[2016] Petit bilan de septembre.

Carnet de lectures.

Du côté des albums. 

Super Cagoule, Antonin Louchard — Seuil Jeunesse, septembre.
C’est l’histoire d’un petit canard qui, un jour d’hiver, râle. Pour avoir bien chaud, il est tenu de mettre sa cagoule, mais ce que les parents n’avaient pas prévu, c’est que la cagoule gratte, gratte, gratte ! Or, voilà que notre canard fait une rencontre aussi inopinée que malvenue : il tombe nez à nez avec un loup affamé, qui se mettrait volontiers un caneton sous la dent ! Ni une ni deux, voilà que celui-ci se fait passer pour le Petit Chaperon rouge, doté de super-pouvoirs dus à sa super cagoule. Le loup, on s’en doute, tombe bêtement dans le panneau. Et notre caneton, à force de ruse et de malices, va faire d’une pierre deux coups !
Antonin Louchard sait y faire pour proposer des albums drôles, bien menés et aux dessins caractéristiques : ici, les rondeurs douces du canard s’opposent aux angles aigus du loup. Les répliques fusent, mêlant expressions orales et humour malicieux. Quant à l’histoire, elle présente un fort efficace mélange de solution désespérée et de courage forcené, tout en célébrant la créativité et le refus d’abandonner. Idéal pour se mettre du baume au cœur !

Du côté des romans.

Zapland, Marie-Aude Murail — L’École des Loisirs, octobre 2016. 
Marie-Aude Murail a enchanté des générations de lecteurs (je ne compte plus les romans d’elle que j’ai lus !). En ces temps de rentrée, elle publie un petit roman (de première lecture) célébrant la lecture et l’imagination.
Tanee a 8 ans et vit en 2054, où la vie est bien différente de celle que l’on connaît en notre siècle. Si elle en a envie, sa m@mie peut se téléporter pour aller passer l’après-midi au sommet de l’Himalaya ; sa sœur aînée, Aliène, effectue un voyage de classe au Moyen-Âge avec son professeur d’e-stoire, Monsieur Ouikipède. Et Tanee va devoir apprendre à lire en dégommant des syllabes passant sur son écran. Hormis cela, son monde est à peu près similaire au nôtre. D’ailleurs, Tanee n’est pas plus tôt sortie de l’école qu’elle se met à faire des bêtises avec sa meilleure amie C@ro, allant explorer les ruines de cet endroit terrifiant qu’on appelle Lequartier.
Ce petit roman de SF est très entraînant et propose un texte très accessible aux jeunes lecteurs – à ceci près qu’il est truffé de jeux sur l’évolution des mots que l’on goûte avec plaisir : on mange de la soop, on paye avec des zeuros et on habite dans des e-meubles ! Les illustrations de Frédéric Joos, quant à elles, soulignent à merveille cet univers original.
Sans en dévoiler trop de l’équation, Zapland célèbre les pouvoirs de l’imagination, de la lecture et de la littérature. À mettre entre toutes les mains, ou à lire aux enfants le soir !

La Révolution dans la peau, Serge Rubin — Talents Hauts (Livres et égaux), août 2016.
Guadeloupe, 1789. Fille et femme de planteurs de canne à sucre, Lucile mène une existence paisible et choyée, sa plantation tournant à merveille grâce au travail des esclaves que son mari utilise. Tout va donc pour le mieux. Jusqu’au jour où Rose, sa nourrice noire, esclave évidemment, lui avoue être sa véritable mère et l’avoir échangée à la naissance avec un enfant de planteurs. Pour Lucile, blanche de peau, c’est le choc : elle découvre qu’elle est une chabine – c’est-à-dire une femme à la peau blanche, mais issue de parents noirs ou métissés.
Dès lors, Lucile est confuse : peut-elle soutenir l’esclavage alors qu’elle est, elle-même, noire ? L’esclavage est-il réellement la seule disposition que peut connaître la société ? Justement, la situation en Guadeloupe n’est pas des plus simples : les nouvelles qui arrivent de France avec des mois de retard portent des relents de révolution et évoquent la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, selon laquelle tous les hommes naissent libres et égaux.
Mais aucun planteur ne s’avoue vaincu : si le cœur de Lucile balance, ceux de son père, de son mari, de l’ensemble de la société dans laquelle elle a grandi sont fixés. Ils lutteront, coûte que coûte, contre l’abolition de l’esclavage réclamée à cor et à cri par les révolutionnaires.
C’est un petit roman historique (dès 10 ans) vraiment très accessible et qui a le mérite d’aborder le racisme et l’esclavage par un angle d’attaque original : tout au long du roman, on assiste à la prise de conscience et à la métamorphose morale de Lucile, dont les racines entrent évidemment en conflit avec les convictions qu’on lui a inculquées dans son enfance. Les péripéties (et les ellipses) sont nombreuses, le rythme est donc maintenu de bout en bout – ceci étant, quelques personnages et développements manquent un peu de profondeur : cela chagrinera peut-être un adulte, mais donnera à un jeune lecteur l’impression de ne pas se perdre dans les méandres des détails.
Une lecture vraiment intéressante et qui permettra peut-être de déclencher une discussion ou réflexion autour de l’esclavage !

Tops & Flops.

