La Musique du silence, Patrick Rothfuss.

Rares sont ceux qui connaissent l’existence du Sous-Monde, une toile brisée d’anciennes galeries et de pièces laissées à l’abandon qui s’étend dans les profondeurs de l’Université.
Protégée par ce labyrinthe sinueux, confortablement installée au cœur même de ces lieux désolés, vit une étrange jeune femme.
Le silence et les ténèbres semblent être ses seuls compagnons sur le chemin qu’elle se fraie dans cet univers souterrain. À moins qu’elle ne perçoive autre chose. Comme une complainte des oubliés, mêlant douceur et amertume à son existence…
Son nom est Auri. Et sa vie est peuplée de mystères.
Parmi les nombreuses rencontres de Kvothe, la plus attachante est sans nul doute celle d’Auri. Cette jeune femme, au caractère à la fois sauvage, enfantin et précieux, reste voilée de mystère. Le regard qu’elle porte sur le monde semble percevoir bien plus que celui du commun des mortels. Bientôt elle reverra Kvothe et il faudra lui offrir un présent. Il est temps de se mettre en quête.

Lorsque j’ai terminé le premier tome de Chronique du tueur de roi, je me souviens très bien avoir traversé une brève période d’intense déprime livresque, sur le mode « Jamais plus je ne lirai un livre aussi bien ». Fatalement, j’étais donc assez curieuse de tout ce que pouvait publier l’auteur dans son univers, même si l’attente du troisième tome commence à se faire bien longue… Bref, quoi de mieux, pour patienter, qu’une petite incursion dans son spin-off consacré à Auri, un personnage secondaire pour lequel j’ai eu, dès le départ, une grande affection ?

Le roman débute par un avertissement de l’auteur au lecteur dans lequel il avance deux choses : d’une part, pour un lecteur qui n’aurait pas lu Chronique du tueur de roi, il déconseille la lecture de cette novella ; d’autre part, il avertit que ce n’est pas la peine d’attendre un texte sur Kvothe, car ce n’en est pas un. Et cet avertissement n’est pas superflu !

En effet, le seul personnage que l’on suit au fil des chapitres est Auri, qui erre et vit dans le Sous-Monde, sur le territoire de l’université. Le récit se déroule entre deux rencontres avec Kvothe, sur le monde du compte à rebours. En effet, Kvothe sera présent au septième jour, et Auri tient absolument à lui offrir un présent, un objet sans pareil. Cette échéance sans cesse rappelée rythme à merveille le récit.

Celui-ci est assez particulier, aussi bien en terme de récit, qu’en terme de fantasy. En effet, Patrick Rothfuss casse tous les codes : il n’y a qu’un seul personnage, Auri. Pas de dialogue, hormis les monologues intérieurs de la jeune femme. Et il y en a ! Car Auri semble souffrir d’une compulsion, qui la pousse à arpenter sans cesse le Sous-Monde, afin de trouver à chaque objet sa juste place. Cela peut sembler étrange et, d’une certaine manière, ça l’est. Mais une fois dans le Sous-Monde, il y a une vraie logique à ce qui se déroule. En tout cas, je me suis laissée complètement embarquer par les petites marottes d’Auri.

Si vous avez suivi, il n’y a donc pas non plus d’intrigue à proprement parler : pas d’enjeux supérieurs (hormis trouver un présent pour Kvothe), pas de complot, pas de grand plan à suivre. Pourtant il y a du suspense : au fil des chapitres, je me suis surprise à me demander si Auri allait trouver ce qu’elle cherchait, et si elle allait résoudre sa quête du lieu parfait pour ses objets.
Hormis cette incessante quête, il n’y a pas non plus d’action, hormis une épique scène de fabrication de savon, durant laquelle l’alchimie – que Kvothe étudie à l’université et qu’Auri a autrefois pratiquée – est brièvement citée. Donc on ne découvre absolument pas la jeunesse ou la vie d’Auri à l’université !

Malgré tout ce qu’on pourrait envisager comme des handicaps (pas d’intrigue, pas de magie, pas d’action), j’ai trouvé le récit fascinant. D’une part parce qu’il creuse un peu l’univers déployé dans Chronique du tueur de roi. D’autre part parce que Patrick Rothfuss change complètement de style d’écriture pour cette nouvelle voix. Plus centrée sur les détails, l’importance du moment présent, la voix d’Auri est aussi nettement plus poétique. C’est ce qui fait que je me suis laissée subjuguer par ce court récit.

