[2019] Petit bilan de janvier-février.

Carnet de lectures.

Du côté des romans.

Fréquence Oregon, Loïc Le Pallec (Sarbacane – Exprim’).
Sur Terre, dans quelques années. Alta Luna vit dans un luxueux complexe pour familles fortunées, régi par des robots, loin du chaos ambiant. Elle s’y ennuie copieusement : son père est absent, sa mère souffre de dépression. Heureusement, il reste les amis pour s’évader, et un vieux poste de radio. Un beau jour, un couple de déserteurs échoue sur leurs côtes. C’est l’aiguillon qui manquait aux amis, qui organisent l’évasion. Destination l’Oregon, où un mystérieux « capitaine Green » bâtit, paraît-il, un monde nouveau.
Bon, avec ce titre, la rencontre a été ratée… Premier point : les personnages que j’ai trouvés hyper fades et stéréotypés. Hormis la protagoniste, les filles sont quasi inexistantes et ne servent qu’à faire passer les garçons pour de splendides chevaliers servants. Ainsi, l’héroïne manque de se faire violer deux fois, et est sauvée par les mecs deux fois. Quand ce n’est pas elle, ce sont les autres filles (interchangeables), qui sont vendues à un bordel et… derechef sauvée par les hommes. Groumpf ! Côté anticipation, c’est tout aussi léger. Il y a un vague discours écologiste hyper moralisateur, agaçant plus qu’autre chose. Bref, dans la même veine, il vaut mieux lire Le Jardin des Épitaphes de Taï-Marc Le Thanh !

30 jours sans déchets (ou plus…), Sophie Rigal-Goulard (Rageot).
Fatigué de voir toujours ses voisins, les Delamarre, passer pour des stars dans le journal (car ce sont de parfaits éco-citoyens, notamment), Austin fomente un plan diabolique. Faire mieux qu’eux ! Pour cela, il entraîne toute la famille dans un défi zéro déchets…
Vraiment, ça partait bien et le roman avait tout pour me plaire : le sujet est sympa et cette série jeunesse est plutôt rigolote et bien faite (il y a Dix jours sans écran, 24h sans jeu vidéo, etc.). Dès le départ, j’ai trouvé le prétexte hyper pauvre : franchement, s’améliorer pour faire mieux que les voisins, ça ne m’a pas emballée (le gamin a une dizaine d’années, donc pourquoi pas, mais de la part des parents, bof…). J’ai trouvé en plus les personnages hyper stéréotypés : la mère passe son temps en cuisine, la sœur ne veut pas lâcher ses cosmétiques… J’entends bien qu’il était plus facile de parler ainsi des cosmétiques maison, mais bon, les mecs aussi peuvent mettre des crèmes et prendre soin d’eux ! Enfin, il y avait quelques inexactitudes qui m’ont plus qu’agacée (des ampoules à la poubelle et du mélange vinaigre-bicarbonate préparé à l’avance… ce qui ne sert strictement à rien). En plus le défi dure nettement plus que 30 jours ! Pourquoi ne pas tabler directement sur 365 jours sans déchets niveau titre ? Mauvaise pioche bis, donc. Dans la série, je vous recommande chaudement les autres titres qui sont nettement plus prenants et marrants !

