Le Gang des prodiges #1, Marissa Meyer.


Il y a plus de dix ans, les Renégats, un groupe d’hommes et de femmes détenteurs de pouvoirs surhumains, ont vaincu les super-vilains. Ils font désormais régner la paix et la justice. Mais les super-vilains n’ont pas disparu…
Parmi eux, Nova, qui a dédié sa vie à la lutte contre les Renégats, responsables de la mort de sa famille.
Prête à tout, elle se fait passer pour l’un des Renégats et infiltre leur repaire afin de les espionner. Mais lorsqu’elle se lie d’amitié avec le fils adoptif des deux principaux Renégats, ses certitudes vacillent…

En finissant ce roman (que j’avais commencé un peu à contre-cœur, pour le travail), j’ai eu l’impression que cela faisait un petit moment que je n’avais pas été autant emballée par un roman ado ! Pour un livre pris sans enthousiasme, je trouve ça plutôt pas mal !

Premier point qui m’a éminemment plu : l’univers. Dès les premières pages, on plonge dans un univers à la X-Men, truffé de super-héros aux pouvoirs délirants : les heureux élus peuvent balancer des boules de feu, manipuler l’électricité, parler aux abeilles, ou tout simplement faire basculer dans la réalité leurs dessins. Le choix est large et c’est plutôt varié !
Évidemment, comme dans toute histoire de super-héros, on a en face des super-vilains. Lesquels ont eux aussi des pouvoirs cools ou moins utiles, mais surtout la propension à ricaner méchamment en fomentant des coups bas. Eh oui car, au moment où débute l’histoire, les super-vilains ont été peu ou prou anéantis par les Renégats (un gang qui s’est montré plus fort que les autres dix ans plus tôt et détient désormais le pouvoir) : l’histoire débute donc dans un univers apaisé, qui tourne à peu près rond, sous la houlette des Renégats. Les méchants ont disparu (ou presque), la société a été reconstruite et tout roule plutôt pour le mieux. Ce qui est plutôt original, puisqu’en général, on se concentre sur l’action, en l’occurrence le renversement de la tyrannie en place. Or là, c’est déjà fait et on va justement suivre une super-vilaine qui n’a pas digéré la défaite, ni les mensonges institutionnels qui l’ont accompagnée et qui ronge gentiment son frein, ce que j’ai trouvé assez intéressant comme point de départ.

Après ce bon départ, l’histoire rebascule finalement sur un thème plus conventionnel : si la situation est apaisée, on a de quoi douter de la sincérité des uns et des autres et c’est cette absence de transparence qui va motiver Nova à enquêter et à se poser un tas de questions. C’est assez classique, mais l’ensemble est bien mené : il y a à la fois des révélations fracassantes et des retournements de situation un peu attendus, ce qui fait que le suspense se maintient, à grands renforts de batailles rangées.
Surtout, ce qui est intéressant, c’est toute la réflexion autour du bien et du mal qui est mise en place : est-ce qu’on fait forcément le bien lorsqu’on est du côté des gentils ? Les méchants sont-ils forcément malfaisants ? Évidemment, c’est un peu du déjà vu, mais dans la mesure où ce sont les jeunes protagonistes qui se posent ces questions, la réflexion est intéressante – et, comme je le disais plus haut, l’ensemble est vraiment bien mené.

Les personnages offrent une intéressante galerie et de chouettes entre-deux. Tout d’abord, on a donc les Renégats, soit les super-héros, très héroïques, très bienveillants, très positifs. Mais pour certains, ce n’est qu’une apparence, tant leurs propos sont détestables et leurs idées nauséabondes, preuve que l’étiquette super-héros ne suffit pas à asseoir la légitimité. À l’inverse, on a des super-vilains vraiment hyper machiavéliques (et manichéens, on en conviendra) et, à côté de ceux-là, d’autres plus nuancés, qui ont simplement le tort de lutter dans le mauvais camp dès le départ (et qui ont donc tort par principe) : c’est une position intéressante, puisqu’elle vient alimenter le débat sur les protagonistes et les antagonistes. En définitive, si les personnages ont les mêmes qualités, qu’est-ce qui les différencie et permet de les placer dans des cases aussi hermétiques ?
Enfin, il y a les « non-affiliés ». Parmi ceux-ci, la Sentinelle est un personnage vraiment intéressant, dont on a du mal à déterminer le bord (d’ailleurs, le personnage lui-même est en balance entre les deux partis). Il y a également Nova, dont la situation d’agent infiltré va amener tout un tas de réflexions sur son positionnement, les étiquettes qu’on colle les uns aux autres ou, tout simplement, le bien-fondé des plans de chacune des deux parties.

Puisque Nova infiltre les Renégats et qu’elle cherche à démasquer leurs plans secrets, le roman a des airs de polar et de roman d’espionnage, le tout mixé à la sauce super-héros. Ce mélange s’avère très entraînant et on se pique assez vite au jeu de trouver des indices, de les relier entre eux et d’en tirer des conclusions. Marissa Meyer ménage ses effets et, à plusieurs reprises, alors que l’on pense voir où elle va en venir, elle entraîne le récit dans une toute autre direction. Plus celui-ci avance, plus il montre les limites du système des Renégats et plus l’on s’approche d’une dystopie (sans toutefois y entrer franchement).

J’ai attaqué ce roman sans grande conviction et, finalement, ça a été un gros coup de cœur. J’ai été emballée par l’univers, riche en super-héros et qui propose de très intéressantes réflexions. J’ai également apprécié la galerie de personnages, très matures et qui vont s’interroger justement sur tous ces points qui fâchent. La conclusion, quoi qu’un peu attendue, est néanmoins magistrale et m’a convaincue de lire la suite !

Le Gang des Prodiges #1, Marissa Meyer. Traduit de l’anglais par Guillaume Fournier. Pocket Jeunesse (PKJ), 1er février 2018, 599 p.

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