Dix jours avant la fin du monde, Manon Fargetton.

France, dans les années 2010. Deux lignes d’explosions frappent et ravagent la Terre. Leur origine en est inconnue, mais lorsque les deux lignes se rejoindront au large de la Bretagne, le monde sera détruit. Alors que les routes sont encombrées de fugitifs tentant vainement d’échapper au cataclysme, six hommes et femmes sont réunis par les aléas du voyage. Ensemble, il leur reste dix jours à vivre avant la fin du monde…

Des fois… ça le fait pas. Et là, clairement, ça l’a pas fait, malgré toutes les bonnes choses que propose le roman.
Assez vite au début, on est plongés dans le bain : des explosions ravagent la Terre, les gens meurent, on ne sait pas ce qu’il se passe et, en gros, tout le monde va y passer. Ambiance apocalyptique soignée ! Le stress, l’angoisse et un terrible sentiment d’inéluctabilité nous assaillent et donnent au début du roman un côté particulièrement prenant.

On découvre quasiment dans la foulée les six personnages qui vont porter l’histoire. Brahim, chauffeur de taxi qui accepte de convoyer tout le monde jusqu’en Bretagne ; Gwenaël, auteur de romans fantastique avec une étrange acuité ; Sara, sa compagne, qui aimerait pouvoir fonder une famille (oui, malgré la situation) ; Valentin, trentenaire un peu paumé qui a dédié sa vie à sa mère ; et Lou-Ann, étudiante en arts, dont les parents sont bloqués au Japon. À l’autre bout de la route, en Bretagne, il y a Béatrice, commandante de police au grand cœur.
Les chapitres, assez courts, alternent entre ces protagonistes, qui ont chacun des objectifs assez différents en tête. Des objectifs très adultes, aussi, entre ceux qui essaient de concevoir un enfant, celui qui tente de trouver sa véritable identité, ou bien ceux qui se demandent si la vie aurait pu leur réserver de belles surprises. On alterne finalement entre des questionnements qui parleront peut-être plus aux lecteurs adultes qu’aux adolescents.
Et c’est peut-être ces questions, justement, qui ont fait que j’ai, peu à peu, décroché. En effet, j’ai eu l’impression que les personnages étaient entièrement contenus dans ces préoccupations, sans réelle existence en-dehors de celles-ci, ce qui m’a semblé parfois un brin réducteur. Pour autant, cela convient parfaitement à l’ambiance : c’est la fin du monde, et j’imagine difficilement comment on peut se concentrer sur autre chose que sur la survie et les questions qui nous taraudent (et qu’on occultait peut-être jusque-là). Par ailleurs, tout cela est bien amené dans le récit, mais induit quelques longueurs difficilement inévitables, qui expliquent sans doute pourquoi, peu à peu, j’ai cessé de me sentir aussi impliquée pour les personnages et leurs pérégrinations.

De plus, le système de double récit ne m’a pas totalement convaincue. L’un des personnages, auteur de son état, est obsédé par le roman qu’il est en train d’écrire et qui se superpose de plus en plus à la réalité, tant il a des fulgurances sur la situation en cours. Or, peu à peu, cela finit par prendre le pas sur le récit en cours et, si le côté science-fictif et allégorique est vraiment bien trouvé, là encore, je me suis de plus en plus sentie étrangère à ce qu’il traversait – et ses camarades avec lui. Le cercle vicieux étant ce qu’il est, j’ai également eu du mal à me sentir impliquée dans ce qu’ils vivaient et plus ça allait… eh bien moins ça allait, justement.
Pour autant, le roman est loin d’être ennuyeux car l’alternance entre les différents personnages et le rappel perpétuel du terrible ultimatum assurent un certain rythme.

