The Crime, The Curse #2, Marie Rutkoski.


Tout a changé. Kestrel a été contrainte de lutter pour sa survie, a vu ses amis tomber autour d’elle, a dû supporter la douleur de cette terrible trahison, son éducation entière qui lui souffle de tout faire pour se venger du jeune homme. Et quand il a fallu choisir, elle a choisi, à son tour, l’impensable : sacrifier son bonheur pour celui des herrani, céder à un terrible chantage qui la force à tourner le dos à Arin une bonne fois pour toutes. Elle est désormais la fiancée du fils du monarque. S’ouvre, à la cour, un terrible jeu d’échec où Kestrel doit mentir à tout le monde, depuis l’Empereur – un homme sans pitié qui se délecte de la souffrance d’autrui – jusqu’à Arin lui-même, en passant par la masse des courtisans qui n’espèrent que sa chute.

Où l’on retrouve Kestrel, donc, peut de temps après le coup de poker qui lui a permis de sauver les fesses herranies d’Arin et de faire de la péninsule un protectorat de l’Empire – en échange de son mariage avec Verex, l’insipide fils de l’Empereur. On l’imagine aisément, Kestrel n’est pas ravie de sa nouvelle situation, car elle soupire toujours après Arin.
À ce titre, j’ai eu un peu peur, car le début de l’histoire est particulièrement niaiseux. Chacun campe sur ses sentiments, suranalyse ses rares conversations avec l’autre, imagine de chaudes retrouvailles, soupire encore, dépérit d’amour… C’est long.

Heureusement, Marie Rutkoski revient assez vite à la stratégie, point qui m’avait tout particulièrement plu dans le premier volume. Et là… il s’en passe, des choses ! Car Kestrel, comme Arin, se sont embarqués dans un jeu de dupes un tantinet dangereux, qui les amène à mentir à tour de bras, et ce à un nombre incalculable de personnes – y compris à eux-mêmes, et c’est peut-être le point le plus triste. Assez vite, la tension remonte donc, alimentée par les petits jeux de pouvoir qui ont lieu à la cour. Évidemment, Kestrel n’est pas la seule à manipuler l’art du mensonge et elle a bientôt fort à faire pour naviguer entre les réseaux d’espions des uns et des autres (les Herranis, l’empereur, Verex, ou d’autres partis pas toujours identifiés). Malgré cela, les péripéties ne sont pas survoltées : on est plus dans un roman centré sur la politique, les jeux de pouvoir et l’espionnage, bien sûr, ce qui lui donne un petit côté « polar d’ambiance » pas du tout désagréable.

Du côté de la narration, j’ai eu la sensation qu’Arin avait plus d’espace d’expression que précédemment. On passe donc d’un personnage à l’autre, ce qui nous permet de mieux percevoir les évolutions de chacun… et de mieux comprendre (et d’anticiper) leurs quiproquos. C’était intéressant également de voir à quel point leurs identités et nationalités vont venir, peu à peu, gangrener leur relation. Kestrel est Valorienne de naissance donc, par définition, elle sert l’Empereur et abonde (du moins officiellement), dans ce sens. Mais elle a grandi à Herran, qui reste son foyer de cœur, donc elle se sent concernée par le devenir du protectorat (et pas seulement parce qu’elle se consume d’amour pour Arin. Même si ça entre évidemment en ligne de compte). Arin, lui, est Herrani jusqu’au bout des ongles et se bat pour l’indépendance de son pays, quitte à nouer des relations diplomatiques pas toujours bienvenues. Or, on en arrive au point où, l’un comme l’autre, ils ont commis des actes condamnables qu’ils n’analysent pas nécessairement de la même manière. Se pose alors la question des limites de l’acceptable : est-il plus acceptable de tuer pour une noble cause que pour sauver sa place ? Posée ainsi, la question semble purement rhétorique, mais ils en arrivent effectivement à ce genre de réflexion, à se demander si la raison d’État prévaut sur l’éthique et s’il l’un a de meilleures raisons d’agir que l’autre – et tout n’est évidemment pas résolu, ce qui laisse à chacun la possibilité de réfléchir.
J’évoquais, un peu plus haut, de nouveaux liens diplomatiques : on quitte enfin les frontières de la Valorie pour aller visiter les voisins, ce qui nous amène à rencontrer de nouveaux personnages – et à obtenir de nouveaux éclairages sur quelques personnages connus. Ainsi, on retrouve Jess et Ronan, les meilleurs amis (Valoriens, évidemment) de Kestrel et Marie Rutkoski a, là aussi, choisi une orientation très intéressante (que je ne dévoilerai pas), qui apporte son lot de piquant au récit (et son lot d’ennuis à Kestrel). Entre eux et Arin, on ne peut pas dire que ses débuts à la cour soient des plus fastes. De même, alors qu’il semblait jusque-là pas mal absent, son père est cette fois un peu plus présent et on en arrive à mieux cerner cet énigmatique personnage, plus occupé à conquérir des territoires et des peuples à droite à gauche qu’à s’occuper de sa fille.

Comme dans le premier tome, l’esclavage est également au cœur de la question. Cette fois, on rencontre et on suit plus de personnages herranis, ce qui nous donne une vision bien plus globale de la situation. Alors que Kestrel était assez progressiste, maintenant qu’elle est à la cour, elle est entourée de personnes très conservatrices, qui respectent à peine l’indépendance toute neuve du territoire – sans parler du statut d’hommes ou de femmes libres des herranis. Cela occasionne des conversations un poil glauques, où certains considèrent leurs concitoyens comme guère moins que du bétail.

Si j’ai eu quelques frayeurs en attaquant le roman, Marie Rutkoski est vite revenue à ce qui m’avait tant plu dans le tome 1 : la stratégie et les petites magouilles politiques, sur fond de lutte contre un état esclavagiste. Kestrel est de plus en plus compromise et ses choix entraînent des péripéties passionnantes, bien que plus centrées sur la lutte politique sur l’action pure et dure. La stratégie et la lutte politique prennent de plus en plus le pas sur l’intrigue ; la romance n’est pas en reste, mais force est de constater que l’on tend de plus en plus vers le drame que vers la comédie romantique (ce qui n’est pas pour me déplaire !). Après un tome aussi intense, j’ai terriblement hâte de lire le troisième et dernier volume de la série !

◊ Dans la même série : The Curse (1) ;

The Curse #2, The Crime, Marie Rutkoski. Traduit de l’anglais par Mathilde Montier.
Lumen, septembre 2017, 535 p.

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2 commentaires sur “The Crime, The Curse #2, Marie Rutkoski.

  1. Cette saga me tente de plus en plus !

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