[2020] Petit bilan de mars

Apparemment, cela faisait un an que je n’avais pas fait de petit bilan ! Il est temps de s’y remettre !

Carnet de lectures.

Ici, je parle des livres que j’ai lus mais auxquels je ne compte pas consacrer de chronique complète.

Filles de la Walïlü,  Cécile Roumiguière (École des Loisirs).
Entre un océan glacé et la forêt immense, sur la presqu’île de Iurföll, les hommes partent pêcher dès qu’ils en ont l’âge. À terre, les femmes gouvernent, elles exercent tous les métiers, et sont libres de vivre toutes les amours qu’elles désirent. C’est dans cette société sereine et joyeuse qu’Albaan Blosseüm grandit. Sereine, peut-être pas tant que cela. Les rêves qui assaillent Albaan sont porteurs de noirs présages. Une malédiction planerait-elle sur elle ? Qui est cette femme au visage brûlé qui lui veut du mal et semble prête à lever tout le village contre elle ? Au nom de quelle vengeance ? Pendant ce temps, dans la forêt, rôde la Walïlü, fascinante créature des contes horrifiques de son enfance…
Le résumé m’emballait carrément, mais je dois dire que j’ai un peu peiné sur cette lecture. Peut-être parce que l’éditeur a vraiment misé sa comm’ sur l’aspect fantastique du roman… alors que celui-ci ne l’est pas du tout. Certes, on parle à plusieurs reprises de la Walïlü, chouette terrifiante qui règne sur la forêt, certes Albaan a des rêves quasi prémonitoires, mais c’est un peu léger pour qualifier l’ensemble de « fantastique ». On est plutôt dans un récit à mi-chemin entre l’aventure et le conte, servi dans une ambiance de pleine nature (version île hyper isolée) très réussie. L’intrigue parle très bien des secrets de famille (même si ce n’est pas le point central), des superstitions, du passage de l’enfance à l’âge adulte (via une adolescence riche en péripéties), de l’amour. Il y a un décalage vraiment intéressant entre la vie sur l’île et l’époque. On suppose que ça se passe à notre époque puisque les personnages ont des ordinateurs équipés d’internet ; mais la vie semble figée au XIXe siècle, avec une prépondérance des métiers manuels (et des métiers utiles !) sur l’île, un conseil qui tient lieu d’organe politique et qui est renouvelé tous les 18 mois et un lien très fort à la nature. L’autrice s’est inspirée de la vie sur l’île estonienne de Kihnu – une île qui, comme ici, est gérée par les femmes – ce qui accentue le côté décalage avec ce que l’on connaît – et ce n’est vraiment pas désagréable ! Il y a un côté un peu « bulle » à lire ce livre rebattu par les embruns. L’autrice a un style vraiment ciselé, c’est un plaisir à lire. J’ai trouvé qu’il introduisait une espèce de distance un peu froide avec les personnages mais ça cadre parfaitement avec le récit. Si j’ai été un peu désappointée par l’absence de fantastique, j’ai apprécié la balade sur la presqu’île pour toutes ces autres raisons.

