite Histoire, histoire des sciences et légendes du Gévaudan, un style enlevé et riche, une dose d’humour bienvenue, voilà les excellents ingrédients du roman de Flore Vesco – dont j’attends, il va sans dire très impatiemment, la suite annoncée !

Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco.
Didier jeunesse, septembre 2016, 212 p. 

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En proie au rêve, Saving paradise #1, Lise Syven.

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Faustine Mésanger ne croit pas à grand-chose, sinon au travail. Déterminée à réussir sa vie, la jeune étudiante a déjà presque tout prévu : l’amour, on verra plus tard, priorité à sa carrière qu’elle se charge de construire. Build the future !, c’est justement le slogan fondateur de la Fondation du Griffon, pour laquelle son chercheur de père officie. Cette ONG a pour objectif de rendre le monde meilleur. Charles Mésanger travaille donc d’arrache-pied sur le Tumorex, un vaccin contre le cancer, dont les essais cliniques vont bientôt débuter. Or, il semblerait que la Fondation dérange quelqu’un. En effet, le laboratoire du professeur Mésanger est la cible d’un attentat.
Dès lors, la vie de Faustine bascule : alors qu’elle est emmenée de l’université, elle frôle la mort. La voilà, dès lors, privée de partiels, emmenée à l’abri avec son père au Château de la Griffe Bleue, en Gironde, et mise sous la protection directe et rapprochée de Nato Braye, dont l’exotique charme ne la laisse pas franchement indifférente. Autre problème : Faustine croit entendre sans cesse la voix magnétique de l’homme qui les traque et qui se fait appeler Imago. Stress post-traumatique ? Hallucinations ? … Folie ? L’étrangeté de Chevalier, coordinatrice de la Fondation et propriétaire de la Griffe Bleue, n’arrange rien au problème. Tout le monde est sur les dents, Faustine la première. Et d’autant plus lorsqu’elle comprend que le brillant avenir qu’elle a projeté  est plus que menacé.

Il ne faut pas plus de quelques pages à Lise Syven pour nous installer dans un climat de tension extrême : après avoir appris que son père a survécu à un attentat contre son laboratoire, Faustine est extraite de l’université, mise à l’abri et manque elle-même de se faire tuer. Le récit nous place au même niveau que la jeune femme : on ne sait pas de quoi il retourne, ni comment elle s’inscrit dans la situation. Et ça ne s’arrange pas ! Car non seulement Faustine nage en plein brouillard mais, en plus, l’auteur parvient à nous faire douter de sa santé mentale. Le récit étant opéré à la troisième personne, on en vient à se demander très sérieusement quelle est la part d’hallucinations dans ce que Faustine voit et ressent…. De fait, le suspens est constamment présent.

D’autant que la situation s’y prête vraiment bien : il y a le problème lié à l’attentat, mais aussi les petites bisbilles entre chercheurs (le père de Faustine chapeautant la jeune Marianne, scientifique de génie et quelque peu accaparante), les interrogations de Faustine, le sentiment d’urgence qu’elle place autour de ses partiels et ses sentiments troubles envers son garde du corps – dont la fonction pourrait être à prendre au sens le plus littéral du terme.
Ce mélange de préoccupations est vraiment très réussi et entretient le suspens de bout en bout. En effet, le mystère est maintenu jusqu’à la fin, tant les motivations des uns et des autres restent obscures. Et, au-delà des motivations, on s’interroge aussi sur la nature des protagonistes en présence : à vrai dire, sont-ils bien tous… humains ?

Peu à peu, l’auteur instaure doucement un climat doucement fantastique parfaitement maîtrisé : on doute, on subodore, on revient sur nos hypothèses pour en échafauder de nouvelles et la solution n’est pas clairement annoncée jusqu’à la fin, qui nous laisse avec un demi-milliard de questions en tête et la tenace envie d’en savoir plus !

Côté personnages, Lise Syven a choisi une galerie vraiment intéressante. Faustine, personnage central, n’a aucun pouvoir, ni même quoi que ce soit de particulier. Sa seule raison d’être impliquée est qu’elle est la fille d’un chercheur visé par les opposants. Elle n’a donc aucun pouvoir, ni aucun talent mobilisable dans l’enquête en cours – car elle a d’autres talents ! Cela change des romans habituels où le personnage central est aussi celui qui concentre le talent indispensable. Nato, quant à lui, offre un contrepoint intéressant, notamment en raison de ses ascendances haïtiennes, qui instillent non seulement un peu d’exotisme dans l’histoire, mais aussi un terrain propice à l’installation d’un climat fantastique.

En somme, voilà un premier tome que l’on lit avec toujours plus de questions en tête. Et, si la fin apporte quelques réponses non négligeables, il reste encore plus de points sans réponses, ce qui fait que l’on attend beaucoup de la suite – que j’ai, il va sans dire, hâte de lire !

Saving paradise #1, En proie au rêve, Lise Syven. Castelmore, octobre 2016, 319 p.

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Le Ballet des ombres, Les Chroniques de Hallow #1, Marika Gallman.

