Les Chimères de Vénus #1, Alain Ayroles et Étienne Jung.

1873, tandis que les empires terrestres s’affrontent pour la maîtrise du système solaire, l’actrice Hélène Martin embarque pour Vénus à la recherche de son fiancé, prisonnier des bagnes de Napoléon III.

Quand j’ai vu qu’un spin-off du Château des Étoiles était annoncé, j’ai évidemment été hyper intriguée. Donc quand je l’ai vu repasser à la médiathèque, ni une ni deux, je l’ai emprunté !

L’histoire prend place (du moins en ai-je eu l’impression), au moment où Séraphin et consorts sont en train de batailler ferme sur Mars contre les troupes prussiennes (tomes 3 et 4 donc). Et loin de la Lune ou de Mars, place ici à Vénus et sa colonie franco-britannique aux accents résolument steampunk. Nouvel univers, nouveaux décors, et on découvre une planète plutôt hostile, dont la découverte ressemble à s’y méprendre à une balade cauchemardesque dans Jurassic Park. Rien de moins !

L’intrigue reprend les mêmes motifs politiques que la série-mère (la lutte à la conquête spatiale), en ajoutant un arc narratif qui a tout du polar, cette fois. En effet, l’héroïne, si elle est venue aux bras d’un magnat de la conquête spatiale, s’intéresse uniquement au sort réservé à son fiancé, malheureusement déporté dans le bagne justement situé sur Vénus. L’intrigue nous fait donc voir tour à tour ce que vivent Hélène, les gens qui voyagent avec elle, et les bagnards – avec ce qu’il faut de mystère et de suspense à la clef. Il y a un côté girl-power vraiment sympa, le duo formé par Hélène et sa camériste ne s’en laissant pas compter.

Ce premier tome vise vraiment à planter le décor, donc j’attends vraiment de lire la suite pour voir ce qui va en sortir. En effet, l’histoire est rondement menée et ouvre pas mal de possibilités. Les péripéties sont rapidement réglées, ce qui donne au récit un rythme très confortable. Bref : tout cela a grandement attisé ma curiosité.

Côté graphismes, on retrouve un découpage bien pensé, alternant les illustrations pleine page (ou presque) et des cases plus resserrées. Évidemment, le style graphique est bien différent, avec un style qui ressemble plus à un film d’animation que dans les autres tomes. Cela colle bien à l’intrigue, plus divertissante et dynamique, moins romantique et scientifique que celle de la série-mère. J’apprécie nettement moins ce style graphique, mais l’album m’a fait passer un très bon moment de lecture !

Les Chimères de Vénus propose donc un nouvel univers, de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue, dans l’univers du Château des étoiles. On retrouve les points forts de la série-mère (steampunk, époque victorienne et conquête spatiale), et plein de nouveautés très alléchantes. L’intrigue est rondement menée et ouvre plein de pistes pour la suite, qu’il me tarde donc de découvrir.

Dans le même univers : Le Château des étoiles, 1869 : la conquête de l’espace (1) ; Le Château des étoiles, 1869 : la conquête de l’espace (2).

La Honte de la galaxie, Alexis Brocas.


An 300 000 et des poussières. Sur une planète sans loi aux confins de la Voie lactée. Meryma, 17 ans, se noie dans les drogues et la mélancolie pour oublier son passé tumultueux d’héroïne des guerres impériales – ainsi que le scandale qui a fait d’elle la honte de la Galaxie. Un matin, un convoi plein de ses ex-sœurs d’armes fait escale dans son ciel. Mission : explorer la zone inconnue de Nixte, qui abriterait les vestiges d’une civilisation extraterrestre depuis longtemps disparue, et où se produiraient des prodiges… Or, Meryma a toujours été fascinée par Nixte – c’est d’ailleurs ce pourquoi elle a trahi. Avec l’Orphelin, le petit voleur qu’elle a adopté sur Frontière, elle se débrouille pour intégrer le convoi, et se retrouve cuisinière sur un immense vaisseau qui cache bien des secrets dans ses soutes. Meryma va les lever un par un, tout en vivant mille aventures, avant d’affronter la plus grande énigme de ces 10 000 dernières années. Le mystère de Nixte.

Voilà un roman qui m’intriguait diablement et que je suis plus que ravie d’avoir lu !

Et pourtant… tout n’a pas débuté sous les meilleurs auspices. Car en effet, le roman s’ouvre sur un avertissement écrit par la protagoniste, Meryma, qui nous présente un épais dossier documentaire supposé nous introduire à son univers, et qu’elle nous invite à lire, ou à sauter pour débuter directement l’histoire. De mon côté, j’ai choisi de le lire immédiatement et peut-être n’aurais-je pas dû attaquer ce roman juste avant de me coucher, car je dois dire que j’ai trouvé le début quelque peu ardu (uniquement en raison de mon état de fatigue, je me dois quand même de le préciser !).
Mais j’ai trouvé ce début extrêmement original, d’autant que Meryma nous annonce dès le départ qu’elle a choisi de présenter, entre autres documents, l’avis du fondateur de la nation antagoniste, Patrie Bleue.