Thair, tome 1 : Renaissance, Jean-Luc Marcastel (Leha).
Alors là, ce n’est pas la même limonade. Je suis allée jusqu’au bout pour voir (en me faisant violence), mais clairement, Thair et moi n’étions pas faits DU TOUT pour nous entendre (je ne lirai donc pas la suite). Si vous comptez lire ce roman, ne lisez pas la suite, car je spoile.
L’intrigue se déroule dans une France (Thair) post-apocalyptique assez futuriste. Suite à une catastrophe d’envergure (une épidémie de peste venue de la Lune), les humains se sont réfugiés dans des bastions enfouis dans lesquels ils avaient accès une technologie hyper avancée (exosquelettes de combat, portes commandées par la pensée, etc). Alors qu’ils ont réussi à regagner la surface, après 1000 ans de vie souterraine, catastrophe : le fléau d’Itrkhen le maudit est de retour, avec des bestioles robotiques terrifiantes (et la peste, évidemment). Faïria est contrainte de devenir plus tôt que prévu la castalaïna (comprenez châtelaine-mère-déesse) de son bastion, Orguenoire, sa mentor étant tuée dans l’attaque. Afin de sauver les siens (et la planète), elle est obligée de descendre dans les tréfonds du lieu pour exhumer une arme surpuissante qui dort là depuis le début et qui est capable d’anéantir le-dit fléau (spoiler alert : il s’agit du corps de Jaan de Carsac, le type qui avait déjà mis les humains en garde contre l’existence de cette peste lunaire). Mais c’est pas de chance, car sa cuve de régénération est cassée, donc Faïria va devoir supporter une insémination artificielle (avec beaucoup trop de détails et de précisions autour de ses cuisses écartées), une gestation accélérée (en 3 heures) et un accouchement dans la violence et la douleur pour le faire revenir à la vie. C’est vrai que quand on maîtrise le voyage spatial, l’ouverture de portes par la pensée, la résurrection d’un mec mort depuis un millénaire, la péridurale, c’est compliqué. Parallèlement, on suit les tribulations de Yaïn, un jeune pêcheur qui a trouvé une sirénaïre blessée (comprenez une fille des profondeurs, avec la carnation d’un orque, mais avec deux jambes qu’elle ne peut pas utiliser sur Terre. Vachement pratique). Évidemment, il en est tombé amoureux, évidemment c’est réciproque, et il la séquestre protège dans une bergerie. Mais de vilains pillards l’ont enlevée et vont la vendre à un bordel, donc il court à sa recherche. Ce que je n’ai pas aimé, là-dedans, en vrac : le thème de la quête à la princesse (vu, revu, et rerevu). Surtout quand la princesse ressemble à Ariel, ce n’est clairement pas crédible et Yaïn ne vaut pas mieux à mes yeux que les mecs qu’il pourchasse. Les descriptions des femmes sont dignes d’un roman érotique des années 80 (je ne m’étends même pas sur la complaisance envers la douleur de l’enfantement, j’ai mal, mais je prends mon pied quand même. Ni sur les scènes pseudo-érotiques entre la « mère » et le « fils » à base de « c’est mal mais c’est vachement bien quand même ». Extrêmement étrange). Et bien sûr, les héroïnes ne servent à rien (l’une se fait enlever, l’autre devient inexistante dès que le Mâle est ressuscité), à part comme enjeux sexuels. Enfin, l’histoire en elle-même met un temps infini à démarrer. Eh oui, le récit passe tellement de temps à parler des seins des héroïnes et en scènes érotiques qu’on ne progresse pas d’un iota. Je me suis copieusement ennuyée, d’autant que les tribulations amoureuses des personnages ne me passionnaient pas. En plus de cela, le style est verbeux à souhait (bourré d’incorrections avec ça), ça me tombait littéralement des mains. Est-ce qu’on parle de « le gémissement qu’elle poussa, quoique plus chantant et mélodieux qu’aucun autre, était bien celui d’une femme, quand il s’enfonça pour la première fois dans la fleur aux pétales sensibles éclose au creux de ses cuisses d’obsidienne » ??!! Et certaines métaphores sont les mêmes que celles qui m’avaient déjà foutrement agacée dans Le Dernier hiver (mention spéciale à « son visage d’elfe eurasienne ») !
Dans les bons côtés, je vais quand même citer l’univers qui est super cool. C’est vraiment intéressant d’arpenter cette France dévastée (il y a une carte au début), repliée sur des sortes de régions autonomes (dont Avarnia pour l’Auvergne) et de chercher les références dans les noms de villes que l’on traverse (Tolosania, etc.) pour se figurer les trajets des personnages.  Mais ce sera quand même sans moi pour le tome 2.

 

Côté séries.