Et je dois préciser que si leurs préoccupations personnelles, tout comme le récit parallèle, m’ont plus souvent qu’à leur tour laissée de marbre, j’ai en revanche apprécié le portrait ô combien apocalyptique que tisse Manon Fargetton. Elle explore toutes les facettes de la réaction humaine à l’annonce de la fin du monde, en passant par toutes les approches. Ce qui incite à se demander parmi quelle frange on se rangerait dans une situation similaire… (et bien malin qui parviendrait, d’ores et déjà, à trancher). Et j’ai adoré la fin ! Autant sur le coup il est possible qu’elle m’ait tiré une petite exclamation outrée (façon « Qu’est-ce que *** de QUOI ??! ») autant, tout bien réfléchi, cela ne pouvait pas terminer autrement.

En somme, un récit apocalyptique assez prenant et qui suscite pas mal de questions (tant en cours de lecture qu’à la fin) ; je regrette toutefois de n’y avoir pas été aussi sensible qu’il l’aurait sans doute mérité.

Dix jours avant la fin du monde, Manon Fargetton. Gallimard, 18 octobre 2018, 464 p.
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Visions de feu, Earthend #1, Gillian Anderson & Jeff Rovin.

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Partout sur la planète, des adolescents sans aucun lien commencent à présenter des symptômes inexplicables. La fille du représentant indien à l’ONU se met à parler une langue qui n’existe pas et souffre de violentes visions. Une jeune Haïtienne manque de se noyer sur la terre ferme. Un étudiant iranien s’immole par le feu…
À New York, la célèbre psychologue pour adolescents Caitlin O’Hara est chargée de traiter la fille de l’ambassadeur indien, qu’elle pense être sous le choc des tensions qui menacent son pays et pourraient bien mener à une guerre nucléaire. Mais très vite, Caitlin est obligée de reconnaître qu’elle a affaire à un phénomène plus sinistre encore, lié à des forces issues d’une civilisation disparue.

Difficile d’y échapper : X-Files reprend. L’occasion, pour Gillian Anderson et David Duchovny de sortir, chacun de son côté, un titre en librairie.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que celui de Gillian Anderson, écrit à quatre mains avec Jeff Rovin, n’aura pas eu l’heur de me convaincre.

Le début du roman présente un thriller/roman d’espionnage d’apparence plutôt classique : l’ambassadeur indien échappe à une tentative de meurtre alors qu’il accompagne sa fille au lycée. Quelques heures plus tard, celle-ci déclenche une crise ressemblant à s’y méprendre à une transe, alors même qu’elle ne souffre d’aucun choc post-traumatique. Et si l’on fait discrètement appel à Caitlin, c’est parce que l’ambassadeur, Ganak Pawar, est engagé dans de longues et difficiles négociations pour maintenir la paix au Cachemire – négociations mises en péril par les crises de folie de sa fille : si cela venait à se savoir, la probité de l’ambassadeur pourrait être remise en cause.
Or, bien vite, Caitlin repère quelques indices déroutants : la jeune fille, Maanik, s’exprime dans une langue qui n’existe pas, son chien semble terrifié dès qu’il la voit (et, c’est bien connu, les animaux sont plus sensibles au surnaturel que les humains), une bise inexistante soulève les cheveux de la délirante et Caitlin elle-même se sent épiée et en danger. Et ce à plusieurs reprises. En fait, les indices sont tellement pointés du doigt que le lecteur ne peut guère y échapper : «Eh, lecteur, regarde, ça ce n’est pas normal ! Dis, tu as remarqué à quel point c’était bizarre ! Vraiment, c’est pas normal !». Merci, narration, d’avoir si bien balisé la route, sans cela on aurait risqué de s’y perdre…

L’insistance est donc rapidement assez lourde. D’autant que les indices s’accumulent et collent à tous les clichés – ou presque – du thriller ésotérique. Si l’on résume, on trouve là-dedans l’inévitable civilisation disparue mais technologiquement très avancée (en Antarctique), des artefacts d’origine inconnue (météoritique ? Extra-terrestre ?) recherchés par une société d’explorateurs mystérieuse (et puissante), un plan de conscience collectif, une entité qui tente de passer d’un monde à l’autre, des gens réceptifs aux quatre coins du monde qui entrent en transe. Ah oui, du vaudou, aussi – avec une patiente à Haïti, vous en doutiez ? Une fois qu’on a bien remué tous ces lieux communs, on obtient une intrigue franchement poussive.
Mais que c’est long ! Alors, certes, Caitlin patauge joyeusement, mais tout de même : d’ailleurs, ce n’est pas à force de recherches poussées qu’elle découvre des indices. Non, elle reçoit des visions. Pourquoi ? Parce que. D’accord.

