L’Enfant du Cerf, Shikanoko #1, Lian Hearn.

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Laissé pour mort dans la montagne, le jeune Shikanoko trouve refuge chez un sorcier qui lui fabrique un masque aux immenses pouvoirs magiques. Il devient «l’Enfant du Cerf». Il parlera aux fantômes et aux esprits protecteurs, il apprendra des hommes et des femmes les plus puissants, il connaîtra le raffinement, l’amour et les sentiments les plus purs, mais aussi la bestialité, la cruauté et les machinations politiques…

Il y a quinze ans, je découvrais avec un immense plaisir la série Le Clan des Otori de Lian Hearn. Et, cette année, la voici qui revient aux sources avec une nouvelle tétralogie se déroulant dans le même univers, mais des années avant les événements narrés dans Le Clan des Otori. 

On y découvre deux frères poussés à la mésentente définitive par leur père et un jeune garçon laissé pour mort, à qui un sorcier offre un masque magique, créé à partir d’un crâne de cerf – et les pouvoirs divinatoires qui vont avec. À partir de là, les ennuis de celui que l’on appelle désormais Shikanoko ne font que commencer, car il sera (à terme) pris dans la guerre fratricide des deux frères qui ouvraient le récit.
Celui-ci est marqué par une grande variété de personnages – mais non un grand nombre ! Ne vous laissez pas effrayer par l’index des personnages en début d’ouvrage, qui s’étale sur pas moins de quatre pages : en effet, il présente les personnages de l’ensemble de la tétralogie – évitez, d’ailleurs, de tout lire, car cet index contient de méchants spoilers !
Mais revenons aux personnages. On s’attache, tour à tour, à certains d’entre eux, même si Shikanoko nous occupe la plupart du temps.

Et, grâce à eux, on découvre un univers perclus de petits clans qui se font la guerre pour reprendre des terres, des demeures, assurer l’honneur d’une famille à laquelle on est vaguement apparié par mariage (et sans tenir compte de l’avis de la femme qui amène le domaine dans sa dot, évidemment) ou tout simplement par ambition politique. Un univers également empreint de magie, de pouvoirs incroyables et d’histoires tout aussi fantastique. On croise donc moult sorciers et devineresses, et les puissants n’hésitent pas à avoir recours à la magie pour asseoir leur position. Fantasy et Japon médiéval se marient à merveille dans ce récit.

Pour ceux qui s’inquiéteraient de n’avoir pas lu Le Clan des Otori, pas de panique : comme il s’agit d’une préquelle, on n’est jamais perdus. De fait, les seuls points communs (jusque-là), sont les noms de lieux : ainsi, on cite une fois la famille Maruyama, un des piliers de l’autre série, mais c’est à peu près tout.
Si le départ de l’histoire peut sembler un peu long, c’est parce que l’ambiance vient s’installer doucement mais tranquillement. Une ambiance faite de magie, donc, mais aussi de complots politiques et personnels. Ce qui fait que l’on ne s’ennuie guère à la lecture du récit ! Et plus l’on court vers la fin, plus la tension grimpe dangereusement. D’ailleurs, le roman s’achève sur une conclusion au goût plutôt amer et de nombreuses questions : la suite est donc d’ores et déjà attendue avec impatience !

Si L’Enfant du Cerf est une préquelle à l’histoire des Otori, elle est lisible tout à fait indépendamment de l’autre série. Pourtant, comme dans Le Clan des Otori, Lian Hearn nous embarque dans un univers épique, empreint de magie et de poésie, que l’on redécouvre avec grand plaisir, en cédant à la fascination qu’exercent sur nous récit et personnages. Une excellente découverte !

 Shikanoko #1, L’Enfant du Cerf, Lian Hearn. Traduit de l’anglais par Philippe Giraudon.
Gallimard (Jeunesse), janvier 2017, 336 p.