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Abby possède le pouvoir d’absorber l’énergie des personnes qui l’entourent. Un don dont elle ignore presque tout et dont elle se sert surtout pour dévaliser des galeries d’arts. Jusqu’au jour où elle fait la connaissance d’un policier qui semble porter en lui la capacité d’annuler son pouvoir… Leur rencontre va tous les deux les propulser dans un univers qui les dépasse et leur dévoiler la face cachée de Hallow, une métropole où même les ombres peuvent vous tuer.

Dès le début du roman, Marika Gallman donne le ton : le récit est plein d’une ironie mordante. En effet, l’histoire débute un lundi matin et, comme chacun sait (et Abby plus que les autres), il se ne passe traditionnellement rien les lundis matins. Or, le concentré d’actions qui déboule dès le chapitre 2 lui donne immédiatement tort !

Marika Gallman ne laisse aucun répit à son personnage, ni à son lecteur : l’histoire est bourrée d’action, trépidante, prenante à souhait, car l’intrigue est plutôt dense. Il y a cette histoire de bijou qu’Abby, son père et son frère (cambrioleurs assermentés) sont chargés de dérober et qui s’avère être un leurre ; il y a l’incapacité d’Abby à voler l’énergie de ce policier à qui elle tente de dérober son portefeuille ; il y a, enfin, cette entité sombre qui semble vouloir prendre le contrôle de Hallow et qui va réunir ensemble tous les fils d’intrigue. Ainsi, entre les histoires de famille, les histoires de cœur et la mission de super-héros qui, subitement, échoit à Abby, on a non seulement une intrigue consistante et variée, mais aussi un rythme  palpitant.

De plus, Marika Gallman campe une galerie de personnages vraiment intéressants. Abby n’est pas une de ces mijaurées auxquelles nous a habituées la bit-lit de bas étage. C’est une jeune femme accomplie et réfléchie, que l’on suit avec un immense plaisir dans ses pérégrinations (amoureuses ou personnelles). Chris, de son côté, ne lasse pas d’étonner avec le mystère qu’il promène derrière lui – et qui n’est pas résolu en fin de roman, laissant toute latitude pour la suite ! Mais mon coup de cœur va aux personnages secondaires que son les proches d’Abby : entre son père et son frère (qui tentent de la materner mais pas trop !), aussi drôles qu’atypiques, on est servis. Et que dire de Lupita, l’employée d’Abby, sorte de condensé entre la mégère et la belle-mère horriblement autoritaire mais débordant d’un amour qui ne sait s’exprimer ? C’est, sans aucun doute, mon personnage favori du récit !

Par ailleurs, l’histoire prend place dans un univers vraiment palpitant : Hallow est une cité assez glauque, mais on arrive à percevoir l’amour que ressent Abby pour sa ville – ça a un petit côté Daredevil, avec l’amour que porte ce dernier à Hell’s Kitchen. Côté magie, les personnages qui en sont porteurs sont tous, au lieux, hautement intrigants. Le pouvoir d’Abby est déjà hyper intéressant, mais elle n’est pas la seule à être dotée de capacités spéciales. Or, tout n’étant pas expliqué, la suite promet des révélations hautes en couleurs.

En somme, voilà une série qui démarre fort bien et qui entre direct dans mon top 5 des séries de fantasy urbaine ! De plus, si ce premier tome peut se lire comme un singleton, la fin, très ouverte, promet une suite haute en couleurs – si toutefois il s’y déroule bien ce qui semble se profiler. Nul doute que je mettrai mon nez dedans à la sortie !

Les Chroniques de Hallow #1, Le Ballet des ombres, Marika Gallman. Milady, 2016, 471 p.

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La Stratégie des As, Damien Snyers.

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Pour vivre, certains choisissent la facilité. Un boulot peinard, un quotidien pépère. Humains, elfes, demis… Tous les mêmes. Mais très peu pour moi. Alors quand on m’a proposé ce contrat juteux, je n’avais aucune raison de refuser. Même si je me doutais que ce n’était pas qu’une simple pierre précieuse à dérober. Même si le montant de la récompense était plus que louche. Même si le bracelet qu’on m’a gentiment offert de force risque bien de m’éparpiller dans toute la ville. Comme un bleu, j’ai sauté à pieds joints dans le piège. L’amour du risque, je vous dis. Enfin… c’est pas tout ça, mais j’ai une vie à sauver. La mienne.

Bienvenue à Nowy-Kraków, ses palaces, ses bas-fonds, ses créatures cohabitant plus ou moins bien – humains, elfes, trolls et autres Moitiés.
À l’instar des personnages mis en scène, le roman présente un mélange des genres assez heureux : à la fantasy urbaine se mêlent des accents d’uchronie et de steampunk, les personnages utilisant des mécanismes se réclamant de l’esthétique, ainsi qu’une intrigue qui a tout d’une aventure d’Arsène Lupin.

Damien Snyers propose une intrigue hautement dynamique, riche en péripéties et volontiers originale. James, Elise et Jorg forment un redoutable trio de voleurs, bientôt rejoints par Mila, elle-même cambrioleuse de renom. Sauf que tout cela est plus compliqué qu’il n’y paraît et que nos personnages se retrouvent bientôt à devoir jouer sur plusieurs fronts. En plus de cela, leurs vies sont directement menacées par leurs employeurs, ce qui ajoute une indéniable dose de piquant à l’aventure. De fait, l’intrigue suit donc un fil plutôt classique, mais fort efficace.