Oyana, Eric Plamondon (Quidam).
Bon, on enchaîne les rencontres mi-figue, mi-raisin. Lorsque s’ouvre ce roman, la narratrice est occupée à écrire une lettre à son mari. Dans cette lettre, elle prévoit de lui expliquer comment et pourquoi cela fait 23 ans qu’elle lui ment, qu’elle répond au prénom de Nahia  – alors qu’elle s’appelle en réalité Oyana -, qu’elle n’est pas orpheline, et qu’elle doit absolument rentrer chez elle, au Pays basque, qu’elle a brutalement quitté quelques 20 ans plus tôt (et non trente comme il le pense). Pourquoi cette urgence ? Parce qu’en mai 2018 a été prononcée la dissolution de l’ETA et que cela change tout pour elle.
Je ne vais pas vous en dire plus pour ne pas gâcher le roman car, vraiment, les liens entre la narratrice, le groupe terroriste et le gros secret qu’elle cache doivent être découverts de la façon dont ils sont mis au jour : doucement, précautionneusement, en tournant largement autour du pot, parce que parfois la vérité est difficile à accepter et à verbaliser, et que c’est bien tout l’intérêt de ce roman. Ce voyage intime, Eric Plamondon nous le raconte avec une grande sensibilité, sans prendre parti pour ou contre les actes de la narratrice, en la laissant dévider ses mots, jusqu’au moment où elle arrive sur place – et là, la narration change pour le style direct, et j’ai trouvé ça moins sensible et intime, pour le coup. Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup aimé la façon dont, justement, aucun parti n’était pris et comment, en passant, l’auteur nous retrace l’histoire mouvementée de la région (et ça ne parle pas que de terrorisme, il est aussi question d’un tas de trucs, y compris des baleines, ce qui explique la couv’ !). Alors, qu’est-ce qui ne l’a pas fait ? J’utiliserais volontiers une phrase de prof : ce roman a les défauts de ses qualités. D’une part, parce que lorsque j’ai enfin découvert les raisons du mal-être de la narratrice, je me suis un peu sentie flouée sur la marchandise. C’est donc pour cela que tu te mets la rate au court-bouillon ? OK, c’est moche, mais ce n’est pas du tout aussi moche que tu nous l’a fait croire pendant 50 pages ! Mais en même temps, on comprend que ça la travaille autant et qu’elle mette autant de temps à parler de ce passé qui la tarabuste. Ensuite parce qu’à mon grand regret, il restait pléthore de coquilles dans le texte, malgré des recherches manifestement minutieuses et fouillées, et un style fort. Sans parler des erreurs en basque – à commencer par l’horripilante faute d’orthographe du titre. Non, les noms propres n’ont pas d’orthographe, je sais mais ! ça tombe bien ! C’est justement un nom commun ! Et puis si c’est trop dur à prononcer pour les francophones (ce que je peux entendre), il fallait choisir autre chose. Cette graphie, dans le contexte de sa naissance, c’est juste une hérésie. Et oui, je suis clairement de parti pris mais bon, zut à la fin. Second problème : Google Trad. N’EST PAS un dictionnaire bilingue fiable. Donc non, « fanon » (de baleine), ça ne se dit pas kokospearekin. Parce que ça, ça signifie « avec le fanon de baleine » : ok, c’est proche, mais c’est quand même incorrect. Alors évidemment, je pinaille, mais voilà, c’est le genre de détail qui a tendance à m’escagacer super fort. Pis d’ailleurs, je pourrai pinailler encore plus fort et signaler que kokospe, c’est juste « fanon » et que si on veut être pointilleux, « fanon de baleine » c’est balea-bizar. Oui, on s’en fout, mais ma mauvaise foi est sans limites. Mon agacement aussi quand je tombe sur des trucs pareils.
Avec ça, est-ce que tout était à jeter ? Non ! Le voyage intime est intéressant et la chute du roman à la fois bien trouvée et bien amenée !

Rayon bulles.

Transat, Aude Picault.
Aude, jeune graphiste parisienne, ne supporte plus la routine métroboulotdodo. Quand elle y réfléchit, elle a pourtant une vie plutôt agréable, mais la terrible sensation d’être sur des rails, d’avoir perdu l’étincelle qui donne du sens au quotidien. Se présente alors l’occasion de partir en transat, avec un marin aguerri. Elle franchit le cap… et ça lui fera le plus grand bien !
Cette BD m’a été chaudement recommandée par un collègue et je ne regrette pas de l’avoir découverte ! Le récit mêle introspection (intelligente et marrante !) et carnet de voyage (dépaysant, divertissant !) en un parfait mélange. Les graphismes sont aussi simples qu’efficaces. J’ai adoré la partie sur le bateau, quasiment dépourvue de dialogues, mais servie en illustrations magnifiques. J’ai envie de découvrir d’autres titres d’Aude Picault maintenant !

