J’ai peur !

Du 17 au 31 juillet 2015, c’est la fête du livre jeunesse : l’ex-Lire en Fête devient Lire en short ! Il y a pas moins de 45 événements labellisés et peut-être avez-vous quelque chose près de chez vous ! Le programme est visible ici.

Pour marquer, sur Encres & Calames, on va parler de littérature jeunesse pendant cette période. Et on commence avec quatre albums qui parlent de la peur, parce que parfois, ça empêche quand même les enfants de dormir…  et que ce serait bien dommage de se laisser enquiquiner.

Petit monstre sous le lit ! 

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C’est l’histoire d’un enfant qui n’arrivait pas à dormir. Dans sa chambre, autour de son lit, des sorcières, des brigands, des monstres terrifiants sortis de sous le lit. Et surtout… un petit monstre du noir qui se met à pleurer quand l’enfant crie. Il ne faut pas faire de bruit, dit-il… sinon, ça va réveiller le monstre du placard. Du coup, tout le monde finit dans le même lit. Mais… est-il vraiment utile d’attendre que le gros monstre se réveille ?
J’ai aimé l’histoire du Petit monstre du noir parce qu’elle montre que, parfois, affronter directement ses peurs permet de les aplatir d’un seul coup et de s’en débarrasser. De plus, la chute est assez drôle et apprendre qu’un petit monstre a peur lui-même dédramatise certainement la situation.
Les dessins sont tous dans des tons de gris, noir, avec seulement quelques touches de jaune. Le seul reproche que l’on pourrait faire au dessin, c’est qu’il en manque parfois un peu : les pages sont très blanches, dans l’ensemble – mais cette esthétique sobre convient bien à l’histoire !

Le Petit monstre du noir, Valentin Mathé & Blandine Rivière. La Poule qui pond, 2014, 44 p. À partir de 3 ans. 

Petit catalogue de peurs. 

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C’est l’histoire d’une petite fille qui a tellement de peurs qu’elles forment une montagne infranchissable ! Page après page, on visite ce catalogue des petites peurs quotidiennes : les monstres cachés dans la maison, le grand méchant loup dans la forêt, perdre sa maman au supermarché, aller chez le docteur, les lunettes de hibou de la maîtresse… il y en a des tas !

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On pourrait craindre l’effet cumulatif de ce catalogue mais l’album est si bien conçu qu’il n’y en a pas ! En fait, les pages sont découpées et laissent voir dans certains motifs les illustrations des pages précédentes et suivantes, les liant les unes aux autres. De plus, les peurs sont présentées dans des textes rimés et rythmés, très dynamiques, que l’on peut presque lire comme une comptine.
Surtout, le texte progresse ! On passe de « J’ai peur » à « J’ai peur, mais… » pour en arriver à un petit laïus destiné … à la petite sœur, peureuse elle aussi ! Progressivement, l’enfant prend confiance et devrait inciter le jeune lecteur à faire de même.

Mes petites peurs, Jo Witek (texte) et Christine Roussey (illustrations). La Martinière Jeunesse, 2015. À partir de 3 ans. 

J’veux pas dormir !

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Cette fois, c’est l’histoire d’une petite fille qui roupille. Au pied de son lit, un loup essaie de la réveiller pour lui faire peur. Mais un petit cauchemar tapi sous le lit lui demande de cesser : lui, il a besoin que la gamine roupille pour la terroriser. Malgré la dispute sonore, l’enfant continue de dormir. Arrive donc un gros cauchemar qui s’est occupé de la grand-mère toute la nuit et aimerait bien dormir… au calme ! Tout le monde décide donc de dormir tranquillement… Fini ? Pas du tout ! Parce que si tout le monde dort désormais du sommeil du juste, le loup fait son pire cauchemar… grand-mère, éboueurs et nœuds roses inclus !

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L’histoire est drôle comme tout, puisqu’elle s’étage sur différents niveaux. On comprend très vite que le cauchemar n’est peut-être pas là où on l’attend le plus. C’est très décalé – ce qui fait que c’est si drôle – et met également en valeur l’idée qu’affronter ses peurs permet de les diminuer, voire de les faire disparaître. Et ça devrait en réconcilier plus d’un avec son oreiller !

Y a un louuuuhouu ! André Bouchard. Seuil Jeunesse, 2014. À partir de 3 ans.

J’ai le trac !

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Pour Lucia, ce soir est le grand soir : elle doit monter sur scène pour le spectacle de son école de danse et danser le flamenco. Or, elle est tellement terrifiée qu’elle se terre dans le placard de sa mère, son chat lové sur le cœur, cachée dans les jupes, serrant aussi fort qu’elle peut la pièce donnée par son père, parti travailler au Maroc, et qui lui manque terriblement. En serrant la pièce, Lucia va imaginer (ou voir) trois scènes dans son esprit… scènes qui vont regonfler sa confiance en elle !

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Cet album est sensiblement différent. D’une part parce qu’il s’adresse à des enfants un peu plus âgés et, d’autre part, parce qu’il n’évoque pas que la peur : au travers de l’histoire, le flamenco et l’Espagne sont évoqués et nous font voyager ! Première chose à dire : l’album est sublime. Justine Brax utilise plusieurs techniques d’illustrations : toiles à l’acrylique, collages, applications de tissus, découpages… les textures sont variées et à chaque page ou presque son univers chromatique. C’est sublime ! En plus, le texte est tout en tendresse et sensibilité et invite à prendre confiance en soi. Une réussite !