Après cette introduction originale, on plonge dans la découverte d’un univers vraiment, vraiment riche. Le fait de débuter le récit après la fin de la guerre est vraiment intéressant : pour ainsi dire, tous les enjeux stratégiques sont passés et il s’agit de vivre ensemble dans cet univers galactique. Cela change un peu dans le paysage du planet opera. Heureusement, il reste le mystère de Nixte à se mettre sous la dent, puisque dans ce système planétaire, outre les vestiges d’une antique civilisation, on trouve des phénomènes physiques vraiment étranges, que les scientifiques s’expliquent difficilement, ce pourquoi tout le monde veut aller voir de plus près ce qu’il s’y passe. Or, le voyage pour s’y rendre est semé d’embûches, ce qui fait que l’on retombe sur d’autres motifs auxquels nous a habitués le genre !

De fait, l’intrigue, à l’instar de l’univers, est extrêmement riche. Le roman est découpé en quatre grandes parties qui structurent parfaitement l’intrigue et lui permettent d’avancer à bon train. Les chapitres, à l’intérieur, sont assez courts, ce qui assure un rythme extrêmement prenant au texte. Et l’auteur a mis le paquet niveau péripéties car il se passe énormément, énormément de choses dans ce roman. A tel point qu’à la fin de ma lecture, j’ai eu l’impression d’avoir lu une trilogie complète ! Mais sans avoir l’impression d’avoir traîné sur un livre mal équilibré ou trop riche. Loin de là ! Le rythme, l’enchaînement des péripéties, révélations, rebondissements, tout est géré au poil et d’une main de maître, ce qui permet à l’intrigue de vraiment s’étaler sur la totalité du roman, sans se perdre en longueurs, et sans faire non plus l’impasse sur quoi que ce soit. C’est magistral !

Au fil des chapitres, on aborde aussi pas mal de sujets. Il y a évidemment l’addiction (puisque Meryma est complètement accro à la spéculine, une drogue qui permet de revivre ses souvenirs heureux), et les relations familiales (en raison de l’adoption de l’Orphelin par Meryma). Mais d’autres thèmes émergent dont certains sont vraiment liés au genre SF, comme le clonage, l’intelligence artificielle, l’humain augmenté ou la conquête spatiale. Évidemment, la guerre a aussi une place hyper importante dans l’histoire, avec ce qu’elle suppose de questionnements autour du positionnement (y a-t-il des gentils dans une guerre ?, par exemple), mais aussi autour de l’endoctrinement des troupes, des traumatismes et, avec eux, de la mémoire et des souvenirs. Bref : des thèmes riches, pour accompagner un univers complexe et une intrigue vraiment dense !
D’ailleurs, je n’en ai pas parlé plus tôt, mais j’ai vraiment adoré rencontrer des races extraterrestres originales (mention spéciale aux Ruby), avec des caractéristiques, des façons de penser et de communiquer bien différenciées et qu’on ne croise pas si souvent (il me semble).

En bref, La Honte de la galaxie a été une excellente, excellente découverte – et même le premier coup de cœur de l’année ! Alexis Brocas nous embarque dans une aventure extrêmement prenante, à la densité incroyable, menée d’un style particulièrement fluide. Les divers thèmes s’entremêlent à merveille au récit et le font encore gagner en richesse. Et pour ne rien gâcher, la fabrication est sublime, avec une couverture bleue brillante du plus bel effet !

La Honte de la galaxie, Alexis Brocas. Sarbacane (Exprim’), 6 janvier 2021, 486 p.

Aurora, Kim Stanley Robinson.

Notre voyage depuis la Terre a commencé il y a des générations.
À présent, nous nous approchons de notre destination.
Aurora.

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de science-fiction et en moins d’un mois, j’ai enchaîné deux très bonnes découvertes : L’incivilité des fantômes (que je chroniquerai peut-être un jour) et Aurora !

C’était mon premier roman de cet auteur et j’ai l’impression que j’ai commencé par le bon ! Du résumé, je ne connaissais que ce qui est écrit ci-dessus et ma première surprise a été de remarquer qu’en fait… on n’allait pas exactement suivre ce que je m’étais imaginé ! En effet, alors que le roman semble se profiler comme une aventure de planet opera assez classique avec colonisation à la clef, on se dirige très vite, dans les premiers paragraphes, vers une chronique du voyage interstellaire.
Avec énormément de questions à la clef, la première étant : comment maintenir en vol un vaisseau parti depuis plus de 200 ans ? Et comment faire survivre deux mille personnes enfermées dans un vaisseau ?
Le roman évoque aussi l’écologie et l’évolution. En effet, le brassage génétique de la population à bord est forcément limité, aussi les voyageurs stellaires commencent-ils à ressentir le syndrome d’insularité. Si vous ne savez pas de quoi il s’agit, pas de panique : tout est expliqué dans le roman !

De fait, le contenu scientifique est assez important – après tout, c’est de la hard SF. Je ne vous cacherai pas que certaines explications m’ont parfois semblé quelque peu obscures, surtout lorsqu’il était question de physique (après tout, je ne suis pas titulaire d’une thèse scientifique !) mais cela ne gêne aucunement la compréhension du récit, ou des enjeux. En effet, les principes scientifiques dont il est question sont généralement suffisamment explicités pour que, d’une part, on comprenne en quoi cela va impacter le récit et, d’autre part, pour que l’on comprenne les enjeux du principe scientifique en question.

