Bpocalypse, Ariel Holzl. #PLIB2021

Pour se rendre au lycée, Samsara n’oublie jamais sa batte de baseball, ses talismans et son couteau de chasse. Tout ce dont elle a besoin pour affronter les animaux mutants, fantômes et autres créatures qui ont envahi les rues de Concordia après l’Apocalypse. Aujourd’hui, la ville vient de lever la quarantaine de l’ancien parc public et s’apprête à accueillir ses habitants, réputés avoir muté. Les deux jumeaux que Sam voit débarquer dans sa classe sont loin d’avoir un physique standard. Très vite, ceux qui se moquent d’eux ou les prennent à partie sont les victimes d’incidents inexpliqués. Tout semble accuser les nouveaux venus. Mais dans une ville comme Concordia, peut-on se fier aux apparences ?

Un nouveau titre d’Ariel Holzl ? Comment résister ?! Comme avec l’excellent Lames Vives, l’auteur change de nouveau de registre par rapport à son titre précédent et s’attaque cette fois à la dystopie post-apocalyptique – un genre dont on pensait avoir déjà tout tiré. Eh bien il se trouve que non.

Le roman nous propulse donc à Concordia, petite ville américaine pas franchement riante du Kansas. Huit ans plus tôt, on y a donc survécu à l’Apocalypse et la population s’est habituée… à peu près à tout. Les zombies ne sont guère plus que de la faune locale, les bestioles mutantes aussi et les petits caïds du lycée n’ont pas beaucoup évolué.
L’auteur nous plonge dans un univers à la fois très classique (le lycée ressemble à s’y méprendre aux nôtres, si l’on excepte la milice et les tests ADN à l’entrée), et à la fois dépaysant, puisque la ville est départagée en quartiers, suivant la menace qui y règne. Et à l’intérieur du quartier, il faut être attentif aux tracés de peinture et respecter les couleurs qui signalent dangers et menaces – mortelles, évidemment.
L’univers fourmille ainsi de trouvailles toutes plus chouettes les uns que les autres. La monnaie ? Oubliez l’argent, bienvenue aux CD et DVD. La banque est donc… un vidéoclub. La nourriture ? Eh bien il faut aimer les boîtes de conserve et ne pas être trop regardants sur le contenu du ragoût… Quant aux habitants… mieux vaux ne pas compter le nombre exact de dents du voisin, sous peine d’être terrifié. Concordia recèle un bestiaire riche et varié : j’ai parlé plus haut des zombies et bestioles mutantes mais il faut bien se dire que de nombreux mutants sont aussi et surtout… humanoïdes ! C’est d’ailleurs ce qui lance l’histoire, puisque l’on demande aux Concordiens d’accueillir de nouveaux mutants, ce qui n’est pas du goût de tout le monde. De ce fait, l’intrigue a un côté assez classique : lutte des anciens (tenants du « tout-humain ») et des modernes (plus ouverts d’esprit quant à la disposition génétique de chacun), le tout sur fond de lutte des classes bien ancrée, et d’un brin de racisme. Alors oui, les communautés vivent ensemble à peu près sereinement (et c’est pas mal), mais des mutants, franchement !

Alors, qu’est-ce qui rend le récit si prenant ?
Eh bien déjà, l’univers si riche dont je parlais ci-dessus. Même si on a l’impression de zoner dans un film de série B, chaque trouvaille m’émerveillait un peu plus ! Car Ariel Holzl ne nous balance pas d’un coup tout son cheptel. On découvre plutôt au fil des errances des personnages dans la cité ce dont elle se compose, quartier par quartier. Sans avoir l’impression de lire un catalogue, ce qui est parfait ! Même si chaque créature semble assez attendue au vu de l’univers, j’ai plutôt été surprise d’en découvrir certaines (les zombies, ou les vers des neiges, par exemple), car la cohabitation est vraiment riche.

