Le Dossier Handle, David Moitet.

Montana. Thomas Handle, 15 ans, voit sa vie basculer lorsque ses parents se font assassiner devant lui. Il n’a pas le choix, il doit fuir les criminels qui veulent le kidnapper. Un ancien policier et une petite mamie seront les seuls alliés de sa cavale. Cette équipe brinquebalante va finement mener l’enquête et aider Thomas à comprendre ce qui lui arrive. Est-il poursuivi à cause de son don particulier ? Qui sont vraiment ses parents ? Et peut-il faire confiance à la police ? En remontant le fil de son histoire, Thomas va découvrir une réalité terrifiante.

J’ai découvert David Moitet l’an dernier avec son excellent New Earth project ; mais avant d’écrire pour la jeunesse, il écrivait surtout des polars pour adultes… et son nouveau titre fait le condensé des deux !

L’intrigue démarre sur les chapeaux de roues, ou presque : alors que l’on suit Thomas, 15 ans, ses parents sont brutalement assassinés sous ses yeux et lui contraint de faire tout ce qui est en son pouvoir pour échapper aux meurtriers. Et justement, du pouvoir, Thomas en a pas mal car, tenez-vous bien, il possède la faculté de se déplacer à une vitesse surhumaine — inutile de grogner, dans le fond, car on découvre l’étendue de ses incroyables capacités aux alentours du deuxième chapitre.
Et ce qui est intéressant, c’est qu’on a affaire à un personnage certes doté d’extraordinaires capacités, mais dont les pouvoirs ne sont pas tellement au centre de l’intrigue. Alors, évidemment, c’est la raison pour laquelle il est orphelin et ils prennent une place importante dans l’enquête, mais David Moitet a vraiment axé celle-ci autour du secret de famille et de l’évolution des personnages. Les pouvoirs ne sont là qu’en toile de fond et c’est bien agréable de ne pas se retrouver totalement aspiré par l’aspect fantastique de l’intrigue. De fait, celle-ci se concentre vraiment sur les humains !

Parmi ceux-ci, Thomas tient donc la vedette et il est difficile de ne pas compatir à ses ennuis : ses parents meurent, il détient un énorme secret et, pire, la police semble salement impliquée dans l’affaire, les meurtriers s’étant réclamés des forces de l’ordre, et les enquêteurs ayant décrété qu’il ressemble à s’y méprendre à un suspect. Oui, c’est la cata. Heureusement, le jeune homme trouve assez vite du soutien en la personne de Saul, ex-policier, cantonné à sa maison de repos et à son fauteuil roulant depuis un accident de service. Et Saul, voyez-vous, a été mon coup de cœur de ce roman, tant j’ai trouvé le personnage extraordinaire. À travers lui, ce sont des sujets assez peu évoqués qui ressortent, comme la question de la fin de vie, du deuil et de la vieillesse. N’allez pourtant pas croire que cela prend le pas sur le roman ou que c’est déprimant ! Que nenni ! Mais cela offre un intéressant contre-champ à l’enquête survoltée que mène Thomas et nous place par là-même dans un décor aussi innovant qu’intéressant : la maison de retraite. Car c’est flanqué de deux pensionnaires de choc que l’on remonte la piste des meurtriers en compagnie de Thomas !
En face d’eux, la police, donc, en la personne de Duncan, qui en a gros sur la patate et pas mal de choses à se pardonner avant de pouvoir avancer. Là encore, on a un personnage vraiment fouillé (malgré la brièveté du roman), qui a du corps et pour lequel il n’est pas compliqué de se passionner. J’ai été prise par l’enquête, c’est vrai, mais j’ai vraiment craqué sur les personnages du roman !

L’enquête, de son côté, est menée tambour battant, avec moult scènes d’action, et gouvernée par un irrépressible sentiment d’urgence qui pimente allègrement le tout. Le surnaturel n’est présent qu’à petites doses et flirte sérieusement avec l’anticipation – tout comme l’intrigue. Celle-ci, de plus, aligne tous les bons éléments d’un polar, sans lorgner du côté des clichés – une vraie bénédiction !
J’ai déjà parlé des thèmes qui affleurent mais je dois vraiment avouer que c’est l’autre énorme bon point que récolte ce roman. Outre ceux cités, l’intrigue nous pousse à nous interroger sur l’éthique et notre propre morale, via des péripéties souvent assez salissantes, sombres comme il faut, parfois dérangeantes mais absolument passionnantes. Oui, c’est un polar qui n’en a pas l’air, comme ça, mais qui touche à plein de choses et qui ne laisse pas indifférent !

En somme, excellente découverte à nouveau avec ce polar survolté de David Moitet. L’auteur nous embarque dans une intrigue à la fois sombre, pleine d’espoir, portant sur un large choix de sujets (du plus émouvant au plus dérangeant), mâtinée d’un brin de surnaturel (à mi-chemin entre l’anticipation et le fantastique) et portée par des personnages lumineux. Théoriquement, c’est un roman pour adolescents, mais ce serait vraiment dommage de se priver si votre adolescence est passée depuis longtemps !

Le Dossier Handle, David Moitet. Didier jeunesse, janvier 2018, 224 p.

 

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