Celui-ci est rythmé par des illustrations de Marc Simonetti, qui donne à voir le sous-monde, mais auxquelles la version numérique ne rend absolument pas justice.

En bref, une excellente découverte. Et pourtant, on peut dire que le récit ne partait pas sous les meilleurs auspices, puisqu’il ne fait rien de ce qu’il était supposé faire. On n’apprend rien sur Auri ; il n’y a pas tellement d’intrigue, ou d’action, très peu de dialogues. Et pourtant, la novella s’avère extrêmement prenante, sans doute en raison de la poésie qui se dégage des pensées et du mode de vie d’Auri. Je ne regrette donc pas d’avoir enfin lu cette novella… et j’attends d’autant plus impatiemment le tome 3 de la série-mère !

◊ Dans le même univers : Le Nom du vent (1) ; La Peur du sage, première partie ; La Peur du sage, seconde partie ;

La Musique du silence, Patrick Rothfuss. Illustrations de Marc Simonetti.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Colette Carrière. Bragelonne, novembre 2014, 168 p.

La Mort ou la Gloire, Wyld #1, Nicholas Eames.

Clay Cooper et ses hommes étaient jadis les meilleurs des meilleurs, la bande de mercenaires la plus crainte et la plus renommée de ce côté-ci des Terres du Wyld – de véritables stars adulées de leurs fans. Pourtant leurs jours de gloire sont loin. Les redoutables guerriers se sont perdus de vue. Ils ont vieilli, se sont épaissis et ont abusé de la bouteille – pas forcément dans cet ordre, d’ailleurs.
Mais un jour, un ancien compagnon se présente à la porte de Clay et le supplie de l’aider à sauver sa fille, prisonnière d’une cité assiégée par une horde de monstres sanguinaires. Même si cela revient à se lancer dans une mission que seuls les plus braves et les plus inconscients seraient capables d’accepter. Le temps est venu de reformer le groupe… et de repartir en tournée.

Quand j’ai tourné la dernière page de ce roman (en fin d’année dernière, en majorité durant un voyage épique – de 12h…- en train), je me suis dit que cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman de fantasy aussi déjanté, marrant et bien mené !

Premier point qui m’a éminemment plu : la bande de guerriers que l’on suit. Alors qu’on a l’habitude, en fantasy, de côtoyer des guerriers fringants, on a là affaire à une roquebande (une bande de mercenaires) de vieux croulants. La gloire de Saga est loin derrière les membres qui la composent et ceux-ci n’ont pas tous hyper bien veilli. On est donc plus dans l’ambiance arthrose et tours de rein que dans la fringance. Et ça fonctionne vraiment super bien, en plus de changer un peu des poncifs du genre.
Pourtant, c’est aussi au chapitre des personnages que se situe mon seul point de râlerie. Franchement, ça manque de personnages féminins ! Alors, pour être honnête, il y en a. Mais bouh, il y avait une réduction sur les clichés ou bien ? Hormis Jane qui tire son épingle du lot (mais n’est pas follement présente), les autres sont caricaturales à souhait : prenez les méchantes Disney et vous aurez une petite idée de ce à quoi on a affaire côté gent féminine. J’espère que le tome 2 est un peu mieux loti de ce point de vue-là …

Hormis ce point-là, je dois quand même reconnaître que je me suis bien amusée dans cette lecture. Déjà parce que le roman ressemble à un album de métal ou de hard-rock. Les bandes de mercenaires sont appelées des roquebandes, elles sont cornaquées par des managers qui leur organisent des tournées triomphales. Elles sont pourvues de bardes qui chantent leurs mérites (et meurent plus souvent qu’à leur tour) et, une fois par an, elles se retrouvent dans un immense festival, simplement appelé… La Route du Roque. C’est vraiment cet aspect qui donne à l’intrigue tout son sel. Soyons honnêtes, en dehors de cela, on est plutôt dans de la fantasy hyper classique, avec un récit très linéaire, agréablement rythmé par ce qu’il faut de scènes d’actions, de descriptions et de moments plus calmes. Rien de neuf sous le soleil, mais l’ambiance générale donne vraiment l’impression que l’auteur a su faire du neuf avec du vieux – et qu’il a fait ça bien, en plus. Il aligne moult créatures classiques comme plus originales (les druines, par exemple, des hommes aux oreilles de lapin qui, malgré cela, font preuve d’une certaine classe) et un mélange entre univers médiéval (on se bat à l’épée, on circule à cheval ou en chariot) et aspects plus novateurs (comme des vaisseaux se déplaçant avec des moteurs assez spécifiques).