Mais ce que j’ai trouvé vraiment intéressant, ce sont les volets politique et sociologique auxquels s’intéresse le récit. Comment faire en sorte que la société du vaisseau reste stable et que les voyageurs continuent de s’entendre les uns avec les autres et à vivre ensemble sans sombrer dans la tyrannie ? (Ce qui arrive, notamment, dans L’Incivilité des fantômes). Comment garde-t-on le moral des troupes au beau fixe alors qu’aucun des voyageurs n’a choisi d’être là et aurait peut-être préférer passer toute sa vie sur le plancher des vaches ? En lisant ce roman, je me suis posé des milliers de question auxquelles je n’avais jamais vraiment songé en lisant des romans qui parlent de colonisation spatiale : que fait-on des déchets qu’on ne parvient plus à recycler ? Comment on stocke le carburant ? Quel est l’impact de son poids et de son volume dans les calculs de trajectoires ? Bref : j’étais à fond dedans.

L’autre point que j’ai trouvé vraiment génial, c’est le choix du narrateur. Et pourtant, ça partait mal. J’avoue que j’ai eu très peur en lisant les premiers chapitres qui sont narrés dans un style particulièrement aride et froid. Mais cela s’explique rapidement, le narrateur omniscient n’étant autre que… l’IA du vaisseau. Or, celle-ci n’a pas été programmée pour apprendre à raconter des histoires et ne va intégrer des principes de narratologie que sous la poussée de Devi, une ingénieure du bord. Il y a donc quelques tâtonnements, puisque l’IA découvre successivement les temps de conjugaison, les métaphores, le choix de la focale sur tel ou tel personnage. C’est vraiment très bien fait et j’avoue que ça rend le tout hyper prenant. D’ailleurs, il y a toute une partie où l’IA est seule à bord, donc on lit un très très long monologue : avec quelques longueurs, certes, mais aussi prenant que le reste.

Le projet narratif tel que Devi l’a esquissé pose un sérieux problème, qui devient de plus en plus évident à mesure que le processus se poursuit. Le voici:
Premièrement, il apparaît que les métaphores n’ont aucun fondement empirique, et qu’elles sont souvent opaques, inutiles, ineptes, imprécises, trompeuses, mensongères et, pour tout dire, futiles et idiote.
Et pourtant, le langage humain est, dans son mécanisme de base, un gigantesque réseau de métaphores.
Donc, syllogisme évident : le langage humain est futile et idiot. Ce qui revient à considérer que les narrations humaines sont futiles et idiotes.

Si je devais trouver un bémol, ce serait les personnages, qui ne sont pas tous hyper creusés et restent assez archétypiques. Pour autant, ça ne m’a pas vraiment gênée – mais peut-être que ça aurait pu faire passer le roman du rang de très bonne découverte à « coup de cœur ».

En somme, première lecture de Kim Stanley Robinson et excellente découverte. Le fond est absolument passionnant, et soutenu par une forme originale, qui rend le récit particulièrement prenant. Je suis passée à un cheveu du coup de coeur avec cette lecture, qui m’a donné bien envie de lire d’autres titres de l’auteur !

Aurora, Kim Stanley Robinson. Traduit de l’anglais par Florence Dolisi.
Bragelonne, réédition janvier 2021, 595 p.

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New Earth Project, David Moitet.

En 2125, la majorité de la population est pauvre et parquée dans des bidonvilles, tandis que l’élite profite d’une vie confortable sous le Dôme. Sur Terre, les meilleurs élèves cotoient la même école. C’est ainsi qu’Isis rencontre Orion, le fils du dirigeant du NEP et qu’elle lui ouvre les yeux sur son monde. Le jour où Isis est tirée au sort avec sa famille pour partir sur la Nouvelle Terre, Orion va mener son enquête sur le fonctionnement du NEP… et faire de terribles découvertes.

Dire que j’ai dévoré ce court roman de science-fiction ne serait pas tout à fait exact : il a fait l’affaire de pas même une journée !
La narration alternée nous fait découvrir les aventures d’Isis Mukeba (Immaculée-Sissy, de son petit prénom… véridique !) et d’Orion Parker. Si le second est le fils du multimilliardaire qui a mis sur pieds le projet NEP, la première survit avec ses parents au sein du bidonville flottant, et fréquente l’école dans l’espoir d’un avenir meilleur.
La société que l’on découvre a donc toutes les caractéristiques d’une dystopie, opposant les riches (très très riches) aux pauvres (très très pauvres, dans leur cas, et surnommés les Gris).

Et c’est grâce à un TP social qu’Isis va pouvoir ouvrir les yeux de nantis d’Orion, en lui faisant découvrir les réalités de son bidonville et en lui montrant que les Gris ont de la ressource à revendre – contrairement à ce que pensent les élites. Et ce qui est intéressant, c’est que l’on voit évoluer le jeune homme (contrairement à sa peste de camarade Miranda), tout comme Isis, qui cesse de penser que tous les riches sont à jeter. Leur découverte progressive des rouages de leur univers est l’occasion d’évoquer l’écologie (la Terre a été irrémédiablement abîmée par des générations d’humains peu scrupuleux) : partage des ressources, techniques d’agriculture novatrices (comme l’aquaponie et la permaculture), gestion durable des stocks et ressources, le panorama est large et c’est vraiment passionnant.

