Vox, Christina Dalcher.

Jean McClellan est docteure en neurosciences. Elle a passé sa vie dans un laboratoire de recherches, loin des mouvements protestataires qui ont enflammé son pays. Mais, désormais, même si elle le voulait, impossible de s’exprimer : comme toutes les femmes, elle est condamnée à un silence forcé, limitée à un quota de 100 mots par jour. En effet, le nouveau gouvernement en place, constitué d’un groupe fondamentaliste, a décidé d’abattre la figure de la femme moderne. Pourtant, quand le frère du Président fait une attaque, Jean est appelée à la rescousse. La récompense ? La possibilité de s’affranchir – et sa fille avec elle – de son quota de mots. Mais ce qu’elle va découvrir alors qu’elle recouvre la parole pourrait bien la laisser définitivement sans voix…

En regardant les nouveautés à la médiathèque, je suis tombée sur ce titre, en audio. Comme ma dernière lecture audio remonte à facilement 6 ou 7 ans, je me suis dit qu’il était grand temps de réessayer cette méthode — et ce d’autant que je la conseille à tour de bras aux usagers de la bib. L’occasion faisant le larron, j’ai donc emprunté ce titre qui me faisait de l’œil depuis un moment.

Et bien m’en a pris, car j’ai vraiment aimé !
L’enregistrement est de bonne qualité, et Gaëlle Savary, la lectrice, met parfaitement le ton, ce qui rend l’écoute à la fois facile à suivre et hyper prenante (pour ne rien vous cacher, j’ai religieusement écouté sa voix 5 heures d’affilée au premier coup).
Elle parvient à nuancer sa voix afin de différencier légèrement les divers locuteurs, et je ne me suis jamais sentie perdue dans les parties dialoguées (même si certaines voix forcées m’étaient moins agréables que d’autres). Elle parvient également à moduler la différence entre les récits de pensée de la narratrice, Jean, et les parties où elle s’exprime réellement, de façon à ce que ce soit perceptible avant même que la narration ne le précise. Et, évidemment, vu le sujet du livre, cette différenciation est très précieuse !

Le récit embrasse tous les codes de la dystopie. On se situe donc dans une Amérique du XXIe siècle, dont les dérives politiques et religieuses ont poussé le patriarcat à son paroxysme. Désormais, tous les individus de sexe féminin sont équipés d’un compte-mots qui les limite, dans le meilleur des cas, à 100 mots par jour. Au-delà, des décharges électriques de plus en plus puissantes sont dispensées via le bracelet. Jean, la narratrice, a vu la société américaine évoluer vers ce changement, sans jamais rien faire pour s’y opposer, au grand désarroi de son amie Jackie, beaucoup plus impliquée – et désormais internée dans ce qui ressemble à un goulag. De fait, Jean ne fait pas grand-chose pour changer sa condition, celle de sa fille, celle de ses congénères. Elle est plutôt passive devant la situation et découvrira tardivement dans le roman qu’il existait pourtant une résistance (pas seulement menée par des femmes, d’ailleurs !). Et bizarrement, j’ai aimé ce point de vue, aussi passif soit-il. Cela change de ce à quoi je me suis habituée en dystopie !
J’ai trouvé que cela contribait au réalisme du récit. Évidemment, dans une situation similaire, on aimerait sans doute – j’imagine ? – toutes être Katniss. Mais soyons réaliste, pour une Katniss, il y a probablement mille Jean, passives et abasourdies. La bascule et le cheminement parcouru par cette Amérique puritaine et extrémiste semblent si doux et imperceptibles, que l’on imagine sans peine une telle aberration se produire, d’autant que nous sommes dans un contexte où il faut de plus en plus être vigilants sur les droits accordés, ou retirés, aux femmes (entre autres).

Pour être tout à fait honnête, bien que je sois restée suspendue à la voix de Gaëlle Savary, j’ai un peu décroché dans la seconde partie, ce qui me fait penser que si je l’avais lu en papier, j’aurais sans doute expédié certains chapitres. Non pas que ce soit inintéressant, mais dès l’instant où Jean se met dans l’action, j’ai trouvé le récit moins palpitant. Malgré tout, les fins de chapitres sont généralement assez percutantes, ce qui a relancé mon intérêt. Mais je me suis justement dit à plusieurs reprises que mon intérêt tenait sans doute au fait que le texte m’était lu. Malgré cela, le récit se tient et les péripéties sont prenantes jusqu’à la fin, quoiqu’un ou deux développements m’aient semblé un peu faciles – il y a notamment un adjuvant qui se révèle sur la fin, et j’ai trouvé ça un peu trop pratique pour être honnête.

Sans être un coup de cœur, voilà une dystopie portant sur les droits des femmes et l’égalité des sexes, qui gratte un peu aux entournures, et qui m’a bien plu, même si je dois reconnaître que le fait de l’avoir écoutée plutôt que lue y est sans doute pour beaucoup !

Vox, Christina Dalcher. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michael Belano. Lizzie, 2019, 10h51. Lu par Gaëlle Savary.

9 commentaires sur “Vox, Christina Dalcher.

  1. J’ai beaucoup aimé l’idée mais, passé l’introduction que j’ai grandement apprécié, c’est vite retombé comme un soufflé. Le livre ne m’a pas déplu mais il ne m’a pas plu non plus (ça fait beaucoup de « plu » ^^’). Au moins, tu as apprécié ton écoute, et c’est l’essentiel 😉
    D’ailleurs, je ne sais pas comment tu fais pour rester concentrer sur une écoute pendant 5h, chapeau !

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    • Sia dit :

      Pour être honnête, je pense que si je l’avais lu en papier, j’aurais largement sauté certains passages en raccrochant les parties les plus intéressantes (chose difficile à faire en audio). C’est vrai qu’il y a des longueurs. Mais la lectrice lisait super bien !
      Quant à tenir 5h, à coups de tâches ménagères, ou dessin, ça le fait !

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  2. Zina dit :

    Je l’ai dans ma PAL, il faudrait que je l’en sorte !

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  3. J’ai eu le même ressenti que toi pour la deuxième partie du livre, je l’ai trouvé moins dynamique. La fin m’a un peu déçu mais globalement, j’ai beaucoup aimé ce roman qui fait froid dans le dos avec ces lois qui transgressent la liberté de chacun et surtout des femmes.

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