« Pourquoi êtes-vous venus à Kaladar ? demanda Gabriel. Pour exhiber vos peintures faciales ? Vos nouveaux tatouages ? Vos cheveux teints ? Ou êtes-vous venus pour trouver autre chose ? Une roquebande ? Un manager ? La célébrité ? La gloire, peut-être ?
En entendant le mot « gloire », Clay eut l’impression qu’on soufflait sur les braises qui lui brûlaient le ventre. Quelle importance s’il était vieux ? S’il était fatigué ? S’il s’était rassasié plus souvent qu’à son tour en buvant au calice de la victoire et de la renommée ? Un guerrier entendant le mot « gloire » était comme un chien entendant le mot « promenade » : il se mettait aussitôt à remuer la queue.»

Il faut également noter que le rythme des péripéties est particulièrement enlevé, l’auteur n’hésitant pas à jeter ses personnages dans des situations toutes plus improbables les unes que les autres. À certains endroits, je me suis demandé si je n’étais pas en train de suivre une partie de jeu de rôle, tant j’avais l’impression d’une part, d’être remise entre les mains d’un maître du jeu machiavélique et, d’autre part, de subir des décisions prises au dé.  Mais aussi incroyable cela puisse-t-il paraître, cela fonctionne parfaitement ainsi. Le côté exagéré de certaines péripéties colle parfaitement à l’ambiance générale.

Celle-ci, malgré le tragique de la quête (les mercenaires partent quand même traverser une forêt dangereuse pour tenter d’enrayer un siège…), fait la part belle à l’humour. Les réparties cinglantes fusent et certains personnages, malgré une vraie profondeur, assurent le côté comique de l’entreprise (le sorcier Moog, pour ne citer que lui. Même s’il est tout entier accaparé par sa recherche d’un remède à une maladie dégénérative, c’est difficile de s’ennuyer avec lui).

« Admire ! Les Silk Arrows ! Comme tu peux le voir, j’ai vachement recruté. Au fait, t’as vraiment une sale gueule. Qu’est-ce qui t’est arrivé à la tronche ?
Clay haussa les épaules.
– Je suis né comme ça.
– Ta mère gardait une hache entre les jambes ? L’idée est intéressante. ça tiendrait les mecs à distance.
Barrett éclata de rire.
– Je l’aime bien, cette môme, dit-il.»

Nos personnages n’étant plus de toute première fraîcheur, ils croisent fatalement des roquebandes un peu plus gaillardes et pleines d’allant, ce qui ne manque pas d’occasionner quelques affrontements mi-bon enfant, mi-prétentieux. Évidemment, c’était mieux avant, du temps de Saga et des autres roquebandes légendaires, lorsque les mercenaires partaient la fleur à la flamberge tatanner du monstre dans le Coeur du Wyld. Les petits jeunes d’aujourd’hui se contentent d’affronter des monstres sous-alimentés dans des arènes gigantesques (dont l’entrée est évidemment payante). Sous couvert d’action trépidantes et de bastons interminables, il y a donc quelques petites réflexions qui affleurent, comme ça, et c’est bien agréable.

Bonne découverte, donc, que ce début de saga. J’ai aimé suivre des personnages vieillissants avec les aléas que cela implique (genoux qui craquent, dos qui se bloquent en plein combat), embarqués dans une quête héroïque et complètement désespérée. Malgré le classicisme de l’ensemble, l’intrigue qui ressemble à la tournée d’un groupe de hard rock, les péripéties façon jeu de rôle et l’humour bien présent rendent le tout hyper prenant. Mon seul regret tiendra aux personnages féminins que j’ai trouvés assez mauvais dans l’ensemble, l’auteur ayant manifestement privilégié l’option « méchantes Disney », ce qui est un peu dommage. Hormis cet aspect du roman, j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui a, en outre, le bon goût de proposer une véritable fin.

Wyld #1 : La Mort ou la Gloire, Nicholas Eames. Traduit de l’anglais (Canada) par Olivier Debernard.
Bragelonne, octobre 2019, 576 p.