Constance d’Antioche, tome 1, La princesse rebelle, Jean-Pierre Pécau, Dimitri Fogolin et Sébastien Lamirand (Delcourt).
Lorsque le cadavre sans tête de son père Bohémond II prince de Tarente et d’Antioche pénètre dans la cathédrale St Pierre pour y reposer, Constance n’a que 6 ans et sa mère Alix à peine 20. Mais si les larmes de Constance sont sincères, celles d’Alix sont feintes, et cette dernière fait aussitôt enfermer sa fille pour prendre la régence et ainsi avoir les mains libres de s’essayer aux arcanes du pouvoir.
Dans la série Les Reines de sang, voici venu le tour de la princesse Constance d’Antioche, qui me semble assez méconnue, mais que j’avais croisée l’an passé en lisant Djinn de Jean-Louis Fetjaine (que je n’ai jamais chroniqué). Ce premier tome, s’il s’arrête à la fois en pleine action et en plein conflit, est drôlement bien mené. Les enjeux (complexes) de l’époque et de la région sont clairement exposés, dans un récit linéaire. Les graphismes sont hyper réussis et nous transportent à merveille sur place. J’attends la suite !

 

Côté ciné.

Dragons III : le monde caché (Dean DeBlois).

Harold et Astrid sont désormais à la tête de Berk et Krokmou, de son côté, est devenu Alpha des dragons. Leur rêve est atteint : vikings et dragons vivent enfin en paix ensemble. Mais les trappeurs ne lâchent pas l’affaire… et les voici dotés d’une femelle Furie, dont ils espèrent bien se servir pour capturer Krokmou et tous les dragons du village. Seule solution qu’entrevoit Harold : trouver le monde caché des dragons et les y cacher tous. Plus facile à dire qu’à faire…
J’étais évidemment très impatiente de voir la conclusion de la trilogie Dragons, que j’apprécie fortement. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans, car la surprise est passée (c’est déjà le troisième opus), donc j’ai trouvé le début un peu longuet. De fait, il faut reconnaître que l’intrigue n’est pas particulièrement surprenante : une menace pèse sur le village et les dragons, il faut trouver une solution et, alerte spoiler, ils y arrivent ! Heureusement, les images sont absolument splendides et le film ménage suspense, humour (j’ai pleuré de rire, j’avoue) et tendresse avec talent. La fin, très ouverte et très émouvante, est réussie !

Tops & Flops.

Je me suis déjà pas mal étendue dans ce bilan sur les lectures qui ne m’ont pas bien passionnée (et non, je n’en ferai pas de chronique plus longue, car je manque vraiment de temps).
Dans les flops, il y avait donc Fréquence Oregon, dont je suis parvenue (quand même !) à la dernière page à grands renforts de soupirs irrités et de sourcils levés au ciel. Il y avait ce petit côté « Matrix raconté par Sarah Connor » bien sympa, mais ça n’a clairement pas suffi à pallier le reste (clichés, manque de rythme, côté moralisateur…) à mon goût. En plus, vu la couv’, je m’attendais à un bouquin à la la Mad Max, mais il n’en est rien. Mauvaise pioche !
Dans la foulée, je n’ai pas été convaincue par 30 jours sans déchets : sur le sujet, je pense qu’il y a de super documentaires (même jeunesse), bien plus efficaces qu’un roman.
Enfin Oyana m’a laissée de marbre, malgré d’excellents points, et m’a collé de l’urticaire avec cette faute dans le titre.

Côté géniales découvertes, il y a eu Engrenages et sortilèges, le dernier-né d’Adrien Tomas ! Ha, là, c’était plus dans mes goûts habituels ! Un univers léché, des personnages intéressants, une intrigue qui en avait sous le pied, un style génial, bref, que du bon. Gros coup de cœur pour ce titre !
Ensuite j’ai profité de Montreuil pour acheter la suite du Projet Starpoint, Le Réveil des Adjinns, que j’attendais de pied ferme. Et quelle excellente suite ! Non seulement l’intrigue prend un nouveau tournant, mais en plus Marie-Lorna Vaconsin réussit à nous rendre son univers extraordinaire à la fois plus intelligible et plus mystérieux ! Vivement la suite !
Enfin, Shannon Messenger a de nouveau réussi à m’emporter avec Réminiscences, le 7e tome de Gardiens des cités perdues. J’avais peur que ça s’essouffle, mais non ! On repart sur une intrigue trépidante, prenante et qui développe de mieux en mieux l’univers. Chouette, donc !

