La Part des ombres #1, Gabriel Katz.

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La Goranie était jadis une terre de conquérants, elle n’est plus aujourd’hui qu’un pays occupé, avec à sa tête un roi fantoche. Dix ans déjà que les Traceurs, peuple guerrier descendu des montagnes pour « pacifier » le pays, règnent en maîtres sur le royaume. Discipline, terreur, corruption, tout semble fonctionner sans le moindre accroc jusqu’au jour où tout bascule. Une noce qui tourne au drame, un massacre tenu secret… et un homme qui se dit revenu d’entre les morts, pour lever le peuple contre l’occupant. On l’appelle le Fantôme, et pour animer la lame de fond qui renversera le régime, il a besoin de combattants – des mercenaires de haut niveau, capables d’encadrer, de former, et d’affronter les terribles guerriers de la Trace. C’est ainsi qu’entrent en scène trois personnages venus des quatre coins du monde : une maîtresse de guerre, un gladiateur de haute volée et… un beau gosse qui ne sait pas très bien comment il s’est fait entraîner là-dedans. Pour le meilleur et sans doute pour le pire.

Une nouvelle aventure dans le méta-univers de Gabriel Katz qui, en plus, a le bon goût de reprendre des personnages des séries antérieures ? Oui, mille fois oui ! Le petit plus, c’est qu’il n’est pas vital d’avoir lu les autres romans pour comprendre et apprécier celui-ci – en revanche, pour déceler et apprécier les petits clins d’œil disséminés ça et là, c’est mieux !

Nouveau pays donc, et cette fois, on visite la Goranie. On peut dire que l’auteur nous met dans l’ambiance dès le départ, avec un massacre riche en tensions et en hémoglobine : c’est dur, c’est glauque, ça ne va pas être de la rigolade. Et, de fait, loin s’en faut. Car la Goranie, pays réputé et aux mille merveilles est désormais sous la coupe des Traceurs, lesquels ne semblent vivre que par et pour les armes. Là-dessus, débarquent donc respectivement un merveilleux vendeur de salades, un beau gosse tatoué qui parle mieux avec ses armes qu’avec des mots et une maîtresse de guerre dure à cuire.
À ce redoutable trio va s’ajouter un non moins redoutable personnage : le Fantôme, que l’on dit revenu d’entre les morts pour se débarrasser de l’envahisseur Trace : entre les brutes mal dégrossies et ceux qui ont une vengeance sur le feu, sans compter les abîmés de la vie qui veulent bien se lancer à corps perdu dans une guerre qui n’est pas la leur, ça promet.

Et, de fait, le roman est riche : l’auteur nous fait passer d’un personnage à l’autre et nous donne plusieurs points de vue sur une situation pour le moins compliquée. Car les intérêts des uns et des autres ne convergent pas nécessairement. Il en résulte une intrigue riche en complots, trahisons, petites rébellions et grosses surprises, les péripéties intervenant de façon assez homogène dans l’histoire. Le tout donne néanmoins l’impression d’être mené à train d’enfer, tant le suspense est maintenu : les rebelles parviendront-ils à se faire connaître et, par la suite, à survivre ? Chacun parviendra-t-il à tirer son épingle du jeu malgré les difficultés ? Les intérêts personnels se mêlent à la raison d’État et c’est ce qui fait tout le sel de l’histoire. Évidemment, comme c’est un diptyque, on quitte nos personnages avec une foule de questions – et d’appréhensions – en tête, d’autant que Gabriel Katz, passé maître dans l’art du cliffhanger échevelé, conclut ce premier tome sur un retournement de situation qui laisse le lecteur sur des charbons ardents.

Côté personnages, il va sans dire que l’on retrouve notre trio charismatique avec un immense plaisir ; cette histoire se passe après les différentes aventures que l’on a déjà lues sur leurs comptes, ce qui nous permet de découvrir quels ont été leurs sorts après les conclusions de chaque histoire – et parfois, ce n’est pas brillant. Mais surtout, le mélange des caractères est passionnant : chacun arrive avec son passé, ses caractéristiques, ses petites marottes (qui avec ses salades, qui avec son  chien…), ses préjugés et cela donne un ensemble détonnant. Concernant les nouveaux personnages, Gabriel Katz offre une intéressante galerie, tant du côté des adjuvants que des opposants, en nuançant les caractères – sauf dans le cas, particulièrement soigné, d’un petit coq vaniteux. Bien vite, il y a donc les personnages que l’on apprécie, ceux que l’on déteste sans conditions et ceux qui titillent notre curiosité.

Le récit est porté par un style léger et mordant : les réparties truculentes sont légion, les descriptions affûtées et le sarcasme est roi. Difficile, donc, de s’ennuyer et, si le vocabulaire de certains peut sembler étrange, car un tantinet familier, cela ne fait que renforcer le côté pittoresque de certaines situations.

La Part des ombres ouvre le diptyque avec panache : le récit est palpitant, les personnages savoureux et c’est avec un plaisir indéniable que l’on retrouve des figures déjà connues. Si vous êtes un aficionado déjà converti aux romans de l’auteur, celui-ci devrait donc vous plaire ; si vous ne l’êtes pas encore, c’est une bonne raison de s’y mettre : Gabriel Katz signe un récit de fantasy d’une efficacité redoutable.

La Part des ombres #1, Gabriel Katz. Scrinéo, octobre 2016, 436 p.
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Cette entrée a été publiée dans Fantasy.

2 commentaires sur “La Part des ombres #1, Gabriel Katz.

  1. Rose dit :

    J’en déduis qu’il faut avoir lu les autres romans de l’univers pour l’apprécier ?

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    • Sia dit :

      Pas du tout ! Les romans ou séries sont tous indépendants, donc tu peux les lire dans l’ordre que tu souhaites. Ici, ça te fera perdre quelques blagues ou références, mais rien d’entravant pour la lecture générale.

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