Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte, Annet Huizing.

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« « Le lecteur doit vivre ce que tu vis « , avait dit Lidwine. Mais qu’est-ce que je vivais au juste ? J’avais pas l’air maligne avec mon rêve de devenir écrivaine. Et là, une idée m’est venue. J’allais raconter comment Dirkje était entrée dans notre vie. J’ai ouvert mon ordinateur portable et j’ai retroussé mes manches. Mais mes doigts sont restés immobiles sur le clavier. Avant d’en venir à Dirkje, il faudrait d’abord que j’écrive que ma mère n’est plus là, et que je parle de mon père et de Kalle, de notre maison et du fait qu’on ne mange jamais à table. Je devais commencer par le commencement. Mais où commençait le commencement ? Il était une fois une fille à Hilversum ? »

Voilà un roman qui a bénéficié de délit de faciès. En effet, c’est son titre très accrocheur qui m’a poussée à l’ouvrir et… j’ai bien fait, car c’est un vrai coup de cœur !

L’histoire est narrée par Katinka, qui aimerait devenir écrivaine et échange des cours d’écriture contre des heures de jardinage à sa voisine, Lidwine, auteur de romans à succès de son état. En l’absence d’intrigue toute fictive, Lidwine fait travailler Katinka sur sa propre vie, dans laquelle il se passe une multitude de choses !

En effet, la petite famille accueille à temps partiel Dirkje, la nouvelle bonne amie du papa de Katinka et Kalle – leur maman est décédée alors que Kalle n’était encore qu’un nourrisson. Or, la nouvelle venue bouscule évidemment les habitudes bien ancrées de la petite famille et fait surgir de nombreux questionnements chez Katinka. Mais cette dernière, dans un premier temps, est vraiment centrée sur son travail d’écriture.

Le roman est construit sur une astucieuse mise en abîme mettant en parallèle les cours dispensés par Lidwine et les exercices pratiques de Katinka, qui n’hésite à expliquer pourquoi elle a choisi telle façon de narrer son récit plutôt qu’une autre, en fonction de l’effet produit sur le lecteur. De fait, on assiste à une vraie leçon d’écriture qui a le triple mérite d’être pertinente, didactique et divertissante. Mais là où Annet Huizing aurait pu se contenter d’une jolie fable sur l’acte d’écriture, elle va aussi propose un très beau récit sur l’adolescence, les relations familiales, le deuil et la construction de soi.
Katinka est une jeune fille très mature, mais l’arrivée de Dirkje remue des sentiments qu’elle pensait avoir dépassés et met au jour des blessures pas vraiment cicatrisées. En effet, le deuil de sa mère n’est pas terminé, et l’arrivée de cette potentielle belle-mère le remet brutalement sur le devant de la scène.

Ce qui est intéressant, c’est qu’aucun des deux fils de l’intrigue ne prend le pas sur l’autre : tous deux s’équilibrent parfaitement et, si Katinka est très touchante dans sa quête personnelle, c’est aussi une magistrale leçon d’écriture. Les conseils sont à la fois simples, didactiques et bien amenés et parleront à tous les lecteurs ayant des velléités d’écriture.
Autre gros point fort : les personnages. Si Kalle est un peu absent de l’histoire, Katinka, son père, Drikje et Lidwine se partagent la vedette. Et les adultes ont vraiment droit à leur place. Ainsi, il est (évidemment) beaucoup question d’amour, mais du point de vue des adultes, pas tellement de celui de Katinka – qui, si elle se pose des questions, n’a pas de romance particulière.

« On a longtemps parlé de ce qui était pire : que ton amour te quitte ou que ton amoure meure ?
– Et quelle a été votre conclusion ? ai-je demandé.
Je me rendais compte que Lidwine avait déjà beaucoup vécu avant même que je sois née.
– Que ce sont deux espèces différentes du pire. »

Vraiment, cela change des romans adolescents mettant en scène une romance adolescente, tout en posant des questions très pertinentes.

En somme, Annet Huizing signe un court roman touchant et sensible, truffé d’excellents conseils en matière d’écriture !

Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte, Annet Huizing. Traduit du néerlandais par Myriam Bouzid.
Syros, avril 2016, 184 p.
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2 commentaires sur “Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte, Annet Huizing.

  1. Askara dit :

    Je n’en ai jamais entendu parler du tout, mais il a l’air pas mal. ^^
    C’est peut-être un livre sur l’écriture qui me botterait, parmi la pléthore qui existent!

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