Ce qui fait tout le sel du roman, ce sont les personnages mis en scène par Damien Snyers, quoiqu’ils manquent parfois de développements – ce qui laisse espérer, peut-être, une suite ?
Chacun, à sa façon, a quelque chose à défendre. Jorg est un troll dans une cité où son espèce peut être fléchée à vue. Élise, semi-humaine ou semi-elfe (suivant le point de vue d’où l’on se place), peine à trouver sa place dans une société appréciant grandement les étiquettes… par son biais, la question des étrangers, des métisses et autres « anormaux » est abordée – finement, avec ça.
L’intrigue offre également une large place au thème de la maladie, un thème pas si souvent abordé en littératures de l’imaginaire.  Vieillesse, affections incurables, Damien Snyers en traite tous les aspects.

Aux rebondissements endiablés s’ajoutent des réparties ne manquant pas, elles non plus, de piquant : on s’ennuie difficilement à la lecture de ce roman, l’ensemble étant aussi vif que drôle. Tout cela compense l’impression que l’on a de déambuler dans un décor pas toujours assez creusé – mais qui, là encore, laisse espérer une nouvelle aventure ?

Comme souvent dans les romans publiés par ActuSF, le roman se complète d’une interview de l’auteur et d’une nouvelle inédite, qui vient faire le jour sur le personnage de Mila. La nouvelle complète agréablement le roman : elle apporte des détails non négligeables sur le passé du personnage et permet de mieux percevoir les enjeux de l’intrigue générale – sans toutefois se montrer indispensable. Une nouvelle très réussie, en somme !

La Stratégie des As est un premier roman réussi : certes, les personnages et les décors ne sont pas aussi creusés qu’on l’aimerait, mais le dynamisme et l’efficacité de l’intrigue pallient amplement le problème. 

La Stratégie des As, Damien Snyers. ActuSF, février 2016, 244 p.

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[Jeu vidéo] The Wolf Among Us

Une fois n’est pas coutume, on va causer jeu vidéo sur ce blog. Jeu vidéo SFFF s’il vous plaît, puisqu’on va parler de :

Bon, avant de parler classification, parlons type de jeu. Il s’agit d’un jeu point-and-click (pointer et cliquer chez Molière). Quoi qu’est-ce ? En gros, l‘écran de jeu vous présente les actions réalisables par le personnage et c’est le joueur qui pointe le curseur sur l’action choisie et la valide en cliquant (vous voyez Les Sims ? Eh bien c’est pareil. Mais un poil plus violent). Cela permet en général d’interagir avec l’environnement – mais là, pas tant que ça, vu que c’est surtout sur les dialogues que ça se joue.
Ici, suivant les choix que vous effectuez, le jeu évolue de différentes manières. Dès que vous interagissez avec un personnage, vous avez le choix entre différentes réponses à lui apporter. Exemple :

Bigby et sa franchise légendaire en pleine action !

Il faut donc bien réfléchir avant de choisir, car la façon dont les dialogues sont conduits ou les actions effectuées influe sur la suite ! À cela s’ajoutent des actions contextuelles (quick time events) dans des cinématiques : suivant la réussite – ou non ! – la suite du jeu évolue encore… Ici ce sont surtout les combats qui bénéficient de cette façon de jouer et il faut être rapide – un coup de hache est vite arrivé, croyez-en mon expérience.

L’histoire comporte cinq épisodes (puisque le jeu est sorti, initialement, en épisodes) : Faith, Smoke & Mirrors, A Crooked Mile, In Sheep’s Clothing et Cry Wolf, au fil desquels l’enquête progresse.
En prenant son temps (et en s’autorisant à mettre pause de temps en temps pour les choix les plus cruciaux…), il y en a pour une bonne douzaine d’heures de jeu environ. Voilà pour une présentation pratique.

Alors, ils sont pas beaux, ces graphismes ?

♠♠♠

Donc, The Wolf Among Us est un jeu SFFF puisqu’on nage dans un univers de fantasy urbaine super bien foutu et sombre à souhait – le jeu n’est absolument pas tout public, notez bien.

Il était une fois des personnages de contes (les Fables), chassés de leurs Royaumes respectifs par un terrible ennemi (l’Adversaire) et exilés à … New-York, dans le Bronx, dans les années 80. Là, sous la houlette du roi Cole, les fables ont remonté leur société et vivent tranquillement (ou presque) à Fabletown, au milieu des humains (les Mundanes ou Communs dans le jeu).
Quand on est Cendrillon, ça va. Mais quand on est un un troll, c’est plus compliqué. Les Fables usent et abusent donc du Glamour (vendu à prix d’or par les sorcières) pour dissimuler les apparences les moins humanoïdes (et les plus repoussantes). Pour ceux qui ne peuvent pas (ou ne veulent pas) utiliser de glamour, il reste la Ferme, sorte de résidence pour Fables asociales, perdue à la campagne (et perçue comme une sorte de prison).
Le jeu mêle donc personnages de contes classiques (La Belle et la Bête, les trois petits cochons, Jack…) et personnages issus du folklore populaire (trolls et sorcières, figures de légende comme Bloody Mary…) dans un mélange très réussi.