Point bonus : il y a une playlist créée par l’auteur pour accompagner le roman !

Red Flag, Feed #3, Mira Grant.

2041, Amérique post-zombie. La cabale secrète qui détient le pouvoir dans l’ombre se porte bien. On ne peut pas en dire autant des blogueurs qui ont osé révéler la vérité à la population. À peine sortis des griffes de leurs ennemis, Shaun Mason et son équipe sont de nouveau sur le sentier de la guerre. Le temps leur est compté, et les obstacles s’avèrent nombreux : une meute de savants fous, une administration politique corrompue et même un ours zombie. Une chose est sûre, dans l’Amérique d’après le Jour des Morts : la situation peut toujours empirer.

C’est plutôt rare que j’enchaîne les tomes de séries mais une fois n’est pas coutume, je n’ai pas fait de pause entre les deux derniers volumes de la série.
A l’issue de ce tome 3, avec lequel j’ai passé un bon moment, je dois quand même reconnaître que le premier restera dans ma mémoire comme le meilleur de la trilogie.

Attention, il y a des spoilers dans cette chronique. La conclusion est sûre !

Alors qu’un an s’était écoulé entre les deux premiers tomes, celui-ci reprend immédiatement après la fin du tome 2 (lequel finissait, en plus, sur un cliffhanger pas possible). Dans le tome précédent, je n’avais pas toujours trouvé Shaun hyper convaincant comme narrateur. Cette fois, l’autrice a choisi une narration alternée entre Georgia et Shaun, qui amène un certain suspense et fonctionne plutôt bien. Du moins jusqu’à ce que les personnages soient réunis. Car là, il y a eu à mon goût trop de scènes répétitives. Je vois bien l’intérêt de montrer de part et d’autre comment sont perçus les événements, mais répéter au mot près sans grand ajout (hormis quelques verbes d’incise) la scène lue précédemment n’est pas hyper passionnant. Pire, il y a même une scène où il ne se passe pas la même chose… Alors que l’une dit qu’un personnage tiers lui « tend les mains », l’autre narrateur parle carrément d’une chaleureuse accolade. On n’est pas exactement sur le même registre.
De fait, les répétitions m’ont un peu gênée dans ce volume. Car il y a en a également dans les explications. Or, celles-ci ne sont pas toujours très complètes – ou convaincantes – et ce n’est pas en les répétant mot pour mot que cela les rend meilleures. J’avais l’impression de retrouver ma prof de maths de seconde qui, à une demande de réexplication d’un point, répétait inlassablement les mêmes phrases. Spoiler alert : ça ne fonctionne pas dans la vraie vie, dans les livres non plus.
Par ailleurs, il faut reconnaître que les voix des personnages sont parfaitement indissociables. Ce qui fait qu’à partir de la réunion, le nom du narrateur apparaît subitement en haut des chapitres. C’est certes pratique… mais un peu artificiel – et c’est dommage.

J’ai également regretté que les personnages les plus détaillés soient Shaun et Georgia, car les personnages secondaires valent vraiment le coup. Vraiment, j’aurais adoré qu’Alaric, Maggie, Mahir et Becks (même si elle devient caricaturale sur la fin) prennent un poil plus de place dans la narration car à de nombreux moments, je les ai trouvés nettement plus passionnants que le duo de tête.

Autre point qui m’a quelque peu désappointée, c’est le tour pris par l’intrigue. J’avais adoré le premier tome, dont l’intrigue était très politique. Cet aspect était clairement estompé dans le deuxième et là… il est pour ainsi dire absent. Plus l’on avance dans la trilogie, plus l’on tourne vers une conspiration mondiale orchestrée par de mauvaises personnes, pour de mauvaises raisons, et que nos personnages vont tâcher de faire tomber. Or, ce n’est pas follement réaliste. Certes, le CCPM maîtrise le clonage. Autant je vois l’utilité de dépenser des mille et des cents pour cloner la Première Dame et faire ainsi pression sur le Président, autant cloner une blogueuse, certes renommée, j’ai un peu plus de mal à adhérer. Georgia est-elle si influente que cela ? On lit certes des extraits des blogs de toute l’équipe, mais le fait que la narration se fasse en première personne, par les protagonistes eux-mêmes, nous empêche de savoir ce qu’en pense leurs lecteurs et donc de se faire une idée de la réelle influence du personnage. D’où une certaine circonspection de ma part quant au plan hautement machiavélique du CCPM.