Allez, tout n’est tout de même pas à jeter : le point le plus original réside finalement dans le contexte géopolitique mis en place. La crise au Cachemire, entre Inde et Pakistan menaçant de se parler à coups de bombes nucléaires, cristallise toute la tension du roman. D’ailleurs, le suspense est à son comble dès les premières pages, grâce à cela, avant même que l’on entre dans des considérations ésotériques, ce qui n’est pas plus mal !

Rencontre ratée entre Gillian Anderson, Jeff Rovin et moi, donc : le premier tome de leur tétralogie ésotérique m’aura non seulement laissée de marbre, mais aussi profondément ennuyée. Entre les clichés du genre, la narration plate et affreusement balisée et le fantastique guère original, rien n’aura réussi à éveiller ma curiosité – malgré un contexte géopolitique soigné et original. Je ne lirai donc pas la suite. 

Earthend #1, Visions de feu, Gillian Anderson & Jeff Rovin. Traduit de l’anglais par Isabelle Pernot.
Bragelonne, février 2016, 343 p.

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L’Appel, Endgame #1, James Frey & Nils Johnson-Shelton.

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Il était une fois douze jeunes élus, issus de peuples anciens. Des lignées élues des milliers d’années auparavant, et dont découlerait toute l’humanité. En tant qu’héritiers de la Terre, ils ont été choisis par un peuple extraterrestre pour résoudre la grande énigme, qui permettra de la sauver. L’un des douze doit parvenir à résoudre l’énigme en retrouvant les trois clefs du Ciel, du Feu et de la Terre, sans quoi l’humanité cessera purement et simplement d’exister. Ils sont douze, ils ont entre treize et vingt ans, ils n’ont pas de pouvoirs magiques, ils ne sont pas immortels, mais ils sont surentraînés.
Maintenant qu’Endgame a commencé, ils savent qu’ils sont seuls au monde, et qu’il n’y aura qu’un seul vainqueur.

 

Endgame s’annonçait comme LA sortie young-adult de ce dernier trimestre 2014: sortie internationale, plan de communication grandiose, chasse au trésor grandeur nature… cela s’annonçait vraiment bien. Dommage que le roman ne soit clairement pas au niveau.

Endgame, c’est donc l’histoire de douze élus issus de lignées ancestrales, qui vont devoir se battre pour éviter la fin du monde et prouver que l’humanité peut s’améliorer, sous le contrôle pas toujours bienveillant d’entités extraterrestres. En effet, celles-ci peuvent contrôler les joueurs et leur mettre des bâtons dans les roues s’ils ne suivent pas les règles du jeu, elles organisent et contrôlent le bon déroulement de l’épreuve, et elles promettent de raser la Terre soit complètement si personne ne gagne, soit seulement en partie s’il y a un gagnant. Attendez une minute : si réellement cette entité extraterrestre veut sauver la Terre de l’influence néfaste des humains et qu’elle peut faire tout cela… ne serait-il pas plus simple qu’elle règle le problème d’un bon tir de blaster ? Une bonne fois pour toutes ? Non ?