Ce mois-ci, j’ai découvert la série Mindhunter (chaudement recommandée par le formateur d’un stage sur le polar en bibliothèque que j’ai fait en début de mois). Superbe découverte !!
La série se déroule à Quantico, dans les années 1970 et retrace la création, puis l’évolution du Bureau des Sciences Comportementales du FBI, l’ancêtre des profileurs. On y suit les agents Holden Ford, Bill Tench et la docteure et psychologue Wendy Carr. Principale occupation ? Aller interroger des meurtriers multirécidivistes (aujourd’hui appelés serial killers, mais le terme n’existait alors pas !) pour tenter de tirer de leurs actes un schéma comportemental applicable à d’autres. Bref : les bases du profilage. Et c’est passionnant ! D’ailleurs, le tout est inspiré des parcours et travaux des agents du FBI John Douglas (à qui l’on doit le livre Mindhunter : dans la tête d’un tueur en série, et qui inspire l’agent Ford), Robert Ressler (qui a inspiré Bill Tench) et la psychologue et professeur d’université Ann Burgess.
La série utilise tous les codes des séries policières (ambiances sombres, cadrages serrés, musique oppressante), sans toutefois basculer dans les scènes de violence que semble affectionner le genre (pas de viols ni de meurtres visibles). La violence est plutôt psychologique, car il faut évidemment composer avec les interviews des meurtriers en série, les quelques affaires sur lesquelles sont appelés les agents, et les injustices flagrantes perpétrées par la justice (notamment dans la saison 2, lorsque des enfants noirs sont enlevés et assassinés à Atlanta, mais que l’affaire n’est jamais vraiment résolue). Tout cela est donc hyper prenant et je n’ai pas vu passer les deux premières saisons. La série est prévue en 5, mais son avenir semble un peu incertain pour l’instant. J’espère vivement qu’elle sera prolongée car les deux premières saisons nous font voir un type extrêmement louche, qui a tout le profil du tueur en série (d’autant qu’il semble lié aux crimes d’un autre tueur interrogé par l’équipe) et j’avoue que j’ai vraiment hâte d’en savoir plus ! NB : si la tête de Macron vous donne de l’urticaire, passez votre tour : l’acteur qui incarne Holden lui ressemble quand même assez bizarrement !

J’en ai également profité pour terminer Perdus dans l’espace (commencée il y a trois plombes) et, là aussi, très bonne surprise. J’aime vraiment cette série !
On y suit la famille Robinson, membres de la 24e mission de colons Terriens partant pour la galaxie d’Alpha du Centaure (car en 2046, suite à un impact d’astéroïde, la vie sur Terre est devenue très difficile). Malheureusement, un grave incident à bord du Résolution (le vaisseau-mère), contraint une grande partie des colons à éjecter leurs Jupiter (vaisseaux de colonisation) et à atterrir sur une planète inconnue. Là, les ennuis ne sont pas finis : un robot extraterrestre terrorise les colons, qui doivent en plus s’adapter à un environnement hostile, sans savoir s’ils pourront rejoindre leur destination prévue. Eh bien on pourra dire que je me suis passionnée pour les aventures de Maureen, John, et leurs trois enfants, Judy, Penny et Will – au point d’en rêver une nuit après un ciffhanger particulièrement violent. C’est dire ! La série est vraiment tout public (elle est indiquée 7+) et c’est peut-être son principal défaut (en plus d’être montée à l’américaine) : franchement, on n’y croit pas une seule seconde ! Les personnages sont dans la panade ? Ok on s’angoisse un peu, mais on sait très bien qu’ils vont sans sortir. En plus, il se passe bien trop de choses par épisode. Mais malgré ce côté surenchère, ça marche : le rythme est hyper prenant, émaillé de quelques passages émouvants complètement gnangnan, mais qui passent eux aussi comme une lettre à la poste. Honnêtement, je m’attendais à râler à chaque épisode mais pas du tout, je me suis laissée embarquer et j’en suis même à faire des conjectures sur la conclusion de la deuxième saison et ce que nous réservera la troisième (et dernière). Pari réussi donc !

Top & Flop.

