Guerre : et si ça nous arrivait ?, Janne Teller.

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Imagine : C’est la guerre non pas en Irak ou en Afghanistan, quelque part très loin, mais ici, en Europe, en France, chez nous. L’Union Européenne n’est plus, ses démocraties se sont effondrées, des régimes nationalistes et impérialistes ont vu le jour partout. Depuis trop longtemps, Français, Scandivanes et Anglo-saxons se battent. Les villes sont détruites, l’économie est dévastée, la sécurité n’est qu’un lointain souvenir. Chaque jour, des bombes, des rafales de tirs.
Ceux qui en ont les moyens essaient, comme toi et ta famille, de fuir au Proche-Orient. Le seul objet que tu emportes est ton journal, pour te rappeler qu’il y a encore tout juste 3 ans, tu vivais une vraie vie d’adolescent.
En Orient, la situation n’est guère meilleure – dépourvue de bombes, c’est tout. Dans l’attente d’une autorisation de séjour, tu zones dans un camps de réfugiés. Impossible d’y apprendre l’arabe, de travailler, d’apprendre quoi que ce soit. Ta vie ressemble à un néant, tu n’est qu’un “citoyen de 3e zone”, tu es exclu par les Arabes qui détestent les occidentaux et les prennent pour des animaux mal élevés. Tu ne rêves que d’une chose : rentrer chez toi. Mais où est-ce, chez toi ?

Janne Teller est, semble-t-il, spécialiste des textes courts mais percutants – Rien l’était également. Cette fois, au cours des cinquante petites pages de cet essai fictionnel, elle nous glisse dans la peau d’un adolescent moyen, dont la vie va être subitement bouleversée par une guerre inimaginable venue empiéter sur son territoire. Pour les biens de l’imagination et de l’assimilation, cet essai se déroulant initialement au Danemark a été traduit en tenant compte des spécificités de chaque pays de traduction : notre adolescent est donc un petit Français ayant vécu à Paris.
En renversant les perspectives, Janne Teller nous plonge dans les affres que vivent les réfugiés et nous explique avec une grande clarté les enjeux et conséquences d’un tel statut. A l’horreur de la vie dans un pays en guerre viennent s’ajouter celles de la guerre, de la fuite et, une fois arrivés dans le pays étranger, celles de l’exil, de la simple survie, de la lutte pour maintenir un statut et une identité.

Cette question de l’identité est cruciale : le réfugié est un déraciné, plus vraiment de là-bas et jamais vraiment d’ici, quels que soient les efforts qu’il fera pour s’intégrer. Son nouveau pays veut-il seulement qu’il parvienne à s’intégrer ?
Janne Teller rédige, de plus, son texte à la deuxième personne du singulier, ce qui facilite d’autant mieux l’intégration et l’assimilation de ce que l’on lit. Le propos est sombre, mais atteint parfaitement son but.
Elle procède par le biais d’ellipses : ainsi, les deux ans au camp sont rapidement résumés. Cet apparent manque de détails produit une impression de froideur et de noirceur encore plus terrible. Difficile de ne pas percevoir la terrifiante détresse dans laquelle les réfugiés sont plongés et, par la suite, maintenus.

Janne Teller a écrit ce texte en 2001, car elle trouvait que son pays – le Danemark – oubliait bien vite les principes selon lesquels Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits et Agissez envers les autres comme vous voudriez qu’il agissent envers vous. On aurait aimé que, 15 ans plus tard, son texte soit devenu obsolète.
Malheureusement, plus que jamais, elle montre à quel point il est urgent et vital de s’ouvrir à l’autre.
Le texte sera peut-être un peu ardu pour des lecteurs non préparés mais sa brièveté et sa simplicité (littérale) le rendent accessible dès 10-12 ans : prévoyez néanmoins d’accompagner vos jeunes lecteurs dans cette démarche afin qu’ils en retirent tous les bénéfices attendus.
En attendant, voilà un texte qu’il est urgent de mettre entre toutes les mains. 

 

Guerre : et si ça nous arrivait ? Janne Teller. Traduit du danois par  Laurence W.O.Larsen. Editions des Grandes personnes, 2012, 64 p. 

 

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez lire :

 

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