Bon, acceptons donc l’univers et l’intrigue tels qu’ils sont pour pouvoir avancer. Nous voilà donc avec douze personnages d’âges et d’origines variables. On en suit quelques-uns lorsque les météorites annonçant l’Appel commencent à tomber, et on suit leurs réactions en direct. Premier constat : il y en a deux qui sortent du lot. Probablement les protagonistes.
Douze personnages aussi variés, c’est beaucoup. Entendons-nous bien : c’est parfaitement gérable, tant pour l’auteur que pour le lecteur. Oui. Enfin, à condition d’accorder un peu d’attention à ces dits-personnages. Car ici, en dehors des deux jeunes premiers que l’on va suivre et d’une concurrente sérieuse, les autres font office de pâles figurants dont on oublie les noms dès qu’ils ont disparu de scène. Les personnages, dans l’ensemble, sont fades, et manquent de profondeur. Difficile, donc, de se passionner pour leurs tribulations, stratagèmes, et autres tactiques. Notamment quand on ne voit pas bien l’intérêt de l’histoire ou de leurs pérégrinations.

De plus, on nous vend ces personnages comme des espions doublés de redoutables machines de guerre. De fait, ce sont – pour la plupart – de dangereux psychopathes.  Mais il y a néanmoins pléthore d’histoires d’amour entre candidats, ce que l’on a du mal à faire cadrer avec leurs portraits initiaux de machines à tuer. Pour résumer : ce sont des machines de guerre, capables de survivre tous seuls, mais incapables de résister aux deux pauvres tentatives de drague d’un membre du sexe opposé, sachant qu’il n’y a de la place que pour un seul survivant. Logique. Niveau crédibilité, on repassera.

L’intrigue est, en outre, d’une prévisibilité confondante. La plupart des péripéties se voient venir de loin, et on se laisse très rarement surprendre par les rebondissements. D’autant que le récit étant fait au présent, cela tue tout suspens dans l’œuf : c’est lourd, c’est loin d’être prenant, et il y a même des longueurs.

Par ailleurs, les choix de traduction sont pour le moins étrange. Alors, oui, Endgame est une aventure ésotérique, on l’aura compris. Est-il pour autant nécessaire de nous abreuver de chiffres dont, sincèrement on se fiche ? Surtout lorsqu’ils ne sont pas présentés dans un système de calcul usuel ? Exemple : nos candidats prennent le train, pour un trajet de 12,25 heures. Sérieusement, en dehors des problèmes de maths, cela vous arrive-t-il souvent de dire que vous avez 12,25 heures de trajet… ne préférez vous pas dire 12 heures un quart ? Les autres chiffres (distances, tailles et autres masses) sont données dans le système métrique anglo-saxon… et c’est particulièrement pénible. Si on voulait avoir les précisions, autant lire l’ouvrage dans sa langue originale, d’autant que les parutions sont simultanées. Tant qu’à faire une chasse au trésor internationale, ce qui est une excellente idée, autant s’arranger pour que tout le monde ait des indices cohérents. Car la lecture du roman est entravée par les incessantes conversions qu’il faut opérer. De même, les heures sont données à la seconde près : on nous inonde de détails sans intérêt, et cela alourdit le texte.

En somme, Endgame présente bien, mais s’avère  décevant. Entre le concept de départ qui manque de vraisemblance ou n’est pas poussé à fond alors qu’il y avait un potentiel incroyable, les personnages présentés comme des psychopathes (mais pas trop, concernant les protagonistes), le récit lourd et pénible à lire, les innombrables détails inutiles qui alourdissent le tout, on a du mal à se passionner pour l’histoire. Et c’est d’autant plus frustrant qu’on en apprend finalement très peu sur ces civilisations anciennes dont sont issus les protagonistes, et que la part mythologique est quasiment inexistante… alors que là aussi, il y avait un potentiel certain. Côté espionnage, le roman manque de finesse : ah, certes, on est servis côté action et violence, mais pour des espions d’envergure internationale, dommage qu’ils ne fassent pas preuve d’un peu plus d’élégance. Voilà un début de série qui n’aura vraiment pas su me passionner… 

 

Endgame #1, L’Appel, James Frey & Nils Johnson-Shelton. Gallimard jeunesse, 2014, 477 p.

 

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