La Musique du silence, Patrick Rothfuss.

Rares sont ceux qui connaissent l’existence du Sous-Monde, une toile brisée d’anciennes galeries et de pièces laissées à l’abandon qui s’étend dans les profondeurs de l’Université.
Protégée par ce labyrinthe sinueux, confortablement installée au cœur même de ces lieux désolés, vit une étrange jeune femme.
Le silence et les ténèbres semblent être ses seuls compagnons sur le chemin qu’elle se fraie dans cet univers souterrain. À moins qu’elle ne perçoive autre chose. Comme une complainte des oubliés, mêlant douceur et amertume à son existence…
Son nom est Auri. Et sa vie est peuplée de mystères.
Parmi les nombreuses rencontres de Kvothe, la plus attachante est sans nul doute celle d’Auri. Cette jeune femme, au caractère à la fois sauvage, enfantin et précieux, reste voilée de mystère. Le regard qu’elle porte sur le monde semble percevoir bien plus que celui du commun des mortels. Bientôt elle reverra Kvothe et il faudra lui offrir un présent. Il est temps de se mettre en quête.

Lorsque j’ai terminé le premier tome de Chronique du tueur de roi, je me souviens très bien avoir traversé une brève période d’intense déprime livresque, sur le mode « Jamais plus je ne lirai un livre aussi bien ». Fatalement, j’étais donc assez curieuse de tout ce que pouvait publier l’auteur dans son univers, même si l’attente du troisième tome commence à se faire bien longue… Bref, quoi de mieux, pour patienter, qu’une petite incursion dans son spin-off consacré à Auri, un personnage secondaire pour lequel j’ai eu, dès le départ, une grande affection ?

Le roman débute par un avertissement de l’auteur au lecteur dans lequel il avance deux choses : d’une part, pour un lecteur qui n’aurait pas lu Chronique du tueur de roi, il déconseille la lecture de cette novella ; d’autre part, il avertit que ce n’est pas la peine d’attendre un texte sur Kvothe, car ce n’en est pas un. Et cet avertissement n’est pas superflu !

En effet, le seul personnage que l’on suit au fil des chapitres est Auri, qui erre et vit dans le Sous-Monde, sur le territoire de l’université. Le récit se déroule entre deux rencontres avec Kvothe, sur le monde du compte à rebours. En effet, Kvothe sera présent au septième jour, et Auri tient absolument à lui offrir un présent, un objet sans pareil. Cette échéance sans cesse rappelée rythme à merveille le récit.

Celui-ci est assez particulier, aussi bien en terme de récit, qu’en terme de fantasy. En effet, Patrick Rothfuss casse tous les codes : il n’y a qu’un seul personnage, Auri. Pas de dialogue, hormis les monologues intérieurs de la jeune femme. Et il y en a ! Car Auri semble souffrir d’une compulsion, qui la pousse à arpenter sans cesse le Sous-Monde, afin de trouver à chaque objet sa juste place. Cela peut sembler étrange et, d’une certaine manière, ça l’est. Mais une fois dans le Sous-Monde, il y a une vraie logique à ce qui se déroule. En tout cas, je me suis laissée complètement embarquer par les petites marottes d’Auri.

Si vous avez suivi, il n’y a donc pas non plus d’intrigue à proprement parler : pas d’enjeux supérieurs (hormis trouver un présent pour Kvothe), pas de complot, pas de grand plan à suivre. Pourtant il y a du suspense : au fil des chapitres, je me suis surprise à me demander si Auri allait trouver ce qu’elle cherchait, et si elle allait résoudre sa quête du lieu parfait pour ses objets.
Hormis cette incessante quête, il n’y a pas non plus d’action, hormis une épique scène de fabrication de savon, durant laquelle l’alchimie – que Kvothe étudie à l’université et qu’Auri a autrefois pratiquée – est brièvement citée. Donc on ne découvre absolument pas la jeunesse ou la vie d’Auri à l’université !

Malgré tout ce qu’on pourrait envisager comme des handicaps (pas d’intrigue, pas de magie, pas d’action), j’ai trouvé le récit fascinant. D’une part parce qu’il creuse un peu l’univers déployé dans Chronique du tueur de roi. D’autre part parce que Patrick Rothfuss change complètement de style d’écriture pour cette nouvelle voix. Plus centrée sur les détails, l’importance du moment présent, la voix d’Auri est aussi nettement plus poétique. C’est ce qui fait que je me suis laissée subjuguer par ce court récit.

Celui-ci est rythmé par des illustrations de Marc Simonetti, qui donne à voir le sous-monde, mais auxquelles la version numérique ne rend absolument pas justice.

En bref, une excellente découverte. Et pourtant, on peut dire que le récit ne partait pas sous les meilleurs auspices, puisqu’il ne fait rien de ce qu’il était supposé faire. On n’apprend rien sur Auri ; il n’y a pas tellement d’intrigue, ou d’action, très peu de dialogues. Et pourtant, la novella s’avère extrêmement prenante, sans doute en raison de la poésie qui se dégage des pensées et du mode de vie d’Auri. Je ne regrette donc pas d’avoir enfin lu cette novella… et j’attends d’autant plus impatiemment le tome 3 de la série-mère !

◊ Dans le même univers : Le Nom du vent (1) ; La Peur du sage, première partie ; La Peur du sage, seconde partie ;

La Musique du silence, Patrick Rothfuss. Illustrations de Marc Simonetti.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Colette Carrière. Bragelonne, novembre 2014, 168 p.

2 commentaires sur “La Musique du silence, Patrick Rothfuss.

  1. Acr0 dit :

    J’ai aussi lu La musique du silence pour tromper mon impatience 😀 Allez, la sortie VO du troisième tome cet été, on doit y croire ! J’étais contente de retrouver Auri et notamment sa vision du mo,de et son lien émotionnel avec des objets. Après, j’avoue que j’en aurais bien voulu en savoir un peu plus sur les mondes souterrains 🙂

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