« Vous vous souvenez de ce que j’ai dit à propos des moustiques ?
– Quelle partie ? demanda Maggie. La partie qui fait peur, celle qui fait très peur, la partie proprement terrifiante, ou celle qui donne envie de se suicider en se disant qu’après tout c’est une chouette idée pour passer la soirée ? »

Malgré tout cela, j’ai quand même passé un très bon moment de lecture, car il faut reconnaître à l’autrice une plume entraînante et un bon dosage entre les rebondissements. C’est assez difficile de s’ennuyer, car les péripéties s’enchaînent à bon train. Le style est hyper fluide, ce qui fait que j’ai enchaîné les chapitres sans barguigner. Pour mon plus grand plaisir, il y a un peu plus de combats contre des zombies que dans le volume précédent, ce qui induit des scènes très rythmées. Comme dans les aventures précédentes, il y a de l’humour, un brin de cynisme et des réparties cinglantes qui portent le récit.
Pour l’anecdote, j’ai quand même halluciné devant les quantités industrielles de Coca qu’ils ingurgitent au fil des chapitres (une cannette minimum par chapitre quand même). À leur place, plus que les zombies, je pense que je craindrais plus l’hyperglycémie et les dommages sur les organes internes…

Des trois tomes, ce sera donc celui que j’ai le moins aimé, essentiellement à cause de la transformation de l’intrigue, très politique et réfléchie du départ, à une sorte de récit block-buster qui ne nécessite pas vraiment de s’interroger sur les conséquences de ce qu’il se passe. Néanmoins, le rythme reste très prenant, ce qui rend le récit palpitant et permet d’oublier que l’intrigue est nettement moins bien construite que dans le début de la série. Malgré tout, c’est quand même une série que je recommande, d’une part parce que c’est fun, d’autre part parce que, vraiment, le début est génialissime et vaut le coup d’être lu !

◊ Dans la même série : Feed (1) ; Deadline (2).

Feed #3 : Red Flag, Mira Grant. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Benoît Domis.
Bragelonne, janvier 2014, 501 p.

Deadline, Feed #2, Mira Grant.

Shaun Mason est un homme à la dérive. Même le site d’information qu’il a construit avec sa sœur Georgia n’exerce plus le même attrait. Et jouer avec les morts-vivants ne semble tout simplement plus aussi amusant quand on a tant perdu.
Mais quand une chercheuse du CCPM simule sa propre mort et apparaît sur le pas de sa porte avec une horde de zombies affamés sur les talons, Shaun est soulagé de trouver un nouveau but à sa vie. Parce qu’elle apporte des nouvelles : le monstre qui est responsable de la mort de Georgia a peut-être été détruit, mais le complot est loin d’être enterré.
Shaun est bien décidé à découvrir la vérité, au bout d’un fusil s’il le faut.

Attention, cette chronique contient des spoilers sur le tome 1.

J’avais eu un énorme coup de coeur en lisant le premier volet de cette trilogie, Feed (et qui pouvait se lire indépendamment du reste. L’inverse n’est pas vrai). J’avais bien envie d’une petite histoire de zombies, donc je me suis dit qu’il était temps de lire la suite de cette trilogie. Même si au cours de ma lecture, je me suis plusieurs fois interrogée sur le choix judicieux de lire un roman de zombies… en pleine pandémie, tant les réflexions sur la santé (catastrophique) du milieu hospitalier entraient en résonance avec la réalité.

Le Jour des Morts a anéanti la communauté médicale. Les médecins et infirmières qui se trouvaient en première ligne ont subi l’infection de plein fouet, plongeant les hôpitaux du monde entier dans une grave situation de sous-effectif, même après que les premières batailles contre les zombies ont été livrées et, en théorie, gagnées. Je dis « en théorie », parce que j’ai du mal à considérer comme une victoire un conflit ayant fait autant de victimes.