 

 

Citations.

« Je les ai entendus moi aussi, acquiesça Cyrus. Mais ça ne fait justement que prouver qu’il s’agit d’une mauvaise idée.
– Ah oui ? Et pourquoi donc ? renifla Grise, un peu vexée.
Cyrus perçut l’agacement de sa camarade, et tenta de se défendre :
– Pardon… je n’insinue pas que ton idée est… Enfin, je ne voulais pas prétendre…
– Mon maître veut simplement dire qu’il est désolé de ses capacités diplomatiques dignes d’un char d’assaut enflammé dévalant une pente, ronronna Quint, toujours affalé sur les genoux de Grise. »

« Je… je sais qu’il y a des gens pauvres ! avait protesté Grise. Que tout le monde n’a pas la chance de naître noble ou bourgeois… mais ce n’est quand même pas la faute des Wilkeer ou de la duchesse d’Eroge si…
– Bien sûr que si, c’est leur faute ! Comment crois-tu que ces riches, ces puissants et ces parvenus construisent leur parfaite petite vie dorée ? En oppressant, en utilisant, en tuant à la tâche, plus pauvres qu’eux pour leur bénéfice personnel ! En les envoyant se battre pour conquérir des pays en leur nom, en leur prenant leur vie, leurs membres, leur santé mentale, puis en les jetant à la rue sitôt leur objectif atteint ! As-tu seulement idée du nombre d’ouvriers exploités, de réfugiés et de soldats estropiés qui dorment dans les rues ? Des gens privés de travail, de dignité ou des deux, qui en sont réduits à voler et tuer pour subsister jusqu’au lendemain ! Quand un être humain en est réduit à la survie la plus élémentaire, il n’a plus que faire des lois de la société qui l’a conduit là ! »
Engrenages et sortilèges, Adrien Tomas.

***

« Le bruit du vent mérite plus d’attentions que les vaines paroles. »
Une immense sensation de calme, Laurine Roux.

***

« Mon pays, c’était donc ça, ses (sic) maisons carrées blanches à volets rouges, moi qui désormais avait passé plus de temps ici au Québec que dans le lieu de ma naissance. Ce paysage continuait à m’être étranger. Je n’y avais pas grandi, je n’en possédais pas les codes. Le territoire est un langage. Si on ne le parle pas dès l’enfance, il manque toujours quelque chose. Je n’arrive pas à envisager la vie le long de ces longues routes interminablement droites. Qu’y fait-on quand on a 7 ans ? Comment passe-t-on ses samedis après-midi quand on a 12 ans ? On se rejoint où à l’adolescence quand on habite entre Montréal et Trois-Rivières, à Shawinigan ou à Thetford Mines ? »
Oyana, Eric Plamondon.

***

« Ah oui, en mer il faut être PRÉSENT à ce qu’on fait. Chaque geste a sa valeur.
– Voilà ! Eh bien moi, avant de partir, j’étais dans l’état inverse, où chaque geste me semblait vide de sens. Tu sais, cette angoisse qui te prend, pollue ton regard, rendant tout négatif et vain. La peur de se figer dans une vie trop étroite. Parce qu’à 20 ans, le monde s’ouvre à toi… et à 30, tu prends conscience que réaliser l’être formidable qui se cache en toi est plus compliqué que prévu.
– C’est « devenir adulte » même si je n’ai pas encore bien saisi ce que ça veut dire.
– Haha ! Et finalement, on fait en fonction de ce que propose notre environnement, du contexte, de notre degré de conscience, des rencontres que l’on fait, de celles que l’on rate… Chaque choix dérive d’une multitude de non-choix. »
Transat, Aude Picault.

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