Autre point qui fait que l’on lit sans s’arrêter : la tension du récit. Le rythme se tient d’un bout à l’autre et, lorsque l’on pense que l’intrigue principale est résolue, un rebondissement vient relancer la tension. D’ailleurs, à partir de ce second élément perturbateur, le roman prend des accents de polar aussi réussis qu’efficaces.

En somme, New Earth Project est un roman de science-fiction très court, mais hautement efficace. L’intrigue, en plus d’être prenante, évoque des sujets d’importance : inégalités sociales (et pire si affinités), écologie, protection de l’environnement, le tout venant nourrir l’intrigue, sans imposer de discours se voulant bien-pensant ou moralisateur. Résultat ? Un roman palpitant qui se dévore littéralement !

New Earth Project, David Moitet. Didier Jeunesse, février 2017, 217 p.

Alight, The Generations #2, Scott Sigler.

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Échappés de leurs cercueils, M. Savage, surnommée Em, et ses compagnons ont parcouru des kilomètres de couloirs envahis d’ossements, affronté la faim et la soif, combattu un redoutable ennemi, les Adultes, avant de pouvoir enfin se sortir du piège dont ils étaient prisonniers. Mais arrivés sur Omeyocan, le monde qui leur est destiné, les jeunes survivants déchantent vite…
Pour protéger et nourrir son peuple, à présent constitué de centaines d’enfants, Em va devoir explorer une cité dévastée, perdue au cœur d’une jungle habitée par de terribles créatures et, semble-t-il, d’autres êtres humains. Mais le danger qui guette la troupe ne vient pas seulement de l’extérieur. À mesure que le passé rattrape les adolescents, des clans se forment, des luttes intestines menacent la cohésion du groupe, l’adorateur d’un dieu assoiffé de sang est même prêt à tout pour renverser la jeune Savage…
Jusqu’où Em ira-t-elle pour conserver sa place de chef ? Entre la survie de tous et le pouvoir, que choisira-t-elle ?

Malgré des personnages qui m’ont semblé suprêmement agaçants, j’avais apprécié l’efficacité du premier tome, Alive.
Le début de ce deuxième tome nous emmène sur Omeyocan, la planète destinée à l’installation des nouveaux colons. Et… pas de chance. J’ai trouvé le début de l’histoire d’une incroyable longueur et, disons-le tout net, pas franchement passionnante. Ceci sur un bon tiers du roman, dont le départ m’a semblé poussif et peu intéressant. Heureusement, lorsque les personnages sont enfin capables de dépasser leurs petites préoccupations personnelles, cela devient nettement plus intéressant.

Et curieusement, c’est aussi grâce à leurs bisbilles que l’histoire reprend de l’intérêt. Em s’aperçoit que le rôle de leader n’est pas le plus folichon, lorsqu’Aramovski, ayant rallié à sa cause (mystico-religieuse) la quasi-totalité des enfants présents sur le vaisseau, s’attache à récupérer le rôle de chef de la communauté. Pire, il s’avère que les symboles sur le front de chacun dessinent, en fait, un vieux système de castes… que certains ont vraiment à cœur de remettre en place, d’autant que les cercles vides (comme Em), sont en fait les esclaves des autres. La découverte remet totalement en perspective les disputes qui éclatent entre les enfants et les intérêts que certains défendent et cela apporte à l’intrigue un souffle nouveau.

L’autre point très intéressant, c’est l’univers que l’on découvre sur Omeyocan, clairement inspiré de l’Empire aztèque, de sa mythologie, de son esthétique. Couplé à l’aspect science-fiction (découverte et conquête spatiale, recherche d’immortalité), cela crée un univers très original. L’histoire prend alors un nouveau tournant avec les découvertes que font les personnages sur Omeyocan, dont certaines vont les laisser sans voix.

Au fil des chapitres, de nombreux sujets sont évoqués, comme la vie en collectivité (pas toujours facile), la lutte des classes, la découverte de l’Autre et leurs penchants plus négatifs, comme le racisme, l’asservissement des autres, l’intolérance. Finalement, pas besoin de voyager à des milliers d’années-lumières, on retrouve toujours les travers d’une société humaine.

Passé ce premier tiers un peu poussif, on découvre une histoire très prenante, aux péripéties variées et qui tiennent vraiment en haleine. Les débats qui opposent les jeunes colons sont passionnants et permettent de poser une multitude de questions. Les révélations, de leur côté, réussissent à surprendre le lecteur – et ce n’est pas le retournement de situation final qui calmera son rythme cardiaque !

◊ Dans la même série : Alive (1) ;

The Generations #2,  Alight, Scott Sigler. Traduit de l’anglais par .
Lumen, septembre 2016, 568 p.

Phobos : origines, Victor Dixen.

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Ils incarnent l’avenir de l’Humanité.
Six garçons doivent être sélectionnés pour le programme Genesis, l’émission de speed-dating la plus folle de l’Histoire, destinée à fonder la première colonie humaine sur Mars.
Les élus seront choisis parmi des millions de candidats pour leurs compétences, leur courage et, bien sûr, leur potentiel de séduction.
Ils dissimulent un lourd passé.
Le courage suffit-il pour partir en aller simple vers un monde inconnu ?
La peur, la culpabilité ou la folie ne sont-elles pas plus puissantes encore ?
Le programme Genesis a-t-il dit toute la vérité aux spectateurs sur les « héros de l’espace » ?
Ils doivent faire le choix de leur vie, avant qu’il ne soit trop tard.

