De Pourpre et de Soie, Mary Chamberlain.

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Quand Ada Vaughan commence à travailler dans un atelier de mode de Dover Street, la belle jeune femme rêve d’une carrière dans la haute couture, qui l’affranchirait de sa morne vie dans la maison familiale. Impossible alors de résister à l’énigmatique Stanislaus von Lieben, un gentleman qui, très vite, lui fait la cour et lui propose un voyage à Paris. Mais le matin de leur dernier jour en France, la nouvelle tombe : le Royaume-Uni et la France entrent en guerre. Stanislaus n’ayant pas de passeport, ils sont coincés. Ils fuient vers la Belgique où, inexplicablement, Stanislaus abandonne Ada. Et ce n’est là que le moindre des futurs problèmes de la jeune femme…

À 19 ans, Ada Vaughan n’a qu’une idée en tête : se faire un nom dans la mode et, au passage, s’affranchir de sa trop nombreuse et trop peu sophistiquée famille en quittant son quartier populaire. Éprise de romantisme, elle ne résiste pas une seconde au très énigmatique et très séduisant Stanislas von Lieben, comte hongrois, qui la courtise assidûment et, malgré les rumeurs de guerre imminente, l’emmène à Paris. Stanislas n’a – évidemment – pas de papiers valides et, de toute façon, aurait été refoulé à la frontière : passée la déclaration de guerre, les ressortissants de l’ancien empire germanique n’ont plus droit de cité en Angleterre. Vous pressentez la catastrophe ? Vous n’avez encore rien vu.
Car, à partir de là, l’existence d’Ada part littéralement en quenouille : après l’exode, elle connaîtra la réclusion dans un couvent, la marche forcée vers l’Allemagne, l’emprisonnement, l’esclavage, les affres de la séparation…

Au fil des pages, Mary Chamberlain dresse le portrait d’une jeune femme – pas bien futée – qui va vivre la guerre du mauvais côté de la barrière et cumuler les sottises. À tel point que cela en devient lassant… Qu’Ada se fasse piéger une fois par un joli cœur, passe encore, mais plusieurs, cela devient quelque peu agaçant. Tour à tour, on admire donc sa force, la façon dont elle s’accroche à son rêve d’enfance  pour ne pas sombrer, on se prend d’affection pour elle et on a envie de lui coller des claques retentissantes pour lui faire passer la bêtise crasse dont elle fait preuve avec constance et régularité.

Malgré tout, on ne s’ennuie pas car l’histoire est assez dense et ne se concentre pas seulement sur les années de guerre. D’ailleurs, et c’est assez paradoxal, les déboires d’Ada lui arrivent majoritairement avant et après la guerre… alors qu’on aurait pu penser que la période serait le point culminant de ses mésaventures.
De même, si vous cherchez un roman sur la guerre, passez votre chemin : Ada vit la guerre recluse, dispose de très peu d’informations et, si elle est la narratrice, elle est plus concentrée sur son travail de couturière que sur les développements stratégiques. Les amateurs de romans de guerre dopés à l’adrénaline en seront pour leurs frais mais les amateurs d’histoire de la mode y trouveront leur compte !

Autre point intéressant : au fil de l’histoire, Mary Chamberlain s’interroge sur ce que l’on est disposé à faire pour survivre. De fait, le récit d’Ada est partial : étant la seule narratrice, il arrive qu’elle ne narre que ce qu’il arrange et qu’elle passe sous silence certains détails de ses pérégrinations. D’un côté, c’est déstabilisant, car on sait qu’on ne peut pas toujours faire confiance au narrateur ; mais, de l’autre, cela illustre à merveille comment l’esprit s’arrange de petites compromissions pour s’en sortir. La construction n’est donc pas inintéressante.
De plus, l’histoire sert à évoquer l’après-guerre et les jugements hâtifs que l’on a pu porter sur les gens et leurs actes durant la guerre. C’est l’occasion de montrer que les critères moraux retenus contre les accusés sont – ici – particulièrement archaïques et misogynes. Ada n’est pas un homme, il est donc impensable pour le jury – exclusivement masculin, évidemment – qu’elle ait pu souffrir de la guerre en n’ayant pas été sur le front. Dire que la situations des femmes dans les années 40 n’est guère reluisante frise l’euphémisme.

En somme, si l’on accroche au personnage d’écervelée d’Ada (ce qui n’a malheureusement pas été mon cas), on profite d’un très bon roman historique, fort documenté, embrassant la deuxième guerre mondiale et l’immédiat après-guerre. Au fil des chapitres, l’auteur balaie l’histoire de la mode et celle des femmes : c’est édifiant !


De pourpre et de soie, 
Mary Chamberlain. Traduit de l’anglais par Alice Delarbre.
Prélude, 6 avril 2016, 448 p.

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6 commentaires sur “De Pourpre et de Soie, Mary Chamberlain.

  1. Chess dit :

    Je l’avais repéré, il faudrait décidément que je le tente un jour !

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  2. Ce roman me tentait bien, mais les personnages d’écervelées, très peu pour moi. Merci pour ton retour.

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