Pas de flops, n’est-ce pas fantastique ?! En revanche, quelques très chouettes découvertes à signaler !

testament-2-alouettes-jeanne-a-debatsTout d’abord, j’ai lu le tome 2 de Testamentde Jeanne-A. Debats, qui fait suite à L’Héritière et ça a été un coup de cœur, rien de moins. Les aventures d’Agnès sont originales, prenantes, désopilantes, tout en proposant des réflexions vraiment intéressantes (sur les relations hommes-femmes, notamment). Voilà un titre qui entre au Panthéon de mes séries d’urban-fantasy favorites – et j’espère bien pouvoir lire, un jour, un tome 3 !

Ensuite, j’ai lu le quatrième tome des aventures de Sophie au seins des les-invisibles-gardiens-des-cités-perdues-4-shannon-messengerGardiens des Cités perdues, intitulé Les Invisibles. Et je crois bien que c’est, de loin, le tome que j’ai préféré jusque-là (chose que j’avais dite pour le précédent, il est vrai) ! Les révélations fusent, certains personnages se dévoilent (Keefe, notamment) et l’histoire prend de nouvelles tournures insoupçonnées, promettant le meilleur pour la suite. Que j’ai, il va sans dire, follement envie de lire !

memorex-cindy-van-wilderEnfin, Memorex, dernier roman en date de Cindy van Wilder, a idéalement meublé mon retour en train. S’il ne me marquera pas autant que sa trilogie des Outrepasseurs, j’en ai hautement apprécié le côté efficace ainsi que l’intrigue mêlant thriller et science-fiction avec bonheur. D’ailleurs, je l’ai lu d’une traite !

Citations.

« On ne déclare pas son amour immortel moins d’une heure après avoir baisé  : confondre la reconnaissance du ventre avec l’éternité est la preuve d’un absolu mauvais goût. »

« Mais les vamps accusent traditionnellement un retard certain par rapport à la norme contemporaine. Ils ont autant de mal à se faire aux changements de société que l’Académie française aux évolutions de langage. L’immortalité ne rend pas forcément très réactif, il faut croire. »

« Je fermai résolument les lèvres. J’estimais depuis toujours qu’aucun des partenaires n’est en droit d’exiger quoi que soit de l’autre, sinon du respect et parfois, du plaisir. Mais jamais au grand jamais un regard comminatoire sur le passé ; j’ai toujours trouvé terrifiants ceux ou celles qui estiment qu’on n’aurait pas dû vivre avant eux, et adjurent qu’on fasse tabula rasa de cet intolérable passé. Sans parler de l’avenir. Les gens ne nous appartiennent pas dès lors qu’ils ont pris la décision contestable de mélanger leurs fluides avec les nôtres. Les gens ne nous appartiennent d’ailleurs pas tout court, pour commencer.
La plupart des meurtres que la presse qualifie hâtivement de « passionnels » naissent de ce malentendu : confondre l’amour, voire moins que cela, avec un titre de propriété en bonne et due forme. »
Alouettes, Jeanne-A. Debats. 

***

« Mais tu sais ce dont j’ai pris conscience ces derniers temps ?
– Ne me dis pas que tu vas te lancer dans un laïus sur nos choix, qui reflètent notre vraie nature ?
– Non, je le laisserai aux vieux.
Enfin, un vrai sourire !
– Ce que je m’efforce d’accepter, c’est que ce n’est pas grave d’être différent. Si on était tous pareils, on commettrait tous les mêmes erreurs. Au lieu de quoi, on fait tous face à des problèmes différents, et ce n’est pas si grave, parce qu’on est entourés d’amis prêts à nous épauler. Toi comme tout le monde, Keefe. On est tous là pour toi. Quoi qu’il arrive. D’accord ? »
Les InvisiblesShannon Messenger. 

***

« Les femmes doivent faire attention parce qu’elles peuvent attraper les bébés.
– Comment ça, « attraper les bébés » ? Comme lorsqu’on attrape un rhume ? s’exclama Muriel, qui se fit rabrouer par les autres, pressées d’entendre Phyllis continuer.
– C’est ce que j’ai compris. On les attrape en restant avec un garçon. Et… je n’ose pas continuer. Mère me punirait pour cela.
– Continue Phyllis, elle n’en saura rien, et maintenant tu as commencé…
– Et il faut être… dévêtus !
Les quatre filles, interloquées, reprirent ce mot avec vigueur.
– Dé-vê-tus ?
– Ton histoire devient de plus en plus obscure, se plaignit Muriel.
– Je suis désolée, mais c’est ce que Frances m’a assuré. Un homme nu t’embrasse alors que tu es nue, et neuf mois après, un bébé naît. Je n’en sais pas beaucoup plus parce qu’elle-même a appris cela en espionnant une conversation entre les bonnes de la maison. »
AgathaFrançoise Dargent. 

***

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5 commentaires sur “[2016] Petit bilan de septembre.

  1. Acr0 dit :

    Oh il m’a l’air tout mignon cet album Super cagoule ! Roh, je vais me pencher sur ce diptyque (?) de Jeanne-A. Debats – que j’ai rencontrée le mois dernier, très sympathique – car j’aime beaucoup sa plume. Memorex me tente bien pour découvrir Cindy Van Wilder (surtout sur un one shot)

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    • Sia dit :

      Super Cagoule est vraiment mignon, en effet, et il met du baume au coeur. Et je recommande très chaudement Testament qui est génialissime (j’ai hâte de lire un éventuel tome 3) ; et idem pour Memorex (mais il n’a pas la profondeur des Outrepasseurs !).

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  2. Lupa dit :

    Un bon bilan dans lequel je pioche allègrement de nouvelles et alléchantes idées, merci 🙂

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