Lucia, la petite danseuse de flamenco, Justine Brax et Johana Dierickx-Brax. La Martinière, 2015. À partir de 6 ans. 

Voilà de quoi se redonner du courage !

Mon ami le zombie, Vincent Malone & Miré

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«Petit, j’étais souvent triste. Je restais assis, des heures, des jours, tout seul, comme ça… À me raconter des histoires. Des histoires de zombies. J’écoutais bien les bruits (les zombies essaient toujours de te manger par surprise). Mais je n’ai rien entendu du tout avant mon zombie. Mon zombie est tombé, pouf, juste à côté de moi… Et ça m’a bien surpris !»

C’est totalement par hasard que notre protagoniste se retrouve encombré d’un zombie. Et un zombie qui a faim, par-dessus le marché. Or, comme chacun sait, un zombie, quand ça mord quelqu’un, eh bien ça le transforme immédiatement en zombie. Pas pratique, donc, et surtout pas très engageant. C’est pourquoi notre protagoniste va diriger son zombie vers tout un tas de bestioles (veau, vache, cochon, couvée…) qui se transforment en autant de zombies aux bras ballants.

Puis arrive l’heure de rentrer à la maison… avec un zombie, qui devient rapidement un ami, un confident, un compagnon de jeu de tous les instants. Un compagnon qui ôte la tristesse et rend les journées moins longues, et nettement plus amusantes. Évidemment, un zombie à la maison, ça demande quelques précautions d’usage, parmi lesquels quelques kilomètres de corde et plusieurs rouleaux de ruban adhésif.

Le centre de l’album présente donc un manuel de survie en cas de colocation avec un zombie : que faire, comment se comporter, quelles astuces mettre en oeuvre. C’est à la fois drôle, bien pensé, et surtout bien mené. Le cahier est dessiné par le personnage principal, et les observations ont la fraîcheur de la candeur enfantine.

Le trait de Miré est parfaitement adapté au récit : le dessin retransmet merveilleusement les émotions véhiculées par l’histoire, et les couleurs sont judicieusement choisies. C’est un vrai plaisir à regarder !

Alors, un album avec des zombies pour un enfant ? Eh bien, pourquoi pas. Parce qu’ici, ce qui compte, ce n’est pas tellement qu’il y ait un zombie dans l’histoire (le côté horrifique est assez léger, et l’histoire loin d’être effrayante). Non, ce qui compte, c’est bien l’amitié qui va se nouer entre les deux personnages, malgré l’extrême différence qui les oppose.

Mon ami le zombie est une belle histoire d’amitié par-delà les différences, une histoire de confiance. La fin de l’album est extrêmement poétique et devrait plaire aux petits comme aux grands. Alors si vous voulez une première lecture de zombies, vous savez désormais où chercher !

 

Mon ami le zombie, Vincent Malone (textes) & Miré (dessins).
Seuil Jeunesse, 2014, 64 p.
À partir de 6 ans.

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Isayama, Pierre Bottero & Jean-Louis Thouard.

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Le jeune Kwaï aime observer les caravanes qui traversent son village et les hommes qui se lancent à l’assaut d’Isayama, la reine des montagnes. Isayama, si haute et si escarpée que jamais personne ne l’a vaincue. Alors que les expéditions se succèdent en vain , Kwaï rêve d’être le premier à se percher sur la tête de la montagne. Aidé par les sages conseils de Luna, son arrière grand-mère, Kwaï, devenu adulte, pourra à son tour tenter l’aventure.

C’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai retrouvé Pierre Bottero et Jean-Louis Thouard, deux artistes que j’apprécie énormément.
Et Isayama ne m’a pas déçue; on y reconnaît bien le style poétique de Pierre Bottero, magnifiquement illustré par Jean-Louis Thouard, texte et illustrations se disputant la vedette.

L’histoire rappelle nécessairement l’univers de l’auteur, Gwendalavir, par les leçons de sagesse disséminées dans le conte qui respecte d’ailleurs la structure classique répétitions-évolutions. Il fait penser aux contes de sagesse asiatiques, où c’est justement par la répétition d’une situation incongrue que progresse le personnage dans la sagesse – ce que souligne admirablement le dessin de Jean-Louis Thouard, qui rappelle lui aussi les steppes des pays du soleil levant.
On ne peut que deviner la philosophie marchombre sous les sages conseils de Iuna; longtemps, on attend que Kwaï vole de ses propres ailes et on perçoit nettement l’instant où il le fera. Il grandit et, au fil des années, acquiert une sagesse qu’on ne peut que lui envier. Fort des conseils et de l’expérience acquise par la longue et tenace observation menée des années durant, Kwaï entreprend d’arpenter le chemin qui, peut-être, le mènera en haut d’Isayama (ce dont il rêve depuis sa plus tendre enfance).

Isayama est donc un conte aussi sage que poétique, magnifiquement illustré et qui plaira très certainement aux petits comme à leurs parents! A mettre entre toutes les mains, sans limite d’âge !

 Isayama, Pierre Bottero & Jean-Louis Thouard. Milan Jeunesse, 2007, 44 pages.
10/10