En attendant de découvrir la suite des aventures des colons martiens de Genesis – qui se fait attendre, la série étant passée des deux tomes prévus à plutôt quatre… – j’ai lu ce recueil de nouvelles consacré aux origines des candidats.
Et, première petite déception, le recueil ne concerne en fait que les six garçons… pour les filles, il va donc falloir attendre encore un peu… Mais bon, on passe outre et on découvre les aventures des futurs Martiens, avant qu’ils ne montent dans la navette. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il leur en arrive de bien bonnes !

Comme pour les romans, l’auteur découpe les scènes suivant les caméras – en l’occurrence, On et Off, en fonction de ce que font les caméras. En On, ce sont les scènes qui se déroulent dans les locaux de Genesis ; en Off, c’est la vie privée des jeunes hommes. Chacun, à sa manière, vit dans des conditions précaires ou subit de grandes difficultés, ce que l’on avait commencé à soupçonner à la lecture des deux premiers tomes, au fur et à mesure que se révélaient les secrets de quelques-uns d’entre eux.

Les nouvelles nous montrent comment ils en sont arrivés à postuler pour Genesis, comment ils ont passé les épreuves, leurs conditions de vie et, à terme, comment ils ont appris à cohabiter durant l’année d’entraînement. On assiste même au décollage de la navette, vu cette fois du point de vue du module des garçons.

Ce n’est pas inintéressant, mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser, à la lecture, que j’aurais préféré avoir tout cela condensé dans le roman, plutôt que de découvrir les tenants et aboutissants de l’histoire après coup. Car les nouvelles nous permettent en effet de mieux comprendre ce qui s’est joué dans les coulisses de Genesis mais, comme on en connaît déjà la plus grosse part, il ne reste pas grand-chose à découvrir.
De plus, le recueil souffre des mêmes faiblesses que le tome 1 : le style est trop didactique ! Ainsi, les comploteurs ont la désagréable manie de se ré-expliquer ou de se re-démontrer par A+B les différentes étapes du complot, en citant les noms, prénoms et fonctions des participants… y compris en leur présence. Du coup, ça ne sonne pas très naturel et ce n’est pas non plus très vraisemblable : un comploteur bien au fait a-t-il réellement besoin qu’on lui refasse l’historique de ce dans quoi il trempe ? Non.

En somme, le recueil de nouvelles apporte des éclaircissements indispensables à la série initiale car les textes viennent combler quelques lacunes du texte. On découvre les origines des garçons, leurs histoires et comment et pourquoi ils en sont arrivés à postuler au programme Genesis. Si on découvre tout cela avec plaisir, j’ai un peu regretté que ces éléments ne soient pas inclus normalement dans la série et que l’on soit obligé d’en passer par un, voire deux recueils de nouvelles annexes.

 

◊ Dans la même série : Phobos (1)Phobos (2).

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Alive, The Generations #1, Scott Sigler.

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Em se réveille dans les ténèbres, seule, entravée dans un espace confiné qui ressemble à un sarcophage. Elle sait que c’est le jour de son anniversaire mais… c’est tout. Elle ne se rappelle ni son nom, ni ce qu’elle a fait la veille, ni le visage de ses parents. Elle n’y comprend absolument rien. Lorsqu’elle parvient, à force de volonté, à se libérer de ce piège, elle découvre, autour d’elle, onze autres cercueils, dont certains occupants sont encore en vie. Une initiale et un nom de famille sont gravés sur chaque sarcophage. La jeune fille prend alors la tête du petit groupe d’adolescents – qui pensent tous avoir douze ans, mais qui en paraissent plutôt dix-sept – et découvre un labyrinthe de couloirs poussiéreux, constellés par endroits d’ossements. Se trouvent-ils sous terre ? Y a-t-il d’autres survivants ? Comment trouver eau et nourriture ?
Et surtout : qui sont-ils et quels sont ces étranges symboles qui marquent leur front, comment se sont-ils donc retrouvés là ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le début est plein de tensions : on découvre Em dans ce qui ressemble désagréablement à un cercueil, terrifiée, seule et des questions plein la tête – un peu comme le lecteur, d’ailleurs.

Et les questions s’ensuivent : que font ces enfants dans ces cercueils / berceaux (suivant les opinions) ? Où sont-ils, au juste ? Où sont les adultes ? Y en a-t-il seulement ? Pourquoi les labos sont-ils jonchés de tas d’ossements ? Nos personnages, décidés à trouver l’issue de leur geôle, se mettent donc à chercher.
La mise en place est assez longue car on nage en plein brouillard mais, paradoxalement, c’est bien ce qui entretient le suspens. Les personnages marchent sans relâche, errent, s’interrogent. Ceci étant, on finit par tourner en rond – dans tous les sens du terme, d’ailleurs.

Le comportement des personnages semble fort peu crédibles : ils sont puérils, enfantins et Em passe un temps considérable à marteler – dans sa tête – qu’elle est la chef et à se demander pourquoi tel autre a osé prendre des initiatives sans lui parler. C’est rapidement très agaçant. Pourtant, cela sert le réalisme des personnages : ceux-ci semblent être, physiquement, des adolescents de 17 ou 18 ans mais sont tous persuadés d’avoir 12 ans. Leur comportement ressemble donc, peu ou prou, à ce que l’on attend de gamins fort immatures.

