Avant le déluge, Raphaël Albert.

Panam, dans les années 1880.
La ville est la capitale d’un vaste royaume où les humains côtoient des nains, ogres, lutins et autres peuples fantastiques. Des motos à vapeur y doublent coches et centaures taxis. La magie très codifiée par des mages académiciens sert à la vie de tous les jours. Sylvo Silvain, un elfe exilé de sa lointaine forêt y a jeté l’ancre et ouvert une agence de détective privé. Le voilà enfin les poches pleines, à la tête d’une équipe haute en couleur.
Les affaires tournent et l’argent fait des petits ! Nonobstant, son ami (ou presque), l’ambitieux journaliste Jacques Londres, disparaît dans des conditions louches. Aidé de ses comparses, Sylvo se lance à sa recherche. Cette fois, le tragique et la Grande Faucheuse s’invitent.

J’avais beaucoup aimé le premier tome de cette série, Rue Farfadet – l’écart temporel entre mes deux lectures n’est donc pas hyper représentatif. J’étais donc ravie de retrouver les deux détectives, Sylvo et Pixel, dans une nouvelle enquête que je serais bien en peine de vous résumer (non pas parce que ma lecture commence à dater), tant elle est complexe.
De fait, elle démarre assez simplement : le journaliste Jacques Londres a disparu et Sylvo accepte – de mauvaise grâce – d’enquêter sur la disparition du jeune homme, dont il ne pense pas une seule seconde qu’il soit en danger. Évidemment, au fil du temps, Sylvo travaille en parallèles sur d’autres affaires, lesquelles s’avèrent, au bout du compte, toutes plus ou moins liées. Mais les liens sont si emberlificotés et liés à des manigances souterraines, qu’il est difficile d’en faire un résumé plus précis – sans tout spoiler.
Alors que le début est assez léger, pour ne pas dire empreint de gaieté (nos personnages ne sont plus à la rue, il y a de l’amourette dans l’air), l’enquête prend assez vite un tour nettement plus sombre. Crimes sordides à la Jack l’Eventreur, collusion pouvoir-pègre, industriels semi-mafieux… On est servis. Au-dessus de tout cela plane l’ombre des terrifiants techno-mages, qui tiennent Panam (et le reste du monde), sous leur coupe, car ils sont détenteurs des fameuses machines qui régulent la météo.
Rapidement, donc, on ne tarde pas à suivre Sylvo dans les bas-fonds, à rencontrer la pègre, les oubliés, les opprimés et les révoltés. Sans avoir trop l’air d’y toucher, l’intrigue frôle à de nombreuses reprises le politique. Et ce que j’ai trouvé absolument génial, outre cette part assez réaliste mais parfaitement intégrée à l’univers, ce sont les clins d’œil que l’on décèle à droite à gauche, et qui donnent au roman de délicieux airs d’uchronie. J’ai également adoré l’aspect environnemental qui se dessine entre les lignes : c’est ténu, certes, mais comme c’est un sujet qui m’intéresse, j’ai apprécié de le voir apparaître discrètement de-ci de-là.

Je crois que ce qui m’a le plus tenue en haleine dans tout cela est le rythme de l’intrigue. On débute doucement, c’est sympa et puis on s’enfonce doucement dans la violence, les choix discutables, les points de non-retour, jusqu’au final en apothéose. J’ai regretté de n’avoir pas la suite sous la main immédiatement car, même si je préfère espacer mes lectures de tomes, là j’aurais bien pris directement le tome 3 tant la fin est terrible. Vraiment, le suspense monte crescendo et, passé un certain point, on en vient à se dire qu’il n’y pas vraiment de bonne issue, tant on essuie de revers, de pertes et de déconvenues. Dit comme ça, ça n’a pas l’air franchement enthousiasmant mais, promis, c’est prenant et palpitant de bout en bout.

D’autant qu’à l’enquête purement policière se greffe assez vite une tournure très personnelle. Sylvo, Pixel et Broons, leur jeune voisin et apprenti, sont assez vites embarqués dans un tourbillon qui ne leur laisse aucun répit et qui manque d’engloutir les trois autres membres de l’agence, Hobo et le Géomètre, leurs deux enquêteurs hors-pair, tout comme Zerbï, leur secrétaire-garde-du-corps-surveillante-à-temps-plein. Et on en apprend un peu plus sur le passé de Sylvo, grâce à quelques analepses qui nous montrent le jeune homme qu’il a été à Toujours-Verte. Ces révélations, si elles éclairent certains choix ou traits de caractère du personnage, entraînent aussi pas mal de nouveaux questionnements… qui sont exacerbés par cette fameuse chute ! Bref : il va me falloir la suite.

Si j’avais beaucoup aimé le premier tome des aventures de Sylvo, je dois dire que ce deuxième volume m’a encore plus emballée. L’intrigue, hyper sombre, est absolument palpitante et ne m’a laissé aucun répit. Heureusement, l’auteur use d’une plume pleine d’humour (et riche en jeux de mots), ce qui permet de détendre un brin l’atmosphère. J’ai adoré le tour qu’a pris l’aventure et les multiples révélations fracassantes qui ont été faites, et qui ont permis de pallier les (rares) longueurs. De plus, j’ai adoré le mélange magie-technologie, comme les clins d’œil à l’histoire, à la littérature ou à la toponymie parisienne (mention spéciale sur ce point tant c’est bien trouvé !). En somme, il va falloir que je me procure rapidement le tome 3 !

♦ Dans la même série : Rue Farfadet (1) ;

Les Extraordinaires et Fantastiques enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé, Raphaël Albert. Mnémos (Hélios), janvier 2014, 388 p.

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Un commentaire sur “Avant le déluge, Raphaël Albert.

  1. Zina dit :

    J’ai adoré cette série !!

    J'aime

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