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Un petit panel de personnages principaux. Devinez qui est qui ?

Voilà pour le décor. Le pitch, maintenant.

On joue le shérif de Fabletown, un certain Bigby Wolf (pour Big Bad Wolf), chargé de protéger la communauté. Un beau mec badass et super grognon qui, si vous n’y prêtez pas attention, aura plutôt tendance à mettre les pieds dans le plat (ou, de préférence, dans la figure du suspect), tout en fumant comme un pompier et en jurant comme un charretier – brut de décoffrage, l’ami Bigby.
Bigby, donc, est appelé pour régler un problème de violence conjugale (croit-on). Il trouve en fait le Bûcheron (Woody de son petit nom) occupé à se disputer violemment avec une prostituée nommée Faith. La dispute implique un coquard, de l’hémoglobine, beaucoup de mobilier en voie de destruction et une hache magique, pour vous donner le ton. Vous êtes chargés d’y mettre de l’ordre, manu militari s’il le faut – et il le faut. Mais on sent assez vite qu’il y a anguille sous roche, car Faith élude gentiment toutes les questions… C’est un peu bizarre et ça sent le moisi, cette affaire.
Or, ça ne rate pas : quelques heures plus tard, la tête de Faith est sur le perron de Bigby… (J’avais dit que ce n’était pas tout public !). Bigby est donc chargé par Snow (adjointe au maire, le charmant Ichabod Crane) d’enquêter et de rétablir le calme dans la petite communauté des fables, tout ça avant que les humains ne fourrent leur grand nez dans ce qui ne les regarde pas. Et l’affaire est loin, très loin d’être simple ! Je n’en dis pas plus car l’histoire est très complexe et, surtout, dépend en partie des choix que vous allez faire.

♠♠♠

 Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu un coup de cœur pour un jeu – il faut dire coupdecoeurque vu ce que je joue, c’est pas difficile. Mais j’ai vraiment adoré ce jeu ! À tel point que j’y ai joué avec parcimonie, pour être sûre de ne pas le finir trop vite.

L’univers est vraiment extraordinaire : les personnages de divers contes se mêlent judicieusement et on essaie de deviner le plus vite possible qui est qui, tout en appréciant les cross-over effectués. Au fil du jeu, on débloque des extraits du Livre des Fables, qui révèle des éléments sur les personnages, objets ou lieux rencontrés, ce qui permet de mieux situer les uns et les autres (voire de réfléchir à certaines situations), tout en appréciant la façon dont leur rôle a été revu et leurs relations repensées. Si Snow est devenue adjointe au maire, tout le monde n’a pas aussi bien réussi sa reconversion ; attendez-vous à quelques surprises !

L’enquête est extrêmement bien troussée ; le fait de pouvoir choisir plus ou moins la façon dont Bigby va mener ses investigations induit un suspens qui ne se dément jamais (à la première partie, du moins ; à la suivante, on sait déjà tout !). De plus, les éléments s’agencent vraiment à la façon d’un puzzle et l’enquête opère plusieurs revirements : on croit avoir tout compris, mais on s’aperçoit finalement qu’on est encore bien loin du compte. En plus, il y a pas mal de twists qui vous laisseront sur des charbons ardents, suivant le moment où vous décidez de quitter la partie – mention spéciale à la fin du chapitre 1, par exemple !

Au niveau gameplay, le jeu se prend facilement en main… vu qu’il suffit de cliquer et, de temps en temps, appuyer sur quelques touches ciblées. Toutefois, si vous n’êtes pas trop doué (qui plus est avec un clavier Qwerty), le game-over est vite arrivé – donc dans les cinématiques, on peut donc sentir une petite pointe de stress pas désagréable.

N’allez pas croire que l’enquête est pré-mâchée : même si la trame principale a peu d’amplitude, il faut quand même pas mal réfléchir pour pouvoir faire les bons choix et suivre le bon déroulement de l’enquête. Vous aurez quelques dilemmes à résoudre, comme déterminer quel personnage on va aider en premier (sachant que l’un est mourant et l’autre est en train de se faire agresser) ou quelle sanction on applique à tel ou tel personnage (serez-vous un shérif juste ou totalement amoral ?).
Comme je le disais, le jeu n’est pas vraiment tout public : il y a de la baston à tous les coins de rue (ou presque) et l’ami Bigby peut se montrer un poil borderline (mais c’est pour ça qu’on l’aime !). De plus, il y a quelques scènes un peu gores, impliquant des litres de sang et des armes à des endroits peu conventionnels (rassurez-vous : pas tant que ça. Mais j’ai fermé les yeux au moins une fois).
Les actions contextuelles sont hyper dynamiques et cassent le rythme parfois un peu indolent de l’enquête . Il faut dire que Bigby n’est pas un as du volant et ne court qu’en cas d’extrême urgence (souvent à poils, d’ailleurs) : question rythme, le jeu est donc bien équilibré – même si la conclusion est un tout petit peu trop calme comparée à ce qui la précède !

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Ça se castagne sec, à Fabletown.