Le gros point fort du roman réside dans le fort suspens qui l’empreint : on n’a aucune indication de lieu ni d’époque, et pas plus de psychologie. De plus, c’est Em qui narre l’histoire : aucune information n’est donc apportée par un éventuel narrateur omniscient.
Les personnages, de leur côté, sont vraiment intéressants : ils semblent être séparés en « castes », représentées par les symboles qu’ils ont sur le front (cercle complet, demi-cercle, cercle à crocs, etc.). Il y a là un mystère qui, malheureusement, reste largement sous-exploité. Ainsi, Em est persuadée (comme d’autres personnages) que son cercle lisse ne lui permet pas d’être le chef : pourquoi ? On l’ignore. Et ce volume n’apporte aucune réponse.
De plus, les relations entre eux semblent prendre un chemin qui est certes à la mode en littérature young-adult, mais qui ne me plaît guère : celui du triangle amoureux. Pourtant, là encore, la question n’est pas dénuée d’intérêt. Le cœur d’Em semble balancer entre deux damoiseaux, dont l’un semble posé (mais potentiellement dangereux) tandis que l’autre ne cache en rien sa violence latente. Em doit-elle se rapprocher de celui qui pourrait lui prendre sa place ou bien de celui qui pourrait l’aider ? (Un dilemme auquel Katniss a, elle aussi, été confrontée).

Malgré ces petits points de récrimination, Alive est efficace. Le twist final, par ailleurs, promet une intéressante évolution – dont on espère qu’elle lèvera le voile sur les questions restées en plan. 

The Generations #1, Alive, Scott Sigler. Traduit de l’anglais par Mathilde Montier. Lumen, 2016, 463 p.

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Phobos #2, Victor Dixen.

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Les 12 pionniers de Mars sont prêts à atterrir sur la planète rouge malgré les terribles révélations de Leonor. Entre eux et Serena McBee, un redoutable bras-de-fer s’enclenche. Les pionniers doivent taire ce qu’ils savent et tâcher de faire la lumière sur ce qu’il s’est réellement passé dans l’Habitat n°7. À la clef, rien de moins que leur survie. 

Ce deuxième volet reprend pile là où s’arrêtait le précédent, c’est-à-dire au moment où Leonor mettait ses camarades d’infortune au courant des manipulations de Serena et du degré hautement mortel de leur mission. L’ambiance, à bord, n’est donc pas vraiment au beau fixe.
Comme dans le premier volume, Victor Dixen tisse plusieurs fils dans son intrigue. Tout d’abord, il y a l’intrigue purement science-fictive, liée à l’exploration martienne que doivent mener les prétendants et aux quelques contenus scientifiques que contient leur mission – après tout, puisqu’ils y sont, autant que leur sacrifice serve la recherche. À cela s’ajoute l’intrigue sentimentale : s’ils ont débarqué du vaisseau et cessé les speed-dating, tout n’est pas encore résolu, loin de là. Les adolescents doivent s’apprivoiser, qu’ils se soient choisis ou non. Et la cohabitation va révéler des comportements insoupçonnés, des postures que les vitres du parloir avaient soigneusement cachés. À les voir évoluer enfin tous ensemble (quoique toujours par le prisme du regard de Leonor), on a l’impression de les découvrir un peu plus, mais il semble clair que l’auteur n’a pas encore tout révélé des caractères. Troisième fil : le thriller ! Précédemment, tout se jouait à huis-clos. Vu que, maintenant, les cosmonautes peuvent sortir au grand air (ou presque) sur Mars, on ne peut pas vraiment parler de huis-clos. Mais l’ambiance thriller ne s’est pas perdue en route ! Elle gagne d’ailleurs en puissance et complexité : Serena étant désormais au mieux avec les pouvoirs politiques, il est extrêmement difficile de ne pas frissonner en l’observant comploter ou en pensant aux conséquences de ses manipulations. De ce point de vue-là, l’histoire est d’ailleurs furieusement réaliste – ce qui la rend d’autant plus percutante.

Si le premier tome était axé sur la conquête spatiale, celui-ci va approfondir les relations entre les personnages, ainsi que les diverses manipulations qui les entourent.

Victor Dixen reprend la forme à la fois théâtrale et cinématographique du premier volet : le roman est découpé en cinq actes, eux-mêmes subdivisés selon les trois points de vue que sont le champ (nos astronautes), le contre-champ (Serena, la production, …) et le hors-champ (Andrew, qui poursuit son activité d’électron libre). Le découpage est assez dynamique et bien pensé puisque chaque point de vue permet d’apporter de nouvelles informations ou de nuancer celles que l’on a obtenues précédemment. Pourtant, le rythme n’est pas aussi trépidant que dans le premier volume. Les recherches des astronautes, l’enquête d’Andrew et le double-chantage qui s’opère entre Serena et les jeunes Martiens mettent, en effet, du temps à s’installer et induisent même quelques longueurs dans le texte. Longueurs balayées par les révélations fracassantes qui s’accumulent dans les derniers chapitres, laissant, à nouveau, les lecteurs dans l’incertitude. Force est de reconnaître, d’ailleurs, qu’hormis les quelques révélations finales, l’intrigue ne progresse guère, ce qui renforce l’impression de lire un tome plus indolent que le précédent. Aussi, si les relations entre personnages, le contexte politique et les mystères évoluent, le lecteur n’a, à l’issue de ce deuxième volume, pas grand-chose de plus à se mettre sous la dent.