Vous l’aurez sans doute compris, ma rencontre avec Thair a donc été passablement ratée. J’étais d’autant plus déçue que le synopsis me semblait assez vendeur, sans parler de la couverture. Je suis quand même allée jusqu’au bout, mais sans que ça y change quoi que ce soit. Dommage !

Difficile de ne choisir qu’un top, mais vu que j’ai eu un coup de cœur ce mois-ci, je suis obligée d’en parler. J’ai écouté Les Petites reines de Clémentine Beauvais (que je découvre seulement, il était temps !) et c’était génialissime (pas moins). Le texte est hyper drôle, en plus d’aborder avec subtilité de grossophobie, de handicap et de harcèlement scolaire. La mise en voix de Rachel Arditi est extraordinaire !

Citations.

« Derrière un rideau d’arbres, au fond de la forêt, un lac noir sous le ciel noir. Et le froid. Un chuintement, une plainte. Un cri de douleur qui signe la fin de la nuit. Lentement, le noir du ciel se griffe d’or et d’argent, le cobalt fond sous l’indigo. Le gémissement, à nouveau, résonne sans que personne ne soit là pour l’entendre. Un trait, un éclair nacré dans le blanc de la glace, et un soupir, le dernier, un son à lacérer le cœur quand la plaque se scinde en deux. Le morceau de glace hésite, il tangue en suivant le clapot des eaux du lac. Le vent tombe, la plaque dérive.  »
Filles de la Walïlü, Cécile Roumiguière.

« Écoute, c’est notre faute. Je le sais. Ta mère et moi t’avons raconté trop d’histoires. On t’a donné l’impression que le boulot de mercenaire était merveilleux. Il ne l’est pas. C’est dur, tu sais. Des routes interminables, des nuits solitaires. Tu passes la moitié de ton temps trempé comme une soupe et tu as toujours froid. Tu affrontes des créatures horribles dans des endroits sinistres et la trouille te noue les tripes à l’idée qu’elles puissent te tuer avant que tu le tues. Ça ne se passe pas comme dans les chansons, Tam. Les mercenaires ne sont pas des héros. Ce sont des tueurs.  »
Wyld, tome 2 : Rose de sang, Nicholas Eames.

« Le vendredi soir, j’adore sortir du lycée à dix-huit heures. Les couloirs sont déserts et la nuit presque tombée enrobe les bâtiments d’une obscurité bleutée et cotonneuse. Les profs qu’on croise ont l’air à nouveau de ce qu’ils sont en dehors, pères de famille, amoureuses en retard pour le ciné, conducteurs d’une Mégane vert pomme, en train de se demander si ce soir ce sera soupe ou salade composée. On peut les surprendre en train de regarder leur portable ; ils nous sourient distraitement.
Dix-huit heures, un vendredi soir : c’est le moment de la semaine où les masques tombent. »
C’est pas ma faute, Samantha Bailly & Anne-Fleur Multon.

« Si elle ne l’avait pas aperçue dans la foule attroupée autour de Sev, elle savait d’instinct que, cachée quelque part, Val n’avait rien raté de la scène. Cette dernière avait ceci de commun avec la pluie que, parfois, en se concentrant un minimum, Véronyka pouvait sentir sa présence telle une gêne au coeur même de ses os.  »
Sœurs de sang, tome 1 : L’Envol du phénix, Nicki Pau Preto.

 

2 commentaires sur “[2020] Petit bilan de mars

  1. Acr0 dit :

    Ravie de retrouver ces petits bilans 🙂
    Pour Mindhunter, je l’ai commencée mais mise de côté… à chaque fois, la sortie de la saison d’une autre série passe prioritaire (oups). J’ai abandonné Lost, je n’ai pas réussi à accrocher à la vitesse de l’intrigue.

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    • Sia dit :

      Je comprends tout à fait pour Lost in space. C’est vraiment un des gros défauts de la série (on a regardé les épisodes 1 par 1, voire même pas en une seule fois, c’était plus digeste). Est-ce que Mindhunter a une chance de réatterir sur ta liste ?

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