L’ambiance est hyper noire et ça se ressent au niveau des graphismes (superbes au demeurant). Les couleurs sont plutôt sombres, on circule pas mal de nuit, il pleut assez souvent et on erre dans les bas-fonds de Fabletown : les ruelles sont crasseuses, les immeubles semblent déglingués et la palme revient à l’appartement de Bigby, une garçonnière aussi moche qu’elle est spartiate. Mais les dessins façon bande-dessinée (cel-shading pour les puristes) sont aussi super soignés, les jeux de lumière bien choisis : honnêtement, le générique était à peine fini que je savais déjà que ça allait me plaire. Tout ça est souligné par la musique qui se marie à merveille aux ambiances (Jared Emerson-Johnson a donc fait du bon boulot avec la BO). Notez, au passage, que le doublage des personnages est fabuleux (vous pouvez jouer les yeux fermés et les reconnaître à leurs voix et dictions sans problème). Pour les gens allergiques à l’anglais, on peut même installer un patch qui traduit les sous-titres (quoi que ce soit tout à fait jouable sans). Elle est pas belle, la vie ? (En revanche, je n’ai pas réussi à changer le clavier même avec Alt+Shift, donc si quelqu’un veut bien éclairer ma lanterne sur ce point, je prends. Ça m’aurait sûrement éviter de me faire trancher !)

Si l’enquête est un peu conventionnelle (pas besoin de se creuser la cervelle pour les indices, on vous les indique aimablement ^^ ), ce sont surtout les choix à opérer qui font de The Wolf Among Us un très bon jeu. Serez-vous un Bigby probe ? Ou passerez-vous totalement du côté obscur de la Force ? À vous de voir !
Petit point sympathique : au fil des choix moraux effectués, vous avez accès aux statistiques de jeu des autres joueurs de la communauté… c’est parfois intéressant pour comparer les façons de jouer ! Elles se complètent, à la fin, par un récapitulatif des choix que vous avez effectués en fonction des personnages en face de vous. Mettons : « Vous avez choisi de mentir à la Bête » ; « Vous avez occis X. » et autres joyeusetés. Vraiment sympa !

Le petit point bonus (par lequel j’aurais peut-être dû commencer !). The Wolf Among Us est adapté de la série de comics Fables, scénarisée par Bill Willingham, dessinée par Lan Medina et Mark Buckingham et éditée par Vertigo. Vous l’avez lue ? Pas de panique. Le jeu est une préquelle à la série, pas (trop) de risque de spoilers, donc ! Si les dessins ne sont pas exactement les mêmes (du moins au premier tome), c’est tout de même très fidèle et on retrouve aussi le caractère bien tranché des différents personnages.

En somme, voilà un jeu vidéo comme j’aimerais en dégoter (au passage, merci à celui qui m’a fait découvrir la perle 🙂 ) plus souvent : l’histoire est bonne, le mode de jeu ne nécessite pas d’être un pro-gamer accompli et le tout est servi par des graphismes et une musique sublime !

Envie de voir à quoi ça ressemble ? Bob Lennon a consacré une série de vidéos au jeu. Gare aux spoilers ! (Et contrairement à ce qu’il dit, ce n’est pas si calme que ça !).

The Wolf Among Us, TellTale Games, 2013.
Adapté des comics Fables, Bill Willingham, Lan Medina & Mark Buckingham (Vertigo).

La Morsure du givre, Mercy Thompson #7, Patricia Briggs.

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Pour Mercy Thompson, mariée depuis peu à Adam Hauptman, charismatique Alpha de la meute locale, Thanksgiving aurait dû être une fête paisible en famille. Elle était loin d’imaginer que faire du shopping avec sa belle-fille Jesse risquait de virer au cauchemar. Et pourtant, lorsqu’elle ne parvient pas à joindre Adam par téléphone, ni aucun membre de la meute, la jeune femme sait que quelque chose ne tourne franchement pas rond. Une fois de plus, il va falloir mettre les mains dans le cambouis… 

Septième aventure de Mercy et, cette fois, on plonge dans les ennuis dès les premières pages. Après la petite pause indienne du volume précédent, on découvre un roman bourré d’actions, du début à la fin.
Pour ne pas se faire bêtement spoiler sur la série Alpha et Oméga, il vaut mieux lire ce volume après avoir lu les trois premiers volumes de la série sus-nommée ! D’autant qu’Asil, un des personnages phares des aventures de Charles et Anna s’invite dans le quotidien de Mercy.

Paradoxalement, si l’histoire est bourrée d’action, elle progresse aussi plutôt lentement. Ça se castagne dans tous les sens, les personnages courent à droite à gauche, il y a du mystère à revendre mais… on a parfois l’impression de piétiner dans l’intrigue ; c’est assez surprenant comme effet. Mais l’histoire est loin d’être creuse !
En effet, l’intrigue va faire intervenir la meute, le statut des loups-garous, les vampires (le grand retour de Stefan et Marsilia !), mais aussi les faes et tout ce qui tient à la décision des Seigneurs Gris prise à la fin de Jeu de piste. Côté politique et statut social, c’est donc une intrigue plutôt costaud et bien ficelée que nous propose Patricia Briggs. Comme le volume reprend tous les fils précédemment tissés, on retrouve des personnages secondaires comme Tad et Zee, Marsilia donc, ou Gabriel et l’ensemble de sa famille (multiples petites sœurs incluses).