Malgré tout, on ne s’ennuie pas, tant l’écheveau est complexe. Dès le premier volume, on avait compris que chacun des embarqués avait un gros secret à cacher : Tao est paralysé, Leonor a le dos barré par une abominable cicatrice, Mozart transporte une bille mortelle… chacun, à sa façon, cèle un cadavre qu’il préfèrerait ne pas déterrer. On imagine donc sans peine que les neuf autres sont dans la même situation. Et ça ne rate pas, certains se révèlent dans cet opus et les révélations sont à la hauteur des attentes ! De plus, il y a toujours la question du traître conditionné et embusqué par Serena. Victor Dixen sème autant d’indices que de trouble, il est donc difficile de devenir vers quoi on s’achemine. De fait, le roman fait la part belle aux manipulations : les personnages mentent, trichent, se mentent à eux-mêmes…
Comme dans le premier volume, tout cela permet de mettre au jour une critique des médias et des sociétés où l’apparence prime sur la sincérité. Un sujet toujours d’actualité, semble-t-il.

Ce deuxième volume de Phobos est donc un tome de transition : malgré les longueurs et l’impression que l’intrigue avance à peine, les péripéties sont nombreuses et l’auteur creuse la psychologie de tous ses personnages. La fin propose, à nouveau, un cliffhanger redoutable : vivement donc le troisième (et dernier ?) tome !

◊ Dans la même série : Phobos (1) ;

Phobos, tome 2, Victor Dixen. R. Laffont, 2016, 490 p. 

1869 : La Conquête de l’espace, Le Château des étoiles #2, Alex Alice

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1869. Au nom de Sa Majesté Louis II de Bavière, la conquête des étoiles commence…
Nos héros, qui ont échappé de justesse aux hommes de Bismarck en embarquant dans l’éthernef, voient le château s’éloigner sous leurs yeux au fil de leur montée dans le ciel. Les voici sur le point de prouver leur théorie, franchir le mur de l’éther et découvrir l’espace mystérieux et infini. Une avarie va faire de leur rêve le plus fou une réalité, les forçant à se poser sur la face cachée de la Lune. Si le père de Séraphin fera tout pour les ramener vivants sur Terre, le Roi semble caresser d’autres espoirs tandis que Séraphin, lui, veut en savoir plus sur la disparition de sa mère. La conquête de l’espace s’arrêtera-t-elle à ce premier vol ?

Voilà enfin la suite du Château des étoiles, et quelle suite !
Et c’est un tome plus sombre que le précédent : l’album s’ouvre sur la fuite éperdue de la petite compagnie à bord de l’éthernef, suite à l’attentat raté du traître. Or, rapidement, c’est la panique à bord : l’appareil a été saboté et la compagnie file droit vers la Lune. Après un alunissage en catastrophe, il faut se rendre à l’évidence : survivre sur la face cachée et réparer le vaisseau ne va pas être facile. D’autant que si le père de Séraphin s’échine à ramener tout le monde, le roi semble, lui, plutôt content d’être là et pas particulièrement pressé de rentrer sur Terre… Le suspens est donc de la partie : on se demande s’ils vont survivre, réussir à rentrer, trouver l’éther et contrecarrer les plans de Bismarck. Résultat ? Pas le temps de s’ennuyer !

D’autant que tout est fait pour rendre l’intrigue extrêmement prenante. Les moments de tensions sont subtilement contrebalancés par un humour bien manié et qui fait mouche. Le rythme est excellent : comme la bande-dessinée a été publiée en trois épisodes, on sent les effets de chute de chaque épisode. Et le tout est dynamisé par un découpage inventif et audacieux : découpes astucieuses, doubles-pages, illustrations pleine page… c’est une bande-dessinée variée et riche !

Côté illustrations, on retrouve les aquarelles sublimes qui faisaient le charme du premier volume. C’est onirique, légèrement vaporeux, et les scènes lunaires offrent des panoramas tout simplement grandioses.

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Alors que, dans le premier volume, l’aspect historique prenait le pas sur la science-fiction et le steampunk, ici, c’est l’inverse – exploration de la Lune oblige. En scientifiques accomplis, l’équipe se triture l’esprit pour trouver des solutions, explore, tergiverse et résout au passage des mystères ! Car il faut bien deviner qui avait intérêt à les expédier ad patres sur la Lune sans moyen de retour.

Pour clore la série, Alex Alice offre, à nouveau, un joyeux mélange d’aventures steampunk à la Jules Verne, dans un décor qui rappelle les films d’Hayao Miyazaki, le tout souligné par des illustrations aussi sublimes qu’éclatantes. Si la dernière page de l’aventure se tourne à la fin de cet album, c’est pour mieux nous promettre une suite intitulée Les Chevaliers de Mars. Inutile de préciser qu’on a grand hâte de la découvrir ?