Je me souvenais particulièrement bien de la fin (insoutenable !) du premier tome, ce qui m’a grandement aidée dans cette reprise. Cette fois, le narrateur est Shaun. Mais pas le Shaun baroudeur et tête brûlée que l’on a rencontrée dans le tome précédent. Shaun est au bout du rouleau, a quitté les irwins pour prendre la direction du site et… parle à sa sœur morte (l’année précédente) à longueur de journée. Heureusement, il ne faut pas longtemps pour qu’un complot mondial lui tombe dessus, ce qui lui redonne un peau de baume au coeur.
D’un strict point de vue narratif, j’avais préféré Georgia ; Shaun est moins convaincant, d’une part parce que ses sautes de génies viennent souvent de son dialogue intérieur avec sa sœur (ce qui n’est pas toujours très crédible), d’autre part parce que…. eh bien parce qu’il me sortait par les trous de nez avec sa violence permanente. Je pense qu’à la place de ses collègues, le holster m’aurait quelque peu démangée !

Le récit est d’ailleurs centré autour de quelques personnages, parmi lesquels beaucoup de rédacteurs et rédactrices du site – dont je ne me souviens pas vraiment s’ils étaient présents au tome 1. L’étaient-ils ? Dans la mesure où c’est toujours Shaun qui parle (et qu’il est handicapé des relations sociales), les portraits de ses collègues sont assez vite brossés, souvent en s’appuyant sur leurs fonctions au sein du site (rédacteurs, irwins ou bardes). C’est au début un peu schématique, mais cela s’améliore au fil des pages – et j’espère recroiser certaines têtes dans le tome 3. L’autrice réintroduit également des personnages secondaires croisés ou évoqués dans le tome 1, comme les Dr Joseph Wynne et Kelly Connolly du CCPM (l’institut qui chapeaute toutes les histoires de zombies), plus adaptés au monde médical et scientifique qui prend ici toute la place.

L’intrigue est donc assez logiquement dans la droite lignée de la précédente – sauf que, cette fois, on sait bien plus vite qu’il se trame des choses très louches. Toutefois, on quitte la sphère politique pour la sphère purement scientifique, puisqu’il est essentiellement question des recherches qui sont menées (ou, justement, ne le sont pas) sur le virus Kellis-Amberlee. Si on retrouve le mélange entre enquête et rebondissements à base de zombies, j’ai trouvé ceux-ci nettement moins présents que dans le premier opus. Les confrontations sont rares et brèves, ce qui induit un peu moins de suspense. Malgré tout, le rythme est présent, car si les rencontres sont moins présentes, elles ne sont pas moins stressantes. Et puis il faut dire que le complot, même quand on commence vaguement à le discerner, est un brin stressant aussi.

– Pourquoi est-ce que les trous du cul dans votre genre se sentent toujours obligés de balancer leurs plans diaboliques aux médias avant de nous éliminer ? demanda Becks. (Elle semblait d’un calme olympien. Je n’avais jamais été aussi fier d’elle.) C’est une exigence de votre syndicat, ou quoi ?

L’autre point qui m’a un peu gênée, c’est que j’ai trouvé l’intrigue parfois un brin confuse. Ainsi, les personnages ont des raisonnements logiques… dont la logique m’a parfois échappé (exemple type : aller directement chez les bad guys, en se présentant poliment à l’entrée, pour enquêter sous leur nez). Dans le même ordre d’idées, ils arrivent parfois à des conclusions alors que j’avais l’impression que le raisonnement n’avait pas encore démarré. Cela reste globalement à la marge, mais cela m’a donné l’impression que le tome était un poil moins efficace que le précédent. Heureusement, l’ensemble est plutôt bien mené et l’idée du complot bien trouvée. De plus, la dernière partie retrouve l’allant qu’il y avait dans le tome 1 en nous offrant rebondissements incroyables, retournements de situations improbables (mais bien amenés) et une tension très appréciable. Le roman met du temps à démarrer, mais quelle fin ! Car l’autrice a de nouveau ménagé un (double !) cliffhanger incroyable – et je suis ravie d’avoir déjà le tome 3 sous la main. Ce n’est pas possible de rester sur une telle conclusion !!

Départ mitigé donc, mais une fin à la hauteur de mes attentes. Si j’ai regretté que l’intrigue quitte la sphère politique pour les sciences et la médecine, l’autrice a su rendre l’ensemble intéressant, malgré un cheminement parfois un peu confus. Heureusement, la dernière partie, qui retrouve le niveau d’efficacité du tome 1, s’avère particulièrement palpitante. D’autant qu’elle conclut de nouveau sur un retournement de situation qui laisse sur des charbons ardents !

◊ Dans la même série : Feed (1) ;

Feed #2 : Deadline, Mira Grant. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Benoît Domis.
Bragelonne, 2013, 498 p.