Et la mythologie ? Eh bien on est servis ! Puisqu’il est à la fois question de vampires, faes et loups-garous, on découvre de nouvelles choses sur les trois types de créatures. On découvre notamment de nouvelles choses sur l’architecture de la meute et sur les liens qui unissent Adam et Mercy. D’ailleurs, petit bonus dans ce roman : il n’est plus seulement écrit du point de vue de Mercy ; quelques scènes sont narrées du point de vue d’Adam, une petite nouveauté pas désagréable.
Côté style, on ne change pas une équipe qui gagne : il n’y a pas de temps mort, c’est vif et les dialogues sont toujours aussi savoureux ! En revanche, la traduction n’est pas aussi bonne que celle des tomes précédents, ce qui est un peu dommage…

Avant-dernière aventure de Mercy au programme et retrouver la meute et leurs fantastiques histoire a été très plaisant, malgré un rythme pas toujours équilibré : si l’intrigue est toujours aussi fournie et bien ficelée, on a parfois l’impression de piétiner un peu dans l’histoire. Malgré tout, Patricia Briggs explore un peu plus la mythologie de son univers et tisse une intrigue reprenant des éléments déjà amorcés dans les volumes précédents de la série. En refermant ce volume, on n’espère qu’une seule chose : que le prochain reprenne tous les très bons ingrédients de la série !

◊ Dans la même série : L’Appel de la lune (1) ; La Marque du fleuve (6) ;

Mercy Thompson #7, La Morsure du givre, Patricia Briggs. Traduit de l’anglais par Lorène Lenoir. 
Milady, mars 2014, 408 p.

 

ABC Imaginaire 2015

Le Souffle, June #1, Manon Fargetton

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Bébé, June a accidentellement récupéré le pouvoir de la dernière Sylphe, alors mourante, mais elle l’ignore. June et son frère Locki sont orphelins. Recueillis par leur tante, ils ont grandi dans la maison close tenue par cette dernière. Un environnement étrange pour deux enfants, mais qu’ils ont toujours apprécié. Mais les enfants ont grandi. June a désormais 16 ans, et sa silhouette d’adolescente commence à lui attirer les douteuses attentions des clients du bordel. Terrifiée, June s’enfuit avec Locki, quitte la Ville et pénètre dans la forêt. Là, elle suit aveuglément une musique qu’elle semble être la seule à percevoir et qui les mènent dans un bien étrange endroit, qui offre un écho bien agréable aux étranges aptitudes de June. 

June est une adolescente plutôt normale, si l’on oublie qu’elle a grandi et qu’elle vit dans un lupanar. Elle est proche de son frère Locki, provoque des chuchotements sur son passage au lycée, a un petit ami. Une ado normale, dans un univers normal.
Mais, peu à peu, celui-ci s’étoffe : la Ville est ceinte de murailles constamment gardées. Son seul lien avec l’extérieur est un train qui vient à intervalles réguliers pour faire le plein de vivres et de matériel. Pire, les têtes pensantes de la Ville sont tout sauf bien-pensantes… Au vu du repli communautaire suite à une épidémie, on pourrait penser que June se situe dans un univers fleurant bon la dystopie et l’ambiance post-apocalyptique… si ce n’était ces quelques éléments – ténus au départ ! – qui le teintent de féerie ! C’est, du coup, nettement plus aérien que ce à quoi on s’attend au départ, et le mélange très original fonctionne à merveille : l’histoire est pleine de magie et de merveilleux, dans un noyau de dures réalités.

Le Souffle est un tome d’exposition, les actions pures et dure étant essentiellement concentrées à la fin du roman, ce qui nous permet de mieux appréhender personnages et univers. Ce dernier fourmille de petites inventions proprement réjouissantes : entre l’arbre bibliothèque, le bateau de Gaspard, ou l’escalier de nuages, difficile de ne pas apprécier cet univers original, fouillé et enchanteur. Les descriptions, d’une précision extrême (sans s’étaler sur des kilomètres !) rendent le tout extrêmement visuel et quasi cinématographique. La plume de Manon Fargetton, en plus d’être fluide, est très poétique, ce qui fait qu’il se dégage de l’histoire une douceur et une sérénité – malgré des tensions bien présentes – très agréables. À cela s’ajoute l’omniprésence de la musique : musique des chants de l’arbre-bibliothèque, musique des souffles, bruit du vent… L’univers de June est très visuel, mais aussi très sonore, ce qui ne fait que souligner l’impression de force qui s’en dégage ! On ne peut que se laisser happer par la lecture.

Côté personnages, le duo June-Locki est vraiment intéressant ; si June a la vedette, Locki n’est pas totalement laissé de côté, et les relations fraternelles ont leur importance – notamment lorsqu’il va être question de protection ou des compétences de chacun. Les autres personnages de l’arbre sont hauts en couleur et valent le détour. Jonsi, de son côté, m’a moins enchantée, peut-être parce que les liens tissés avec June, tout empreints d’onirisme soient-ils, m’ont paru manquer un peu d’explications (notamment au début).
Ces personnages s’accompagnent d’autres, dans l’ombre, dont les rôles permettent d’entrapercevoir la complexité de l’univers invisible dans lequel évolue June. Les légendes, la mythologie, l’histoire sont ici esquissés (juste assez pour qu’on sache le nécessaire et qu’on en veuille plus !) et on sent que l’univers n’a pas livré tous ses mystères.