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Bride Stories #6-7, Kaoru Mori

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La vie poursuit son cours. Mais le clan d’Amir n’a toujours pas renoncé à récupérer la jeune femme. Voilà que sa famille s’allie au clan Berdan, lui-même allié des Russes, afin de raser le village… et récupérer Amir afin de la remarier. Azher, le frère d’Amir et Joruk, son cousin, sont chargés d’une partie des opérations…

Voilà un tome bien plus sombre ! En effet, la famille d’Amir refait son apparition suite à l’enlèvement raté. Cette fois, ils ont sorti l’artillerie lourde et sont bien décidés à raser le village des Eyhon. Après la pause légère et pleine d’humour du cinquième tome, on reprend les choses sérieuses. D’autant que la situation est critique : les Berdan sont associés aux Russes et lourdement armés. Chez les Hargal, la décision ne fait pas consensus. Azher, le frère aîné d’Amir (et potentiel héritier) n’approuve pas la manœuvre de son père. Aidé des cousins Joruk et Baimat, il va tenter d’inverser la tendance.

L’intrigue développée ici ré-inscrit la série dans le contexte géopolitique de l’époque, dont quelques mots avaient été touchés précédemment – puisque l’on sait que certains clans ont été approchés par des Russes gourmands de territoires. De plus, malgré une apparente entente cordiale, on s’aperçoit assez vite que les clans sont tous à couteaux tirés – ce que les Hargal apprennent à leurs dépens. Et comme l’essentiel de l’intrigue consiste en batailles épiques contre l’envahisseur, adrénaline et suspens sont au rendez-vous !

Le dessin fait donc la part belle aux actions, cavalcades en tous sens, avec un souci du détail toujours aussi appréciable. C’est superbe !

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Cette fois, on quitte le village des Eyhon et l’on reprend la route avec Smith. Celui-ci est en Perse (actuel Irak) et fait étape dans la demeure d’un riche jeune homme. Smith est un peu surpris… Leur hôte est marié… mais son épouse parfaitement invisible. Ali lui explique que les femmes ne se montrent pas en dehors de leur famille.
Anis, l’épouse, mène de son côté une vie assez solitaire, s’occupant de son jeune fils, de son jardin, de ses quelques animaux domestiques. La nourrice, Mahfi, finit par l’emmener au hammam public… de nouveaux horizons s’ouvrent pour Anis !

Et nous revoilà avec un tome de transition, un petit hors-série dans l’histoire de Karluk et Amir, l’occasion de découvrir encore une nouvelle coutume autour du mariage en Asie Mineure. Il y a plusieurs choses abordées dans ce tome. D’une part, le statut des femmes, qui correspond ici bien plus à ce que l’on connaît des états du Moyen-Orient : la femme reste cachée au sein de la maison ou sous un voile intégral. Kaoru Mori perce le mystère féminin et nous fait découvrir un haut lieu de socialisation pour les femmes : le hammam, où elles sont libres de dire et faire ce qu’elles veulent, loin du regard inquisiteur des hommes – qui sont tout de même présentés sous un très bon jour dans cette aventure, il faut le reconnaître !
Au hammam, Anis va faire la rencontre d’une autre jeune mère, Shirin, dont elle souhaite rapidement devenir la sœur conjointe. Les sœurs conjointes étaient, en somme, les meilleures et plus proches amies du monde. A ceci près que la relation était entérinée par une cérémonie similaire à un mariage, entre les deux femmes, tenues à des droits et des devoirs envers leur conjointe. Le volume est extrêmement instructif et les relations entre les personnages (entre Anis et Shirin, ou entre Anis et son mari), mises en scène de façon très touchante.

Côté dessin, le trait de Kaoru Mori s’est un peu affiné – en témoigne la silhouette longiligne d’Anis qui s’affiche sur la couverture mais l’ensemble est toujours aussi fouillé. Le cadre est également très reposant : on passe des jardins  d’Anis au hamman, extrêmement détaillés. C’est tout simplement sublime !
Et le rythme n’est pas en reste : il y a du suspens, l’histoire est dynamique et les rebondissements surprenants. Impossible de s’ennuyer !

Le dernier tome en date de Bride Stories nous propose une petite parenthèse enchantée dans l’histoire d’Amir et Karluk… qu’on a évidemment hâte de retrouver !

 

◊ Dans la même série : tomes 1 à 3 ; tomes 4 et 5 ;

Bride Stories #6 et #7, Kaoru Mori. Traduit du japonais par Yohan Leclerc. 
Ki-oon, mars 2014, 190 p. et août 2015, 191 p.