◊ Dans la même série : 1869 : La Conquête de l’espace (1) ;

Le Château des étoiles #2, 1869 : La Conquête de l’espace, Alex Alice.
Rue de Sèvres, septembre 2015, 68 p. 

 

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Phobos #1, Victor Dixen

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Six prétendantes d’un côté. Six prétendants de l’autre. Six minutes pour se rencontrer. L’éternité pour s’aimer. Ils sont six filles et six garçons, dans les deux compartiments séparés d’un même vaisseau spatial. Ils ont six minutes chaque semaine pour se séduire et se choisir, sous l’œil des caméras embarquées. Ils sont les prétendants du programme Genesis, l’émission de speed-dating la plus folle de l’Histoire, destinée à créer la première colonie humaine sur Mars. Léonor, orpheline de dix-huit ans, est l’une des six élues. Elle a signé pour la gloire. Elle a signé pour l’amour. Elle a signé pour un aller sans retour. Même si le rêve vire au cauchemar, il est trop tard pour regretter.

Mars la rouge fait toujours rêver les hommes. Et depuis que la NASA a été rachetée par un fonds d’investissement privé qui a de quoi envoyer une mission, tous les regards sont tournés vers la voisine de la Terre. Envoyer des astronautes ? Trop ennuyeux et pas assez rentable ! Atlas, le fond d’investissement, transforme la mission en voyage sentimental doublé d’un jeu de télé-réalité.
Sauf que… rapidement, on s’aperçoit que la mission est peut-être salement compromise.

Victor Dixen joue donc sur plusieurs tableaux : il y a l’intrigue purement science-fictive (la mission d’exploration), à laquelle s’ajoutent l’intrigue sentimentale (avec le speed dating) et le huis-clos. La forme du roman est extrêmement intéressante, puisque l’auteur a choisi plusieurs points vue non pas conditionnés par les personnages mais par l’angle de vue choisi. Ainsi, on déambule dans le «Champ» (globalement dans le vaisseau, ce que voient les téléspectateurs), le «Contre-champ» (les coulisses de la production) et le «Hors-champ» (les tribulations d’un électron libre ou tout ce qui pourrait nous intéresser en étant dans aucun des champs précédents). Cette découpe très cinématographique permet d’opposer nettement la «réalité» perçue par les acteurs du jeu et les téléspectateurs, à la véritable réalité, celle, sans fards, des coulisses de la production. Et autant dire de suite que l’affaire n’est pas bien rose.

On ne tarde pas à découvrir les tenants et aboutissants du complot. Mais le suspens surgit du fait que nos protagonistes, eux, n’en savent strictement rien… alors on se ronge les sangs en se demandant quand, au juste, ils vont mettre le doigt sur le problème ! Heureusement, il n’y a pas que le complot à se mettre sous la dent. Dans le vaisseau, on suit essentiellement Léonor, chez les filles. Léonor cache un gros secret qui pourrait remettre en cause les résultats du speed-dating. Or il semblerait que chaque candidat a été choisi en fonction du gros secret qu’il dissimule… et à la fin du volume, ils n’ont pas tous été levés, ce qui laisse présager d’intéressantes révélations pour la suite !

Côté personnages, on jongle avec un grand nombre de figures. Dans le vaisseau, il y a pas moins de 12 apprentis astronautes ! Mais c’est Léonor qui raconte cette partie de l’aventure, cristallisant le point de vue chez les filles – ça manque d’un angle de vue chez les garçons, d’ailleurs. Léonor a une personnalité riche : son côté piquant n’est pas désagréable et comme elle est lucide sur ce qu’est réellement une télé-réalité, on profite de ses analyses fines et caustiques. Oui, car le roman est aussi prétexte à dénoncer ce qu’on nous fait avaler pour de la réalité, quand ce n’est que de la manipulation d’image… studios de production et médias sont aimablement mis à mal ici !

Des points négatifs ? Eh oui, malheureusement. D’une part, si le suspense est présent, le complot est assez classique : on n’est donc pas particulièrement surpris de ce côté-là. Heureusement, c’est bien mis en scène, ce qui fait qu’on passe rapidement outre. Plus agaçant : le style didactique. On le ressent notamment dans les paroles de Serena, la productrice, qui a coutume de s’adresser à ses co-comploteurs… en leur expliquant le complot par le menu. Quitte à citer, nom, prénom et fonctions inclus les participants, ou à redémontrer par A+B les différentes étapes. Alors, certes, c’est parfait pour le lecteur. En revanche, niveau vraisemblance, on repassera… ce n’est pas du tout naturel et ça sent bien trop l’exposé pour être crédible, ce qui est bien dommage. Heureusement (bis !), cela ne concerne guère plus que quelques tirades : juste assez pour être noté, pas suffisamment pour avoir envie d’utiliser le livre comme cale-porte : c’est plutôt bon signe !

Ce premier volume de Phobos se présente donc sous les meilleurs augures : l’intrigue est bien menée, les différentes strates sont vraiment intéressantes et les personnages variés. Le mélange de science-fiction et de thriller psychologique en huis-clos fonctionne à merveille et offre une intrigue pleine de suspens. La fin, de plus, nous laisse avec une foule d’interrogations dont on a hâte de découvrir les réponses. Bonne découverte, donc !

◊ Dans la même série : Phobos (2) ;

Phobos #1, Victor Dixen. R. Laffont, 2015, 432 p.

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