Ensuite, les personnages. Le récit est centré sur Sam, notre lycéenne vedette. Sam est un personnage vraiment intéressant : pas forcément sympathique (je lui ai parfois trouvé un petit côté Katniss pour la froideur dont elle peut faire preuve, et sa façon assez déplorable de traiter ses amis ! Je ne vous parle même pas de son béguin pour l’abruti canon du coin), mais traversé par d’intéressants questionnements. Ainsi, Sam a un projet dans la vie (devenir milicienne et dézinguer du mutant, deux souhaits qu’elle a d’excellentes raisons d’avoir) et elle ne va pas forcément se poser les bonnes questions en temps et en heure. On pourrait même dire qu’elle est un peu bornée mais c’est aussi pour cela qu’on l’apprécie. On la regarde donc s’embourber dans ses obsessions, en se demandant bien quand elle va redresser la barre. Et c’est, je trouve, ce qui nous pousse à nous interroger sur nous-mêmes : qu’aurions-nous fait dans des circonstances similaires ? (Car oui, vraiment, Sam a des œillères, mais aussi d’excellentes raisons d’en avoir).
Mais Sam a également des amis proches qui portent eux aussi le récit. Si Danny s’éclipse assez vite (avec ses amis mutants), on se rattrape sur Yvette. Ha, Yvette !! Clairement et définitivement mon personnage préféré de ce roman ! Avec son franc-parler et son amour pour les amulettes en tout genre (on pratique le vaudou dans sa famille), elle oppose un parfait contrepoint à l’entêtement de Sam. Et puis, vu combien Sam est chiante (soyons honnêtes), on se rattrape forcément avec Yvette ! Le duo fonctionne à merveille – et pas seulement en raison des échanges de punchlines entre les deux adolescentes. Le panel comporte aussi, évidemment, quelques opposants que l’on adore détester et d’autres dont on se dit qu’il y a peut-être encore un bon fond à sauver (ou peut-être pas).

Le maquillage artisanal ne la rendait pas franchement sereine. Le maquillage artisanal chimique ? Encore moins. Surtout si c’était Yvette qui maniait les éprouvettes. Sans parler de ses conseils de séduction :
-Montre-toi vulnérable. Prends-le par les sentiments. ça va le faire craquer, en mode chevalier servant !
– Et si c’est juste un psychopathe qui veut me voir souffrir ?
– Encore mieux. T’auras l’air de la parfaite victime !
– Yvette, tu es la honte de la cause féministe postapocalyptique.

L’intrigue, enfin. Le récit sait laisser planer des parts de mystère exactement où et quand il faut. Le début peut paraître assez simple mais on se rend bien vite compte que l’intrigue recèle quelques surprises et développements qui la complexifient. Si, dans l’ensemble, le cheminement n’est pas révolutionnaire, la façon dont elle est menée la rend à la fois passionnante et palpitante. Car l’auteur mêle à la post-apocalypse des sous-intrigues plus réalistes, comme la petite guerre des clans qui règnent dans la cité (chaque quartier ayant ses revendications et ses spécificités… un peu comme dans la vraie vie !), ou les petites bisbilles qui opposent les lycéens les uns aux autres. Ce qui fait que, de sous-intrigue en arc secondaire, on progresse rapidement et avec entrain.

En bref, Bpocalypse est une dystopie entraînante. Si l’intrigue passe par une évolution assez classique, le récit est vraiment porté par ses personnages, et son univers riche et parfaitement construit, et qui fait quelques clins d’œil aux classiques du genre (qu’il s’agisse de films ou de séries). Le style est fluide, le récit bien rythmé et souvent relevé par des échanges de répliques particulièrement percutantes entre les personnages. A la fin, j’en aurais quand même voulu plus, tant j’ai apprécié l’univers. Donc je serais assez partante pour une autre aventure dans les parages !

Bpocalypse, Ariel Holzl. L’École des Loisirs (Medium+), octobre 2020, 413 p.
#PLIB2021 #ISBN9782211310161

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6 commentaires sur “Bpocalypse, Ariel Holzl. #PLIB2021

  1. plumesdelune dit :

    Il me tente beaucoup
    Kin

    Aimé par 1 personne

  2. […] avis : Les pages qui tournent – Un bouquin sinon rien – Les blablas de Tachan – Encres et calames – L’univers d’Ulfin – vous […]

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