La quête, enfin, est plutôt classique, si l’on résume l’affaire. Ce qui fait tout son sel, c’est l’univers dans lequel elle se déroule, et la façon dont June la mène. Par ailleurs, c’est une bonne façon de parler de l’écologie, un point qui ne gâche rien. Comme il s’agit d’un roman initiatique, l’histoire est vraiment centrée sur les progrès et apprentissages de June – ou ses échecs – et, sur la seconde partie, quelques longueurs se font sentir, qui sont vite contrebalancées par les derniers chapitres survitaminés, et la fin qui donne sacrément envie d’en savoir plus.

En bref, Le Souffle est un premier tome réussi, aux termes duquel on a bien envie d’en savoir plus. On passe rapidement outre les quelques détails manquants ou longueurs sur la seconde partie pour se concentrer sur les personnages hautement attachants (June et Locki en tête), la quête initiatique au fond écologique très intéressante et, surtout, cet univers mêlant accents de la féerie et de la dystopie. Le style étant, de plus, aussi fluide que poétique, il n’est vraiment pas difficile de se laisser embarquer dans le récit, et de grogner lorsque vient l’heure d’en ressortir. Pour résumer, voilà une série à suivre. 

June #1, Le Souffle, Manon Fargetton. Rageot, 214, 348 p.

Lu grâce à l’extrême prodigalité de Bookenstock, et les fantastiques bonnes idées des tenancières. L’interview participative de Manon Fargetton (son « Mois de » !) est en cours (avril 2015) chez Dup & Phooka !

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Les Rivières de Londres, Le Dernier apprenti sorcier #1, Ben Aaronovitch

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Peter est à deux doigts de terminer sa formation lorsqu’il s’aperçoit que les fantômes existent, et qu’il peut leur parler. Ce qui est plutôt pratique lorsque le seul témoin du meurtre sur lequel on enquête est mort depuis un siècle. Et Peter n’est pas au bout de ses surprises. Car, au lieu d’intégrer la police criminelle comme il le voulait, il est recruté par le très étrange inspecteur Nightingale, l’inspecteur chargé du non moins étrange bureau des affaires surnaturelles de la police londonienne. Au menu, traquer vampires, sorcières, et autres créatures de la nuit ; faire respecter les divers accords des forces occultes ; réconcilier les divinités qui se partagent la Tamise et les rivières de la cité ; et, bien sûr, apprendre le latin, le grec ancien, et une montagne d’incantations diverses et variées. Peter a fort à faire, car selon un accord très ancien, il s’apprête à devenir le dernier sorcier de Londres… et policier émérite ! 

Le Dernier apprenti sorcier est une série d’urban fantasy au premier tome bien ficelé : entre l’enquête toute policière, les diverses recherches via Internet et logiciels spécialisés, on croise fantômes, vampires, et autres créatures surnaturelles. Sous la houlette de Nightingale, son supérieur direct, Peter apprend tout ce qui est nécessaire à un apprenti sorcier.
Quelques pages pour nous situer le contexte de l’enquête policière, et l’auteur nous propulse dans les méandres surnaturels de l’affaire. Comme notre héros, on découvre donc avec stupeur que Londres n’est pas habité que par des humains en bonne et due forme, et qu’il faut parfois donner de sa personne pour gérer toute l’affaire, lorsqu’on est un policier-sorcier.
Le mélange entre surnaturel et enquête policière est très réussi : d’une part, on adhère sans souci à l’univers fantastique et, d’autre part, la précision des recherches rend l’enquête très authentique. D’autant que Peter et Nightingale ne résolvent pas tous leurs problèmes à coups de sortilèges. Rien de tel qu’une grenade au phosphore et l’intervention des pompiers pour se débarrasser d’un foyer vampirique, par exemple…

L’univers n’est pas, en lui-même, très original : il y a des fantômes, des divinités, des vampires, des sorciers… mais, voilà, Ben Aaronovitch apporte à tous cela ses petites touches personnelles. Les fantômes se différencient des spectres, les vampires, comme on l’a vu, se chassent à coups de grenades, les différentes rivières de Londres sont gouvernées par des dieux et déesses parfois susceptibles, et qu’il faut calmer à de nombreuses reprises. Il y a, bien sûr, les différents sortilèges tirés du latin, les techniques issues des travaux de Newton.

Peter, le personnage principal, mène l’enquête… comme il peut. Le roman est plein d’un humour très britannique, pince-sans-rire, souvent du au décalage entre l’action et les réflexions de Peter, ou ses balbutiements magiques. L’apprentissage s’intercale avec l’enquête, ou les histoires des personnages. Ainsi, on suit avec plaisir les échanges entre Peter et Lesley, sa très efficace – mais distante – collègue. Nightingale, un peu vieux jeu, remplit son rôle de vieux mentor. Et les personnages secondaires sont tout aussi travaillés; de Molly, la gouvernante, aux différentes rivières de Londres, on navigue entre des personnages complexes et bien dessinés.

Ce premier tome du Dernier apprenti sorcier est donc très convaincant : l’univers urban fantasy est extrêmement bien construit et mis en scène, les personnages complexes, l’intrigue très travaillée. L’auteur, dans un univers assez classique, insuffle suffisamment de petits détails originaux et particuliers pour créer une ambiance inédite. Il mêle si bien enquête et vie privée des personnages que l’on lit autant pour connaître le fin mot de l’histoire, que pour savoir comment les relations des personnages vont tourner : le suspens est donc au rendez-vous sur tous les tableaux. De plus, le texte est pétri d’un humour tout britannique, qui amène souvent le lecteur à sourire. 
En somme, c’est une série d’urban fantasy qui démarre extrêmement bien, et dont je lirai très certainement la suite !

 

Le Dernier apprenti sorcier #1, Les Rivières de Londres, Ben Aaronovitch. Traduit de l’anglais par Benoît Domis. J’ai Lu (Nouveaux Millénaires), 2012, 380 p.

 

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L’Océan au bout du chemin, Neil Gaiman.

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De retour dans le village de sa jeunesse pour des funérailles, un homme retourne sur les lieux de son enfance. Là, au bout du chemin, la ferme des Hempstock se dresse toujours. Alors qu’il avait 7 ans, il y a rencontré Lettie, la jeune voisine, qui affirmait que la mare au bout du chemin était un océan. Peu à peu, les souvenirs confus de l’homme remontent. Ce prospecteur d’opales qui s’était suicidé dans une voiture volée. L’obscurité qui, peu à peu, montait. Et comment tout avait commencé.  

Jusque-là, hormis Entremonde, j’ai vraiment apprécié tous les titres de Neil Gaiman que j’ai lus ; L’Océan au bout du chemin ne déroge pas à la règle, puisque c’est un coup de cœur !

Après un court chapitre introductif, dans lequel on suit notre protagoniste âgé d’une quarantaine d’années, on plonge dans ses souvenirs d’enfance et, plus particulièrement, de la drôle d’époque qu’il a vécue lorsqu’il avait 7 ans. Durant la majeure partie du livre, nous suivons donc un enfant de 7 ans, avec sa logique, sa vision du monde parfois un peu naïve, sa façon de parler, ses centres d’intérêt. Mais ce n’est certainement pas un roman jeunesse. Ce serait plutôt une histoire d’enfance destinée aux adultes !
Dès le début, on plonge dans l’univers merveilleux de Neil Gaiman ; un univers dans lequel il est tout à fait normal que les chatons naissent des entrailles de la terre, ou qu’une petite mare insignifiante soit en fait un océan. Cet univers est dominé par les trois femmes Hempstock que notre personnage rencontre et dont il devient proche : Lettie la jeune voisine, sa mère, sa grand-mère, figures de pouvoir et de savoir qui ne sont pas sans rappeler les figures tutélaires des contes traditionnels.
L’univers est caractérisé en peu de mots ; quelques descriptions, et on est déjà dans l’histoire. Et il lui faut tout aussi peu de temps pour sombrer dans le fantastique plutôt sombre.

Car aux alentours de la forêt se cachent des créatures redoutables, difficiles à cerner, mais bien décidées à en découdre. L’univers du roman est assez sombre, presque effrayant, et l’horreur n’est jamais loin, sans que le texte ne sombre jamais dans le gore. Et c’est d’autant plus efficace qu’on peut se demander, dans un premier temps, si le personnage n’est pas un peu fou. On oscille entre réalité et fantastique : l’ambiance est tour à tour onirique, merveilleuse, terrifiante. L’Océan au bout du chemin est un titre fantastique de grande qualité !
Sous ses aspects fantastiques, il y est question de l’enfance, du passage de celle-ci au monde des adultes, et de la découverte d’un monde qui n’est peut-être pas tout à fait tel qu’on l’imagine quand on est encore enfant. Notre personnage en fait l’amère expérience, et passe par diverses épreuves que l’on perçoit comme initiatique.

Le récit est imprégné de l’atmosphère des contes. Il en a tout d’abord le caractère à la fois imprécis et universel : on ne sait pas comment se nomme le personnage, on ne sait pas exactement où ni quand cela se déroule, et on retrouve des thèmes et figures chers aux contes : les trois figures à la fois tutélaires, maternelles, puissantes, et dangereuses, le monstre tapi sous les traits d’un être affable et bien perçu par la société, et les épreuves initiatiques par lesquelles passe le personnage, avec leurs lots de découvertes, déconvenues, ou épisodes tout simplement horrifiants. Le tout servi par la plume ô combien fluide et élégante de Neil Gaiman.

L’Océan au bout du chemin est donc un très beau récit fantastique, mâtiné d’horreur, à l’ambiance merveilleuse, onirique, puissante, extrêmement réussie. Le récit parle des traumatismes de l’enfance, des petites désillusions qui marquent le passage de l’enfance à l’âge adulte, sous les traits d’un conte initiatique de la plus belle eau. Neil Gaiman n’avait certainement plus besoin de faire ses preuves, mais il nous livre à nouveau une petite merveille !

L’Océan au bout du chemin, Neil Gaiman. Traduction de Patrick Marcel. Au Diable Vauvert, 2014, 320 p.

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